La coopération arabo-africaine est une relation de coopération internationale qui s’est établie dans la seconde moitié du entre deux organisations internationales regroupant des États partageant la vision des pays non-alignés : la Ligue arabe et l’Organisation de l'unité africaine (OUA). Elle s’est développée à partir du constat que les relations arabo-africaines sont anciennes et reposent notamment sur le fait que ces deux mondes se recoupent : d’une part la moitié de la population africaine est considérée comme arabe et d’autre part, les 2/3 des Arabes sont africains... Sur le plan politique, la coopération entre les deux ensembles débute en 1963, la Ligue arabe ayant été créée en 1945 mais l’Organisation de l’Unité africaine seulement en .. Sur le plan économique, la coopération arabo-africaine prend son essor lors de l’apparition d’importants excédents financiers chez les pays arabes exportateurs de pétrole à la suite du quadruplement du prix du pétrole en 1973-1974, ces pays ayant souhaité affecter une partie de leurs excédents financiers à des projets de développement.. Sur le plan culturel, la coopération arabo-africaine, assez mal définie, reste peu visible.
Coopération politique Les débuts Les débuts de la coopération arabo-africaine sont difficiles dans la mesure où plusieurs pays africains exigent la dissolution des organisations internationales régionales (UAM, Ligue arabe) avant d’engager des discussions sur la coopération afro-arabe, mais ces difficultés sont finalement écartées lors de la première conférence des ministres des affaires étrangères des pays arabes et africains réunie à Dakar le . La décennie qui suit est assez peu productive en termes concrets, mais la guerre arabo-israélienne de 1973 donne un coup de fouet décisif à la coopération arabo-africaine. En , la conférence des rois et chefs d’État arabes réunie à Alger rend « un vibrant hommage aux États frères d’Afrique » pour avoir manifesté leur solidarité envers les peuples arabes et vote à l’unanimité une résolution appelant à transcrire dans le concret à la coopération arabo-africaine « dans tous les domaines et en particulier sur le plan de la coopération politique et économique. » Le sommet d’Alger entérine aussi plusieurs décisions concrètes : Développement de la représentation des États arabes en Afrique Rupture des relations diplomatiques, consulaires, culturelles et économiques (y compris un embargo pétrolier) avec les États qui restent ancrés dans une politique colonialiste, à savoir le Portugal, la Rhodésie et l’Afrique du sud, et aide aux mouvements de libération Renforcement de la coopération économique, financière et culturelle entre États arabes et africains Création de la Banque Arabe pour le Développement en Afrique (BADEA) Adoption de mesures spéciales afin de faciliter l’approvisionnement en pétrole des pays africains touchés par la hausse spectaculaire des cours du pétrole brut.
Historique au travers des sommets afro-arabes 4 sommets afro-arabes seulement jalonnent l'histoire de la coopération arabo-africaine. Un sommet, prévu pour en Arabie saoudite, a été ajourné sine die début 2020.
Sommet du Caire (1977) : la Déclaration fondatrice Pour orienter la coopération afro-arabe, un sommet OUA-Ligue arabe est organisé au Caire en 1977, qui décide la création de plusieurs institutions de coopération dans les domaines économique, économique et culturel. Il réunit 21 États arabes et 40 États africains et adopte notamment la « Déclaration du Caire » (nom complet : « déclaration et programme d’action sur la coopération afro-arabe ») qui inscrit la coopération afro-arabe dans la perspective d’une coopération sud-sud destinée d'une part à permettre aux États coopérant de s’entraider et d'autre part de travailler à « un nouvel ordre économique international plus juste et plus équitable ». La déclaration du Caire définit comme grands domaines de la coopération afro-arabe : La coopération politique et diplomatique : celle-ci vise avant tout à renforcer la politique de non-alignement, qui est alors un principe commun à l’OUA et à la Ligue arabe. Elle se fixe ensuite l’objectif de lutter contre « l’impérialisme, le colonialisme, le sionisme, l’apartheid et toutes autres formes de discrimination raciale et religieuse ». Elle entend coordonner l’action des représentants africains et arabes dans le cadre des Nations-Unies et de leurs agences. Enfin elle veut continuer à soutenir les mouvements de libération nationale africains et arabes. Toutefois, cette dernière dimension se heurte au fait que certains mouvements ne sont pas reconnus par la Ligue arabe et/ou par l’OUA. La question du Front Polisario ne sera ainsi jamais résolue et viendra faire exploser le sommet afro-arabe (voir infra). La coopération économique : la Déclaration du Caire prévoit une longue liste d’actions dans 6 domaines : le commerce, l’industrie et les mines, l’agriculture, l’énergie, les communications (regroupant les transports et les télécommunications et la finance. La coopération culturelle, scientifique et technique : la Déclaration du Caire reste assez générale dans ces domaines dont elle évite de traiter les principaux écueils.
Sommet de Syrte (2010) : la relance En , un deuxième sommet afro-arabe est réuni à Syrte en Libye afin de relancer le partenariat afro-arabe dans le contexte d’une économie mondialisée, bien différent du contexte des années 1970.. Sentant le besoin de réchauffer les relations, le colonel Khadafi, l’hôte du sommet, présente ses excuses aux Africains pour la traite négrière arabe, et émet le souhait que les autres pays arabes fassent de même.. Ce sommet produit un projet de " stratégie de partenariat" et un plan d'actions pour la période 2011-2016.
Sommet de Koweit (2013) : la réponse au printemps arabe et à la concurrence chinoise Un sommet afro-arabe est organisé au Koweit en , devant le constat que la coopération économique arabo-africaine est restée faible malgré les investissements des entreprises de pays du Golfe dans de nombreux pays africains, alors que la présence de la Chine sur le continent africain se fait fortement sentir dans tous les domaines. L’accent est donc mis sur le domaine économique, et portera sur le développement et les investissements, comme son slogan le montre, ainsi que sur l’activation des potentialités institutionnelles sur le plan de l’action conjointe et des décisions prises lors du sommet, dont la mise en route a été freinée par les révolutions du Printemps arabe, même si certains sujets politiques sont abordés, notamment la situation en Syrie, au Soudan, au Soudan du Sud et en Somalie, les événements concernant les relations israélo-palestiniennes. Le sommet réaffirme les engagements des États membres contre le terrorisme, la criminalité organisée et transfrontalière comme l’enlèvement des otages et le trafic d’êtres humains. La crise du barrage de la Renaissance qui concerne les délégations égyptiennes, soudanaises et éthiopiennes n’est pas à l’ordre du jour mais elle est traitée en marge des travaux du Sommet..
Sommet de Malabo (2016) : le sommet de la division Le somme afro-arabe a été organisé le à Malabo, alors capitale de la Guinée équatoriale, donc pour la fois dans un pays d’Afrique non arabe. Malheureusement une délégation sahraouie y ayant été admise, le sommet est immédiatement boycotté par huit pays arabes opposés à cette reconnaissance diplomatique de facto de la République arabe sahraouie démocratique : le Maroc, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, Oman, la Jordanie, le Yémen et la Somalie.. Ce retrait provoque donc l’absence des principaux États arabes non africains et vide le sommet d’une grande partie de son intérêt..
sommet (2020, reporté) Le sommet arabo-africain était prévu initialement pour le en Arabie Saoudite, mais on apprenait le que celui-ci serait reporté sine die, à la demande de la partie africaine, « pour des questions d’organisation »..
Prévu finalement à Riyad le , le 5e sommet arabo-africain est de nouveau reporté à une date ultérieure, cette fois à la demande de l'Arabie Saoudite, en raison du conflit en cours à Gaza.
Toutefois malgré le report du sommet, L'Organisation de la coopération islamique, la Ligue arabe et l'Union africaine signe conjointement le , un document pour la création d’un mécanisme de coopération, pour soutenir la cause palestinienne.
Les organes de la coopération afro-arabe Les États africains et arabes ont mis en place les organes suivants afin de pouvoir mettre en œuvre les décisions de la Déclaration du Caire : Les sommets afro-arabes, prévus en principe tous les trois ans à partir de 1977 Le Conseil conjoint des ministres, qui se réunit tous les 18 mois et regroupe les ministres des Affaires étrangères de tous les pays participants. Il doit notamment préparer les sommets. Il est prévu qu’il puisse se réunir en session extraordinaire à la demande de la Commission permanente. La Commission permanente, qui comporte 24 ministres dont 12 choisis par l’OUA et12 choisis par la Ligue arabe, plus les secrétaires-généraux de ces deux organisations. Elle se réunit deux fois par an, plus d’éventuelles sessions extraordinaires. Les groupes de travail : il est établi 8 groupes sectoriels paritaires : commerce, mines et industrie, agriculture, énergie, transports, coopération financière, coopération sociale et culturelle, coopération technique et scientifique. Le Comité de coordination : composé du Secrétaire général de la Ligue arabe et du secrétaire administratif de l’OUA, plus du représentant des 12 Etats arabes et du représentant des 12 Etats africains, et de membres ad hoc si nécessaire parmi les présidents ou les rapporteurs des groupes de travail, il est chargé de traiter, sous l’autorité de la Commission permanente, toute question politique ou administrative requérant une décision urgente. La Cour, ou Commission ad hoc Afro-Arabe de Conciliation et Arbitrage. Le fonds spécial afro-arabe, alimenté à parts égales par des subventions prélevées sur le budget de l’OUA et de la Ligue arabe, et destiné à assurer le fonctionnement des organes de la coopération afro-arabe. Il était de l’ordre de pour l’exercice 1977-1978. La lourdeur du dispositif, mis en place par deux organisation qui elles-mêmes peinent à faire fonctionner leurs propres instances, semble condamner d’entrée la plupart de ces organes à mal, voire à ne pas fonctionner.
Coopération économique La coopération économique arabo-africaine a pris son essor à la suite du quadruplement du prix du pétrole en 1973-1974, les pays arabes exportateurs ayant alors souhaité affecter une partie de leurs excédents financiers à des projets de développement. L’aide arabe à l’Afrique a représenté 9,447 milliards de dollars sur la période 1973-1984, toutefois cette aide destinée à l’Afrique n’a représenté que 11% de l’aide arabe aux pays en développement sur la période.
Instruments et mécanismes de la coopération économique afro-arabe Les mécanismes institutionnels permettant d’acheminer l’aide économique des pays arabes vers l’Afrique sont de trois types : le transfert de ressources via des banques et fonds nationaux ou multilatéraux de développement, pour environ 45% du total ; l’aide fournie directement par des transferts de la trésorerie générale des ministères des finances de pays arabes ; la contribution des pays arabes aux institutions internationales : le « fonds de péréquation » du « troisième guichet » de la Banque mondiale, les facilités pétrolières du FMI et son mécanisme de financement supplémentaire, la reconstitution de l’IDA (filiale de la Banque mondiale). Toutefois ces contributions relèvent de l’aide multilatérale et non à proprement parler de la coopération arabo-africaine ; elles ne seront donc pas développées dans cet article.
Principales institutions