Le massacre d'Ekité est une tuerie de masse perpétré le à Ekité au Cameroun à la suite d'une expédition punitive menée par la garde camerounaise, une unité de police coloniale française, lors de la guerre du Cameroun.
Contexte Les maquisards, nom donné aux nationalistes upécistes actifs dans les forêts, viennent d’attaquer un rassemblement catholique à Ekité. Un garde a eu la gorge tranchée.
Ekité, comme plusieurs villages de la Sanaga-Maritime, est une ville réputée hostile à l'administration coloniale française et acquise au front des nationalistes upécistes. C'est un fief pour les partisans de l'UPC, la zone d'action de Ruben Um Nyobè. La ville est un abri pour les maquisards.
Le massacre a lieu durant la campagne de pacification menée par la garde camerounaise dans la Sanaga-Maritime.
Les forces régulières ont une réaction vive et tirent facilement faisant des dizaines de morts.
Déroulement La nuit du 30 au , les gardes camerounais entrent à Ekité, où ils massacrent plusieurs dizaines, peut-être une ou deux centaines, de ses habitants.
Les troupes coloniales étaient à la recherche de combattants indépendantistes, membres de l'Union des populations du Cameroun (UPC). Qualifiés de « rebelles », de « fous » en « état de surexcitation extraordinaire », sous l'emprise magique de la sorcellerie ou du vin de palme.
Gabriel Haulin, capitaine et commandant de la Garde camerounaise qui dirigeait l'attaque, a dénombré des dizaines de morts dont au moins cinquante-six cadavres retrouvés.
Pierre Messmer, haut commissaire de la République au Cameroun dira : .
Un champ des martyrs est identifié par des riverains, il est le lieu d'une commémoration des cinquante ans en 2016 par des upécistes.
Nombre de victimes Des nationalistes parlent de deux cents morts. Gabriel Haulin dénombre cinquante-six cadavres, et « d'autres cadavres de rebelles tués en forêt, non retrouvés, ne sont pas comptés ».
Témoins Gabriel Haulin est commandant de la troupe qui dirige l'attaque. L'administrateur colonial Philippe Antoine était sur place, et a accompagné/mené la troupe de . Les troupes ne font pas de distinction et vont . Il ajoute : .
Odile Mbouma était assise au pied d'un arbre quand elle a soudain entendu des coups de feu des troupes à la recherche des nationaliste Upécistes.
Des rescapés, enfants de rescapés tel Benoît Bassemel, témoins, populations locales - tels Odile Mbouma, M. Kell - et proches de survivants évoquent cet épisode avec « la chair de poule ».
Fosses communes Il se trouve plusieurs, au moins trois, fosses communes dans lesquelles les nationalistes ont été enterrés.
Presse et mémoire La presse locale au moment des faits semble muette. Le massacre fait partie d'une guerre passée sous silence selon la presse 60 ans plus tard.
Les rapports militaires sont inaccessibles et il n'existent pas du côté de l'administration. Il n'y a aucun service officiel pour la mémoire. Quelques personnes y déposent - sur initiative personnelle ou en groupe - des gerbes pour le souvenir.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Compte rendu d'une opération ayant été effectuée le 31.12.1956 près d'Edéa (SHAT (Service Historique de l'Armée de Terre), 6H239);
CR concernant les enseignements à tirer des récents incidents qui se sont déroulés en Sanaga-Maritime , 1" , p. 3 (SHAT, 6H239);
Coup de cœur pour l'Afrique, 1956-1957, Éditions du Pressoir de Montalègre, Cologny, 1992, p. 184;
JMO [journal de marche et des opérations] de l'état-major du colonel commandant militaire du Cameroun , 2e semestre 1956, p. 11 (SHAT, 6H110). et Enseignement tirés des opérations de l'ordre en Sanaga- Maritime en décembre 1956 et janvier 1957 , p. 5;
Trop de sang a coulé, L'Effort camerounais;
Comment le massacre des Kamerunais a été préparé et consommé par le gouvernement français , (ref. Achille Mbembe, Écrits sous maquis, p. 186);
Le Sillage militaire de la France au Cameroun, 1914-1964, p. 198, 199).CAOM, carton 3336, Eugène-Jean DUVAL.
Articles connexes Crime de guerre
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