vignette|redresse=0.8|La fosse des mines de Marles, fermée . vignette|redresse=1.0|Le billet de 10 francs Mineur de 1941.

La bataille de la production, appelée aussi bataille du charbon, est l'épisode principal de la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale, destiné à pallier les graves pénuries d'électricité causant les difficultés alimentaires, l'industrie et les transports tournant au ralenti, faute de combustible en France et chez ses principaux fournisseurs d’avant-guerre.

La production allemande de charbon a été divisée par cinq et l'Angleterre est devenue importatrice, à une époque où le pétrole est encore rare et le nucléaire inexistant. Cette bataille, magnifiée par les journalistes, peintres, cinéastes et écrivains, qui font l'éloge des « gueules noires », nouveaux héros de la France du travail qui , démarre dès pour approvisionner l’effort de guerre, puis dure en raison du manque de matériel ferroviaire, détruit par les bombardements, la production française de charbon ayant chuté de 40 % en six ans : de de tonnes en 1938 à seulement en 1944, avant de remonter à en 1946, puis en 1949 et de tonnes en 1959, dont les deux tiers dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, qui employait aussi deux tiers de l'effectif des mineurs depuis 1945. La production industrielle française dépend étroitement du charbon : au début de 1944, elle n'atteint que 55 % de son niveau de 1938 puis en novembre- tombe à 35 %, avant de remonter à 42 % en , puis 90 % en , 106 % en et 117 % en .

Dès il est demandé aux mineurs de travailler le dimanche, payés au rendement, en mode stakhanoviste, , ce qui déclenche une succession de grèves durant toute l’année 1945 dans le sillage de celle de 1941 pendant l'Occupation, avec le soutien de dirigeants de la Confédération générale du travail (CGT) et du Parti communiste français (PCF) exigeant un durcissement immédiat de l’épuration contre l’encadrement minier ayant poussé à la production sous l’occupation allemande.

Des milliers de prisonniers allemands peu qualifiés sont réquisitionnés pour pallier la Reemigracja, vaste migration de polonais organisée dès 1945 pour participer à la reconstruction de ce pays devenu communiste, dont de fond issus de l'immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. La France veut de son côté éviter le scénario de l’après-guerre précédent, quand les mines du Nord noyées par l'Allemagne en 1918 n’avaient pu rouvrir qu’en 1924.

À partir de 1946, les grèves cessent, dans le sillage des lois nationalisant les mines et mettant en place des œuvres sociales, un relèvement des salaires et le statut du mineur de fond en France, qui "compense les pressions individuelles ou collectives pour la production" , mais elles reprennent fin , annonçant la longue et très dure grève des mineurs de 1948.

Origine et paternité de « la bataille » Origine soviétique Le stakhanovisme, campagne de propagande soviétique en URSS faisant l'apologie d'un travailleur très productif, vient du nom du mineur « de choc » Alekseï Stakhanov qui, dans la nuit du 30 au , aurait extrait de charbon en six heures, soit le quota demandé à chaque mineur, record décidé par le gouvernement soviétique sous Joseph Staline pour servir de modèle aux autres salariés à la fin des années 1930 en URSSJean-Louis Van Regemorter, Le Stalinisme, La Documentation française, , .

Origine française et belge L'appel du du leader syndical Henri Martel à la radio de Londres à "intensifier la production de guerre et hâter la libération (…) la joie au cœur", souligne que les mineurs ont su "garder, les armes à la main, les mines et les installations de surface contre la volonté dévastatrice" de l'Allemagne, qui avait noyé les mines du Nord en 1918. L’hebdo CGT La Vie ouvrière du publie extrait du rapport de Benoît Frachon, sous le titre: «Il faut gagner la bataille de la production ». « Il faut que notre pays redevienne fort, puissant, indépendant. Pour cela, nous devons maintenant gagner une autre bataille du charbon » écrit le syndicaliste CGT Léon Delfosse dans La Tribune des mineurs du . « Il faut que partout dans nos fosses, dans nos usines se crée une mystique de la production, gage de notre foi en l’avenir », écrira-t-il aussi plus tardBiographie Le Maitron de Léon DelfosseLa Tribune des mineurs de mars 1947. « Depuis la Libération nous assistons à une véritable bataille, à propos de ce que l’on appelle la bataille du charbon. Tous les journaux s’en occupent, tout le monde en parle » explique en page de garde, une brochure belge de 1945 titrée "L’angoissant problème du charbon"Jean-Paul Brial. "L'angoissant problème du charbon : l'avenir de la Belgique dépend de sa solution". Aux Editions Marcinelle en 1945. "La bataille pour la production est la bataille pour l'avenir de la classe ouvrière française. Nous la conduisons comme nous avons conduit celle de la libération nationale", déclare le le ministre de la production industrielle Marcel Paul au congrès des travailleurs du textile, en réclamant l'attribution de à mensuelles du charbon de la Ruhr, notamment pour les besoins de la sidérurgie"La bataille de la production engage l'avenir de la classe ouvrière", dans Le Monde du 26 mars 1946. « La bataille du charbon est engagée », titre la revue Nord industriel et charbonnier le .

L’offre de charbon laminée et les importations éteintes, malgré l’énorme demande La demande explose : le charbon pèse 95 % de l'énergie et EDF en consomme deux fois plus En 1945, le charbon représente 95 % de l'énergie. La France n'a pas de nucléaire, le gaz, le pétrole, et l'énergie hydraulique sont encore peu développés. Les prix de vente du charbon sont maintenus bas par les gouvernements européens., afin d’encourager une reprise rapide de la production électrique, nécessaire pour opérer la reconstruction sans les retards qui avaient eu de graves conséquences après la guerre de 14-18. Alors que la demande d'électricité flambe, dépassant rapidement le niveau de consommation du temps de paix, ces prix bas du charbon prolongent sa pénurie sur le marché mondial, qui ne se résorbera que peu à peu, par appel au charbon américain, tandis que les barrages hydrauliques souffrent eux aussi de problèmes dus à l'Occupation. Du coup, la consommation de charbon français pour l'électricité représente en 1947 le double de celle de 1938. Les petits clients récupèrent les mauvais charbons, peu caloriques, car ils passent après EDF, et font le plus souvent les frais d’une extraction charbonnière française, qui a baissé aussi en qualité. Dans les ports, 80 % des quais ont été dévastés par les bombardements, qui ont aussi visé les chantiers navals, raffineries de pétrole, usines chimiques, et cimenteries. La flotte commerciale française qui jaugeait en 1939 n'en fait presque plus que moins. À l’été 1945, les cimenteries et les verreries n'ont que le sixième de leur charbon en temps de paix, dans les cuirs et fabriques de chaussures c'est seulement 15 % aussi et dans la sidérurgie, secteur pourtant prioritaire pour la reconstruction, 20 %. Pour les foyers domestiques, les distributions, qui s’étalaient sur six à sept mois, était toujours à zéro alors qu'elles auraient dû débuter en mai, provoquant des problèmes sanitaires et aggravant le taux de mortalité des nouveau-nés. Et à l'été 1945, le niveau des stocks de charbon : d'activité seulement à la SNCF, dans les usines à gaz de Paris, tandis que les centrales électriques devaient prélever sur les réserves censées être prévues pour le prochain hiver.

En 1946, un problème demeure : car les charbons les plus riches en énergie restent amputés des destructions de guerre.

Cent kilos de plus par mineur et par jour souligne Maurice Thorez, du PCF en , au congrès des mineurs"Ne ratez pas : "La Bataille du charbon"" par Arnaud Sagnard, critique dans L'Obs du 3 mai 2017 Le Monde du 19 février 1946.

L’offre de charbon laminée par quatre problèmes Une production amputée de moitié en quelques années

Les pénuries de charbon sont criantes dès la fin de la guerre, après l'avoir été sous l'Occupation, car « une des formes essentielles de la Résistance » était de ralentir l'extraction du charbon. Résistants ou pas, pour les mineurs « pas question de se tuer à la tâche pour la machine de guerre allemande »Fiche de lecture de la biographe d'Achille Blondeau, par Laurence Mauriaucourt, dans L'Humanité, 2014 , se souvient Achille Blondeau ancien résistant et syndicaliste CGT des mineursBiographie Le Maitron d'Achille Blondeau .

Année187118801890190019131929193819411944194519491952Production française de charbon (millions de tonnes)13,219,326334049« 1930 La grande époque », site de Charbonnages de France .464126,533L'Information géographique.51,255,4

La grande grève de mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941, suivie par un autre arrêt de travail de très grande ampleur en 1944 dans les mines de la région, au moment où l'occupant allemand a du fuir ne furent pas les seules causes de la baisse de production.

Les mineurs polonais et français, ont fait tout le long de la Seconde Guerre mondiale leur maximum pour réduire le plus possible l'extraction du charbon, à la fois par la grève du zèle, toutes sortes de sabotages des installations et les freins à la production . Les Allemands espéraient l'accroître de 35 %, elle a au contraire baissé de près de 30 % en six ans. Les mineurs polonais, majoritaires au fond, y ont fortement contribué"La participation des polonais à la Résistance dans le Pas-de-Calais et le Nord (1940-1944)" par J. Zamojski dans la Revue du Nord en 1975 .

L'extraction journalière des mines du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, calculée, en kilos, par mineur de fond entre 1938 et 1944 : 1938194119421943194411361015982901797

Selon les statistiques de l'Abwehr allemande, les actes de sabotages dans la région ont touché des mines, des centrales électriques à charbon, des cokeries et des pylônes à haute tension.

Le retour au pays des polonais et des prisonniers de guerre allemands La ressource en main-d’œuvre subit de son côté est de plus exposée à deux ponctions importantes : les polonais souhaitant rejoindre la Pologne communiste et les prisonniers de guerre allemands.

En 1945, une grande partie des 54.000 prisonniers de guerre allemands travaillent dans les mines du Nord, ce qui permet d'afficher des effectifs supérieurs à ceux de 1930, mais en général très peu qualifiés. Des accords sont rapidement signés après la guerre avec les États-Unis, qui exigent leur libération. Leur départ risquant de causer une chute de production pouvant aller jusqu'à près de 20 %, le gouvernement propose une libération plus rapide à ceux qui acceptent de signer un contrat de travail d'un an, et finance le voyage de leurs familles« La France manque de bras », article d'Isabelle Gravillon, dans « 1947 : la France désenchantée », supplément à CFJ-Info, sous la direction de l’historien Jean-Pierre Azéma aux Éditions du CFJ-CPJ en décembre 1988.

Le retour au pays de milliers de mineurs yougoslaves et polonais qui travaillaient dans le Nord-Pas-de-Calais pose un autre problème. Parmi eux, les des 9 détachements de résistants FTP polonais"Ami, entends-tu… La Résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais" par Jacques Estager, en 1986 aux Éditions Messidor intégrés dans la Armée du Général De Lattre-de-Tassigny qui ont poursuivi les Allemands jusqu'au bassin supérieur du Danube et dont la plupart se sont installés en Pologne. Pour les remplacer, les mines font un appel à des volontaires en , ce qui échoue, "La France ouvrière (2) : 1920-1968" par Claude Willard - 1995 -. En , un accord franco-italien prévoit des avantages financiers à ceux qui acceptent de venir dans les mines. Mais il est prévu qu'ils ne doivent pas avoir été militants fascistes.