Vérone sous le régime communal est la période allant de la fin du , quand l’organisation politique de la ville lui permettait de facto d'être indépendante et de contrôler la campagne environnante.
Comme beaucoup d'autres villes italiennes au Moyen Âge, Vérone s'érige en commune jurée dans le courant du . À l'occasion du long conflit contre l'empereur Frédéric Barberousse, la commune étend progressivement son autonomie vis-à-vis du souverain germanique. Cette indépendance est acquise au prix de lourdes guerres civiles entre guelfes et gibelins. Dans ces luttes confuses, la famille des Da Romano augmente son influence jusqu'à contrôler la commune et établir à son profit une première seigneurie en 1226, anticipant celle qu'en 1260 établissent à leur propre profit les Della Rocca, parfois appelés Scaliger.
Les origines de la commune
Les origines communales à Vérone sont anciennes. On trouve dès 962 un Conseil des 80, formé de 80 familles, chacun des quatre quartiers de la ville étant représenté par vingt familles. En 975 est attestée une première commune..
Vérone, cité lombarde, attaque Vicence, ville romaine en 1001. Ces luttes sont sans doute à rapprocher de la première émancipation de Vicence par son évêque, qui au même moment se voit concéder les prérogatives du comte. Les villes royales (lombardes) s’opposent en effet aux romaines (restées grecques), comme Vicence qui était pourtant le siège d'un duché Lombard.Ferrari distingue les villes royales ayant appartenu au royaume Lombard, des villes romaines, comme Rome toujours dépendantes de l'empire grec et qui n'y ont jamais été annexées.. En 1002, c'est le cortège funèbre d’Otton III qui traverse Vérone en révolte.
Arduin est à l'époque comte de Vérone. Il fait la guerre à l’évêque de Vérone, Oberto, qui se réfugie en Allemagne et demande des secours à Henri II. Celui-ci, de passage à Vérone, y est accueilli par la puissante famille des Canossa.
Les électeurs de la Marche de Vérone nomment Arduin, comte de cette ville, roi éphémère d'Italie.. Henri II tient une diète célèbre à Vérone en 1021.. En 1055, Vérone affirme sa personnalité par la voix du marquis Guelfo (Welf III d'Altdorf), qui obtient de l’empereur qu’il exempte Vérone du fodro, du parata (entretien des ponts, routes et fleuves pour le passage des troupes) et du (logement des troupes)..
Les calamités En 1005, dans le contexte de la grande famine générale de cette époque, Vérone souffre d'une forte mortalité.. La peste s'y ajoute comme en 1016.
La série noire des calamités publiques est ensuite une longue litanie. La ville est frappée par des inondations, la famine et un tremblement de terre. La crue de l’Adige en particulier en cette année 1087 rompt le pont Emilio et celui des Navi Ponte Navi (reconstruits en 1098).
Malgré une nouvelle crue de l'Adige en 1097, la prospérité et la paix règnent à nouveau enfin dans la Marche Trévisane après la grande famine de 1095.
1116 est marqué par une nouvelle crue dévastatrice de l'Adige. Le , un terrible séisme endommage les arènes de Vérone et autres lieux, comme les digues de l’Adige et du Pô ainsi que deux tours des murs de Trévise.
1153 est endeuillée par une gigantesque crue de l’Adige qui ruine les ponts de la Pietra et des Navi, causant de grands dégâts et la famine, comme du reste dans toute l’Italie.
La vie religieuse alt=Basilique san Zeno de Vérone|vignette|Basilique san Zeno de Vérone.
Ces temps difficiles sont aussi ceux d'un premier épanouissement de l'art roman, avec le campanile de San Zénon.. Lieu de culte endeuillé en 1049 par l’incendie de la foire qui se tenait sur la . L'incendie s'étend aux nouveaux faubourgs marchands de la cité.
En 1065 l'église de sopra S. Fermo est consacrée à Vérone.. La célèbre comtesse Mathilde, visitant Saint-Zénon majeur en 1073, fit des dons au monastère.
En 1125 la ville voit mourir saint Gualfardo, ermite de Vérone, dont la mort est suivie de prodiges, propres à impressionner le peuple dans le contexte fiévreux de la réforme grégorienne..
À l'occasion de la visite de l'empereur Lothaire à Vérone (1137), l’église St Zenon est restaurée somptueusement..
Les dirigeants Bonifacio de la puissante famille de San Bonifacio est alors sans doute le dernier comte effectif de Vérone vers 1120/1125 .. En 1074, une deuxième commune voit son apparition dans une cité délivrée de ce pouvoir temporel féodal. Mais les marquis de la grande marche de Vérone restent des interlocuteurs de poids. L'un d'eux, Berthold de Zähringen, fait partie des rebelles à l'empereur Henri IV lors de la querelle des investituresdepuis 976 les titulaires de la marche de Vérone étaient aussi ducs de Carinthie... L’évêque est aussi un personnage de premier plan qui accompagne les débuts de la révolution communale. La monnaie de Vérone (des deniers) est forte et sert aux échanges entre cités voisines. La profession de marchand est à l’époque en plein essor à Vérone et est exercée indifféremment par toutes les classes sociales. Vérone durant cette période est accordée en fief à la puissante comtesse Mathilde (comme Trévise).
C'est la mort de Mathilde en 1115 qui voit Vérone s'ériger en commune pour la troisième fois, tout comme sans doute à Vicence. L'institution consulaire apparaît elle aussi vers ce moment, là encore en un parfait synchronisme avec d'autres cités italiennes ou non. En 1120, quatre consuls sont attestés à Vérone, vers la même époque qui voit la fin des comtes effectifs de Vérone...
En 1136 trois Consuls sont attestés à Vérone (puis six) sous le patronage de saint Zénon qui ratifie le pacte entre milites et pedites (comme le montre un bas-relief de la cathédrale en 1138).Les milites sont les cavaliers faisant partie de la noblesse, par opposition aux pedites, simples citoyens, combattant à pied.. Une douzaine de familles se partagent alors le pouvoir. À la mort d’Alberto de San Bonifacio la ligne directe s’éteint et passe au rameau résidant à Roco. Le titre comtal n’est plus qu’honorifique depuis que la Commune est libre.
Depuis la mort en 1142 du comte Marco Regolo, comte S. Bonifacio et premier comte nominal de Vérone, la commune est toute puissante. Le régime consulaire définitif est désormais bien établi à Vérone comme avec la figure du leader Alberto Tinca, qui sera consul en 1142.. Cela n'allait pas sans de profondes divisions au sein du corps civique, illustrée par la sanglante rivalité des Montecchi gibelins et des San Bonifacio guelfes quant à eux. Ces deux familles sont par la suite renommées par Shakespeare « Montaigu » et « Capulet » dans Roméo et Juliette. Hermann marquis de Vérone vient en personne dans cette ville en 1144 apaiser les discordes civiles.
1151 est une date importante puisqu'on y voit à Vérone un recteur remplacer les consuls.
Les guerres de la cité La ville est impliquée dans le conflit opposant les partisans du pape et de la comtesse Mathilde à ceux de l'empereur et, le , Henri IV, ayant réuni une armée à Vérone avec les habitants de cette ville, attaque Nogara, mais ses hommes sont mis en fuite par ceux de la comtesse Mathilde. Il assiège sans succès Mantoue dans sa deuxième descente en Italie..
En 1091, Henri V s'oppose à la comtesse Mathilde en territoire véronais. Cela prouve que la princesse avait étendu ses possessions dans la région. Comme tant d'autres villes padanes italiennes soucieuses du contrôle des voies d'eau de leur contado, Vérone mène des combats frontaliers.. Alliée de Venise par un traité, elle entre en guerre en 1107 contre Padoue, Trévise et Ravenne pour le contrôle de l’Adige, voie fluviale essentielle à son commerce et donc à sa survie. Henri V à Vérone en 1110 réconcilie dans un parlement les ambassadeurs des Padouans et des Vénitiens, en guerre depuis 1100.
alt=Arènes de Vérone|vignette|Arènes de Vérone.
Les Véronais sont impliqués dans les grands conflits du temps. On les voit en 1121 envoyer des secours à Milan dans la guerre que cette ville soutenait contre Côme.. La même année, Vicence, alors en guerre acharnée contre Vérone, se déclare prête à la paix, mais attire dans un piège les autorités véronaises à un grand banquet où elle les fait prisonniers. Elle a ainsi l’espoir de prendre la ville par surprise, privée de ses chefs. Vicence est déjouée, vaincue et réduite à quémander la médiation de Mantoue. Vérone, comme tant d'autres villes italiennes, ne fait pas exception et mène une politique agressive pour le contrôle de son contado. En 1125 elle attaque Padoue.
Vérone est alors aux prises en 1135 avec une terrible guerre contre Mantoue. Trévise commence en 1141 ses guerres avec la ville royale de Vérone (Vérone était siège d'un duché lombard). La cité doit conduire aussi ses armes contre Padoue. Trévise est une cité dynamique et en expansion comme Vicence et Padoue. Cela aboutit en 1142 à une nouvelle guerre pour le contrôle de l’Adige qui oppose Vicence à Padoue, impliquant Vérone pour le contrôle d’importants centres fortifiés frontaliers (Montegalda, Bassano, Marostica).
Tous ces conflits meurtriers interurbains pour le contrôle des précieuses voies d'eau se concluent par la célèbre paix de Fontaniva (1147) sur la Brenta. La paix est signée entre d'une part Vicence et Vérone, et d'autre part Padoue et Trévise. Elle est conclue par l’entremise du patriarche d'Aquilée et des évêques vénitiens.. Le texte montre un bloc padouan défendant ses intérêts fluviaux avec les seigneurs féodaux de Trévise, Conegliano et Ceneda, soit les terres entre Sile et Livenza, opposé à un autre bloc vicentin avec Vérone et Venise. On connaît le nom de Balduino della Scala, consul à Vérone. Tebaldo, évêque de cette ville est un des médiateurs de la paix. Les Véronais, dans le même temps en 1151, construisent le château d’Ostiglia et s’arment contre les Mantouans. L’empereur Conrad statue enfin en faveur des Véronais contre les Mantouans au sujet de ce château.
La commune contre Barberousse L’empereur allemand reste un acteur de premier plan. Il publie en 1155 à Vérone sa sentence contre les Milanais pour avoir détruit Côme et Lodi. Il connaît cependant des difficultés pour franchir un pont sur l’Adige à son retour en Allemagne. Une bande de bandits retranchés dans une caverne à la Chiusa, lui disputant le passage et exigeant un péage.. Il trouve un nouvel obstacle à Rivoli où une centaine d’hommes le provoquent mais sont défaits et tués ou mutilés. Les Véronais envoient des poutres contre l’armée de l’empereur qui s'emploie à franchir le pont. En retour, celui-ci, furieux, fait couper le nez des Véronais présents dans ses rangs, même innocents. Les Véronais qui lui refusaient le passage avaient en effet détruit leurs deux ponts dalla Pietra et des Navi. Puis, en 1156, c'est la guerre acharnée de Vérone contre les châteaux de son contado. Tout cela dans le contexte de la première expédition de Barberousse. Les San Bonifacio de Vérone prennent alors et détruisent le qui appartenait aux Crescenzi. Partout en Italie, les présidents et officiers impériaux sont chassés des cités par le peuple en raison de leurs exactions. La compagnie de Vérone, une première ligue se crée. Les cités de la Marche Véronaise qui étaient restées fidèles dans les précédentes campagnes trouvent dorénavant injustes de telles exactions.
Barberousse descend pour la deuxième fois en Italie. Dans ce contexte troublé, le comte Guido Guerra incendie le château de Montorio (celui pris par les San Boniface en 1156) et ravage le pays véronais en 1157.