La Voix de la Patrie était un quotidien régional édité dans la région de Montpellier dans la Résistance puis de 1944 à 1953 avec le soutien du Parti communiste français.
Histoire Avant et pendant la Guerre Au cours de la première moitié du et jusqu’à la Libération de Montpellier en , les deux principaux quotidiens héraultais sont Le Petit Méridional et L'Éclair, tous deux proches du Gouvernement de Vichy. Parallèlement, le département de l’Hérault voit paraître sous le manteau les journaux créés par des résistants Combat, Action, Franc-Tireur, Défense de la France, l’Avant-Garde, mais aussi des titres locaux comme La Voix de la Patrie, apparu en 1943.
La Libération Au mois d', Le Petit Méridional et L'Éclair, saisis par les résistants, sont remplacés pendant quelques jours par un quotidien temporaire L’Information du Languedoc, en attendant que paraisse deux nouveaux quotidiens. C'est un processus analogue, le plus souvent lancé à la demande des Comités de Libération (CDL), à celui mis un peu plus tôt en Corrèze, où le journal Liberté, autre quotidien de transition de la Libération, s'effaça pour laisser la place, le au journal Brive-Informations"Les quotidiens de transition à la Libération" par Yves Guillauma, dans la revue Le Temps des médias en 2007 , ou d'autres villes comme Lyon. À Montpellier, les nouveaux quotidiens ne sont que deux : le Midi-Libre et La Voix de la Patrie, qui publie son tout premier numéro le .
Dirigée par l'instituteur communiste Louis Mardon, qui reprend le titre du journal des Milices patriotiques du Front national qu'il avait fondé en 1943, La Voix de la Patrie, qui est homonyme d'un journal franco-espagnol du , monarchiste et catholique, paraissant trois fois par semaineBibliothèque nationale de France (BNF) , s’installe dans les locaux du Petit Méridional. De son côté, l'autre nouveau quotidien de Montpellier, le Midi Libre, lié au Mouvement de libération nationale (MLN) occupe dès la fin du mois d’ les anciens locaux de L'Eclair. A l'hiver 1945, le jeune sètois Roger Thérond s'installe à Paris, avec le titre de correspondant de La Voix de la patrie, tout en collaborant à L'Ecran français"Le magicien de Paris Match", par Renaud Revel le 15/10/1998 dans L'Express .
Les remous chez le concurrent local Jusqu'à l'automne 1945, la ligne des deux quotidiens présents dans la région de Montpellier, est globalement inspirée de « la même doctrine qui était celle de la Résistance », selon Émile Martin, maire de Montpellier en 1944-1945. Mais la situation évolue en cours d'année 1945 pour le Midi libre, grand concurrent de La Voix de la Patrie, qui appartient à une société de journalistes. Un ex-président du MLN pour l'Hérault, Jean Bène, qui s'était opposé aux CFL (Corps francs de la libération) dans la résistance, se rapproche de la SFIO, puis prend le contrôle du journal au motif que cette société de journalistes serait trop proche du Mouvement de libération nationale (MLN), fondé en janvier 1944 par Philippe Viannay et Claude Bourdet, pour regrouper les Mouvements unis de la Résistance avec ceux de la zone Nord, qui est selon lui dans l'Hérault trop proche du PCFBiographie Jean Bène de Jean Bène même si d'autres sources insistent au contraire sur la domination de la SFIO.
Il reçoit le soutien et l'aide du ministre de l'Information Jacques Soustelle puis secrétaire d'État à l'Information, le socialiste Gaston Defferre , dans une manœuvre consistant à retirer l'autorisation de publier dont bénéficiait le journal"The Moment of Liberation in Western Europe: Power Struggles and Rebellions, 1943-1948" par Gerd-Rainer Horn, aux Editions Oxford University Press, 2020 "La presse et les problèmes politiques à la Libération dans le Languedoc-Roussillon", par >Jacques-Augustin Bailly, aux Editions Maurin"La presse quotidienne régionale dans l'Hérault à la Libération" par Marie-Jeanne Pérez, contribution à l'ouvrage réunissant les actes du colloque de Montpellier en 1986, sous le titre "Lendemains de libération dans le Midi:" sous la direction de Jules Maurin, Université Paul Valéry-Montpellier III, 1997 - Mais il se heurte à l'opposition des journalistes du quotidien, qui en sont propriétaires collectivement et font un gros titre en "Une" disant "Les pouvoirs publics contre la presse libre". Le journal est fermé du au et la police anti-émeutes envoyée contre les journalistes, à l'appel desquels une manifestation de solidarité réunit à Montpellier près de devant la préfecture. Le conflit avec la rédaction se solde par un compromis, après des négociations fin 1945-début 1946 , prévoyant le maintien à sa tête du journaliste d'origine roumaine Armand Labin, dit "Jacques Bellon", et par un nouveau partage des actions entre trois grands blocs d'associés, donnant 32 % à des personnalités socialistes de l'Hérault, Charles Alliès, Paul Béchard, Jean Bène et Jules Moch , qui deviendra en 1947 ministre de l'Intérieur. Le reste est réparti ainsi: 32 % au MLN et 32 % aux journalistes du quotidien, les 4 % restant allant au parti radical. Peu après, Jean Bène devint président du conseil général de l'Hérault et administrateur du journal, où Jules Moch multiplie les chroniques et articles"Jules Moch, député de l'Hérault (1937-1967). La réussite ambivalente d'un parachutage en Languedoc" par Olivier Dedieu, dans la revue Parlement en 2011/"Jules Moch: un socialiste dérangeant" par Eric Méchoulan, aux Editions Bruylant, 1999 , jusqu'aux années 1970, dans un département où "La persistance du Midi blanc: L’Hérault (1789-1962)" par Philippe Secondy, en 2006 aux Presses universitaires de Perpignan . Au tournant des années 1940 et 1950, le Midi Libre sera accusé de au point que les "Indépendants et paysans" percent au législatives de juin 1951 avec 12,2% des voix et un discours populiste méridional, préfigurant celui de Pierre Poujade, devant les radicaux 11% et juste derrière la SFIO (18%). C'est l'année où émerge le projet d'un quotidien régional fusionnant les noms de deux quotidiens phares de la République dans la région, Le Petit Méridional, radical-socialiste et L'Eclair, de droite, précédé par la création dès du bimensuel régional Liberté du CNIP qui en donne une tribune à Jacques Isorni, l’avocat de Philippe Pétain. Les ouvriers de l'imprimerie de La Voix de la patrie, à sa disparition, montent une société fondant L'Éclaireur Méridional"Vive la République: entretiens avec Jean Sagnes" par Vincent Badie, Editions Privat, 1987 , au service d'une coalition organisée par le député radical de l'Hérault Vincent Badie, agrégeant des personnalités de gauche comme de droite. L'Éclaireur Méridional est basé à Montpellier. Son directeur Clément Beauquier et son rédacteur en chef Maurice-Fabreguettes ont travaillé à La Voix de la Patrie. Le premier numéro du nouveau quotidien sort le , et le jeune André Laurens, futur directeur du Monde, y sera embauché en 1954"Quand la presse est aux ordres de la finance" par Yann Moncomble, aux Editions Faits et documents, 1986. Une édition est créée en Aveyron et la diffusion atteint en moyenne une dizaine de milliers d’exemplaires par jour pendant deux ans, avec des éditoriaux dénonçant le concurrent Armand Labin, dirigeant du Midi Libre surnommé "Labinovitch", comme le symbole des « profiteurs de la Résistance ». Juste après la fin de L'Éclaireur Méridional, Vincent Labie, défenseur virulent des anciens combattants, est en élu président du groupe parlementaire radical qui vient de faire chuter Pierre Mendès-France sur sa politique coloniale et il fait partie des radicaux acharnés de l'Algérie française.
Les procès pendant la Guerre d'Indochine
De nombreux procès sont intentés par le ministère de la Justice contre La Voix de la Patrie à la fin des années 1940 pour diffamation envers l'armée, pendant la Guerre d'Indochine, ou incitation de militaires à la désobéissance. Dès 1949, Louis Mardon, directeur de la publication est inculpé, dans l'Affaire Fougeron, que le procureur général de la cour d’appel de Lyon nomme « l’affaire de la bombe atomique », représentée sur une affiche du peintre communiste André Fougeron en , avec une petite fille gisant au sol dans une ville détruite par une bombe atomique. Elle est appelée alors Affaire Fougeron, car l'affiche est interdite par le ministre de l'intérieur Jules Moch, une action en justice est intentée contre son auteurCanopé. Le réseau de création et d'accompagnement pédagogiques . Près de deux cent informations contre X sont ouvertes, sur les instructions du Garde des sceaux René Mayer, qui évoque le risque de nuire à la défense nationale. La diffusion de l’affiche dans les journaux communistes suscite aussi une demande de levée d’immunité de quatre députés communistes.
Le , Louis Aragon organise une conférence de presse de soutien à André Fougeron au Palais de la Mutualité de ParisAndré Fougeron, site officiel , et près d’un an de salaire pour créer une sérieFougeron le maudit par Harry Bellet dans Le Monde du 12 mai 2014 et le le militant communiste André HoullierNotice : André Houllier, publié le sur le site Le Maitron (consulté le )., ex-animateur du comité local de libération en 1944, est tué dans le dos par un policier n'étant pas en service, à Saint-Mandé, en région parisienne, au moment où il colle sur un mur un tract reproduisant cette affiche.
Louis Mardon et La Voix de la Patrie sont relaxés finalement par le tribunal de Montpellier le , ce dernier estimant qu'il ne lui a été apporté Biographie Le Maitron de Louis Mardon, directeur de La Voix de la patrie Ce jugement reconnut d’une part, qu’une action pour la paix n’est pas nuisible à la défense nationale et que, d’autre part, il ne permettait plus de réprimer des actes individuels non rattachés à une action collective.. La cour d’appel de Montpellier confirme par « l'arrêt Mardon » du .
La crise du début des années 1950 La Voix de la patrie subit comme d'autres quotidiens communistes la crise du début des années 1950, dont les lecteurs ne plébiscitent pas, loin de là, la multiplication d'articles évoquant des luttes de pouvoir, mises à l'écart et règlements de comptes au sein même du monde communiste. Ce processus, appelé « purges staliniennes », et dont sont victimes au premier chef des personnalités appréciées de la Résistance intérieure française, très implantée dans le Midi, intervient au moment d'une baisse globale du tirage des quotidiens communistes régionaux"Bulletin de l'Association d'études et d'informations politiques internationales", numéro du 16 au 28 février 1954, par l'Association d'études et d'informations politiques internationales .
La Voix de la Patrie est alors considéré comme , dont une bonne partie est fournie par les dépêches de l'Union française de l'information (UFI), une agence de presse proche du PCF qui avalise alors la politique soviétique de purges staliniennes de 1949 et leurs conséquences sur la couverture de l'UFI, y compris sportive comme lors du match France-Yougoslavie du . En raison de la Rupture Tito-Staline, le directeur de l'UFI, Jean Colombel, reçoit alors du leader du PCF Maurice Thorez une interdiction formelle de parler dans l'UFI ce match France-Yougoslavie, auquel la plupart des journaux consacrent pourtant leur "Une"Biographie Le Maitron de Jean Colombel car il est décisif pour se qualifier pour la Coupe du Monde de football 1950 au Brésil, après un nul 1-1 au match aller.
L'affaire du chant des militaires à Sète