thumb|Rassemblement de suprémacistes blancs qui sont membres du Ku Klux Klan (KKK) à Baltimore en 1923. Défini comme organisation terroriste d'extrême droite, le KKK est apparu dans les états du Sud des États-Unis au et est largement considéré comme le groupe de haine antinoir le plus célèbre du pays, atteignant 6 millions de membres dans les années 1920.
Le racisme antinoir ou négrophobie est une forme de racisme caractérisée par la haine, les préjugés et la discrimination dirigée spécifiquement contre les personnes racisées de peau noire, particulièrement d'Afrique subsaharienne ou de la diaspora africaine mais également la détestation de la culture noire au niveau mondial. Ces sentiments incluent de manière non exhaustive l'attribution de caractéristiques négatives aux personnes à la peau noire, la peur, la répugnance ou la déshumanisation des hommes noirs et l'objectification (incluant l'objectification sexuelle) et la déshumanisation des femmes noires.
D'abord défini par l'universitaire et travailleur social canadien Akua Benjamin, le terme racisme antinoir (abrégé ABR en anglais) décrivait originellement le racisme envers les personnes noires d'ascendance africaine, comme façonné par le colonialisme européen et la traite négrière occidentale. Le mot noir peut aussi s'appliquer plus largement à d'autres groupes, incluant les personnes de peau noire du pacifique, tel que les Aborigènes d'Australie et les Mélanésiens. Ainsi, le terme Racisme antinoir a depuis été utilisé pour se référer au racisme contre les personnes de peau noire d'une manière plus générale. Les plus vieux termes négrophobie et couleurphobie étaient des termes créés par les abolitionnistes américains pour décrire le racisme envers les peuples d'ascendance d'Afrique sub-saharienne qui étaient désignés à cette époque comme nègres ou colorés.
Définition et utilisation du concept Le terme est notamment utilisé par des groupes luttant spécifiquement contre le racisme à l'égard des personnes de peau noire, comme le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), qui utilisent parfois comme synonyme le terme de « négrophobie », comme le fait la Brigade anti-négrophobie.
Le terme afrophobie, de l'anglais , est utilisé par le Réseau européen contre le racisme (voir European Network Against Racism).. Le racisme antinoir peut parfois se parer de motivations bibliques, par exemple chez certains calvinistes et évangéliques qui, s’appuyant sur une interprétation littérale de la malédiction de Canaan dans le livre de la Genèse (9:25 à 27) et de la « Table des peuples », ont justifié l’esclavage, la ségrégation et l’apartheid, encouragés par les doctrines raciales de l’anthropologie du , héritées d'Arthur de Gobineau à qui l’on doit le premier livre en français de pseudoscience tentant de prouver la hiérarchie des races dans son Essai sur l’inégalité des races humaines..
Le mot « nègre » est aujourd'hui devenu emblématique du racisme antinoir en français.
Dans le monde Afrique Afrique du Sud
Le racisme en Afrique du Sud remonte aux premiers récits historiques des interactions entre les peuples africains, européens et asiatiques sur les côtes de l'Afrique australe. Il a existé pendant plusieurs siècles de l'histoire de l'Afrique du Sud, remontant à la colonisation de l'Afrique du Sud par l'empire colonial néerlandais, qui commence en 1652. Avant que le suffrage universel ne soit établi en 1994, les Blancs sud-africains, et particulièrement les Afrikaners, ont bénéficié de nombreux privilèges sociaux qui étaient refusés aux peuples indigènes africains pendant le régime raciste de l'Apartheid. Les exemples de racisme systémique envers la population noire au cours de l’histoire sud africaine incluent déportations, ségrégation raciale, inégalités économiques, et disqualification au droit de vote.
Mauritanie
En Mauritanie, l'esclavage, officiellement aboli en 1980 et criminalisé en 2007, persiste avec un fondement raciste. Les employeurs d'esclaves arabes utilisent des esclaves noirs et la race est une source première de division. La persistance de l’esclavage, en Mauritanie, s’explique par de multiples causes que seuls de profonds changements institutionnels, de mentalité et une volonté politique peuvent changer.
La société mauritanienne est minée par les divisions ethniques et la hiérarchie selon la couleur de peau. Le gouvernement a été suspecté de chercher à exclure une partie des Négro-Mauritaniens de la nationalité mauritanienne..
Soudan Au Soudan, avant la scission du Soudan du Sud, l'adoption imposée de la culture islamique et arabe dans les institutions nationales a entraîné l'exclusion des musulmans africains, des chrétiens africains et animistes. La constitution plaçait les non-musulmans dans une situation d'infériorité dans leur pays.
Les institutions publiques au Soudan se caractérisent par des signes extrêmes de racisme, qui sont ancrés dans les institutions nationales et visent la population des Africains noirs. Par exemple, les habitants qui vivent dans des ghettos autour de Khartoum sont pour la plupart des personnes qui ont été expulsées de leur lieu d'origine. Le gouvernement dirigé par le président Al-Bashir a intensifié les expulsions de ces groupes spécifiques. Il autorisait pour cela la police à déporter des populations noires dans des lieux désolés.
L'esclavage est toujours pratiqué au Soudan. Les esclavagistes arabes choisissent leurs victimes en fonction de leur race, de leur ethnie et de leur religion et considèrent les Noirs du Sud comme des infidèles inférieurs.
Le Soudan a été le théâtre de la seconde guerre civile soudanaise qui a notamment vu, selon certains analystes, les populations civiles noires du Sud être victimes d'une politique du pouvoir arabe de Khartoum d'inspiration raciste et totalitaire sous la forme d'une guerre d'extermination.
La guerre du Darfour, conflit ayant débuté en 2003, est présentée comme opposant. des tribus arabes dont sont issus les Janjawids et des tribus noires non-arabophonesSite de Jacques Leclerc, université de Laval.. Pour le spécialiste du Soudan Marc Lavergne, le conflit ne serait pas racialAnalyse de Marc Lavergne. mais les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance auraient ignoré les provinces périphériques de la capitale, dont le Darfour, et instrumentaliseraient des miliciens à des fins économiques.. Selon Gérard Prunier, spécialiste de l'Afrique de l'Est, la cause du conflit au Darfour est « racioculturelle ». Selon ce chercheur, les « Arabes sont minoritaires au Soudan » et « les islamistes ne sont que l’ultime incarnation historique de leur domination ethnorégionale ».. Selon un certain nombre d’observateurs kényans, un racisme systématique est à l'origine des violences et la cause profonde de la volonté arabe d’élimination systématique des Noirs au Darfour.
Europe France
Historique vignette|Affiche publicitaire de 1895 véhiculant des stéréotypes raciaux. Selon le rapport 2019 de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) « le racisme anti-Noirs est imprégné par le racisme d’exploitation pratiqué pendant des siècles dans le cadre de la traite négrière et de l’esclavage colonial. Ce dernier a émergé à partir de la fin du puis s’est poursuivi aux avec le développement de théories sur la hiérarchie des races humaines justifiant l’exploitation de celles classées comme inférieures. Des caractéristiques anthropomorphiques et intellectuelles ont alors été attribuées aux personnes noires, assignées en conséquence aux emplois et positions sociales inférieurs »RAPPORT SUR LA LUTTE CONTRE LE RACISME, L'ANTISÉMITISME ET LA XÉNOPHOBIE - FOCUS : LUTTER CONTRE LE RACISME ANTI-NOIRS, Commission nationale consultative des droits de l'homme, 2019, page 8.. La Tête noire, pièce de théâtre de foire d'Alain-René Lesage et Jacques-Philippe d'Orneval (1721), témoigne du racisme latent de l'époque.
Selon l'historienne Aurélia Michel, les « Blancs », qu'on s'est mis à appeler comme tels à partir de l'importation d'esclaves dans les colonies, ne sont pas devenus esclavagistes parce qu'ils étaient racistes, mais racistes parce qu'ils étaient esclavagistes. Les théories pseudoscientifiques sur les « races » ne viendront qu'au .
Code noir
Dans le contexte de l'esclavage, le Code noir est le titre donné à l’Ordonnance royale ou Édit royal de mars 1685 touchant la police des îles de l'Amérique française de 1718, puis aux édits similaires de 1723 sur les Mascareignes et de 1724 sur la Louisiane, et enfin, à partir du milieu du , aux recueils de textes juridiques relatifs aux territoires français d'outre-mer où l'esclavage était pratiqué. Cet ensemble de textes législatifs institutionnalise et marque du sceau de la légalité des pratiques de domination, d'exploitation et de ségrégation que l'esclavage avait fait émerger.
Le Code noir est ainsi un .. Les historiens Gilles Havard et Cécile Vidal attestent en outre de l'élaboration d'un racisme d'État, reposant sur le concept de la pureté du sang, en Amérique française au .
Montesquieu, dans son texte « De l’esclavage des nègres » de De l'esprit des lois critique ironiquement le système esclavagiste et sa négrophobie, en utilisant des arguments de plus en plus absurdes commençant par: « Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre. »Montesquieu était-il négrophobe, comme l'a affirmé «AJ+ en français» dans une vidéo ?, Libération, 9/8/2019..
Code de l'indigénat
Le terme de Code de l'indigénat renvoie non pas à un code juridique unifié, mais à une législation d'exception et un ensemble de pratiques disparates utilisées dans les territoires du second empire colonial français depuis le milieu du jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. En février 1944, la conférence de Brazzaville recommande la suppression de l'indigénat, qui est aboli en Algérie par l'ordonnance du 7 mars 1944. Cependant, certaines pratiques perdurent jusqu'aux indépendances.
Cette législation d'exception est étudiée par plusieurs historiens : Gilles Manceron la décrit comme un , Carole Reynaud-Paligot comme une , alors qu'Olivier Le Cour Grandmaison insiste sur une . Pour Emmanuelle Saada, dans les colonies françaises et avec l'indigénat, ..
L'historien Laurent Dornel indique qu'en métropole et pendant la Première Guerre mondiale, la main-d'œuvre coloniale a vécu une quadruple exclusion, raciale, sociale, sexuelle et politique, sans que l'on puisse pour autant parler d'un racisme d'État : .
Époque contemporaine
Le rapport 2019 de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, publié en , comporte une focalisation sur le racisme antinoir. Il reprend notamment le constat effectué dans le rapport 2018, selon lequel les personnes noires constitueraient une des minorités parmi les plus touchées par les discriminations, tout en étant paradoxalement parmi les minorités les plus acceptées dans les sondages sur la tolérance vis-à-vis des minorités. Il affirme que . Il cite l’enquête Trajectoires et Origines (TeO), qui porte sur les descendants d’immigrés établis en France, qui indiquerait que les descendants de Subsahariens ont 1,3 fois plus de risque de subir des traitements inégalitaires ou des discriminations que la et que les Noirs, aux côtés des Maghrébins, subissent plus de discriminations que le reste de la population.