Aslan Bjania (en abkhaze : ; ; ), né le à Tamichi en Abkhazie, est un homme politique abkhaze et homme d'affaires russe qui a exercé la fonction de directeur du SBG (Service de sécurité d’État) d'Abkhazie de à . Il est membre de l'Assemblée du peuple d'Abkhazie de à . Il est le cinquième président de la république autoproclamée d'Abkhazie, du au .

Né dans la république socialiste soviétique autonome d'Abkhazie, alors région géorgienne, Aslan Bjania commence sa carrière pendant la guerre d'Abkhazie de 1992-1993, pendant laquelle il sert dans le Service de sécurité (SBG) du côté séparatiste. Il part pour la Russie et se lance dans une carrière dans le secteur privé. Il rejoint la politique abkhaze à la suite de la reconnaissance de l'Abkhazie par la Russie en et travaille d'abord à l'ambassade abkhaze à Moscou avant d'être nommé par le président Sergueï Baghapch à la tête du puissant SBG en , une position qu'il garde jusqu'à la révolution abkhaze de 2014. C'est dans le cadre de cette fonction qu'il est nommé responsable de la sécurité régionale lors des Jeux olympiques d'hiver de 2014 tenus à Sotchi.

À la suite d'un échec à l'élection présidentielle de 2014 face à Raoul Khadjimba, Bjania devient rapidement le chef de l'opposition et prend la tête d'un mouvement de manifestations demandant la démission du président, jusqu'à son élection comme député à l'Assemblée du peuple lors des élections parlementaires de 2017. Candidat favori de l'opposition à l'élection présidentielle de 2019, il est victime d'un empoisonnement mystérieux durant sa campagne. Il est obligé d'abandonner sa candidature en faveur d'Alkhas Kvitsinia, qui perd les élections considérées par l'opposition comme illégitimes. Bjania mène avec succès les manifestations de qui ont pour conséquence la démission de Khadjimba et l'arrivée d'un gouvernement provisoire.

Aslan Bjania est élu président de l'Abkhazie, une république autoproclamée reconnue par la communauté internationale comme faisant partie de la Géorgie, en , au premier tour d'élections anticipées. Sa présidence est largement marquée par la pandémie de Covid-19 et la crise financière qui en découle, une tentative de lutte contre la criminalité, une crise énergétique et les premières ouvertures vers un dialogue abkhazo-géorgien depuis la guerre russo-géorgienne de 2008. Bjania se considère comme un héritier des présidences de Sergueï Baghapch et d'Alexandre Ankvab.

Le , il démissionne à la suite de manifestations contestant son projet d'accord d'investissement avec la Russie.

Jeunesse et formation Famille et origines Aslan Bjania nait le à Tamichi, un village du district d'Otchamtchiré en Abkhazie soviétique, dans une famille d'enseignants.. Son père, Guiorgui, à la naissance d'Aslan, enseigne dans une école locale, avant de devenir le directeur de l'école secondaire de Tamichi.

Son grand-père Achkhangueri Bjania est connu pour la description que fait de lui le romancier britannique John Boynton Priestley, qui visite l'Abkhazie en et lui attribue l'âge avancé de . L'âge d'Achkhangueri Bjania n'a jamais été confirmé par les autorités soviétiques mais l'Abkhazie est alors connue pour ses supercentenaires, ce qui ferait de son année de naissance.. La famille Bjania appartient au clan Abjoui, une tribu abkhaze qui disparait en grande partie à la suite de l'annexion de l'Abkhazie par la Russie impériale au .

Bjania reste proche de son village natal, dont une large partie de la population est ethniquement géorgienne, tout au long de sa vie professionnelle.. C'est ainsi qu'en , près de de Tamichi bloquent l'autoroute principale abkhaze lors d'une deuxième tentative présumée d'empoisonnement. Bien qu'il réside entre Sokhoumi et Moscou depuis les années 1990, sa résidence officielle reste à Tamichi..

Aslan Bjania épouse Aelita Ahiba. Celle-ci, diplômée de la Faculté de droit de l'université d'État de Moscou, travaille comme assistante de Vladislav Ardzinba, le premier chef séparatiste de l'Abkhazie, jusqu'en .. Malgré sa position de première dame d'Abkhazie, Aelita vit à Moscou avec leurs deux enfants, où elle travaille pour la Chambre des comptes de la fédération de Russie.. Le couple a une fille, Aéline (née en ), qui est diplômée de la Première Université de médecine Ivan Setchenov de Moscou, et un fils, Maxime (né en ), homme d'affaires et actionnaire de la Yug-Investbank.

Formation thumb|left|Tamichi dans la région d'Otchamtchiré. Aslan Bjania finit son éducation secondaire au lycée de Tamichi en . , il part vivre au Kirghizistan pour étudier l'ingénierie civile à l'Institut polytechnique de Frounzé. Il change en pour l'Université technique d'État de la construction automobile et routière de Moscou, dont il sort diplômé en . Par la suite, il commence à travailler au département de la construction de l'entreprise de charpente d'État Ougranski, dans la région de Smolensk.

En , il retourne en Abkhazie pour travailler pendant deux ans comme chef du Komsomol d'Otchamtchiré, le comité local de la jeunesse communiste. En , durant les derniers mois de l'URSS, il suit une formation à l'Académie du renseignement extérieur du KGB jusqu'en alors que la Géorgie a déjà déclaré son indépendance. Sorti de l'académie, il travaille comme officier opérationnel..

Pendant la guerre d'Abkhazie À la suite de l'indépendance de la Géorgie, le pays sombre dans le chaos pendant la guerre civile géorgienne. Durant cette période, Bjania travaille comme officier du KGB d'Abkhazie mais il prend ses distances vis-à-vis des autorités géorgiennes avec l'arrivée au pouvoir du séparatiste Vladislav Ardzinba dans le gouvernement autonome abkhaze. En , il est en poste à Goudaouta, qui devient rapidement le bastion des forces séparatistes. Le , une intervention militaire géorgienne aboutit à la guerre d'Abkhazie.

Quand la guerre commence, Aslan Bjania quitte rapidement l'Abkhazie et part vivre à Moscou.. Ce départ sera plus tard largement critiqué par son opposition, et certains de ses collègues de Goudaouta l'accuseront d'avoir déserté le front. Bjania allègue avoir emménagé en Russie pour soutenir les efforts à l'aide humanitaire : à la suite de la prise de Gagra par les séparatistes le , il aurait organisé le regroupement de vingt tonnes de sucre, farine et beurre avec deux autres Abkhazes de Moscou.. Cette version est confirmée en par Vitali Bganba, président de l'Union des vétérans du Service de sécurité..

En , il retourne en Abkhazie et reste à Goudaouta, loin de toute bataille, avec le rang de lieutenant principal du Service de sécurité d'État d'Abkhazie (SBG). En , alors que les forces abkhazes commencent à prendre le dessus sur les troupes du gouvernement central, Bjania est envoyé à l'étranger dans une opération secrète, probablement en Russie par le directeur du SBG, Guennadi Beroulava. Le , le jour-même de la prise de Sokhoumi par les Abkhazes, symbolisant la défaite des Géorgiens, la fin de la guerre et le début d'un nettoyage ethnique, Bjania quitte l'Abkhazie de nouveau, officiellement dans le cadre de ses fonctions. En , six ans après la guerre, il est officiellement transféré dans les services de réserve du SBG.

En Russie thumb|Bjania travaille à l'ambassade abkhaze à Moscou en 2009-2010. En , Aslan Bjania emménage à Moscou pour se lancer dans une carrière dans le secteur privé.. Il étudie temporairement à l'Académie russe de l'économie nationale et finit ses études en . En , il lance sa première compagnie, Athos, agence touristique encourageant les Russes à visiter l'Abkhazie. Jusqu'en , il dirige plusieurs compagnies. et s'enrichit : il devient propriétaire de trois maisons à Moscou (deux à Sokhoumi et une à Sotchi), trois voitures, ainsi que de quatre terrains en Abkhazie et en Russie pour un total de .

À partir de , il réside plus fréquemment en Abkhazie et commence à y transférer ses actifs financiers.

Quand l'indépendance de l'Abkhazie est reconnue par la Russie à la suite de la guerre russo-géorgienne de 2008, Bjania est envoyé par le président Sergueï Baghapch, le , comme conseiller économique à l'ambassade abkhaze à Moscou auprès de l'ambassadeur Igor Akhba. Il garde cette fonction jusqu'au .

De retour en Abkhazie Chef du Service de Sécurité thumb|left|Sergueï Baghapch Le , le président abkhaze Sergueï Baghapch nomme Aslan Bjania directeur du Service de Sécurité d'État de la république d'Abkhazie (le SBG) pour remplacer Iouri Achboua, qui démissionne avec le reste du gouvernement d'Alexandre Ankvab.. Sa nomination dans le cabinet du Premier ministre Sergueï Chamba est une surprise pour de nombreux experts politiques en raison de son manque d'expérience. Toutefois, Bjania, en tant que chef des services de renseignement de la république séparatiste, est bientôt surnommé « la figure politique la plus invisible » d'Abkhazie..

Ses fonctions en tant que directeur du SBG font de lui une présence rare dans la politique abkhaze où il ne fait que quelques apparitions dans les premiers mois. En , il ordonne au ministère de l'Éducation d'inspecter tous les systèmes de ventilation des écoles à travers le pays, ayant reçu des informations sur une tentative d'attentat terroriste dans une école.. Il est également nommé au conseil de coordination des agences des forces de l'ordre pour combattre le commerce des narcotiques en Abkhazie..

Quand le président Baghapch meurt le , il maintient sa position sous la nouvelle présidence d'Alexandre Ankvab, dont il devient un proche allié. Mais l'absence d'enquête par Bjania sur la mort de Baghapch mène certains membres de l'opposition à l'accuser de cacher certaines informations. Durant son mandat, il parvient néanmoins à empêcher une quinzaine d'attentats terroristes contre le président Ankvab, le vice-président Mikhaïl Logoua, le premier ministre Léonid Lakerbaïa et les gouverneurs de Goudaouta et de Bitchvinta.. Sous sa direction, le SBG déjoue une tentative de sabotage sur la compagnie de train abkhaze, neutralise la branche de Goudaouta de l'Émirat du Caucase, empêche trois groupes de reconnaissance étrangers de traverser la frontière abkhaze et capture sept individus qu'il qualifie d'« agents de gouvernements étrangers ». Bjania est également l'un des dignitaires nommés responsables de l'enquête sur l'assassinat du premier secrétaire à l'ambassade russe en Abkhazie. en 2013.

C'est sous la direction de Bjania que les forces armées russes commencent à ériger des fils barbelés sur la ligne de séparation entre l'Abkhazie et la Géorgie, un processus surnommé « ligne d'occupation » par les capitales occidentales et Tbilissi. Il organise aussi l'entraînement des forces de sécurité abkhazes par les garde-frontières. et les forces navales envoyés par la Russie en 2010.. Toutefois, la région frontalière de Gali étant majoritairement habitée par des Géorgiens, Bjania fait ouvrir des points de passage dans les villages de Saberio et Pakhoulani., puis à Nabakevi et Otobaïa en pour faciliter le passage de la ligne de séparation. par des Géorgiens locaux, une décision largement critiquée par l'opposition anti-gouvernementale qui voit dans ces mesures une ouverture vers la Géorgie.. La question des Géorgiens de Gali et de Tkvartcheli reste néanmoins politiquement tendue : comprenant 98% de la population de Gali et 63% de la population de Tkvartcheli, la grande majorité des Géorgiens locaux n'a pas la citoyenneté abkhaze et Bjania est nommé par le président Ankvab en à la Commission d'État chargée d'étudier l'attribution de la citoyenneté abkhaze aux Géorgiens..