La Révolte des Trois Gardes (), ou Révolte Wu Geng, est une guerre civile opposant une alliance de trois Princes Zhou mécontents, de partisans de la dynastie Shang resté fidèles aux rois déchus, d'états vassaux et peuples non chinois et le gouvernement des Zhou, alors sous la régence du duc de Zhou. Cette révolte a lieu à la fin du av. J.C.

Après la chute de la dynastie Shang, Ji Fa (姬发), devenu roi sous le nom de Zhou Wuwang, fait de ses trois frères, Guanshu, Caishu et Huoshu, les « Trois gardes » de l'Est, afin de sécuriser les terres Shang nouvellement conquises. Lorsque Wu meurt, c'est son fils, Ji Song (姬誦), qui lui succède et devient roi sous le nom de Zhou Chengwang (周成王). Mais le nouveau roi est très jeune et c'est Ji Dan (姬旦), premier duc de Zhou et frère du défunt roi, qui se déclare régent et prend en charge les affaires de la cour. Cela suscite la colère des Trois Gardes, qui soupçonnent Dan de vouloir usurper le trône et pensent que c'est à eux que doit revenir la régence. Après s’être alliés à de nombreux nobles séparatistes de l'Est du pays, aux loyalistes Shang dirigé par le prince Wu Geng, et à plusieurs États Dongyi (東夷) et Huaiyi (淮夷), ils se révoltent contre le duc de Zhou. Ce dernier lance alors une seconde « campagne orientale » pour mettre fin à la rébellion, et met au pas les rebelles en trois ans, tuant ou privant leurs dirigeants de tout pouvoir. Ce faisant, il étend également le royaume des Zhou à la Chine orientale, et le transforme en un empire grâce au nouveau système .

Le sinologue américain Edward L. Shaughnessy qualifie cette révolte de « crise de succession qui en est venue à être considérée comme un moment décisif non seulement pour la Dynastie Zhou de l'Ouest, mais aussi pour toute l'histoire de l'art politique chinois ».

Situation avant la révolte vignette|gauche|L’accession au pouvoir du Duc de Zhou est l'une des causes majeures de la révolte.

En 1059 av. J.-C., une conjonction planétaire extrêmement rare se produit, ce qui permet de voir Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne dans la partie nord-ouest du ciel de la Chine septentrionale, ce de manière étroitement groupés. Le peuple Zhou observe ce phénomène et l’interprète comme étant un signe du ciel de grande importance, la preuve céleste que leur souverain a reçu le « Mandat du Ciel ». Wen de Zhou se déclare alors roi, rejette la tutelle de ses anciens seigneurs, les rois de la dynastie Shang, et lance une guerre pour la domination de la Chine. Pendant le règne du roi Wen, les Zhou consolident leur emprise sur les territoires entourant leur patrie, dans la vallée de la rivière Wei. Après sa mort, son fils, Ji Fa, devient le roi Zhou Wuwang et poursuit le combat de son père. Il finit par vaincre la dynastie Shang et conquérir la capitale de cette dernière, Yin, en 1046 avant J.-C.

Si la nouvelle dynastie Zhou a réussi à supplanter l'ancienne dynastie Shang, le pays reste agité et la situation politique, instable. La plupart des États vassaux de l'Est restent fidèles à la dynastie Shang déchue et détestent les nouveaux dirigeants, vus comme étant des « barbares ». Wuwang est parfaitement conscient de la situation et nomme Wu Geng, le fils de Di Xin, dernier roi Shang, au poste de « souverain adjoint de l'Est ». Il espère qu'en agissant ainsi, les Zhou pourront gouverner les terres de l'Est par l'intermédiaire d'un prince Shang. Mais afin de prévenir d'éventuelles révoltes, il décide de prendre une précaution supplémentaire, en faisant de ses trois frères, Guanshu Xian, Caishu Du et Huoshu Chu (霍叔處) les « Trois Gardes » des terres nouvellement conquises. Il leur ordonne alors de surveiller Wu Geng et les autres nobles de l'Est. Mais entre les états des plaines centrales Chinoise ne sont pas les seuls à être hostiles aux Zhou, car de nombreuses tribus Dongyi et de nombreux États du Shandong sont de véritables « bastions des Shang ». En effet, ces tribus et états ont des liens culturels et politiques étroits avec le régime déchu, dont ils ont été les alliés et les vassaux pendant plus de deux siècles. Parmi eux, seul l'État de Xue, dans le sud du Shandong, accueille avec bienveillance l'avènement de la dynastie Zhou et se rallie aux nouveaux rois, car ses dirigeants ont longtemps combattu les Shang pour obtenir leur indépendance.

Après avoir mis de l'ordre dans les terres orientales de son royaume, Wuwang retourne vers l'ouest, dans sa capitale, Fenghao, où il nomme ses autres frères, Dan, le duc de Zhou et Shi, le duc de Shao, respectivement chancelier royal et « Grand Protecteur ». Ces deux derniers deviennent rapidement les deux hommes politiques les plus puissants de la cour.

Wuwang meurt vers 1043 avant J.-C., laissant le trône à son fils aîné, Ji Song, qui devient roi sous le nom de Zhou Chengwang. Cependant, dès le couronnement, Le Duc de Zhou affirme que Chengwang est trop jeune pour gouverner, ce qui est probablement faux. Quoi qu'il en soit, il se déclare régent de Cheng et prend la tête de la cour. S'il subit quelques critiques au début de son règne, Dan parvient à gagner à sa cause les membres les plus importants de la cour et prend le contrôle de la capitale. Avec son demi-frère, le Duc de Shao et Chengwang, il forme un triumvirat de dirigeants, dont il est le chef de facto. Si les choses tournent vite en faveur du Duc de Zhou dans l'ouest, à l'est sa prise de pouvoir provoque un grand ressentiment parmi les Trois Gardes, car Guanshu et Caishu soupçonnent leur frère de vouloir usurper le trône. De plus, Guanshu étant plus âgé que Dan, suivant la tradition, son statut d’aîné aurait dû faire de lui le candidat prioritaire pour la régence. Selon , les communications à l'époque des Zhou de l'Ouest sont tellement lentes qu'il faut entre quarante et soixante jours pour parcourir les routes des montagnes de l'ouest du Henan, ce qui cause « un problème de mauvaise communication et donc de méfiance entre les commandants Zhou stationnés dans la plaine orientale et les nouveaux dirigeants de la capitale ». En 1042 avant J.-C., soit durant la deuxième année de la régence du Duc de Zhou, Guanshu et Caishu finissent par inciter Wu Geng et ses partisans à se révolter.

Guerre Les deux frères rebelles réussissent rapidement à convaincre Huoshu de la justesse de leur cause, et, finalement, ce sont les Trois Gardes qui se révoltent contre le Duc de Zhou. Déjà alliés avec les loyalistes Shang, ils sont rapidement rejoints par de nombreux nobles indépendants, principalement originaires du sud-est. Des pans entiers des terres de l'Est du royaume de la dynastie Zhou se révoltent contre le gouvernement officiel de Fenghao, y compris certains des États qui contrôlent des cols et des itinéraires stratégiques. L'État rebelle du , par exemple, « était situé près de la sortie de la vallée de la qui est reliée à la plaine de Luoyang et juste à l'entrée du bassin de Nanyang, contrôlant la route vers la région de la moyenne vallée du Yangzi Jiang ». De plus, les rebelles réussissent à rallier à leur cause plusieurs alliés extérieurs. Menés par les États de et de Yan, puissants sympathisants de Shang, la plupart des chefs des tribus et état Dongyi du Shandong se rallient à la cause des rebelles. Même certaines tribus Huaiyi, qui contrôlent la région de la rivière Huai, se joignent aux rebelles, alors qu'elles n'ont que peu de liens avec les Zhou ou les Shang. Parmi elles se trouve l'État de , qui va devenir l'un des plus grands ennemis de la dynastie Zhou.

Mais certains États vassaux de l'est restent fidèles aux Zhou, comme celui de Song, dirigé par Weizi Qi, et celui du Yan du nord, dirigé par le Marquis Ke, fils du Duc de Shao. l'État Dongyi de Xue, mentionné plus haut, reste également fidèle aux Zhou, ses dirigeants n'ayant aucun intérêt à voir le retour au pouvoir de la dynastie Shang. Le Shiji de Sima Qian fait état de l'existence de deux autres États loyalistes au Shandong, Qi et Lu, mais cette affirmation n'est pas étayé par d'autres sources textuelles ou archéologiques.

Lorsqu'il est mis au courant du déclenchement de cette révolte, Zhou Chengwang aurait fait appel à la chéloniomancie, une forme de divination utilisant des carapaces de tortue, pour tenter de déterminer s'il doit ou non attaquer ses oncles. Finalement, les oracles concernant une telle attaque sont de bon augure, mais ses conseillers exhortent tous à les ignorer à cause de la difficulté d'une telle offensive et de l'agitation du peuple. Le roi reconnaît que la tâche est difficile et le peuple inquiet, mais refuse d'aller à l'encontre de la volonté apparente du Ciel. Au-delà des oracles, le duc de Zhou, désireux de reconquérir l'Est, est probablement intervenu pour soutenir la décision du roi.

Au début de la guerre, ce sont les États loyalistes de l'Est qui supportent le gros des combats, car le gouvernement a non seulement besoin de beaucoup de temps pour mobiliser ses forces; mais aussi d'au moins deux mois pour faire sortir ses troupes de la vallée de la rivière Wei et les déployer dans la plaine orientale. En conséquence, les rebelles ont le champ libre pendant près d'un an. Cependant, après de longs préparatifs, les ducs de Zhou et de Shao lancent finalement la deuxième « campagne orientale », pour mater la révolte. Des inscriptions en bronze datant de cette époque suggèrent que Chengwang lui-même a participé à la campagne contre les Trois Gardes en tant que commandant, ce qui contre-dit encore plus l'affirmation voulant qu'il était un enfant à l'époque des combats.

Aidés par le stratège militaire Lü Shang, les loyalistes exterminent les fidèles des Shang au cours de la deuxième année de la rébellion, après de durs combats qui voient la destruction complète de Yin et la mort du prince . Le gros des troupes des Trois Gardes est également vaincue, tandis que Guanshu Xian et Huoshu Chu sont capturés. Caishu Du s'enfuit en exil ou est banni, son sort exact est assez flou. Finalement, Guanshu est exécuté tandis que Huoshu est dépouillé de ses titres et rétrogradé au rang de simple roturier. Malgré sa victoire, le Duc de Zhou continue sa campagne contre les alliés des rebelles situés plus à l'Est et vivant au-delà des frontières du royaume des Zhou. C'est ainsi que, peu après la défaite des Trois gardes, les loyalistes avancent dans le Shandong, le Duc de Zhou commandant personnellement la conquête des États de Feng et de . L'État de Yan est également attaqué par les troupes loyalistes, mais réussit à résister. Au cours de la troisième année de la guerre, l'armée royale de Zhou, dirigée par le Chengwang et le duc de Zhou, mène une expédition punitive contre les peuples Huai, avant de lancer une nouvelle attaque contre Yan, qui est finalement vaincu. Dans l'ensemble, la campagne du Duc de Zhou fait surtout tomber plusieurs peuples de l'Est sous la coupe des Zhou, ce qui permet d'étendre considérablement leur royaume.

Conséquences Réforme du royaume des Zhou vignette|droite|400px|Le territoire des Zhou de l'Ouest, après l'adoption du système .