Sālote Tupou , née le à Nukuʻalofa (Tonga) "The monarchie", gouvernement des Tonga et morte le à Auckland (Nouvelle-Zélande), est reine des Tonga de 1918 à 1965.

Noms Le nom complet de naissance de Sālote est Sālote Mafile’o Pilolevu Tupou, comme sa grand-mère, fille unique de George Tupou . « Sālote » est l'adaptation locale de « Charlotte », d'après Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, épouse de George , qui inspire le nom de baptême de George Tupou . Le nom incarne la noblesse et la continuité dynastique dans la tradition tonga.

Lorsqu’elle accède au trône en 1918, elle adopte le titre officiel de Sālote Tupou . Ce titre honore à la fois la tradition royale et sa position de « Tuʻi Kanokupolu », symbole de l’unité et de l’autorité morale du royaume.

Biographie Naissance et contexte Sālote Tupou , née le à Nuku’alofa, est issue de la dynastie royale des Tupou, qui gouverne le royaume de Tonga depuis le . La dynastie des Tupou trouve ses racines dans l’unification du pays sous le règne de George Tupou , qui abolit le système féodal en faveur d’un gouvernement centralisé. Ce règne est marqué par des réformes majeures, notamment la promulgation de la Constitution de 1875, qui pose les bases d’un État moderne, tout en préservant les traditions.

Les aristocrates tongiens sont divisés en lignées sacrées et lignées héréditaires, chacun occupant un rôle clé dans la société. Les titres de chefs sont attribués selon l'ascendance matrilinéaire, c'est-à-dire avec une importance accordée au rang familial des mères. Les lignées sacrées, issues des anciens Tu’i Tonga (les rois sacrés), maintiennent leur prestige, malgré la fin de leur autorité politique directe au .

Sālote est la première fille du roi George Tupou et de la reine Lavinia Veiongo, issue de la lignée des Tuʻipelehake, une branche prestigieuse de l’aristocratie. Bien que sa mère soit reconnue pour son élévation sociale et son influence culturelle, son mariage suscite des dissensions à la cour en raison des rivalités politiques internes. La mort prématurée de la reine Lavinia le suscite une crise dynastique, résolue par la décision de préparer Sālote à devenir la future souveraine.

Enfance et éducation vignette|gauche|La princesse Sālote en 1908. Le décès de sa mère provoque une crise dynastique et le père de Sālote se révèle être un piètre modèle en tant que roi. C'est la mère de Lavinia qui prend en charge son éducation et lui enseigne les coutumes et traditions tongiennes. Cependant, elle meurt en 1907. Sālote est alors envoyée vivre chez son grand oncle, Mateialona, qui est le Premier ministre de George Tupou . Elle y trouve un cadre familial stable.

En 1909, au terme de la crise dynastique qui conduit au remariage de George Tupou , il décide de l'envoyer à Auckland, afin d'y faire son éducation. Ce départ est précipité et l'éloignement forcé car le nouveau couple, comme l'aristocratie tongienne, souhaite qu'un fils remplace rapidement Sālote en qualité d'héritier. Elle est hébergée chez les Kronfeld, une riche famille juive-allemande. Durant trois ans, son père lui paie une gouvernante et un professeur de piano pour qu'elle reçoive un enseignement à domicile.

En 1913, elle poursuit ses études à la Diocesan School for Girls à Epsom, avec d'autres élèves de milieux privilégiés. Très populaire, elle semble douée au basket-ball et bonne danseuse. Malheureusement, le déclenchement de la Première Guerre mondiale met un terme à sa scolarité et Sālote retourne sur l'île de Tonga en 1915 sur ordre de son père. En effet, après cinq ans de mariage, le nouveau couple n'a toujours pas de fils et Sālote reste l'héritière présomptive des Tonga. Il devient donc urgent de la former aux tâches royales.

La légitimité de Sālote, en tant qu'héritière, provient de son ascendance sacrée des Tuʻi Tonga, de son rang social au sein des Tuʻi Kanokupolu et de son ascendance directe avec George Tupou , unificateur des Tonga. La culture tongienne lie les différents titres aux notions de mana et de tapu, leur conférant ainsi un caractère sacré supplémentaire. Cependant, George Tupou fait de nombreuses concessions durant son règne, au point que l'autorité royale n'a pratiquement plus de prérogatives réelles. Les titres dont Sālote est l’héritière ne correspondent plus au royaume unifié de son grand-père, qui semble en réalité proche de son démembrement.

Mariage dynastique Après le seizième anniversaire de Sālote, le roi George Tupou II hésite à choisir un époux, car il craint l'émergence d'une faction hostile à son règne. Parmi plusieurs candidats, il décide de faire de Viliami Tungi Mailefihi son beau-fils. Au sein de l'aristocratie tongienne, c'est le candidat au statut social le plus élevé, détenteur du titre de chef de Tungi. Il est également en troisième position en tant qu'héritier du trône, après les fils de George Tupou II, ce qui lui permet d'éviter l'émergence d'une faction hostile puissante.

Les préparatifs du mariage prennent trois mois, afin de fournir la nourriture en abondance, ainsi que l'exige la coutume pour des mariages de grande importance. Sālote choisit d'arborer un style occidental et fait réaliser sa robe en Australie. La cérémonie se déroule le . Ce mariage dynastique permet de mettre un terme à un conflit entre les deux dynasties, cependant il en crée un nouveau puisque Tungi est particulièrement déprécié par le chef de Tongatapu et les partisans réactionnaires hostiles au roi George Tupou II.

Règne Couronnement et grippe espagnole vignette|Couronnement de la reine Sālote Tupou le ; à ses côtés se trouve son mari. Le , George Tupou meurt et Sālote accède au trône, prenant le titre de Sālote Tupou à seulement . Elle décide d'instaurer un deuil de six mois, bien au-delà des précédents deuils royaux. Afin de lier les funérailles et le deuil à une forme de démonstration de son mana en tant que nouvelle reine, les cérémonies et rituels pratiqués sont particulièrement élaborés et s’étendent sur toute la durée du deuil. Cette action a une symbolique spirituelle forte pour les Tongiens, puisqu'une période de deuil est représentative de la quantité de forces spirituelles devant transiter d'un défunt à un vivant. Le couronnement de Sālote Tupou ne peut s'effectuer qu'au terme de cette période, le .

La première année de règne s'accompagne de nombreux problèmes. Les finances de son père endettent le royaume depuis plusieurs années. Une première mesure économique consiste à vendre un palais royal construit à Lifuka à la société Burns Philp, afin de pouvoir rembourser quelques créanciers. De plus, elle voyage au sein de tout son royaume afin de tenir des fono (séances royales), au cours desquelles elle reçoit les doléances et demande également une compensation financière.

Avant son couronnement, le , elle donne naissance à son premier fils, Siaosi Taufaʻahau Tupoulahi. La naissance d'un nouvel héritier est présentée le au Parlement des Tonga. La période de deuil s'arrête après l'ultime cérémonie kaukau (nettoyage des pierres noires) du 4 au . Les cérémonies d'intronisation débutent le avec plusieurs rituels et se clôturent par le couronnement le .

En , Sālote Tupou fait face à la plus importante crise de son règne : la grippe espagnole contamine l'île. En cause, un navire commercial qui a forcé la quarantaine en Nouvelle-Zélande et importé le virus au sein de plusieurs îles du Pacifique. Sur la trentaine d'îles du royaume de Tonga, certaines subissent des pertes si sévères que peu d'habitants y survivent. La jeune reine se rend aux Fidji afin de demander de l'aide, sans succès. Son gouvernement se montre incapable d'atténuer les effets de l'épidémie. Cet échec lui est fermement reproché par le missionnaire McOwan, qui souligne le fait que les membres du gouvernement et de l'aristocratie n'ont porté aucune assistance à leurs sujets. Elle fait de McOwan son principal conseiller en matière de santé, et il lui suggère d'établir un département de la santé.

Politique interne pro-britannique Le plus important problème auquel fait face Sālote durant son règne est la nécessité de retrouver une forme de stabilité intérieure et de contrôler les nobles dissidents. L'une des plus importantes critiques à son égard est sa proximité avec l'Empire britannique et les postes importants qu'elle attribue à quelques conseillers étrangers. Pour les aristocrates tongiens, ces choix font planer le spectre de l'annexion britannique. Cependant, Sālote perçoit au contraire l’alliance avec la Grande-Bretagne comme une opportunité stratégique pour préserver l’indépendance de son royaume face aux pressions coloniales exercées dans la région du Pacifique.

Elle parvient à esquiver les critiques et l'opposition en arrangeant des mariages stratégiques, ce qui rapproche sa dynastie des aristocrates locaux, et en offrant des formations au sein de l'Empire britannique. Elle applique d'abord ses principes à son cercle familial le plus proche, en envoyant ses enfants étudier en Australie, puis à de jeunes Tongiens de rang social élevé. Cette stratégie a également pour objectif de permettre à l'élite de s'émanciper afin de garantir la préservation du royaume.

Les Tonga, sous son règne, conservent un statut unique en tant que royaume indépendant mais allié à la Grande-Bretagne. Sālote utilise ces liens pour promouvoir les intérêts de son peuple, notamment à travers des échanges éducatifs et économiques. Elle veille cependant à maintenir une souveraineté claire sur les affaires internes, consolidant ainsi l’identité nationale des Tonga, tout en naviguant habilement dans le système colonial. La connexion britannique illustre également la vision internationale de Sālote. Elle saisit l’importance des relations extérieures pour positionner les Tonga comme un pays respecté dans le concert des nations, tout en mettant en avant les valeurs culturelles tongiennes.

Sa participation au couronnement de la reine Élisabeth en 1953 marque un moment phare de cette relation. Sālote se distingue par sa décision de participer au cortège royal sous une pluie battante, refusant l’abri d’un carrosse fermé. Ce geste, perçu comme une marque d’humilité et de respect envers la monarchie britannique, lui vaut une reconnaissance mondiale et renforce son image de souveraine proche de son peuple. Elle devient une figure emblématique de la diplomatie royale dans le Pacifique. Time Magazine rapporte que la reine Sālote est accueillie avec grand enthousiasme par le public britannique.. Dans une interview télévisée, en 1953, elle déclare avec humour au sujet du mariage . L'année même de son couronnement, Élisabeth se rend aux Tonga et Sālote Tupou lui offre une fastueuse cérémonie d'accueil agrémentée d'un grand festin et de nombreuses danses traditionnelles spécialement chorégraphiées pour l'événement.

Seconde Guerre mondiale vignette|Parade de la force de défense tongienne célébrant la capitulation de l'Italie devant la reine Sālote Tupou . Sous son règne, les Tonga font partie des forces alliées lors de la Seconde Guerre mondiale. Sālote Tupou décide en effet de mettre et le Parlement approuve la requête de la reine en déclarant la guerre à l'Allemagne le . L'île est placée sous la protection des forces néo-zélandaises. Les deux bataillons qui s'engagent constituent 12 % de la population masculine des Tonga. La reine devient mécène pour la Croix-Rouge, Ambulance Saint-Jean et le Spitfire Fund.

Elle et son mari s'investissent particulièrement dans les affaires militaires. Cependant, le roi consort meurt subitement le . Il s'ensuit une période de deuil, durant laquelle les fonctions militaires sont assurées par un nouveau Premier ministre.

En , les troupes américaines débarquent sur l'île et établissent des défenses avec le soutien des Tonga. Le , Sālote Tupou établit avec Charles A. Lockwood un accord qui scinde en deux la gestion de l'île : les forces militaires américaines doivent s'autoréguler, tandis que la reine dirige les forces tongiennes.

Mise en retrait