L'esclavage au Canada comprend à la fois celui pratiqué par les Premières Nations depuis des temps immémoriaux et celui qui s'est pratiqué après l'arrivée des premiers européens, et ce pendant plusieurs siècles. Il constitue alors l’un des fers de lance du commerce triangulaire transatlantique.
vignette|Deux esclaves sur trois.. ayant vécu dans l'actuel Canada français étaient des Autochtones, et ces Autochtones étaient eux-mêmes très souvent Pawnees.
Alors que la Grande-Bretagne n'a pas interdit l'institution de l'esclavage au Canada actuel (et dans le reste des colonies britanniques) jusqu'en 1833, cette pratique a pris fin par la jurisprudence ; et il s'est éteint au début du à la suite d'actions en justice intentées au nom d'esclaves demandant la manumission (la Grande-Bretagne a été le premier pays au monde à abolir la traite négrière internationale en 1807. La traite internationale des esclaves a également été abolie aux États-Unis en 1807, mais n'est entrée en vigueur qu'en 1808 en vertu de l'article premier, section 9 de la Constitution des États-Unis). Les tribunaux ont rendu l'esclavage inapplicable tant au Bas-Canada qu'en Nouvelle-Écosse. Dans le Bas-Canada, par exemple, après des décisions juridiques de la fin des années 1790, « l'esclave ne peut pas être contraint de servir plus longtemps qu'il ne le veut... pourrait quitter son maître à sa guise ».. Un nombre important de Noirs (libres et esclaves) sont venus au Canada en provenance des États-Unis après la révolution américaine et après la Guerre de 1812.
Certains esclaves étaient d'origine africaine, mais beaucoup étaient autochtones. En Nouvelle-France, les esclaves étaient généralement appelés panis, nom dérivé de la nation Pawnee.. L'esclavage dans ce qui est maintenant le Canada était pratiqué par des groupes autochtones et des colons européens.
Des personnes d'ascendance africaine ont été amenées de force en tant qu'esclaves dans les colonies Européennes d'Amérique au cours du . Ceux du Canada provenaient généralement d'autres colonies, car aucune cargaison de biens humains n'a été envoyée au Canada directement par l'Afrique. Le nombre d'esclaves en Nouvelle-France aurait été de plusieurs centaines. Ils étaient surtout des domestiques et des ouvriers agricoles. Il n'y avait pas de grandes plantations au Canada, et donc l'économie de la colonie ne dépendait pas de l'esclavage comme c'était le cas dans la plupart des colonies européennes en Amérique (comme en Virginie, aux Antilles ou au Brésil).
Étant donné que le rôle du Canada au début dans la traite transatlantique des esclaves était mineur, l'histoire de l'esclavage au Canada est souvent éclipsée par l'esclavage plus tumultueux pratiqué ailleurs dans les Amériques, en particulier dans le sud des États-Unis et dans les Caraïbes coloniales. Aujourd'hui, certains Noirs canadiens et Canadiens s'identifiant comme Blancs. sont des descendants de ces esclaves noirs. Les descendants des esclaves noirs qui ont vécu en Nouvelle-France et au Bas-Canada sont exclusivement des personnes qui s'identifient comme blanches ou qui en ont l'apparence.
Esclavage entre autochtones
Les Premières Nations possédaient ou faisaient déjà du commerce d'esclaves, une institution qui avait existé depuis des siècles ou plus parmi certains groupes. Shawnee, Potawatomi et d'autres tribus occidentales ont importé des esclaves de l'Ohio et du Kentucky et les ont vendus ou offerts en cadeau à des alliés. et à des colons canadiens. Thayendenaga (le chef Joseph Brant) a utilisé des Noirs qu'il avait capturés pendant la révolution américaine pour construire la Brant House à Burlington Beach et une résidence secondaire près de Brantford. Au total, Brant possédait une quarantaine d'esclaves noirsDerreck (2003).
Les Autochtones étaient répartis en nations dont certaines pratiquaient l'esclavage avant l'arrivée des EuropéensL'histoire de l'Amérique française, page 162.. Le plus souvent, les esclaves étaient capturés à l'occasion de conflits entre des communautés ou des nations, comme dans certaines sociétés de l'Antiquité européenne. Toutefois, les captifs ne devenaient pas exclusivement des biens marchands. Selon les cas, ils étaient tués pour assouvir le désir de vengeance de leurs ravisseurs, pris comme conjoints, gardés comme serviteurs, adoptés pour remplacer un défunt ou remis à une tierce partie pour cimenter une alliance ou obtenir une contrepartie en biens de traiteBrett Rushforth, « "A Little Flesh We Offer You": The Origins of Indian Slavery in New France », The William and Mary Quarterly, , 60, 4 (octobre 2003), ..
Les nations esclavagistes étaient les Yurok, qui vivaient le long de la côte du Pacifique de l'Alaska à la Californie. sur ce que l'on appelle parfois la côte du Nord-Ouest. Certains des peuples autochtones de la côte nord-ouest du Pacifique, tels que les Haïdas et les Tlingit, étaient traditionnellement connus comme des guerriers redoutables et des marchands d'esclaves, faisant des raids jusqu'en Californie. L'esclavage était héréditaire: les esclaves étaient prisonniers de guerre et leurs descendants étaient aussi des esclavesKenneth M. Ames, "Slaves, Chiefs and Labour on the Northern Northwest Coast," World Archaeology, Vol. 33, No. 1, The Archaeology of Slavery (June, 2001), pp. 1–17 in JSTOR. Certaines nations en Colombie-Britannique ont continué d'isoler et d'ostraciser les descendants d'esclaves jusque dans les années 1870.
Environ le quart des Autochtones du Pacifique Nord-Ouest étaient esclaves. Le récit d'esclave de l'Anglais , capturé vivant lorsque son navire a été pris d'assaut en 1802, donne un aperçu détaillé de la vie d'esclave et évoque un grand nombre d'esclaves.
Sous le Régime français (1534-1760) L'esclavage sur le territoire maintenant connu sous le nom de Québec remonte au minimum à 1629, date de l'arrivée d'Olivier Le Jeune, et peut-être à plus encore, car les Autochtones pratiquaient alors eux-mêmes l'esclavage en Amérique du Nord. Il disparut officiellement par la promulgation de la loi de 1833, qu'on n'appliqua que le , ayant ainsi duré un peu plus de deux siècles, d'abord sous le régime français puis anglais. Au total, il est possible de dénombrer que, sur ce territoire d'Amérique du Nord, auront été esclaves lors de cette période ; et .
Pour la plupart, ces esclaves auront servi de domestiques et se seront concentrés dans les grandes villes telles que Montréal, Québec et Trois-Rivières. Les propriétaires d'esclaves, quant à eux, furent en grande majorité des Canadiens Anglais] et occupèrent souvent des postes importants au sein de la société tels que hauts fonctionnaires, militaires, commerçants, médecins, clercs, notaires, etc.
Divers colons de la Nouvelle-France étaient propriétaires d'esclaves noirs ou autochtones qui leur étaient souvent offerts comme don.. En 1632, Guillaume Couillard acquit, comme cadeau des Anglais, un jeune esclave noir qui mourut en 1654. En 1671, Le gouverneur Daniel de Rémy de Courcelles devient propriétaire de deux femmes esclavagées potawatomises, qui lui étaient offertes par un peuple autochtone. En 1674, Louis Jolliet revient du Mississippi avec un petit esclave illinois, destiné au gouverneur Louis de Buade de Frontenac, qui se noya dans les rapides de Lachine.. Vers 1675, Daniel Greysolon Dulhut devint maitre de trois esclaves autochtones offerts par des Sioux.. En 1679, le gouverneur met en pension pour un an, au sein des Ursulines, une esclave autochtone.
Premier esclave connu de la colonie Le premier esclave connu en Nouvelle-France est un jeune africain du nom d'Olivier Le Jeune, qui fut amené à Québec par les frères Kirke en 1629 lors de leur occupation de la ville au nom de l'Angleterre dans le cadre de la Guerre franco-anglaise. Esclave d'un des trois frères, il sera par la suite vendu à un commis français au service des Anglais dénommé Le Baillif, qui l'offrira en 1632 au colon français Guillaume Couillard. Il sera inhumé à Québec en 1654 sous le titre de « domestique », sans indications sur son statut esclave ou de personne libre.
Cas des Autochtones Avant l'arrivée des premiers Européens en Amérique du Nord, les sociétés autochtones du continent pratiquaient déjà l'esclavage et se livraient à la traite d'esclaves entre elles. Les Français implantés sur le territoire acquirent donc des esclaves autochtones en traitant avec les Autochtones ou par la mise en servitude de prisonniers de guerre.
L'esclavage des Autochtones par les Français s’amorça à partir de 1671, époque à laquelle plusieurs Autochtones livrèrent leurs congénères en tant qu'esclaves à des Français. À partir de 1687, la réduction en esclavage d'Autochtones devint constante tout en demeurant assez limitée, et ce, jusqu'à la promulgation d'un édit sur l'esclavage en 1709 qui eut pour effet de faire connaître un essor à cette pratique, et donc d'accroître le nombre d'esclaves autochtones, dès l'année suivante, en 1710.
Cas des Noirs sous le Régime français Quant à l'esclavage des Noirs dans la colonie, il débuta véritablement à partir de 1686, époque à laquelle des Noirs commencèrent à y arriver en tant qu'esclaves, et ce, en petit nombre et de façon irrégulière. Ces derniers provenaient en majorité des Treize colonies de par la guerre ou de par la contrebande et en minorité d'autres territoires coloniaux français tels que les Antilles, la Louisiane et la Guinée. De plus, plusieurs esclaves marrons s'étant enfuis des Treize colonies pour gagner le Canada y furent gardés et soumis à l'esclavage. Puis, à partir de 1743, l'augmentation des conflits armés entre Français et Anglais en Amérique du Nord eut pour conséquence d'accroître le nombre d'esclaves noirs amenés dans la colonie, y arrivant alors de manière constante et en nombre plus important.
Cargaison d'esclaves noirs En 1688, plusieurs hauts fonctionnaires de la colonie, tels que le gouverneur Jacques-René de Brisay, l'intendant Jean Bochart de Champigny et le procureur général Francois-Madeleine Ruette d'Auteuil, effectuèrent des démarches auprès du Roi de France Louis XIV pour que ce dernier autorise l'introduction d'esclaves noirs dans la colonie afin de remédier au problème de pénurie de main-d’œuvre et favoriser le défrichement ainsi que la culture des terres. Le Roi l'autorisa l'année suivante, en 1689, et il renouvela cette autorisation en 1701. Toutefois, plusieurs guerres impliquant la France en Europe et leurs versants en Amérique du Nord, Guerre de la Ligue d'Augsbourg et Première guerre intercoloniale de 1689 à 1697 puis Guerre de Succession d'Espagne et Deuxième guerre intercoloniale de 1702 à 1713, vinrent empêcher l'envoi de cargaison d'esclaves noirs dans la colonie.
De 1716 à 1721, l'intendant Michel Bégon de la Picardière envoya plusieurs lettres et un mémoire au Conseil de la Marine française afin de demander qu'une cargaison d'esclaves noirs soit envoyée dans la colonie ainsi que pour convaincre de l'utilité et de la rentabilité du projet. En début d'année 1721, le Conseil accepta la demande de l'intendant Bégon et envoya sa dernière lettre ainsi que son mémoire accompagné d'une note favorable à l'entreprise à la Compagnie des Indes. Cette dernière, qui avait alors le monopole de la traite de Guinée, subit un remaniement plus tard en 1721. À la suite de cela, plus aucun renseignement sur l'envoi d'une cargaison d'esclaves noirs dans la colonie ne fut émis et ladite cargaison n'y vint jamais.
Législations esclavagistes Dans son Rituel de 1703, l'évêque de Québec, Saint-Vallier interdit la prêtrise aux esclaves et déclare que tout mariage entre une personne libre et une personne esclavagée est nul..