Un pied de caméra est un dispositif qui permet au cadreur d’un film (cinéma, téléfilm, documentaire, clip, publicité, amateur) de mettre en place un appareil de prise de vues animées pour effectuer le tournage d’un plan au cadrage aussi bien fixe qu’en mouvement (panoramique, travelling, grue).

Souvent, ce support est un trépied inspiré de ceux qui servent en photographie mais adapté au poids plus important d’une caméra et à la réalisation de mouvements lors de la prise de vues. Mais il peut prendre des formes inattendues, liées aux progrès des appareils de prise de vues et aux modes esthétiques.

Histoire

Contrairement aux appareils photo qu’il était possible de porter contre soi pour une prise de vue instantanée (Kodak avait inventé la pellicule souple dans ce but), les premières caméras de cinéma ont nécessité d’être posées sur un support adéquats. Dans la toute première, la caméra Kinétographe, mise au point par Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson, la pellicule était entraînée par un moteur électrique et le mouvement alternatif du film produit par une came à rochet électrique. À l’époque, un tel mécanisme représentait plus de et le kinétographe était posé sur ce qu’on appelle aujourd’hui un praticable de petites dimensions. En revanche, la caméra Cinématographe, mise au point par Louis Lumière, était destinée au marché des amateurs pour à la fois tourner des films familiaux et effectuer leur projection à domicile. L’appareil avait en conséquence été prévu doté d’une manivelle d’entraînement afin d’être léger (moins de ) et très mobile. Cependant, la mise en rotation de la manivelle à raison de deux tours à la seconde rendait impossible un porter de la caméra contre soi et encore moins à main levée (au poing). Sa mise en place sur un trépied photographique était obligatoire. La tradition photographique d’une prise de vues à niveau était respectée, la caméra était simplement fixée au sommet des branches du trépied.

Autant l’appareil photo était devenu un objet connu et que de plus en plus de gens aisés possédaient, autant la caméra de cinéma était un objet de curiosité, attisée par le côté un peu magique du mouvement de rotation qu’impulsait l’opérateur à sa manivelle, qui donna plus tard en français l’expression « tourner un film ». Les cinéastes devaient être rapides pour mettre en batterie leur appareil, faute de quoi ils risquaient d’être entourés de curieux, au détriment de leur prise de vues, sauf si c’était volontaire.

Trépied cinéma

Longtemps, les supports de caméra ont été des trépieds en bois. À tel point que la plupart des fabricants de caméras proposaient également un trépied de leur conception. L’avantage principal du bois est son poids modéré, en comparaison avec la plupart des métaux, et la facilité de son façonnage, associé à une souplesse qui le protège des coups et évite tout graissage. Les trépieds ont ensuite été construits en tubes télescopiques de métaux légers, notamment en duralumin.

Le trépied bois Trois jeux de branches coulissantes face contre face, avec autant de dispositifs de serrage métalliques. Leur extrémité est protégée par une pointe métallique destinée à ancrer le pied dans le sol. En cas de tournage en intérieur, un triangle, en bois ou métallique, ou une pièce en forme pliable (nommée Y), évite aux pointes de détériorer les parquets, et aussi de glisser sur toute surface lisse. Certains modèles possèdent une sécurité sous la forme de chaînettes qui relient les dispositifs de serrage, empêchant ainsi un écartement total accidentel des branches, qui pourrait être préjudiciable à la caméra (détail que l'on peut remarquer sur la photo du réalisateur Joris Ivens. Un niveau à bulle indicatif est présent sur la base.

À la jonction des trois branches, une simple plateforme supportait la caméra dans les deux premières décennies du cinéma, identique à celle que les photographes employaient en extérieur avec les chambres photographiques.

Sur cette photo de tournage du film Intolérance, derrière D. W. Griffith qui dirige Miriam Cooper, une caméra Pathé Professionnelle est installée sur un trépied en bois équipé d’une plateforme simple. L’opérateur règle le niveau en termes d’horizontalité en écartant peu à peu chacune des branches. Il n’y a pas, couronnant la plateforme, ce qui est appelé une tête.

Les caméras de cinéma sont plus lourdes que les chambres photographiques. Le réglage de leur niveau par le seul trépied est plus difficile et plus risqué à effectuer. Très tôt, la nécessité d’une tête réglable indépendante des branches, a amené à concevoir des têtes qui permettaient de régler rapidement l’axe et l’angle de prise de vues grâce à deux couronnes, l’une, horizontale, pour le réglage de l’axe, l’autre, demi-couronne ou axe de rotation, pour le réglage azimutal. Les deux systèmes ont perduré parallèlement afin d’activer ces réglages :

Le "manche". Ce dispositif simple et économique assure la tenue de la caméra et son réglage en tous sens. Sur cette photo, le cadreur allemand Arndt von Rautenfeld utilise une caméra Debrie Parvo L montée sur un trépied en bois dont la tête, sous la poussée du manche, une sorte de gouvernail, oriente la caméra et permet les différents mouvements de panoramique et leur combinaison (à gauche, à droite, vers le haut, vers le bas). Ce dispositif va de pair avec une position caractéristique du cadreur, penché et faisant corps avec la caméra (position renforcée par la visée reflex).

Les couronnes dentées. Elles sont animées par deux manivelles. Sur cette photo, Charles Chaplin vérifie le cadrage d’un plan avec la caméra Bell-Howell 2709 montée sur un trépied en bois dont la tête est activée par les deux petites manivelles que l’on voit devant (réglage vertical) et sur le côté (réglage horizontal). La manipulation des manivelles nécessite une habileté ambidextre que n’exige pas le "manche", et la position de visée avec ce dispositif implique un certain recul par rapport à la caméra. Le cadreur se tient droit (viseur clair latéral).

"Manche" et/ou couronne dentée. Parfois se côtoient les deux systèmes.

Le trépied métallique

Il est composé de tubes télescopiques avec des systèmes de serrage par joint torique. Comme le trépied bois, il aligne trois modèles aux branches de différentes longueurs, ce qui donne trois hauteurs maximales possibles : grandes branches, moyennes branches (1 ou 2 modèles parfois) et petites branches ("").

Lorsque le contrôle des mouvements est assuré par un "manche", au-dessus du pied, se trouve un bol (nommé "cuvette" ou "coupole") dans lequel on peut introduire une demi-sphère qui s’adapte à ce bol et permet très rapidement de « faire la bulle », comme le disent les techniciens, autrement dit : positionner la plateforme de la caméra (appelée la "platine") à l’horizontal parfait et rendre solidaires le bol et la demi-sphère (donc la caméra et le trépied) grâce à un solide serrage de la grosse vis que porte la demi-sphère. Ce dispositif permet de « casser la bulle », afin d’obtenir un cadrage penché que l’on appelle un plan cassé ou débullé. Certains modèles, destinés à des caméras lourdes, possèdent des volants régulateurs internes destinés à rendre plus fluides les mouvements que le cadreur impulse à l’appareil.

Lorsque le contrôle des mouvements est assuré par des manivelles, celle de droite active le mouvement vertical par l’intermédiaire d’une vis sans fin, celle de gauche active le mouvement horizontal. La couronne dentée produisant le mouvement vertical est appelée berceau car elle fait osciller la caméra d’avant en arrière, comme un berceau d’enfant. L’Américain George Worrall est à l’origine du plus célèbre de ces dispositifs (en anglais : "", "tête à engrenages"), conçue pour la caméra Mitchell. Au préalable, il est nécessaire de mettre le tout à l’horizontal par le raccourcissement ou l’élongation des branches du trépied, et ce dispositif ne permet pas de « casser la bulle ». Pour ce faire, il faut installer des pièces supplémentaires en forme de coins (au surnom familier en France de quart de Brie). Par construction et position du centre de gravité par rapport au diamètre du berceau, la caméra non contrôlée par l’opérateur revient spontanément en position neutre, sans angle azimutal.

La société Mitchell a elle-même initié d’autres systèmes de berceaux, notamment le dispositif "Mitchell Vitesse" où le poids de la caméra est disposé "sous" l’axe de rotation vertical (comme une balançoire), ce qui permet des recadrages ou des panoramiques verticaux très rapides, sur 360°, et cela en toute sécurité pour l’appareil. D’autres fabricants ont mis sur le marché des têtes à berceau : Arri, Gearnex, Technovision...

Pied boule C’est un peu l’équivalent du monopode photographique, mais il est plus ancien, et surtout beaucoup plus lourd. Il comporte un seul ensemble de tubes métalliques télescopiques de gros diamètre posé sur une forme en Y en métal moulé munie à chaque extrémité de roues caoutchoutés dures protégées par un carénage. La montée et la descente de la caméra sont facilitées par un système hydraulique intégrée ou par une simple crémaillère à manivelle. Avec la caméra, le tout peut dépasser largement les . Le pied boule est prévu pour des tournages en studio, mais peut être utilisé sur toute surface lisse en extérieur. Il sert sur un plateau à déplacer la caméra d’un point de prise de vues à un autre, mais pas pour effectuer un travelling. La télévision l’a adopté pour les tournages multi-caméras sur les plateaux, plus solide à l’usage que les bricolages à partir de trépieds

Dolly

Pour effectuer des travellings, l’imagination n’a pas fait défaut aux cinéastes des premiers temps. C’est Alexandre Promio, un opérateur de Louis Lumière qui eut le premier l’idée (simple, mais encore fallait-il y penser) de monter avec sa caméra dans un "" vénitien et d’y filmer une vue du Grand Canal défilant devant son objectif. C’était en 1896, et bientôt, tous les opérateurs de tous les pays installèrent leurs caméras dans les voitures, les trains, les ascenseurs, les ballons dirigeables… en un mot, toute machine pouvant se déplacer avec des passagers. Dans les studios, les idées ne manquèrent pas et des chariots très différents furent bricolés pour mettre en mouvement la caméra.

Dolly (dollies au pluriel) est un mot anglais passé en français dans le jargon professionnel du tournage de films, qui désigne un support de caméra utilisé pour effectuer des travellings, dont certains modèles peuvent transporter en plus de la caméra le cadreur, voire son premier assistant opérateur ("pointeur"). Le roulement offre deux possibilités : déplacement sur pneus (terrain plat et solide, ou chemin de contreplaqué épais) ou déplacement sur rails. Aujourd’hui, il existe une infinité de modèles de dollies, car mettre systématiquement en mouvement une caméra est devenu une mode esthétique parfois incontournable, ce qui a créé un marché fleurissant de dispositifs ingénieux.

Dolly simple : dans ce modèle, la hauteur de l’axe de prise de vues est déterminée avant le tournage du plan, et ne peut pas varier durant la prise. Les roues, en disposition de triangle ou de parallélépipède rectangle ont un écart fixe.

Dolly à bras modulables : les différents bras équipés de roues peuvent être écartés ou repliés individuellement par commodité (notamment par rapport aux obstacles du décor) tout en gardant un parallélogramme de sustentation suffisant pour conserver l’équilibre de la caméra.

Dolly à élévation : l’axe de prise de vues peut être élevée ou abaissé pendant la prise de vues grâce à un dispositif de vérin hydropneumatique, mouvement de grue qui porte cet axe jusqu’à du sol et sert surtout à recadrer un personnage pour l'accompagner dans ses gestes (par exemple, se lever ou s'asseoir).