Les controverses autour des traitements à l'hydroxychloroquine ou à l'ivermectine contre la Covid-19 résultent de la promotion de ces médicaments par certaines personnalités controversées pour traiter la maladie à coronavirus 2019 alors qu'aucun bénéfice probant dans cette indication n'a jamais été établi.

Contexte général

Dans le développement et recherche de médicaments contre la Covid-19, l'intérêt pour la chloroquine et l'hydroxychloroquine est relancé, alors que des études sur le SRAS de 2002 ont semblé montrer leur efficacité, mais uniquement in vitro.. La mesure de leur efficacité in vivo contre le virus SARS-CoV-2 responsable de la pandémie de Covid-19 est dès examinée et discutée entre scientifiques. La chloroquine, puis l'hydroxychloroquine ont eu une large promotion sur les médias sociaux, surtout en France après une publicité prématurée du professeur Didier Raoult, reprise par le président des États-Unis Donald Trump. Cet emballement médiatique pour un seul traitement a entravé la recherche de traitements divers contre la Covid-19.

Fin , une étude est publiée dans The Lancet, contre l'utilisation de la molécule, qu'elle considère comme aggravant les risques pour les patients, mais elle est rétractée quelques jours plus tard. Après l'affaire Raoult, c'est la seconde affaire qui met en lumière le manque de rigueur de certaines étudesRashmi R. Shah Chloroquine and hydroxychloroquine for COVID‐19: Perspectives on their failure in repurposing, review, in : Journal of Clinical Pharmacy and Therapeutics, 27 septembre 2020. Durant toute l'année 2020, de nombreuses publications scientifiques apportent des éléments pour ou contre l'utilisation de l'hydroxychloroquine, que ce soit en prophylaxie, en début d'infection ou en cas de symptômes graves. Les doses prescrites, les durées de traitement et les associations avec d'autres médicaments varient lors de chaque étude, ainsi que la comparaison avec des groupes de contrôle.

Cependant, au cours de 2020, les méta-analyses et revues systématiques tendent de plus en plus à montrer que l'hydroxychloroquine n'est pas efficace en prévention de la Covid-19, et qu'il n'y a pas de preuve scientifique forte pour appuyer son usage en traitement de la Covid-19. L'Organisation mondiale de la santé donne un avis négatif de l'usage de l'hydroxychloroquine contre la Covid-19 pour les patients hospitalisés et à des fins de prévention et avise de restreindre l'usage avant l'hospitalisation à des essais approuvés, et ne donne pas de prescription hors AMM (off-label). Au deuxième trimestre 2021, la controverse est éteinte : l'hydroxychloroquine n'est plus envisagée comme un traitement efficace et bon marché.

Entre alors en scène l'ivermectine., anthelminthique dont la notoriété auprès du grand public contre le COVID-19 est introduite, dès la fin 2020, par Pierre Kory, spécialisé en médecine de soins critiques à Milwaukee, dans le Wisconsin, qui a qualifié la molécule de , « médicament merveilleux ». La revue Frontiers in Pharmacology, qui a accepté une prépublication de Kory en , décide de l'annuler début mars au motif que l'article est à la fois insuffisamment étayé et entaché de conflits d'intérêts : . Les principales agences sanitaires émettent des avis négatifs au sujet de l'utilisation de l'ivermectine contre cette maladie, comme la ., l'Agence européenne des médicaments et l'Organisation mondiale de la santé. Pierre Kory parle de après le retrait de son article, tandis que des observateurs notent la politisation de ce médicament. La méta-analyse de Kory est finalement publiée en juin par , ce qui relance la médiatisation de la molécule à travers la (), organisation dirigée par Kory. Un organisme de recherche français, l'Institut Pasteur, publie début juillet une étude réalisée sur le hamster montrant que , sans pour autant avoir d'impact sur la charge virale. Le sujet, qui diffusait dans l'ensemble de la société à travers le monde depuis le début de l'année., occupe alors un espace médiatique croissant, notamment en France.., tandis que certains responsables politiques locaux s'en emparent.., achevant de rapprocher sa trajectoire médiatique de celle de l'hydroxychloroquine.

Hydroxychloroquine Évaluation d'effets indésirables Dès 1955, la France a commercialisé un médicament à base d'hydroxychloroquine : le Plaquenil, alors accessible en vente libre en pharmacie et remboursé par l'assurance maladie.. Après une réévaluation périodique en 2018, les laboratoires Sanofi déposent à l'ANSM une demande de mise à jour des informations disponibles sur ses médicaments à base de chloroquine (Nivaquine) et d'hydroxychloroquine (Plaquenil)Agnès Buzyn a-t-elle classé en janvier la chloroquine dans les «substances vénéneuses» ?; l'ANSM demande alors le , de classer l'hydroxychloroquine, reconnue pourtant moins vénéneuse que la chloroquine, sur la liste II des substances vénéneuses (médicaments comprenant des substances toxiques). Ainsi, par une procédure antérieure à la pandémieAgnès Buzyn a-t-elle classé en janvier la chloroquine dans les «substances vénéneuses» ?, l'hydroxychloroquine est classée par l'arrêté du 13 janvier 2020 pour la raison, selon l'avis de l'ANSM, d'effets indésirables graves.

+ Gravité relative des signalements dans la base VigiaccessBase Vigiaccess de pharmacovigilance de l'OMS. Consultée le 21/11/23 (1988-2023) Produit / Signalements Trouble gastrointestinal % Troubles cardiaques % Décès ‰ Chloroquine 29.5% 1.6% 2.4‰ Hydroxychloroquine 18.2% 5.7% 3.1‰ Ivermectine 28.2% 2.3% 3.5‰ Covid 19 vaccine 16.7% 4,1% 4.9‰ Acetylsalicilic acid 37.8% 4.2% 7.3‰ Ritonavir 18.3% 4.4% 14.9‰ Paracetamol 16.0% 2.9% 20.4‰ Lors de la pandémie de Covid-19 début 2020, différents médicaments sont testés contre la maladie sur un nombre grandissant de malades dès janvier. Une première piste est celui des antiviraux, parmi lesquels la chloroquine, une molécule initialement antipaludique, et sa variante, l'hydroxychloroquine, qui ont aussi un effet anti-inflammatoires contre le rhumatisme et qui ont montré quelque efficacité sur le SRAS de 2002, ainsi que le produit nouveau Remdésivir, encore en développement contre l'Ebola de 2014/15.

Partant de ces deux aspects, l'hydroxychloroquine va être testée in vivo et dans des essais cliniques. En France, l'ANSM autorise dans la période mars-mai 2020, 16 essais cliniques évaluant l'hydroxychloroquine.. Pour la période –, 217 essais avec l'hydroxychloroquine sont inventoriés mondialementJohn Fauber, In a race for COVID treatment, hydroxychloroquine often went to poorly designed trials that may have put patients at greater risk, Milwaukee Journal Sentinel 21 juillet 2020., engendrant un flot de publications dans la période mars–.

Chronologie Janvier 2020 En France, par l'arrêté du (JO du 15), l'hydroxychloroquine est retirée des produits en vente sans ordonnance et est classée sur la liste II des substances vénéneuses.

Février 2020 : premiers essais avec le précurseur chloroquine et l'hydroxychloroquine en Chine et en France Le , quatre chercheurs du laboratoire d'État de virologie de Wuhan relatent l'efficacité in vitro de la chloroquine pour inhiber le virus de la Covid-19. Les auteurs postulent que les activités antivirale et immuno-modulatrice de la chloroquine pourraient in vivo agir synergiquement.

Le , dans une lettre publiée le , trois pharmacologues chinois expliquent que le phosphate de chloroquine a . Ils recommandent de l'inclure dans la liste des traitements antiviraux dans les Lignes directrices publiées par la Commission nationale de la santé.

En France, l'Inserm tempère cette recommandation et rappelle qu'aucune prise de médicament, quel qu'il soit n'est anodine, et qu'il ne faut pas se faire prescrire la molécule pour l'utiliser en automédication..

Dans les semaines suivantes la chloroquine, puis aussi l'hydroxychloroquine seront testées, utilisées ou recommandées par les autorités sanitaires chinoises, sud-coréennes., italiennes et néerlandaises contre la Covid-19.

Ainsi, en France, une étude préclinique de l'hydroxychloroquine in vivo sur des primates est lancée sous l'égide du consortium multidisciplinaire REACTing, l'Université d'Aix-Marseille étant un des participants.

Le , alors qu'en France la première alerte de personnes infectées est donnée dans l'Oise, le professeur Didier Raoult, directeur d'un autre institut à Marseille, l'IHU Méditerranée Infection, prédit une pour le virus grâce à la chloroquine dans une vidéo intitulée Coronavirus : fin de partie ! et dit que la Covid-19 .. Cette première déclaration du Raoult sur les réseaux sociaux est critiquée par des médecins et scientifiques français pour son manque de pondération, les données cliniques étant alors limitées. De plus, selon certains, la chloroquine peut déclencher des effets secondaires potentiellement sérieux. Les publications scientifiques de l'équipe Raoult du (preprint on-line du ) (qualifié comme ) et de mai (preprint on-line du )Christian A. Devaux, Jean-Marc Rolain, Philippe Colson et Didier Raoulta, New insights on the antiviral effects of chloroquine against coronavirus: what to expect for COVID-19?, Int J Antimicrob Agents 55 (5) mai 2020 55(5) sur la chloroquine sont beaucoup plus modestes, présentent des hypothèses et parlent de la nécessité de vérification.

Le , deux chercheurs de ces deux institutions marseillaises, l'Université d'Aix-Marseille et IHU Méditerranée Infection, attirent l'attention sur le fait que la chloroquine doit être dosée très précisément, car un surdosage augmente les risques cardio-vasculaires pour les patientsFranck Touret et Xavier de Lamballerie, Of chloroquine and COVID-19, Antiviral Research 177, 5 mars 2020.

Le , les auteurs d'une analyse de la littérature, y compris 23 tests en cours fin février, estiment que, quant à l'éthique médicale, l'usage de la chloroquine contre la Covid-19 est plutôt qu' et ils précisent que .

Mars 2020 : essais cliniques phase en divers pays Le , une étude clinique phase randomisée en double aveugle réalisée en Chine à l'université Fudan avec deux groupes de pour évaluer l'efficacité et la sécurité de l'hydroxychloroquine dans le traitement des patients atteints de la Covid-19, ne détecte pas d'effet d'un traitement à l'hydroxychloroquine : ni la durée d'hospitalisation, ni le délai de disparition de la fièvre, ni l'état radiologique des poumons ne sont modifiés. L'étude conclut à la nécessité de faire un test à plus grande échelle et met en lumière les dangers d'un surdosage, qui pourrait aggraver la maladie.

Mi-mars 2020 : naissance de la controverse par une publicité infondée Le , le Raoult recommande l'association (hydroxy)chloroquine - azithromycineNIH Covid-19 treatment guidelines Hydroxychloroquine Plus Azithromycin, 17 juillet 2020].

Ce jour, il diffuse sur les réseaux sociaux une autre vidéo dans laquelle il annonce à ses étudiants les résultats positifs de l'étude pilote par son équipe. Le , le journal Les Échos titre : Exclusif - Coronavirus : « On sait guérir la maladie ». Cette vidéo enclenche une forte médiatisation et réaction en France, ce qui cause un engouement de la part du public pour ce possible traitement. Outre-Atlantique, le président américain Donald Trump s'enthousiasme pour la chloroquine et affirme le que ce remède est par les États-Unis, propos immédiatement nuancé par la FDA qui explique que la chloroquine est pour le paludisme et l'arthrite, mais qu'en ce qui concerne la Covid-19, il faudra attendre un .