Les guerres des Diadoques sont les conflits qui interviennent pour le partage de l'empire d'Alexandre le Grand, mort en 323 av. J.-C., entre ses successeurs ou Diadoques. Elles se déroulent de 322 à 281 (bataille de Couroupédion) avec des périodes de trêve. Elles opposent dans un premier temps le régent Perdiccas aux « forces centrifuges » dont Ptolémée, Séleucos et Antigone, les principaux satrapes macédoniens. Elles opposent ensuite les Antigonides, candidats à un empire eurasiatique, à une coalition regroupant Ptolémée, Séleucos, Lysimaque et Cassandre, bientôt devenus rois, tandis que les héritiers légitimes d'Alexandre sont éliminés. En Europe, elles mettent en jeu la succession d'Antipater, alors que certaines cités grecques luttent toujours contre l'hégémonie de la Macédoine.

Les guerres des Diadoques aboutissent finalement à une division de l'empire d'Alexandre entre les dynasties antigonide, lagide et séleucide.

L'impossible succession d'Alexandre Problème du partage de l'empire vignette|redresse=1.5|L'empire d'Alexandre le Grand.

Difficultés immédiates

Lorsque Alexandre le Grand meurt le à Babylone, aucun de ses compagnons d'armes ne songe encore à diviser l'empire. Tout d'abord parce que le roi défunt a des héritiers légitimes et que le loyalisme à l'égard de la dynastie des Argéades est encore fort, sinon chez les généraux, du moins chez les soldats. L'idée d'un empire unique subsiste une bonne vingtaine d'années et résiste aux forces centrifuges jusqu'à la défaite finale d'Antigone le Borgne en 301. D'ailleurs, bien après le démembrement de l'empire d'Alexandre, le souvenir de celui-ci reste vivace. Il inspire encore les ambitions de certains souverains, tel le roi séleucide à la fin du .

Alexandre a pris la précaution au début de son règne de faire le vide parmi la nombreuse parentèle masculine de son père, Philippe II. De celle-ci ne demeure que son demi-frère Arrhidée, réputé déficient mental, qu'Alexandre garde à ses côtés. Au moment de la mort d'Alexandre, Roxane est sur le point d'accoucher. Dans un premier temps, deux conceptions s'affrontent au sein du conseil des Amis (philoi) et des Gardes du corps (sômatophylaques) qui suit la mort du roiDiodore, XVIII, 2-3.. Certains, dont Perdiccas, privilégient l'option visant à renforcer le pouvoir central et à l'organiser fortement. Ptolémée et d'autres Diadoques souhaitent au contraire la constitution d'une assemblée de satrapes se réunissant épisodiquement, structure assez lâche qui revient à donner une forte autonomie aux provinces et à ceux qui les dirigent. Dans les deux cas, il est pris la décision d'attendre la naissance de l'enfant de Roxane : si c'est un fils, il sera roiIl existe même une tentative de Néarque pour faire reconnaître comme hértier Héraclès, le fils qu'a eu Alexandre de Barsine. Le fait que Néarque soit le gendre de Barsine n'est sans doute pas étranger à cette proposition refusée par les soldats et les Diadoques.. Perdiccas et Léonnatos, auxquels le conseil prête serment, sont désignés tuteurs provisoires de l'enfant à naître.

C'est sans compter les fantassins de la phalange qui acceptent mal la politique de fusion des cultures prônée par Alexandre et qui le lui ont déjà signifié dans le passé, comme le montre la sédition d'Opis en 324. L'idée que le futur roi puisse être à demi-iranien par sa mère provoque l'opposition de la phalangeD’après Quinte-Curce (Histoires d’Alexandre, X, 6) et Justin (Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue-Pompée, XIII, 1, 11) les fantassins prirent le parti d'Arrhidée après que le conseil eut choisi, sans les consulter, l'enfant de Roxane.. De plus, Méléagre, officier envoyé par le conseil pour négocier auprès des soldats, joue sa carte personnelle et se range à l'avis de ces derniersJustin, XIII, 3, 1-10 et 4, 1-4.. Il semble que l'on soit très près de l'affrontement, les Diadoques et la cavalerie devant même quitter un temps Babylone, mais un compromis est finalement trouvé grâce au chancelier d'Alexandre, Eumène de Cardia, qui profite de son statut de non-Macédonien pour œuvrer à une conciliationPlutarque, Eumène, 3, 1-2.. Le demi-frère d'Alexandre est proclamé roi sous le nom de Philippe III. Pour autant les droits de l'enfant à naître sont préservés ; c'est un fils qui à sa naissance est proclamé roi sous le nom d'Alexandre IV.

Accords de Babylone (juin 323 av. J.-C.)

vignette|Statère à l'effigie de Philippe III.

Aucun des deux rois n'étant apte à assumer les obligations du trône, une répartition des postes s'organise au sein du conseil de BabyloneDiodore, , 2, 4 ; Arrien, Histoire de la Succession d'Alexandre, 1, 3 ; Justin, , 4.. Perdiccas est désigné chiliarque de l'empire (équivalent du vizir achéménide) et épimélète (gouverneur) du royaume. Cratère, l'officier en qui sans doute Alexandre a le plus confiance après Héphaistion, devient prostatès (tuteur) de Philippe III, épileptique et déficient mental ; il n'est cependant pas à Babylone, mais en Cilicie avec sur la route du retour en Europe. Antipater conserve la régence de la Macédoine, alors qu'Alexandre a pris la décision, peu de temps avant sa mort, de le remplacer par Cratère. Cassandre, le fils d'Antipater, arrivé à Babylone peu avant la mort du roi, est placé à la tête du bataillon des hypaspistes. Séleucos reçoit quant à lui le titre d'hipparque qui lui offre le commandement de la cavalerie des Compagnons, un poste prestigieux qu'ont exercé avant lui Héphaistion et Perdiccas. Le choix de Perdiccas comme chiliarque peut s'expliquer par le fait qu'il exerce déjà cette charge auprès d'Alexandre (mais sans le titre), et c'est à lui que le roi à l'agonie aurait confié, selon les auteurs de la vulgateDiodore, , 117, 3 ; Cornélius Népos, Eumène, 2, 2 ; Quinte-Curce, , 6, 16., l'anneau royal dont le sceau authentifie les actes de souveraineté. Perdiccas devient officiellement chiliarque ; mais la tutelle des rois, qui lui échappe, est confiée à Cratère. Afin de marquer sa nouvelle autorité, Perdiccas fait rapidement exécuter Méléagre parmi une trentaine d’insurgés de la phalangeDiodore, , 4, 7..

Finalement, la répartition des fonctions « impériales » aboutit à la formation d'une sorte de triumvirat entre Perdiccas, Antipater et Cratère ; mais ce triumvirat reste théorique car les deux derniers, alors loin de Babylone, n'ont pas été consultés et que les événements briseront rapidement cet accord.

Répartition des satrapies Les accords de Babylone (juin 323 av. J.-C.) se traduisent par un vaste renouveau à la tête des satrapies que l'on peut résumer ainsiPour la répartition complète des satrapies voir : Diodore, XVIII, 3 ; Quinte-Curce, 10, 10. : Ptolémée reçoit l'Égypte, la satrapie la plus riche et la plus peuplée, pour laquelle il a des ambitions depuis longtemps ; Antigone est confirmé à la tête de la Phrygie qu'il gouverne depuis 333 et obtient en plus la Lycie et la PamphylieVoir à ce sujet Pierre Briant, Antigone le Borgne. Les débuts de sa carrière et les problèmes de l'assemblée macédonienne, Paris, 1973, . ; Lysimaque reçoit la Thrace, prise à Antipater, où il se rend rapidement pour faire face à des révoltesLa Thrace n'est pas une satrapie mais un territoire annexé par Philippe II qui devient alors une province détachée du royaume de Macédoine. ; Léonnatos reçoit la Phrygie hellespontique ; Peithon reçoit la Médie ; Peucestas reçoit la Perside ; Philotas (à distinguer de nombreux homonymes) reçoit la Cilicie ; Archon reçoit la Babylonie ; Asandros reçoit la Carie ; Atropatès, un des rares Asiatiques à rester en poste, conserve la Petite Médie, qui prend le nom de Médie « Atropatène » ; Eumène de Cardia reçoit la Cappadoce et la Paphlagonie, à condition de les conquérir car ces deux territoires n'ont pas été soumis par Alexandre.

L'examen d'une liste exhaustive fait apparaître la nette prépondérance des Macédoniens. On remarque en effet peu de Grecs (le cas d'Eumène, qui doit s'emparer des territoires qui lui sont attribués, est particulièrement éloquent) et quelques Orientaux parmi les satrapes et souverains qu'Alexandre avaient maintenus en poste, tels Poros et Taxilès en Inde ou Oxyartès dans le « pays des Paropamisades », sa qualité de beau-père d'Alexandre le rendant intouchable. Le partage des satrapies est à considérer sous un double point de vue. Pourquoi tout d'abord dépêcher tant d'officiers de premier plan aux quatre coins de l'empire ? De plus, le choix des bénéficiaires a-t-il une signification particulière ? Il est souvent estimé, au vu de la destinée de Ptolémée ou de Séleucos, que ce sont les Diadoques qui ont exigé cette répartition des satrapies. Cela dit, et sans écarter les ambitions à long terme de certains, ils se gardent bien d'en faire état. Officiellement, c'est la sauvegarde de l'empire qui prime et la désignation d'officiers prestigieux dans les provinces d'un empire encore fragile s'impose. Perdiccas n'est sans doute pas non plus mécontent de voir s'éloigner des rivaux en puissance, rendus encore plus méfiants depuis l'exécution de Méléagre. Les écarter présente des risques à long terme, mais lui donne dans l'immédiat le temps de consolider son pouvoir.

Soulèvement de la Bactriane (323-322 av. J.-C.) La crise qui oppose les Diadoques à la phalange n'est pas la seule qui survient au lendemain de la mort d'Alexandre. En Bactriane éclate rapidement une révolte des colons gréco-macédoniens, installés par Alexandre dans des colonies militaires — plus ou moins disciplinaires — afin de protéger cette marge particulièrement vulnérable, et qui, se considérant comme exilés, réclament leur rapatriement depuis 325 av. J.-C.. Après la mort du souverain, ce mouvement prend de l'ampleur et se combine apparemment avec un soulèvement des BactriensDiodore, XVII, 99, 5-6 (mouvement de 325) ; XVIII, 7 (mouvement de 323).. Les rebelles forment une armée estimée à et . Perdiccas met alors sur pied une armée formée de Macédoniens tirés au sort, car ceux-ci rechignent à retourner dans les terres de Haute Asie, et de troupes orientales levées dans les satrapies. Il charge Peithon, satrape de Médie de réduire l'insurrection ; mais, contrairement aux ordres de Perdiccas qui a demandé l'extermination des insurgés, Peithon accepte leur capitulation car il entend faire d'eux la base de son pouvoir personnel. Cependant les soldats macédoniens ne respectent pas cet accord et massacrent impitoyablement tous les colons. La Bactriane est alors confiée au satrape d'Arie-Drangiane, le Chypriote Stasanor, qui prend ainsi le contrôle d'une vaste région.

Guerre lamiaque (322 av. J.-C.)

Immédiatement après la mort d'Alexandre, le principal danger pour les Diadoques vient de Grèce où une révolte éclate contre l'hégémonie macédonienne sous la conduite d'Athènes, dont il s'agit de la dernière grande intervention militaire de son histoire. L'événement déclencheur de ce conflit, outre la mort d'Alexandre, est le décret qui ordonne aux cités le retour des bannis : Athènes est notamment obligée d'abandonner la clérouquie de Samos. Le retour en Grèce de nombreux mercenaires suscite également l'agitation. La guerre est alors soutenue par le parti démocratique d'HypérideHypéride, Oraison funèbre, 10-19., ancien compagnon de lutte de Démosthène. Une vaste coalition dirigée par Léosthène, un chef mercenaire athénien, rassemble, outre la cité attique, l'Étolie, la Locride, la Phocide et la Thessalie. Léosthène, commandant énergique, dispose d'une forte troupe de mercenaires et d'une partie du trésor d'Harpale.