La Kinkerne est un groupe de musique folk français, originaire de Viuz-en-Sallaz, en Haute-Savoie. Il est formé à l'automne 1974 par (son leader) Jean-Marc Jacquier (accordéon diatonique, chant, vielle à roue, guimbarde, bûche de sorcière, basinaPlat en terre à écrémer le lait dans lequel le musicien fait rouler une pièce de cinq francs pour donner la résonance d'un gros troupeau (d'après les notes de pochette du premier album concernant le premier titre).). Le groupe prend d'abord la forme d'un trio avec Anne Osnowycz (chant, vielle à roue, bûche de sorcière) et Diego Abriel (vielle à roue et flageolet) puis devient à partir de 1975 un quatuor avec l'arrivée de Jean-Michel David (violon, mandole, chant) (auparavant membre du collectif Le Grand Rouge).
Biographie Origines Futur fondateur de La Kinkerne, Jean-Marc Jacquier est issu d'une famille savoyarde « depuis de nombreuses générations ». Il explique : Ensuite, Jean-Marc se met au jazz – il joue du trombone New-Orleans à l'harmonie municipale de Ville-la-Grand, fréquente assidûment le club de jazz de la MJC d'Annemasse et goûte au jazz dans un orchestre dixieland à Genève – puis connaît sa « période hippie » où il « arrête tout pour voyager » (Amérique latine, Japon).
Il débute comme « informaticien » à Paris où il passe son temps libre dans les salles de jazz, les musées et les expositions. Chaque semaine, il achète des disques et investit dans un magnétophone professionnel (Uher). Un autocollant "presse" collé sur sa sacoche lui ouvre les portes des coulisses du festival Actuel qui se déroule en 1969 à Amougies en Belgique. Jean-Marc Jacquier : Ses enregistrements en témoignent : dans les coulisses du festival belge, il fréquente et enregistre Pink Floyd, Ten Years After, l'Art Ensemble of Chicago, ainsi que Pierre Lattès et Frank Zappa qui en étaient les maîtres de cérémonie. Sa plus grande rencontre fut celle avec Duke Ellington qu'il suivra pendant deux ans dans ses concerts salle Pleyel (Paris), à Lausanne, à Genève au Victoria Hall. Jean-Marc Jacquier a conservé tous ses enregistrements et documents, soit près de 400 CDLa collection de Jean-Marc Jacquier, enregistrements et instruments, a été confiée au département de la Haute-Savoie...
Outre l'accordéon chromatique, il apprend à jouer de l'accordéon diatonique et des instruments traditionnels comme la vielle à roue, la guimbarde et la bûche de sorcière (ancienne cithare alpine proche du monocorde). À partir de 1971, il participe pendant plusieurs années aux « Etudes et Rencontres artistiques » (ERA) à Genève. À l'occasion de ces ateliers (organisés entre autres par René Zosso) se côtoyaient des musiciens du folk club Le Bourdon de Paris tels que Steve Waring, Roger Mason, Mary Rhoads. Jean-Marc Jacquier : Il y fait la rencontre d'Anne Osnowycz, Reynald Breithaupt et Christian Abriel. C'est lors de nombreux concerts au Musée d'Ethnographie de Genève (organisé par Laurent Aubert) présentant des artistes du monde entier que Jean-Marc croise ainsi d'autres cultures. À la même époque, il découvre le disque Renaissance de la harpe celtique d'Alan Stivell (paru en 1971). Jean-Marc Jacquier :
Formation et débuts (1974—1976) Parallèlement à son activité de facteur remplaçant, Jean-Marc faisait alors des animations musicales sous le nom du "Facteur de Viuz". L'envie lui a pris de jouer en groupe, il a donc proposé à Anne Osnowycz et à Diego Abriel (frère de Christian Abriel) de monter un groupe pour valoriser la musique de Savoie. C'est ainsi que le groupe La Kinkerne voit le jour à l'automne 1974 sous la forme d'un trio. Le groupe tire son nom de la kinkerne, l'instrument emblématique de la musique traditionnelle en Savoie. , explique Jean-Marc Jacquier. La Kinkerne inaugure ainsi le genre « folk savoyard ». Elle élabore une musique résolument acoustique, parfaitement fidèle à la tradition.
À partir de 1975, La Kinkerne devient un quatuor avec l'arrivée de Jean-Michel David (violon, mandole, chant) (auparavant membre du collectif Le Grand Rouge). Au printemps 1976, Jean-Marc recrute Évelyne Girardon (vielle, chant) et Marc Charbonnel (violon, cornemuse). Christian Abriel (frère de Diego Abriel) (chant, flûte, percussions, basina) rejoint également l'ensemble quand son travail de berger le lui permet. , explique Jean-Marc Jacquier. En , le groupe participe au festival folk de Mamirolle organisé par les Éclaireuses et Éclaireurs de France de Montbéliard (qui a lieu les 5, 6 et à Mamirolle dans le Doubs). À cette occasion, il laisse une première trace discographique sur le double album Folk – Festival de Mamirolle (paru en 1977) sous la forme du medley (de 7 minutes) de « deux morceaux à danser » intitulé "Polka piquée à 3 figures + Valse de Samoëns".
La Kinkerne participe alors à d'autres festivals à l'été 1976 : le festival de Folk Musique d'Annemasse (le samedi ), le festival Chapeau Cornu (en Isère), le Folk Estival de Genève, le Montreux International Festival (qui a lieu du vendredi 25 au dimanche pour ce qui concerne la partie folk de la programmation uniquement).
Premier album (1977—1978) « Pour cause d'incompatibilité d'humeur entre les filles et les mecs (buveurs, ripailleurs et machos), les filles quitte[nt] la formation peu de temps [...] avant » que le groupe ne se retrouve à l'Omega Studio à Strasbourg pour enregistrer – à cinqJean-Marc Jacquier (chant, accordéon, basina), Diego Abriel (kinkerne, potets, companne), Jean-Michel David (chant, violon, mandole, clochette), Marc Charbonnel (violon, violoncelle, potets) et Christian Abriel (chant, flûte, percussions, basina). – les 20 et son premier vinyle 33 tours éponyme, identifiable au verso de la pochette (et sur la tranche) par le titre Chants et danses de tradition savoyarde et (au verso seulement) par les mots « Zhe vire ma vyüla pè gonyi mõ pã... » (« Je tourne ma vielle pour gagner mon pain... »), texte extrait du début des paroles – en patois savoyard – de la comptine du dernier titre de l'album (un medley de comptine, tyrolienne et mazurka).
La Kinkerne donne alors ses premiers concerts en Val d'Aoste où les musiciens rencontrent l'Union valdôtaine qui compte parmi ses membres Bruno Salvadori et René Willien, importants contributeurs dans la recherche des traditions. À cette même époque, le groupe fait la rencontre du foyer d'adolescents Le Logis à Annecy-le-Vieux. En , La Kinkerne forme un groupe de seize danseurs pour participer au Festival de l'Enfance à Šibenik : le collectif y joue et danse dans les rues de la ville yougoslave. S'ensuit la participation à plusieurs festivals à l'été 1977 : Festival de La Voulte (en Ardèche), Festival folk de Nyon (alors appelé Nyon Folk Festival ; futur Paléo Festival à partir de 1983), en Suisse, le ., Festival International de Théâtre et d'Animation de Vichy, Festival Musek à Tralee (en Irlande).
Un an plus tard, le , les Chieftains ouvrent le bal de La Kinkerne à nouveau invitée du Nyon Folk Festival. En 1979, Diego Abriel quitte le groupe pour finir son apprentissage de restaurateur de meubles anciens. Au printemps 1979, La Kinkerne participe au Interfolk-Festival à Osnabrück en Allemagne.
Deuxième album (1979—1981) En , La Kinkerne enregistre au studio IRIS sa deuxième galette vinyle éponyme, identifiable (comme pour le premier album) au verso de la pochette (et sur la tranche) par le titre Chants et danses de tradition savoyarde et (au verso seulement) par les mots « Dedyã L'Pèle », qui paraît toujours chez Discovale. La précision « Vol. 2 » apparaît sur la pochette mais uniquement sur la tranche et également sur chaque face du disque vinyle lui-même. Le premier album est cité au passage et renommé pour l'occasion « Vol. 1 » dans les notes intérieures de la pochette de ce deuxième album. Jean-Marc Jacquier : La Kinkerne donne son premier concert dans le Piémont à Borgosesia en Italie à l'occasion du Carnevale Valsesiano. Première collaboration avec l'ADDIM (Association Départementale pour la Diffusion et l'Initiation Musicales) de la Haute-Savoie et le milieu scolaire.
En 1980, Jean-Michel David quitte le groupe pour rejoindre son frère, archéologue en Syrie. La même année survient dans la presse locale une polémique sur les interprétations de certains morceaux entre La Kinkerne et Sabaudia, le plus ancien groupe folklorique de Haute-Savoie (basé à Thonon-les-Bains). La Kinkerne participe à quelques festivals italiens : Festival du Frioul, Festival de Milan 1981, Festival de Bergame 1981. En , Marc Charbonnel abandonne la musique pour devenir guide de montagne (à Saint-Gervais). Transfuge de l'ensemble médiéval Le Concert dans l'œuf (fondé en 1974), Reynald Breithaupt (violon, mandoline, chants) le remplace alors. La Kinkerne participe en (en bord de Seine) au Festival de Ris-Orangis (organisé par la MJC de Ris-Orangis). ainsi qu'au Festival de Le Châtelet (en pays berrichon).
Troisième album et concerts (1982—1989) Le , La Kinkerne enregistre en public son troisième album vinyle intitulé Bal en Savoie (sous-titré « Danses de tradition savoyarde ») avec, comme invités d'honneur, Diego Abriel (vielle à roue) et Louis Ouvrier-Bonnaz, violoneux traditionnel du Val d'Arly mais aussi la participation des danseurs du groupe savoyard Les Snyules et celle de « beaucoup d'amis ». L'album sera le dernier à paraître sur le label Discovale.
Dans les années qui suivent, La Kinkerne jouent dans de nombreux festivals, très souvent en Suisse et en Italie du Nord. En 1985, La Kinkerne est le premier groupe étranger invité au Rassemblement d'Instruments Populaires Zampogna d'Oro à Erice en Sicile. Il y reçoit le premier prix. En 1986, La Kinkerne crée avec René Zosso (chant et vielle) un spectacle sur les interdictions de la danse dans le pays de Vaud. Le , à Cogne dans le Val d'Aoste en Italie, La Kinkerne fait la connaissance des musiciens Sandro (Alexandre) Boniface (accordéon diatonique) et Ernesto Impérial (guitare) : c'est le début d'une longue amitié avec le groupe Trouveur valdotèn. En , La Kinkerne joue au Festival au Tessin. Le , La Kinkerne participe à la édition de Folk Arca à Val Madonna dans le Piémont. Le groupe rencontre le groupe de musique folk italien Tre Martelli : c'est le début d'une longue amitié.
Collaborations et nouvel album (années 1990) À partir de , Robert Amyot (chant, cornemuses, chalumeau et flûte) remplace progressivement Reynald Breithaupt. En 1991 sort en CD chez Planett la compilation Savoie qui réunit les deux premiers 33 tours de La Kinkerne parus originellement chez Discovale. En 1992, avec Évelyne Girardon et son groupe Roulez Fillettes, La Kinkerne participe à la création musicale pour quintet vocal féminin (et groupe folk) intitulé Le Sel de la Poule..
De 1993 à 1997, La Kinkerne participe aux 5 éditions du festival Musik'Alpes à Faverges, évènement dans lequel Jean-Marc Jacquier est très impliqué. Le festival est, en effet, né de sa rencontre avec Alain Claude, ancien directeur du théâtre Le Dôme à Albertville, et Jacques Dalex, maire de Faverges. L'idée est de réunir une fois par an des artistes (principalement) de musique traditionnelle (mais aussi d'autres expressions musicales comme le jazz ou la musique classique) venus des sept pays alpins : Allemagne, Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Slovénie et Suisse. La création du festival alpin les 24– a pour thème « du cor des Alpes à Stephan Eicher »..
De 1993 à 1998, La Kinkerne assure l'animation du Festival International du Film de Montagne aux Diablerets en Suisse. Pendant la même période, La Kinkerne travaille à son nouvel album studio (le premier en 17 ans) et participe à diverses créations qui remportent le succès : Music Alpina, La Cantate des Alpes et Vin de la montagne.