Les Allobroges est un ancien quotidien communiste, crée en 1942, paraissant en Isère et dans les départements limitrophes.
C'est un journal issu de plusieurs mouvements de la Résistance intérieure française, duquel se détache le Dauphiné Libéré en 1945 et qui se recentre sur l'Isère en 1956, alors qu'il couvrait cinq départements, puis met fin à sa distribution à la fin de l'année 1958.
Historique Seconde Guerre mondiale La Résistance Dans l'arrondissement de Grenoble, la presse collaborationniste est importante : Le Petit Voironnais est la propriété de Louis Filliard, ami du milicien Ernest Jourdan et se révèle un véritable relais local de la miliceMémoires de Marco Lipzyc, résistant polonais arrivé à Grenoble durant l'été 1938 et Le Petit Dauphinois défend une ligne favorable au gouvernement de Philippe Pétain et de collaboration avec l’Allemagne, allant notamment jusqu’à publier des appels à l’engagement dans la KriegsmarineSite museedelaresistanceenligne.org, Une du journal Le Petit Dauphinois du 21 septembre 1940, consulté le 5 septembre 2020.
Le premier numéro des Allobroges parait le Musée de la Résistance en Isère , avec un premier noyau du mouvement de Résistance Front national, autour de Ludwig Oleskiewicz (dit Debout) et Jacques Royer. C'est d'abord un journal clandestin, qui s'appelle déjà Les Allobroges"La résistance en Chartreuse : Le pays voironnais au cœur de la seconde guerre mondiale par Jean-Philippe Landru - Presses Universitaires Grenoble 2017. André Dufour, Ludwig Oleskiewicz (dit Debout) et Jacques Royer décident du titre après avoir entendu à la radio Les Allobroges, ou Chant des Allobroges, l'hymne de la Savoie, dont le titre originel est "La Liberté", qui évoque le refuge dans le duché de Savoie des proscrits par le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte. On compte ainsi Eugène Sue, Alexandre Dumas ou encore Victor Schœlcher.. Le militant catholique se charge de l'impression grâce à une ronéo et 29 numéros seront publiés entre 1942 et 1944, avec des maquettes et des formats différents, en fonction des moyens disponibles.
Le numéro du 14 juillet 1944 parait en trois couleurs pour la fête nationale. Mais les divergences de vue au sein de la rédaction, nombreuses, vont les années suivantes se multiplier"Histoire des Francs-tireurs et partisans : Isère, Savoie, Hautes-Alpes" , ouvrage collectif Presses Universitaires Grenoble .
La Libération vignette|gauche|alt=Jeep américaine surchargée de grenoblois sur la place Grenette.|Place Grenette le 22 août 1944. À la Libération, les membres du journal s'emparent de l'imprimerie du Petit Dauphinois, tandis que Le Travailleur alpin (organe officiel du Parti Communiste) prend possession de celle de La Dépêche dauphinoise, et que Le Réveil occupe ceux de la République du Sud-Est. Les Allobroges deviennent un quotidien généraliste, qui accorde une large place à la mémoire et aux récits de la Résistance"Le Vercors : histoire et mémoire d'un maquis" par Gilles Vergnon, aux Editions de l'Atelier, 2002 . Alors que Petit Dauphinois était le grand journal régional avant-guerre, tirant à par jour et diffusant sur les deux Savoie, l'Isère et la Drôme, son successeur est autorisé à tirer à en décembre 1944 et réussit à mordre sur une zone traditionnelle du Progrès, la ville de Vienne. L'autre quotidien communiste de Grenoble Le Travailleur alpin a un tirage de seulement .
Période 1944 - 1958 Un quotidien militant très tôt pour l'épuration vignette|En sa qualité de maire, Frédéric Lafleur reçoit des mains du général de Gaulle, la croix de la Libération le 5 novembre 1944 remise pour la ville de Grenoble, sur la place Pasteur Dans, les mois qui suivent la libération, le journal met en valeur la figure du général de Gaulle, libérateur de la France, particulièrement lorsqu'il visite « Grenoble-la-résistante » en , avec des éloges qui parfois sont proches du panégyrique. En septembre 1944, le quotidien communiste vilipende au contraire une épuration jugée trop timorée et trop laxiste, alors que les principaux responsables de la collaboration ont fui Grenoble en compagnie des Allemands, et que dix miliciens capturés en juin sont les premiers à comparaître devant la cour martiale, le , un communiqué du le Comité départemental de libération nationale (CDLN) de l’Isère désavouant le jugement est diffusé dès le jour même par haut-parleur, puis relayé dans la presse, promettant « La cour martiale de l'Isère (30 août-6 octobre 1944) », par Tal Bruttmann et Claire Courtecuisse, dans la revue Histoire de la justice en 2008 ..
Tandis que l’épuration devient ainsi en enjeu politique au nom de la mémoire, dans une région où la Résistance intérieure française fut parmi les plus actives, le journal est confronté au manque de papier, et au matériel vétuste et insuffisant, causant des difficultés financières qui obligent un autre journal de la région, le Réveil à lancer une souscription pour boucler son budget. Le Dauphiné Libéré finit par l'emporter, donnant l'impression que le « Petit Dauphinois » qui reparaît, soit le retour à un système de journal unique en Isère comme avant guerre"La presse grenobloise de la Libération (1944-1952)" par Bernard Montegnol, aux PUG en 2013 .
La scission avec le Dauphiné Libéré en 1945 De leur côté, les militants de la SFIO impliqués dans la Résistance créent le Dauphiné Libéré en septembre 1945, dont le premier numéro est tiré, à Grenoble, à .. Un accord a d'abord été passé le 15 janvier 1945 avec le Front national afin de publier un journal en commun « Les Allobroges – Le Dauphiné Libéré ». Mais très vite, devant la position dominante du Front National, le MLN souhaite posséder son propre titre. Grenoble compte alors 4 quotidiens. Il faudra cependant attendre 4 ans, pour que le Dauphiné Libéré dépasse les Allobroges par sa diffusion, seulement en 1949, année où Les Allobroges reste le plus gros tirage quotidien en région pour la presse communiste ou proche"Trois Siècles de publicité en France" par Marc Martin, aux Editions Odile Jacob, mai 1992.Les Allobroges résistent d'abord bien à la concurrence, tirant à près de en 1946.
La répartition des rôles avec le Travailleur Alpin en février 1948 Le quotidien Les Allobroges fait travailler des rédacteurs militants aux activités multiples, comme Claude Delmas, secrétaire politique du Comité départemental de Libération, qui écrit aussi pour le reste de la presse communiste locale (Fraternité, Le Travailleur alpin, La Voix populaire) tout en s’occupant du Secours populaire de la Drôme Biographie Maitron de Claude Delmas . Les journalistes non-résistants pendant la guerre se voient écartés des postes importants du quotidien, qui récupère assez rapidement une partie du lectorat d'un autre quotidien, Le Travailleur alpin, fondé en 1928. Ce dernier était hebdomadaire avant la Seconde Guerre mondiale, et qui succède en à la Dépêche Dauphinoise, journal, qui avait collaboré avec les Allemands, dont l'imprimerie était restée en place quai de la fédération. Mais la difficulté à faire vivre deux quotidiens sur le même créneau fait que la fédération de l’Isère du PCF prend la décision de rendre le Travailleur Alpin à nouveau hebdomadaire en février 1948. La concurrence entre les deux titres proches du PCF était d'autant plus mal vécue que Ludwig Oleskiewicz (dit Debout) s'active dans les deux, et dans d'autres publications de son parti et que Le Travailleur alpin, estampillé PCF, a un tirage de seulement , dix fois moins élevé que celui des Allobroges, qui est lui plus largement étiqueté Front national. La Fête du travailleur alpin, déjà organisé bien avant la Guerre, draine un public important à partir de 1950, profitant aux deux titres.
Les violences lors de la visite du général de Gaulle en septembre 1948 Si le journal avait applaudi la tournée du général de Gaulle, dans les Alpes en septembre 1944, celle de 1948 fut marquée le 18 septembre par , qui firent un mort, et plusieurs blessés par balles, six véhicules étant brûlés, dont deux cars, alors que . Une campagne de presse communiste présente alors de Gaulle comme un , et il doit faire face à une trentaine de manifestants hostiles un peu avant à Vizille. Les Allobroges reproduit les communiqués des associations appelant à une contre-manifestation le 18 septembre, parmi elles des associations d'anciens combattants, alors que le Réveil (démocrate-chrétien) et le Dauphiné libéré, proche de la SFIO adoptent une attitude plus neutre. Le quotidien s'investit beaucoup dans la polémique sur la mort du militant communiste Lucien Voitrin"PASQUA DANS LES PAS DE L’AUTRE CHARLES" L'Humanité du 1 juillet, 2015 , dont le cadavre fut congelé pour que l’annonce de sa mort ne coïncide pas avec le discours de De Gaulle.
En 1952, le concurrent local Le Réveil disparait, l'année où le tirage des Allobroges passe sous les et cette chute se poursuivra 3 ans plus tard, lorsque Paul Rochas est élu Secrétaire fédéral du PCF de l'Isère en 1955Hommage des communistes de la section Fontaine rive gauche du Drac à Mauricette Raspail . Le ton de plus en plus partisan éloigne une partie des lecteurs.
La crise de la presse communiste en 1949-1952 Le journal est abonné aux dépêches de l'Union française de l'information, une agence de presse proche du PCF, dans une période de baisse globale du tirage des quotidiens communistes régionaux"Bulletin de l'Association d'études et d'informations politiques internationales", numéro du 16 au 28 février 1954, par l'Association d'études et d'informations politiques internationales , au moment après les purges staliniennes de 1949 et ses conséquences sur la couverture de l'UFI, y compris sportive. À partir de 1949, la diffusion du journal est divisée par 3 en quatre ans. Année 1949Décembre 1950Décembre 1952Août 1952Novembre 1953 Tirage 240.000160.000 93.000 89.5000 76.000 Aux législatives de 1951, le PCF perd les deux députés de la Haute-Garonne qu’il avait obtenu en novembre 1946, en raison des biais délibérément créés par la Loi des apparentements.
Une couverture suivie de l'actualité internationale Les dirigeants nationaux du PCF, comme Waldeck Rochet, sont fréquemment cités dans Les Allobroges qui s'investit beaucoup dans la couverture de la conférence de Genève de juin 1954, censée régler la guerre de Corée et arriver à un traité de paix si possible négocié.
Au cours de cette période, tous les numéros font état de collectes de signatures ou d’envoi de délégations à cette conférence de Genève. La conférence est suivie jour après jour par l’envoyé spécial, Georges Tabaraud. Les journaux communistes de la région sont aussi, en 1954, très mobilisés contre le projet de Communauté européenne de défense (CED), visant à la constitution d’une armée européenne sous contrôle de l’OTAN, perçu comme un grand pas vers le réarmement allemand. Les Allobroges réalisent alors un « coup » médiatique : l’interview des pêcheurs ayant permis à Pierre Mendès-France de se réfugier en Suisse, après son évasion de l’hôpital militaire de Clermont-Ferrand en 1940, qui sont fermement opposés au réarmement de l’Allemagne et demandent à Mendès-France de renoncer à ces projets. Tout en mettant en avant les socialistes qui se prononcent ponctuellement sur des dynamiques unitaires, le quotidien est très virulent envers les autres. Une photographie parue en "Une" des Allobroges le 17 janvier 1955 reproduit par exemple un graffiti stigmatisant des députés de l’Isère ayant voté les accords de Londres et de Paris, avec leurs noms et une croix gammée"La Fédération de l’Isère du Parti communiste français face à Pierre Mendès-France", mémoire de maitrise de Dimitri Manessis, en Histoire des sociétés modernes et contemporaines, 2013 . Le journal publie ses derniers numéros de quotidien en décembre 1958.
Premier recentrage sur l'Isère en 1956