La pyramide d'Hellénikon (), autrefois appelée aussi pyramide de Kenchreai ou pyramide de Képhalaria, est un vestige archéologique de la Grèce antique, situé près du village d'Ellinikó (Argolide), dans l'ouest de la plaine d'Argolide, dans le Péloponnèse, en Grèce. Ni la date de la construction du bâtiment, ni sa destination ne sont connues avec certitude. À l'époque classique, c'était probablement un avant-poste militaire en forme de tour ou un bâtiment agricole. Certains livres pseudo-scientifiques affirment qu'il s'agit d'une véritable pyramide de la préhistoireErich von Däniken, Im Namen von Zeus. Griechen - Rätsel - Argonauten. Munich, 2001, Urs Eugster, Die Pyramiden von Griechenland., 2008 . Il semble que la pyramide date en réalité du
Il existe dans le Péloponnèse deux autres pseudo-pyramides, dont il ne reste que des éléments de fondations : l'une à Ligourio, une trentaine de kilomètres plus à l'est, près du sanctuaire d'Épidaure, connue sous le nom de pyramide de Lygourion, l'autre en Laconie, appelée pyramide de ViglaphiaPyramide de Viglaphia , selon Wikimapia.
Situation géographique La pyramide d'Hellénikon se trouve dans le sud-ouest de la plaine d'Argolide, près des cascades de la rivière Érasinos, la Kefalari moderne, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d'Argos. Elle est située sur une petite colline, au pied d'un contrefort oriental des monts de Ktenias. Le Cheimarrhos, généralement à sec, s'étend à environ 80 m à l'ouest. À environ 200 m au sud, de l'autre côté du ruisseau, ont été trouvées les fondations d'une ancienne tour avec une base de 10 × 10 m .
Le bâtiment a été nommé d'après la ville voisine d'Hellénikon, l'Ellinikó (Argolide) moderne, qui passait autrefois pour l'ancienne ville de Cenchrées (Argolide). À proximité se trouvent également les vestiges de la forteresse argienne d'Hysiai, sur l'ancienne route de Lerne à Tégée.
Sources historiques Les sources écrites sont rares. Pausanias mentionne au IIe siècle après J.-C. un bâtiment près de Kenchreai qu'il décrit comme un polyandrium (une tombe collective, un charnier), et non une pyramide. Là sont censés être enterrés les guerriers argiens morts dans la bataille entre Pheidon d'Argos et les Lacédémoniens en -669/8Pausanias, Description de la Grèce,2,24,7..
Pausanias décrit une pyramide un peu plus loin sur le chemin entre Argos et Épidaure. Celle-ci est souvent associée à la pyramide d'Hellénikon, bien qu'elle soit située à l'est et non à l'ouest d'Argos. On a supposé que cela pouvait se référer à la pyramide de Ligourio. Pausanias écrit : « [...] sur le chemin d'Argos à Épidaure, il y a une structure pyramidale, à droite, décorée de boucliers de style argolique [...] ». La pyramide aurait été érigée en l'honneur des morts d'une bataille entre les frères jumeaux Proitos et Akrisios, dans une guerre dont leur père Abas a été victimePausanias, Description de la Grèce,2,25,7..
Exploration
thumb|upright=1.4|Dessin de 1887, par le militaire autrichien Amand von Schweiger-Lerchenfeld, montrant le renfoncement de l'entrée, à l'angle sud-est.
Entre 1753 et 1755, James Stuart et Nicholas Revett ont visité la pyramide d'Hellénikon. Ils soupçonnaient qu'il s'agissait d'une tour de guet et de signalisation (phryctorion) ; Charles Robert Cockerell a fait un dessinJames Stuart, Nicholas Revett, The Antiquities of Athens and Other Places of Greece, Sicily etc. Supplemantary to the Antiquities of Athens by James Stuart, F.R.S. F.S.A. and Nicholas Revett, London, 1830, p.23 . Le 13 mars 1806, William Martin Leake est venu à Elliniko et a pris un croquisWilliam Martin Leake, Travels in the Morea, vol. 2, London, 1830, , 343-344 . Leake pensait que c'était un polyandrium, mais pas celui décrit par PausaniasWilliam Martin Leake, Peloponnesiaca. A Supplement to Travels in the Morea, London, 1846, . Lors de l'opération militaire française de l'expédition de Morée, de 1828 à 1833, la pyramide d'Hellénikon a été décrite dans un ouvrage scientifiqueAbel Blouet, Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le gouvernement français. Architecture, sculptures, inscriptions et vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique, vol. 2, Paris, 1833, Émile Le Puillou de Boblaye, Recherches géographiques sur les ruines de la Morée, Paris, 1836, .
La première description assez détaillée du bâtiment a été écrite par l'archéologue Ludwig Ross, qui s'est rendu en Grèce en 1833 et 1834. Il l'a également considéré comme une tombe et s'est rendu compte qu'il n'aurait jamais pu avoir une forme pyramidale pour des raisons structurellesLudwig Ross, Reisen und Reiserouten durch Griechenland, vol. 1, Berlin, 1841, . Entre 1838 et 1840, Ernst Curtius a examiné la pyramide d'Hellénikon. Curtius a conclu de la position du loquet de la porte que ce n'était pas une tombe, puisque la porte était verrouillée de l'intérieurErnst Curtius, Peloponnesos: eine historisch-geographische Beschreibung der Halbinsel, vol. 3, Gotha, 1851, . Le chercheur anglais William George Clark a refusé l'identification comme une tour de guet à cause du mur extérieur en pente qu'un attaquant pouvait escalader et parce que l'intérieur n'avait pas de fenêtre et que les gardes ne pouvaient donc pas voir ce qui se passait à l'extérieurWilliam George Clark, Peloponnesus: notes of study and travel, London, 1858 . Wilhelm Vischer-Bilfinger, qui a visité l'endroit le 17 avril 1853, était de cet avis et a supposé que la tombe était très ancienneWilhelm Vischer, Erinnerungen und Eindrücke aus Griechenland, Basel, 1857, . Chrístos Tsoúntas et J. Irving Manatt considéraient la pyramide comme une tour de guet construite par les Doriens d'ArgosChristos Tsountas, J. Irving Manatt, The Mycenaean age; a study of the monuments and culture of pre-Homeric Greece.Boston et New York, 1897, , .
En 1896, Theodor Wiegand a examiné la pyramide d'Hellénikon. En 1901, il réalise les premières fouilles avec Carl Watzinger et mesure le bâtiment. Le chercheur en architecture Hubert Knackfuß en a établi un planTheodor Wiegand, Die Pyramide von Kenchreai |Sammelwerk=Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Athenische Abteilung, vol. 26, 1901, . Du 7 au 10 août 1937, les archéologues Robert Ehrich et Ann Hoskin Ehrich ont effectué des fouilles sous la direction de Louis E. LordLouis E. Lord, The Pyramids of Argolis, Hesperia, vol. 7, , 1938, p.481-527 . Lord en a conclu que la pyramide n'était ni une tombe, ni une tour, mais une auberge pour les soldats qui patrouillaient et percevaient les impôtsLouis E. Lord, Watchtowers and Fortresses in Argolis, American Journal of Archaeology, vol. 43, , 1939, . En 1982-3, William Kendrick Pritchett et Helena M. Fracchia ont examiné la zone entourant la pyramide : ils ont émis l'opinion qu'il s'agissait d'un bâtiment agricoleHelena M. Fracchia, The Peloponnesian Pyramids Reconsidered, American Journal of Archaeology, vol. 89, , 1985, . En 1992, Perikles Theokaris et Georgios Veis ont effectué des mesures pour en déterminer l'âge. Selon ses enquêtes de 1995, Christos Piteros a supposé que la pyramide avait au moins un étage supplémentaire, peut-être un deuxième, en adobe et en boisGarrett G. Fagan, Archaeological Fantasies: How pseudoarchaeology misrepresents the past and misleads the public, 2006, .
Datation La pyramide d'Hellénikon est datée stylistiquement du La datation sur la base de la céramique n'est pas possible directement, car les fouilles précédentes ont détruit les couches déposées sans enquête ni documentation préalables. Au-dessous des fondations de la pyramide se trouvaient des tessons de céramique de la fin de l'helladique ancien (fin du 3e millénaire avant J.-C.). Le bâtiment ne peut donc avoir été érigé qu'après cette période. La plus ancienne poterie postérieure, qui a été trouvée à proximité et très occasionnellement, ne peut être datée que du La céramique la mieux représentée est datée de la fin de la période classique (-350/-325). La pyramide de Lygourion, qui ressemble le plus à la pyramide d'Hellénikon, a été construite dans la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C.
Le 2 septembre 1995, l'Académie d'Athènes a publié les résultats des datations de divers échantillons de pierre prélevés dans la pyramide d'Hellénikon. Les échantillons ont été évalués à Athènes et à Édimbourg en utilisant la luminescence stimulée optiquement. Selon les enquêtes de P. S. Theocaris et G. Veis, le bâtiment d'Hellénikon se situe à 3240 ± 640 av. J.-C. et celui de Ligourio à 2520 ± 680 av. J.-C.Perikles Theocaris, Georgios Veis: Οι πυραμίδες της Αργολίδας in Πρακτικά της Ακαδημίας Αθηνών, Band 70, S. 209–241 Cependant, la méthode utilisée a été développée pour dater des échantillons de quartz et de feldspath. Comme la pyramide est constituée de calcaire, cette datation est controversée et peu sûre. Si ces investigations étaient correctes, ce serait la plus ancienne pyramide découverte à ce jour. L'archéologue Adamantios Sampson a écrit dans le magazine « Archaelogia kai Technes », en décembre 1995, qu'aucune structure aboutissant à une expertise similaire n'a été trouvée de cette époque dans cette région : si les dates de l'Académie d'Athènes étaient correctes, ce bâtiment serait uniqueUrs Eugster, Die Pyramiden von Griechenland, 2008 . En 1997, P. S. Theocaris, I. Liritzis et R. B. Galloway ont publié les résultats de leurs recherches sur la datation des pyramides d'Hellénikon et Ligourio. Ils ont notamment réadapté la méthode de thermoluminescence pour la datation de murs de calcaire. Avec une évaluation un peu plus conservatrice, la période de construction de la pyramide Hellenikon était de 2730 ± 720 avant J.-C. et pour celle de Ligourio de 2260 ± 710 av. J.-C.P. S. Theocaris, I. Liritzis, R. B. Galloway, Dating of Two Hellenic Pyramids by a Novel Application of Thermoluminiscence, Journal of Archaeological Science, vol. 24, 1997, Cette datation est rejetée par la plupart des archéologues. Elle a été réalisée à l'aide d'une méthode sans réserve et a ignoré toutes les enquêtes et résultats des recherches antérieuresGarrett G. Fagan, Archaeological Fantasies: How pseudoarchaeology misrepresents the past and misleads the public, 2006, p.194-202. Des restes de mortier, trouvés à certains endroits de la pyramide d'Hellénikon, datent de la période romaine : ils sont attribués à des réparations ultérieures du bâtiment.
Description La maçonnerie, faite de calcaire gris en appareil trapézoïdal et partiellement polygonal, rappelle d'autres bâtiments de la période classique. Si l'on suppose que ce bâtiment est vraiment une pyramide, il faut admettre qu'il a dû atteindre une hauteur de 7 à 8 mètres. Cependant, il apparaît très difficile de couvrir en pierre un aussi vaste volume intérieur. Aussi de nombreux scientifiques sont-ils d'avis qu'il ne s'agit pas d'une pyramide, mais d'une tour de guet à base inclinée.
thumb|upright|Entrée et couloir. thumb|upright|Seuil de l'entrée de la pièce principale. thumb|upright|Trous de fixation et de sécurisation de la porte d'entrée de la pièce principale. thumb|upright=1.2|Pièce principale : mur nord-ouest avec une ouverture de drainage et, en haut, quatre trous de boulins.