vignette|upright=1.5|Le combat entre le Kent et La Confiance, par Ambroise Louis Garneray (présent lors de la bataille en 1800). Au 31 du mois d’août est un chant de marins français, écrit au et inspiré de la prise du Kent (Trois-mâts Indiaman britannique de 1200 tonneaux) par le corsaire Robert Surcouf et par son équipage, à bord de La Confiance (petite corvette française de 490 tonneaux).
Bien qu'inspirée de l'événement historique, les dates, lieux et taille des navires évoqués dans la chanson sont différents de l'histoire originale. Les paroles, empreintes de l'univers maritime, célèbrent la victoire française face aux Britanniques.
Événement historique
Le Kent, commandé par Robert Rivington, quitte Torbay (Angleterre) le pour Salvador (Brésil) où il embarque 300 personnes, dont des troupes et des passagers, ainsi que les survivants du Queen, navire parti de Torbay le même jour que le KentHardy & Hardy (1811), p. 202. et détruit dans un incendieNaval Chronicle, Vol. 4, pp. 344–5..
Cet abordage placé par la chanson un au large de Bordeaux a lieu en réalité le près de l'embouchure du Gange, dans le golfe du Bengale en Asie. ..
Le , le Kent croise la corvette corsaire française La Confiance, sous le commandement de Robert Surcouf près de l'embouchure du Gange. À bord du Kent se trouvent 437 personnes dont 100 soldatsHennequin, p. 384.. Surcouf réussit à aborder le navire britannique, pourtant beaucoup plus grand, et à s'en emparer. Les Britanniques comptent quatorze hommes tués et 44 blessés, tandis que les Français perdent seulement cinq hommes pour une dizaine de blessés.
Construction Bien que les lieux et dates soient différents, la prise du Kent aurait inspiré les paroles de la chanson....
L'auteur, la date ainsi que le lieu de création du chant sont incertains, et de nombreuses variantes régionales existent. Connu en 1865., en 1941, il est réputé comme étant d'origine bretonne.. Il est considéré comme un (marine royale française).. Au , il fait partie du répertoire des chansons militaires françaises.
Ce chant est notamment publié par le commandant Armand Hayet en 1927, dans son ouvrage Chansons de Bord aux Éditions Eos., qui le lie à Surcouf.
Structure Le chant est construit sur l'air d'une marche militaire préexistante. et est utilisé comme chant de gaillard d'avant, c'est-à-dire une chanson entonnée lors des moments de détente entre les marins.. Il compte six couplets de cinq vers dont les deux premiers vers sont répétés. Dans certaines interprétations traditionnelles, la chanson n'a pas de refrain et le refrain (« Buvons un coup ... ») est chanté comme dernier couplet..
Gestuelle Le refrain de la chanson est associé à une gestuelle particulière : . Ce geste est lancé à la fin du deuxième couplet, avec la phrase .
Adeline Poussin rapporte que, parmi les militaires, cette gestuelle est généralement lancée par un sous-officier âgé, entraînant avec lui tous les participants, des soldats aux plus hauts gradés.
Mélodie
Le refrain se chante sur la même mélodie que le couplet.
Paroles Au trente-et-un du mois d’août (bis) Nous vîmes venir sous l'vent à nous (bis) Une frégate d’Angleterre Qui fendait la mer et les flots C’était pour attaquer Bordeaux !
Buvons un coup, Buvons en deux, À la santé des amoureux ! À la santé du Roi de France, Et merde pour le roi d'Angleterre Qui nous a déclaré la guerre !
Le commandant du bâtiment (bis) Fit appeler son lieutenant (bis) « Lieutenant te sens-tu capable, Dis-moi te sens-tu-z-assez fort Pour prendre l’Anglais à son bord ? »
Le lieutenant, fier-z-et hardi (bis) Lui répondit : « Capitain’-oui (bis) Faites branle-bas à l’équipage Nous allons hisser pavillon Qui rest’ra haut, nous le jurons ! »
Le maître donne un coup d'sifflet (bis) En haut larguez les perroquets (bis) Largue les ris et vent arrière Laisse porter jusqu'à son bord, Pour voir qui sera le plus fort ! »
Vire lof pour lof en arrivant (bis) Je l’abordions par son avant (bis) À coups de haches et de grenades, De pics, de sabre et mousquetons, En trois cinq sec je l’arrimions !
Que dira-t-on du grand rafiot (bis) À Brest, à Londres, et à Bordeaux (bis) Qu’a laissé prend’ son équipage Par un corsaire de six canons Lui qu’en avait trente et si bons !
Variantes Dans certaines variantes, la fin du deuxième couplet est . Le nombre de canons du navire corsaire varie également (six., quinze dans certaines versions). Une autre version du premier couplet donneVilliers de L’Isle-Adam - Le Nouveau-Monde, 1880. : Pendant la Première Guerre mondiale, la chanson est modifiée par les soldats français et transposée au conflit. :Une version paillarde de la chanson existe également, où il n'est plus question de combat naval, mais d'une île déserte où les marins ont de très nombreux rapports sexuels avec des jeunes femmes..
Analyse La chanson célèbre la victoire navale française contre un adversaire plus puissant (trente-six canons anglais contre six ou quinze sur le navire français).
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Les couplets font appel à un vocabulaire maritime précis : frégate, crocher, gabier, matelot, larguer les ris, tandis que le refrain est étranger à l'univers marin.
La gestuelle associée au chant permet de renforcer la cohésion du groupe des chanteurs (en particulier chez les militaires) et facilite la mémorisation des paroles.
Cette chanson est aussi un exemple de chauvinisme. Les paroles du refrain, qui célèbrent le roi de France, sont devenues au , selon Adeline Poussin, une référence générique à la nation française plutôt qu'à un régime en particulier : . Les paroles explicitent un lien entre les membres d'un groupe, dont les Anglais sont clairement exclus. L'insulte lancée au souverain ennemi, anglais (), contribue en miroir à construire une image de la nation adverse .. Cette détestation reçoit une certaine justification par la phrase suivante . Pour Philippe Hamon, cela est propre à de nombreux discours haineux qui ont besoin de se justifier pour se légitimer.
L'univers festif est présent dans le refrain, avec les paroles et . Le chant incite ainsi à boire du vin ou de l'alcool, de manière collective, pour célébrer la victoire : .
Enregistrements La chanson a été de multiples fois enregistrée, en particulier par :
Marcel Nobla et sa bordée, 1955, Pathé, chansons de bord sous la direction d'Armand Hayet Dorothée dans la longue série du Jardin des Chansons - Tirée de l'émission Récré A2 Discopuce Les Quatre Barbus (1997). Les Frères Jacques Bodh'aktan Les Marins d'Iroise. Jacques Yvart Simone Bartel
Références
Voir aussi
Bibliographie
Hardy, Charles and Horatio Charles Hardy (1811) A register of ships, employed in the service of the Honorable the United East India Company, from the year 1760 to 1810: with an appendix, containing a variety of particulars, and useful information interesting to those concerned with East India commerce. (London: Black, Parry, and Kingsbury).
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