Empereur et Galiléen (en norvégien : Kejser og Galilaeer) est une pièce de théâtre de l'auteur norvégien Henrik Ibsen (1828-1906) publiée en 1873. Il s'agit d'un drame historique sur l'empereur Julien l'Apostat et sa tentative de restaurer le paganisme hellène.

Ibsen la considérait comme sa pièce principale. Elle compte dix actes, et n'a jamais été jouée en France. Elle s'inscrit dans une série de trois pièces épiques, aux côtés de Brand et Peer Gynt.

Écriture Ibsen a commencé à travailler sur la pièce Empereur et Galiléen à Rome en 1864Ibsen (trad. P.G. La Chesnais), Œuvres complètes, Paris, Plon, T. XI, 1939, « Notice », p. 51 ; il l'a finie à Dresde et publiée en 1873, et entre deux Il a écrit d'autres pièces, dont Brand et Peer Gynt. En 1864, il a simplement amorcé la réflexion sur la pièce, rassemblant de brèves notes, tandis que le travail de rédaction n'a réellement commencé qu'en 1871.

Ibsen a tout d'abord envisagé d'écrire sa pièce en trois parties : deux parties en trois actes et la troisième en cinq actes. Lors de la rédaction, il a dû faire un grand travail de recherches historiques. De plus, il a sans doute été influencé par la philosophie allemande de l'époque et par les recherches historiques de Eduard Gerhard portant sur les Mystères d'Eleusis, publiées en 1863 et 1863.

C'est à partir de cette pièce qu'Ibsen a commencé à écrire dans un style réaliste, et donc en prose, influencé par les idées du critique danois Georg Brandes à propos du théâtre contemporain, exprimées dans son livre de 1871, Grands courants de la littérature européenne au En danois : Hovedstrømninger i det 19de Aarhundredes Litteratur.. centré|vignette|Henrik Ibsen en 1869.

Personnages et résumés La pièce est divisée en deux parties — « Apostasie de César » et « L'Empereur Julien ». Si l'on ne compte dans la dramatis personæLa Dramatis personæ telle qu'elle figure ci-après pour chacune des deux pièces est reprise telle quelle de la traduction de R. Boyer dans Ibsen, Théâtre, Bibliothèque de la Pléiade, 2005, p. 477-478 ; 585-586 (V. la section « Bibliographie »). que les personnages nommés ou mentionnés individuellement par leur fonction — en laissant donc de côté tous les groupes au plurielSont donc pris en compte d'une part les noms personnages qui ont un nom propre (« Constance », « Maximos », etc.), et d'autre part, les personnages définis uniquement par une fonction (« un marchand de fruit », « un soldat », etc.). En revanche, ne sont pas pris dans le décompte les groupes : « soldats », « danseuses », « fidèles », etc. — la première pièce en met en scène trente-trois, et la seconde, trente-huit, dont onze déjà apparus dans la première pièce. On obtient donc un total de soixante personnages pour les deux pièces.

P.G. La Chesnais note, lui, que cinquante-sept personnages sont nommés dans les deux listes d'Empereur et Galiléen, dont quarante sont historiques, et les dix-sept qui ne le sont pas sont de simples comparses (par exemple, Potamon, Myrrha ou encore Varro). La représentation de ces personnages historiques par Ibsen correspond presque toujours à leur caractère, et leurs actes et paroles sont presque tous conformes à ce que l'histoire nous en dit.

L'action se déroule au cours des douze dernières années de la vie de Julien, soit de 351 à 363.

I. Apostasie de César. Pièce en cinq actes Didascalie sur les lieux ..

Personnages

Résumé

Acte I vignette|Julien en césar, sur un solidus des années 355-360. On notera qu'il est encore glabre. La pièce s'ouvre à Constantinople en 351, au cours de la nuit de la Vigile pascale, qui précède PâquesLe résumé des deux parties de la pièce se fonde sur celui donné dans la traduction de la pièce par D. Bernard-Foillot, parue aux Éditions théâtrales en 2000, p. 299-301 ). S'y ajoutent des précisions venues de la traduction de R. Boyer, Gallimard, 2006. (V. « Bibliographie » ci-dessous). Le christianisme est désormais la religion officielle de l'Empire romain, cependant, on trouve toujours des sages inspirés plus ou moins fortement par la mythologie gréco-romaine. La cour impériale se rend à l'église du palais. Julien, le cousin de l’empereur Constance II a maintenant vingt ans.

Devant l'église, un homme l'aborde : AgathonCe personnage est purement imaginaire ., son ami d'enfance, fervent chrétien, venu expressément de Cappadoce pour le voir. Julien lui parle des craintes que suscitent de vieux maîtres restés païens, en particulier Libanios — en qui Julien voit . Au cours de cette discussion, un inconnu, , s'approche de lui, l'interpelle en l'appelant « Galiléen » renvoie d'une part à Jésus (par ex., , et d'autre part à chrétien (qui suit le Galiléen). et lui apprend que Libanios attend beaucoup de lui sur le plan philosophique.

Deux éléments troublent profondément Julien au cours de cet entretien. il se rappelle un songe de sa mère, qui, la nuit avant sa naissance rêvé qu'elle mettait au monde Achille. Or voilà que le philosophe lui rapporte que Libanios a dit : . Par ailleurs, Agathon lui fait part d'une vision qu'il a eue : un homme en manteau blanc, tenant un roseau, lui a dit de se rendre auprès de , ce que Julien interprète comme un combat contre Libanios.

Après cela, l'empereur déclare qu'il a décidé d'élever Gallus, le demi-frère de Julien, au rang de césar, et qu'il l'envoie combattre en Perse. Par ailleurs, Constance exile Libanios à Athènes. Julien déclare alors vouloir se rendre à Pergame pour étudier, mais en réalité il s'agit pour lui de rejoindre Libanios à Athènes.

Acte II vignette|Egil Eide incarnant l'empereur Julien dans la première représentation de la pièce à Oslo en 1903.À Athènes, Julien a de longues discussions avec Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée, deux jeunes de son âge, chrétiens convaincusTous deux seront mis au nombre des docteurs de l'Église. qui le conjurent de ne pas se détourner du christianisme. Par ailleurs il essaie de comprendre ce que Libanios attend de lui ; il est en quête d'un christianisme véritable, tout en étant attiré par la sagesse du polythéisme hellène. Grégoire et Basile lui apprennent aussi que Gallus gouverne Antioche avec beaucoup de dureté.

Julien rencontre alors Libanios avec qui il discute de Maximos d'Éphèse, un païen célèbre pour ses cultes magiques et ses pratiques occultes. Libanios lui explique qu'à Éphèse Maxime a . Déçu par cette entrevue avec Libanios, Julien lui dit voir dans le chemin qu'a pris Maximos et il décide de se rendre à Éphèse, , pour y voir Maximos.

Acte III A Éphèse, en compagnie de Maximos, Julien s'adonne au mysticisme et aux cultes païens. Une vision lui enjoint alors de créer le troisième royaume religieux. Il apprend ensuite que Gallus a été assassiné et qu'il est le nouveau successeur de l'empereur. Ce dernier lui donne Hélène, sa sœur, en mariage et l’envoie en Gaule pour rétablir la paix aux frontières de l'Empire.

Acte IV A Lutèce, Hélène attend Julien, qui revient victorieux de ses guerres en Gaule. Le tribun Decentius, envoyé par l'empereur, apprend que l'ordre a été donné de dissoudre l'armée gauloise. Mais à ce moment-là, Hélène devient folle, empoisonnée par des fruits, et elle finit par mourir. Les soldats gaulois, quant à eux, refusent d'être dispersés. En effet, Julien leur a promis qu'ils ne partiraient pas de Gaule — mais l'empereur ne veut pas que Julien tienne ce serment. Les soldats déclarent Julien empereur.

Acte V A Vienne, en Gaule, Julien, dans les catacombes, consulte les esprits. Salluste lui annonce que c'est Constance qui a tué Hélène avec l'enfant qu'elle attendait : il vient de se remarier et ne veut pas d'autres héritiers potentiels que son futur fils. Julien, qui est donc en danger de mort, accomplit un sacrifice pour abandonner la chrétienté et veut aller détrôner l’empereur Constance. II. L'Empereur Julien. Pièce en cinq actes Didascalie sur les lieux ..

Personnages

Résumé

Acte I vignette|Julien empereur, sur un solidus datant de 361 environ. Il est maintenant barbu. Lors des funérailles de Constance II, Julien, qui est le nouvel empereur, fait un discours dans lequel il annonce accorder une liberté de religion pour le peuple. Il confesse aussi qu'il honore désormais les dieux païens. D'autre part, il veut vérifier l'état des comptes sous l'empereur Constance II et arrête pour cette raison plusieurs courtisans chrétiens. Il leur déclare qu'ils seront pardonnés s'ils renient leur dieu. Lors d'une procession en l'honneur de Dionysos, Julien sent que trop peu de personnes croient sincèrement aux dieux qu'il vénère. Il déclare donc qu'il part à Antioche.

Acte II Dans son palais d'Antioche, il reçoit Grégoire de Nazianze, lequel déclare à l'empereur qu'il a été désigné pour lui annoncer qu'il va détruire avec d’autres chrétiens le temple de Fortuna à Césarée. Ceux-ci pensent en effet que leur Dieu est mécontent. Julien les menace alors de mort. Ensuite, il participe à une procession en honneur d’Apollon, qui croise un cortège de prisonnier chrétiens ayant bafoué le temple de Vénus. Julien voit parmi eux Agathon qui refuse le pardon que lui propose l'empereur. Devant le temple d'Apollon, Julien est maudit par un évêque, et le temple s'écroule.

Acte III vignette|Henrik Klausen interprétant Maximos au cours de la première représentation norvégienne de la pièce à Oslo en 1903.Antioche est dirigée avec une main de fer par un homme que Julien a choisi. Libanios, devenu magistrat de la ville s'en plaint. Julien lui dit qu'il punit le peuple qui croit trop en Jésus. Pour ce faire, les Écritures Saintes sont brûlées et les chrétiens, expropriés. Julien veut leur prouver que Jésus se trompe en disant que le temple de Jérusalem ne sera jamais rebâti : il a envoyé des gens pour le reconstruire. Arrive Jovien, chargé de cette mission, qui annonce qu'il n'a pas réussi à rebâtir le temple: des tremblements de terre l'ont détruit à nouveau. Ensuite, Julien décide de déclarer la guerre au roi perse : il veut contrôler le monde.

Acte IV L'armée de l'empereur est à la frontière perse. Julien veut atteindre Ctésiphon. Il se compare à ses dieux en obligeant les soldats à brûler de l'encens sur une de ses statues pour recevoir leur solde. Les soldats chrétiens sont au désespoir en apprenant qu'ils ont participé à un culte païen. Un déserteur perse arrive, et annonce à Julien qu'il est pris au piège par le roi perse et qu'il doit brûler sa flotte pour attaquer par les terres perses. Julien s'exécute mais découvre, trop tard, que le déserteur a menti, et qu'il s'est enfui.

Acte V La campagne semble vouée à l'échec : les augures se taisent, ce qui est mauvais signe et les Perses brûlent leurs champs. Les conseillers de Julien s'inquiètent pour lui: il a tenté de se suicider, car tout le monde saura sa défaite. Les Perses attaquent le camp. Agathon tue Julien avec une lance dans la mêlée. Après la victoire, Julien meurt tandis que Jovien est déclaré empereur.

Représentations et traductions La pièce a été publiée le à Copenhague, dans un tirage de , qui sera suivi la même année par un tirage de . Une version remaniée en six actes est donnée au Stadttheater de Leipzig le et sera reprise à Berlin, au Belle Alliance Theater, le , à l'occasion du soixante-dixième anniversaire d'Ibsen. Le , L'Apostasie de César est jouée à ChristianiaAncien nom de Oslo., au Nationaltheatret. Ce même théâtre présentera la pièce dans son intégralité, bien que dans une version écourtée, en 1955. En 2006, la pièce n'avait toujours pas été montée en France. En 2011, une représentation au National Theater, à Londres, avec la coupe de partiesCette liste n'est pas exhaustive..