Perpétue Françoise Marie de Reversat Marsac, aussi connue sous le nom de Perpétue de Marsac, née le à Marsac (Tarn-et-Garonne) et morte le à Chevreuse (Yvelines), est une figure du jansénisme du siècle, issue d'une famille de tradition janséniste trigénérationnelle dominée par des femmes au sein de la Petite Église de Toulouse ; .. Elle passe les cinquante premières années de sa vie dans un milieu familial aristocratique entièrement acquis aux valeurs jansénistes de Port-Royal, avant de rejoindre ses « Amis de la Vérité » à Port-Royal des Champs, ayant renoncé à tous ses biens et donné sa fortune pour y vivre trente-sept ans comme dernière Solitaire, dans un abandon total à Dieu.
Biographie à Marsac (1845-1894) Milieu familial d'accueil Perpétue de Marsac, est la fille cadette des quatre enfants de Victor de Reversat Marsac (1784-1870), ancien secrétaire général de Haute-Garonne ; . et de Françoise Sainte-Croix Lacroix (?-1863). Son frère aîné, Louis a huit ans, sa sœur Marie-Thérèse presque six et son frère cadet Emmanuel trois. Ils forment « un noyau familial uni dans l'affection et la prière, comme la Sainte Famille qu'ils vénéraient », auquel s'ajoutent, la « bonne tante Félicité ».Marie Antoinette Félicité Charlotte de Vignes de Puylaroque (1824-1881) petite nièce du père de Perpétue qui demeurera au château jusqu'à sa mort en 1881. au service des enfants, son oncle EugèneLouis Eugène de Reversat de Marsac (1785-1865). frère cadet de Victor de Marsac et l'ami intime de ceux-ci, Armand de VoisinsMarie Jean Pierre Armand de Voisins-Lavernière (1788-1878), lieutenant de cavalerie, blessé à la bataille de Wagram, chevalier de la Légion d'honneur. tous deux célibataires ; Thérèse Laffont, célibataire, amie de jeunesse de la mère de Perpétue avec sa nièce orpheline, Sara qui sera son amie d'enfance. Trois femmes et un couple sont attachés à leur service. L'environnement humain quotidien de Perpétue consiste donc, jusqu'à son mariage, en une cellule socialement composite, formant une famille élargie qui occupe le vaste château de Marsac ; .. 250px|vignette|gauche|Le château familial des Marsac(façade nord-est). Ce noyau familial s'élargit très fréquemment quand viennent au château son oncle par alliance, Louis de Saint BlanquatLouis Jacques Antoine Marie Magdeleine de Lingua de Saint-Blanquat (1773-1854), veuf, avait épousé la tante Alexandrine de Perpétue, sœur de son père. Ils résident au château de Lacaze à Capens au sud de Toulouse., veuf depuis huit ans, avec deux de ses enfants célibataires : Eugène (1810-1883), et Melchior (1818-1883), , tous trois jansénistes zélés ; .. Marius de Voisins-LavernièreMarie François Joseph Victor Marius de Voisins-Lavernière (1786-1865), maire de Lavaur, élu monarchiste en 1830 au Conseil général du Tarn et à la Chambre des députés, propriétaire à Toulouse., frère aîné d'Armand, maire de Lavaur, poète, membre de l'Académie des Jeux floraux, fréquente aussi occasionnellement le milieu familial des Marsac ; .. « Ce qu'il y avait d'admirable ici, » témoigne la vicomtesse de Malartic son mari, Henri Maurès de Malartic, est un neveu de la bonne tante Félicité (de Vignes de Puylaroque)., « c'était l'hospitalité généreuse, sans compter qu'on y recevait. Nous étions douze à quinze à table. [...] Dans les cuisines, tout le village venait y manger à tour de rôle. Et on vivait largement sur les propriétés sans avoir besoin d'une pièce de cent sous en poche (comme dans le bon vieux temps) ».. Selon Véronique Alemany, « elle connut jusqu'à l'âge adulte, une vie de famille perturbée par la singularité de sa mère. Son père, âgé fut doux et discret mais sa mère, plus jeune que lui, était un personnage complexe, une ancienne visionnaire hantée par des idées millénaristes et une maîtresse de maison au caractère tranché[…] » ; ..
Milieu culturel Le milieu toulousain où Perpétue s'est formée est celui d'une petite noblesse provinciale, parlementaire, cultivée et d'un légitimisme critique, où règne un jansénisme du siècle attaché aux libertés de l'Église gallicane auquel se greffe un jansénisme du avec, entre autres, un retour aux textes bibliques en français et une attente de la conversion des juifs. Ce néo-jansénisme est caractérisé par une intense dévotion à la Croix ; il condamne le prêt à intérêt et s'oppose toujours autant aux jésuites ; ..
D'après Véronique Alemany les deux branches parentales du père de Perpétue sont constituées de fervents adeptes d'un jansénisme bien implanté dans le diocèse de Lectoure en Lomagne, où se situe Marsac et dans le diocèse de Toulouse dès le début du siècle et jusqu'au ; .. La riche bibliothèque "de travail" du château de Marsac comprenant principalement des ouvrages d'auteurs jansénistes porte témoignage de l'usage fréquent qui en est fait : annotations, ratures, corrections, soulignements, renvois au crayon ou à l'encre. Les propriétaires et les utilisateurs sont des catholiques cultivés, pratiquants et dévôts. Ce sont aussi de fervents port-royalistes. Ils forment un foyer intellectuel subversif, selon Véronique Alemany ; ..
Vie de famille Une enfance très encadrée Si son pèreVictor de Reversat Marsac, né en 1784, avait dix ans quand son père, Pierre Marie Emmanuel de Reversat Marsac (1742-1794), victime du tribunal révolutionnaire, fut guillotiné. Dès lors sa mère, Marie-Françoise de Vignes de Puylaroque, comtesse de Marsac, janséniste zélée tout comme son défunt mari, éduqua avec autorité, ses quatre enfants : Prosper, Alexandrine, Victor et son frère cadet Eugène bien dans la ligne Port-Royaliste. Après le mariage des deux aînés en 1808 et 1805, les deux frères cadets vécurent célibataires avec leur mère, rejoints en 1809 par un de leurs amis, Armand de Voisins Lavernière, lieutenant de cavalerie blessé à la bataille de Wagram. Ils ne se quittèrent plus. À la mort de sa mère, en 1829, Victor devint chef de famille durant six ans, jusqu'à son mariage en 1835. Durant ces années il prit la direction de la « petite société » attachée à l’Œuvre de la Croix, pour exercer son pouvoir absolu de coercition sur Françoise Lacroix, alors sœur convulsionnaire à leur merci. Dès son mariage, sœur Françoise devient Madame la Comtesse de Marsac, une épouse autoritaire et un chef incontesté de la communauté qui l'avait accueillie. âgé, est d'un caractère doux et discret, sa mère, de vingt-quatre ans plus jeune que son mari mais étant proche de la quarantaine quand elle mit au monde Perpétue, était « une épouse autoritaire, une maîtresse de maison au caractère tranché » ; ., écrit Véronique Alemany. La bonne tante Félicité, très proche des enfants, est là pour arrondir les angles.
Elle reçoit dès sa plus tendre enfance « une éducation chrétienne teintée de jansénisme » en participant à tous les moments de prière en famille. Cette éducation correspond à celle qui était « donnée aux jeunes filles de bonnes familles dans la société aristocratique d'Ancien Régime : instruction religieuse, charité, civilité et «lettres humaines» – ce qui était conseillé pour devenir une bonne épouse, une bonne mère –, et culture générale » ; .. Perpétue mémorise l'alphabet en récitant l'Alphabet de la sagesse de la Croix et s'exerce à bien écrire des pages de lettres minuscules et majuscules et à recopier des pages de lignes comme : « Jamais ne voir que Dieu ». Elle apprend à lire dans des passages des Heures de Port-Royal et dans la Traduction nouvelle du Livre de Job par M. de Génoude en 1818. « Ce livre édifiant passa entre les mains des enfants Marsac qui chacun à leur tour apposèrent [...] leur prénom sur la page de garde ; . ». Son éducation est dispensée sur place par son père Victor, son oncle Eugène et leur ami Armand, trio inséparable faisant office de précepteurs, « soucieux de [lui] inculquer les bonnes mœurs, tout en accentuant l'apprentissage de la lecture dans les livres saints pour consolider [sa] formation chrétienne ». « [À l'âge] de cinquante ans, elle se souviendra « de son vieux saint père quand il [l']instruisait avec ses deux chers frères dans les consolantes vérités » ; ..
Une adolescence studieuse Adolescente, Perpétue trouve dans la bibliothèque familiale des « livres de lectures moralisantes et édifiantes », des catéchismes, mais aussi « des lectures d'initiation à l'intelligence des Écritures dans la traduction des Messieurs de Port-Royal, pour la mener à la découverte de Dieu, selon la méthode de Pascal ». Elle est toujours attentive à choisir de « bons livres » « propices à former et alimenter un esprit grave et réfléchi, une âme pieuse » ; .. thumb|Entrée côté sud-est par une porte cochère surmontée d'un fronton triangulaire donnant sur la cour du château. Une des deux fenêtres de la chambre de Perpétue est visible en bas de la façade de la tour carrée.« Dans sa chambre elle avait sa bibliothèque personnelleVéronique Alemany ajoute cette note : « bibliothèque qu'elle enrichit après son mariage, et qu'elle conserva près d'elle toute sa vie, à l'exception de 166 ouvrages profanes publiés dans les années 1840-1870, certains reliés en cuir rouge après son mariage et portant son monogramme en lettres dorées. Elle les laissa à Marsac »., composée de livres tout autant sérieux, destinés à son éducation religieuse, à la culture générale et au savoir-vivre » la préparant à fréquenter les salons du Second Empire. Ce fonds reflète l'univers culturel de la bourgeoisie de l'époque et témoigne de son intérêt particulier pour la littérature française, l'histoire et la géographie ; .. En grandissant au milieu de ses « Amis de la Vérité », dans une ambiance janséniste qui l'écarte des plaisirs du monde et l'oblige à une vie quasi monacale dans cet imposant château médiéval, elle trouve courage, patience et endurance pour parfaire son éducation religieuse « tout en forgeant son propre caractère dans la solitude » de sa chambre située au premier étage de la tour carrée d'où elle avait une vue étendue sur les terres domaniales. Pour accepter ses conditions de vie, elle a recours aux prières et à la méditation des nombreux préceptes rédigés ou recopiés par sa grand-mère paternelleMarie-Françoise de Vignes de Puylaroque fut élevée au couvent de Fourquevaux où les idées de Port-Royal avaient pénétré depuis 1624.(ref. Alemany, 2013, p. 47, § 2, l. 1-2), ses parents et son oncle Saint-Blanquat ; ..
Premières confrontations avec la mort À dix ans, Perpétue vit sa première expérience de la mort d'un proche au château, quand décède, le , à cinquante-neuf ans, Thérèse Laffont l'amie intime de sa mère. Sept ans plus tard, les circonstances de la mort de Madame de Marsac sont plus éprouvantes : l'autorité de sa mère et ses fortes convictions jansénistes lui font affronter l'évêque de Toulouse et les autorités ecclésiastiques refusent alors de l'entendre en confession. Selon Véronique Alemany, on peut supposer que ce refus est à l'origine de sa soumission peu de temps avant sa mort qui survient le , à l'âge de ; ...
Suivra le le décès des suites de couches de sa sœur Marie-ThérèseMarie-Thérèse de Reversat Marsac (1839-1863), ayant épousé en 1862 Pierre Guilhaume dit Prosper Massoc Mandre(1829- ), maire de Marsac, meurt en couches au château de Marsac. Son enfant ne lui survivra qu'une semaine., à vingt-trois ans, mariée l'année précédente. Perpétue avait déjà perdu, deux ans auparavant sa belle-sœur, Nathalie d'Aurelle de PaladinesEugénie Nathalie d'Aurelle de Paladines (1841-1861), fille du général Louis d'Aurelle de Paladines (1804-1877)., épouse de son frère Louis, morte à Castelsarrasin à dix-neuf ans des suites de couches, en laissant un bébé orphelin.
Nouvelles alliances persistantes