L'Union française d'information est une agence de presse créée après la Seconde Guerre mondiale pour les journaux de province nés dans la Résistance, en particulier ceux du mouvement de résistants Front national et qui devient liée au Parti communiste français à partir de 1948Article dans Libération par Olivier Bertrand — 30 décembre 1998 .

Journalistes célèbres L'agence a ses propres rédacteurs spécialisés, dont beaucoup sont embauchés en 1947 et 1948, en puisant dans le vivier des journaux clients. Bon nombre travaillent au sein du service des sports, qui suit les grands événements parisiens et internationaux pour ses nombreux clients de province. Parmi eux, les anciens résistants Abel Michéa, Émile Besson et Edouard Seidler, futur patron de L'Équipe et directeur de production de l'émission de télévision "Les Coulisses de l'exploit" sur RTF Télévision puis sur la première chaîne de l'ORTF du au . Émile Besson commence à l'UFI comme coursier, peu avant Edouard Seidler, chargé de la rubrique « rugby » au service des sports en 1948Edouard Seidler, Sport à la une: Trente-cinq ans de journalisme, Editions Calmann-Lévy, 2014 ., avant de rejoindre Paris-Presse puis Le Monde en 1954, pour lequel il couvre les Jeux olympiques de 1960 à RomeJean-Jacques Larrochelle, « Edouard Seidler, ancien directeur du quotidien sportif "L'Equipe" », Le Monde, 1 juillet 2010..

Roland Passevant, futur responsable des pages sports dans la presse communiste, est recruté à l'UFI par Émile Besson, qui contribue plus tard aux rédactions de Miroir Sprint et de Miroir du cyclisme avec Abel Michéa, qui sera rédacteur en chef de Miroir du cyclisme lors de sa création comme mensuel en 1961. Autre figure des journalistes sportifs, Abel Michéa a été embauché en février 1946 à La Voix du peuple de Lyon, journal de Jean Colombel, avant de rejoindre en 1947 l'UFI où sa mère était sténotypiste tandis que son père était journaliste sportif à L’HumanitéConversation avec Jean-Claude Michéa, revue- A Contretemps -.. Il devient chef de la rubrique sportive de L'Humanité, jusqu'en 1963, suivant lui aussi 35 éditions du Tour de FranceBiographie Maitron d' Abel Michéa ..

L'UFI a des journalistes politiques spécialisés comme Pierre Calmette, accrédité à la Présidence de la République, puis à l'Hôtel Matignon et à l’Assemblée Nationale, comme représentant de l'agenceBiographie Le Maitron de Pierre Calmette ., ou Michel Tartakowsky, embauché le et qui y travaille jusqu'en 1953 avant de gérer l'ensemble des correspondants de L'Humanité« Michel Tartakowsky, âme des correspondants de L'Humanité », L'Humanité, 22 décembre 2015..

Plus tard, c'est le futur ministre Jack Ralite, pour qui le PCF envisage un emploi à L'Humanité aux pages « culture », dès , mais qui passe d’abord par l'UFI pour se former en 1955 pendant un anBiographie Le Maitron de Jack Ralite .. L'UFI utilise cependant aussi des articles en provenance des deux quotidiens nationaux du PCF, L'Humanité et Ce soir.

Parmi les autres journalistes célèbres, travaillant comme pigistes, parfois réguliers, l'agence compte Claude Roy et Dominique Desanti, qui est envoyée par l'UFI couvrir le procès de Sofia, organisé dans le sillage de la rupture Tito-Staline de 1948.

Dirigeants La direction de l'UFI est dans les années 1940 et les années 1950 fidèle au PCFArticle de Philippe-Jean Catinchi, le 21 avril 2016 dans Le Monde.. Elle compte parmi ses principaux dirigeants à partir de 1948, et durablement, Jean Dorval, alias Jean OswaldBiographie Le Maitron de Jean Dorval ., qui a fait ses premières armes au journal syndical Le Cri de la Banque. Dorval était le directeur gérant de L'Humanité dans les années 1930, puis de 1944 à 1947. Connaisseur des problèmes de presse, administrateur des journaux France Nouvelle et Démocratie nouvelle, il est aussi vice-président de la Fédération nationale de la presse française et le véritable « patron » administratif de toute la presse communiste.

L'UFI compte aussi à sa présidence le député PCF de la Loire et adjoint au maire de Saint-Étienne Marius Patinaud, rédacteur régulier du quotidien régional du PCF Le Patriote de Saint-ÉtienneBiographie Le Maitron de Marius Patinaud .Charles Fiterman, Profession de foi: Pour l'honneur de la politique, Éditions du Seuil, 2005. qui fut également en , nommé sous-secrétaire d’État au Travail et à la Sécurité Sociale, dans le gouvernement Félix Gouin. Assurant, en l'absence de Jacques Duclos la liaison entre les parlementaires et la presse d'extrême gauche, il est écarté du PCF et de l'UFI en en même temps que 3 autres personnalités PCF du secteur, le sénateur Claudius Buard, le député Albert Masson et le directeur du PatrioteLe Monde du 23 juillet 1953., qui tirait encore à environ en 1950-51, mais qui en est à son vingt-cinquième procès en ..

À la tête de la rédaction de l'Union française de l'information se succèdent Jean Colombel, Georges Fournial et Laurent SaliniPhilippe Dibilio, Georges Leprince, L'aigle et la plume, ou les péripéties de la presse quotidienne Rhône-Alpes, Éditions Fédérop, 1980.. Ancien résistant, Colombel est le futur beau-père d'André GlucksmanBiographie Le Maitron de Jean Colombel .. Jeannette Colombel, qui épouse André Glucksman en 1951, est dès , au moment des grèves de 1947, souvent dans les locaux de l'agence et raconte le début des grèves dans le Nord-Pas-de-Calais quand Léon Delfosse, proche comme elle de Louis Aragon, de Maurice Thorez et de son épousePascale Nivelle, « La philosophe irrespectueuse », Libération, 3 février 2001., est sanctionné pour avoir dit « Le plan Marshall, c'est la ruine des mineurs ».

Jean Colombel quitte l'UFI le Biographie Le Maitron de Jean Colombel<., deux mois après un conflit avec la direction du PCF sur la chasse au Titisme, quand Maurice Thorez lui interdit de mentionner le match France-Yougoslavie dont la plupart des journaux français attendaient pourtant la couverture, au motif que le Kominform fustigeait la Yougoslavie du Tito. Son départ de l'UFI est vécu comme un soulagement, selon le témoignage de son épouse Jeannette Colombel un demi-siècle plus tard"La Nostalgie de l'espérance: Lyon 1945-Algérie 1958" par Jeannette Colombel en 1997 aux Editions Stock . Il reste cependant militant communiste et Jeannette Colombel continue à signer des articles dans la presse communiste.

Le successeur de Jean Colombel à la rédaction en chef de l'UFI est Georges Fournial, avec qui il travaillait déjà depuis 1948 à l'UFI. Ce dernier a une expérience de l'international car il avait été envoyé à Mexico de janvier à par Georges Cogniot, futur directeur de L'Humanité et secrétaire général l'Internationale des travailleurs de l'enseignement, pour préparer un congrès panaméricain des enseignants, épisode qui lui vaudra le soupçon d'avoir organisé l'assassinat de Léon Trotski, qu'il a méthodiquement démenti dans un article posthume à son décès, dans L'Humanitéarticle posthume de Georges Fournial dans L'Humanitédu 29 août 1994 .

Georges Fournial avait ensuite dirigé après la guerre un quotidien issu du Front national, Le Patriote du Sud-Ouest, à Toulouse où son épouse était adjointe au maire.. Son journal est poursuivi par la justice après avoir pris à l'été 1952 violemment à partie le président de la République Vincent Auriol dans l'Affaire Henri MartinOlivier Beaud, La République injuriée: Histoire des offenses au chef de l'État de la à la République, Presses Universitaires de France, 2019 . Jacques Duclos, numéro deux du PCF, vient alors de sortir de prison. Au même moment, au congrès du Syndicat national des instituteurs, de , Fournial s'indigne contre la « fascisation du régime » et réclame que le SNI intervienne contre les violations des libertés, ce qu'il regrettera plus tard. Il quitte l'UFI pour entrer à la direction nationale de la FEN en 1953 et deviendra le correspondant à Paris du journal cubain Révolution en , puis créera en l’Association France-Cuba.

Vers 1954, Maurice Kriegel-Valrimont dirige l'UFI et le Bureau de presse du PCF, qui compte alors douze quotidiens régionaux. Il fait appel en 1954 à Laurent Salini, ancien journaliste de Rouge-Midi et La Marseillaise puis rédacteur en chef du journal corse, Le Patriote en 1945, qui livera de nombreux témoignages sur la Résistance en Corse dès son passage à l'UFI dans les années 1950. Maurice Kriegel-Valrimont est ensuite nommé à la tête de France Nouvelle, où il souhaite développer l'information sur la Guerre d'Algérie, à laquelle s'intéresse de plus en plus le PCF sous l'impulsion de Raymond Guyot, parvenu à la tête de la section de politique extérieure en 1955, et y recrute comme rédacteur en chef Laurent Salini. Après son départ pour France Nouvelle, Laurent Salini est remplacé à l'UFI, alors en perte de vitesse après la déroute du PCF aux législatives de 1958, par Gilbert Souchal, qui après Mai 68 rejoindra Paul Noirot, fondateur de Politique hebdo.

Histoire Les dizaines de journaux résistants de 1944

Fondée après la Seconde Guerre mondiale pour ses journaux de province mais aussi ses nombreux hebdomadaires d'information et de réflexion, l'Union française de l'information travaille d'abord, jusqu'en 1948, pour les seuls journaux dépendant du mouvement de résistance, qui se nomme Front national puis élargit son périmètre.

Du printemps 1943 à la Libération, le Front national de résistance voit éclore dans ses rangs quelque 79 publications résistantesPhilippe Buton, article « Front national », , dans François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole, Dictionnaire de la France libre, Robert Laffont, 2010. dont beaucoup décident de poursuivre leur effort après la Libération. En 1944-1945, l'UFI édite encore, selon une source interne du PCF, un total de 17 quotidiens représentant un cumul d'un million de ventes par jour, ainsi que trois hebdomadaires : La Marseillaise (Île-de-France), France d'abord, et Action. Elle publie par ailleurs cinq hebdomadaires littéraires et quelque 35 périodiques hebdomadaires en provinceMarcel Cachin, Carnets, , tome 4 (1935-1947), publiés sous la direction de Denis Peschanski, CNRS éditions, Paris, 1997..

L'UFI et l'aide à Alger républicain Un rôle administratif de coordination entre tous les titres est aussi assuré par l'l'UFI"La Question, d'Henri Alleg: Un livre-événement dans la France en guerre d'Algérie : juin 1957-juin 1958" par Alexis Berchadsky ., certains envisageant même dès 1946 qu'elle les rachète pour faire face à leurs difficultés financières. C'est le cas d'un titre emblématique, Alger républicain, quotidien de gauche sans lien direct avec le PCF, fondé en 1938 par Jean-Pierre Faure et Paul Schmitt, dans la foulée du journal Oran républicain, et relancé le par un ancien d'Oran républicain, Michel RouzéBiographie Le Maitron de Michel Rouzé . puis installé dans les locaux de la Dépêche algérienne, qui avait collaboré pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que non communiste, Michel Rouzé signe un contrat avec l'Union française d'information dès 1946, permettant de faire face à un tirage en augmentation (15.000 en 1944-1945, 28.000 fin 1946, 31.400 en 1947).. Jean Dutour, Bernard Lyon-Caen, et Pierre Vidaud, journalistes de l'UFI, lui apportent une aide régulière aux plans financier, technique, et juridiqueBoualem Khalfa, Henri Alleg et Abdelhamid Benzine, La grande aventure d'Alger républicain, Editions Dar El Ijtihad, 1987, ..

Son successeur, Boualem Khalfa, est le premier Français musulman à diriger la rédaction d'un quotidien. Installé en France fin 1947, Michel Rouzé peut associer les rôles de correspondant à Paris d'Alger Républicain et de rédacteur en chef-adjoint de Ce Soir, poste rapidement perdu car il est jugé proche d'André Marty qui l'avait conseillé en Algérie au moment de la création du journal France Nouvelle.