La rafle dite « des notables » est l'arrestation à Paris, le , de français par 260 hommes de la Feldgendarmerie et 200 membres de la Sipo-SD assistés de policiers françaisSerge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, Tome 1, Fayard, 1983, p.32 . Les personnes arrêtées sont d'abord détenues à l’École militaire, puis transférées au camp de Royallieu, situé sur le territoire de la commune de Compiègne dans l’Oise. Ces personnes font partie, le , du premier contingent de Juifs déportés de France, la plupart est morte au camp d'Auschwitz.
Contexte L'ordre d'arrestation, donné le , est donné après une série d'attentats anti-allemands en octobre et novembre de la même année. Ces attentats, qui conduisent également à l'arrestation des futurs « fusillés de Châteaubriant », permettent à l'armée d'occupation de prétendre que les responsables des attentats sont des Juifs et des agents anglo-saxonsOtto Abetz, note du au ministère allemand des Affaires étrangères, citée par Sinclair, 2020, . et ainsi de mener des actions de répression ciblées visant notamment les Juifs et les communistes. La rafle est mentionnée allusivement par une photo et un commentaire dans L'Émancipation nationale, l'organe hebdomadaire du Parti populaire français de Jacques Doriot.
Arrestations vignette|Le camp de Royallieu en 1942, par Jacques Gotko, document fourni par Georges Wellers. Les rafles commencent le au matin. juifs français, parmi lesquels des chefs d’entreprises, des commerçants, des ingénieurs, des médecins, des avocats, des intellectuels sont arrêtés à leur domicile, leur nom a été trouvé dans le « fichier juif » qui recensait les Juifs français. Parmi eux, figurent le géographe Jacques Ancel (1882-1943), l'ingénieur Henri Lang (1895-1942), René Blum (1878-1942), frère de Léon Blum, le romancier Jean-Jacques Bernard (1888-1972)Jean-Jacques Bernard, Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942, , rééd. Éditions Le Manuscrit, 2006., l'entrepreneur Natan Darty (1920-2010), l'écrivain Maurice Goudeket (1889-1977), le dentiste Benjamin Schatzman (1877-1942), le futur historien de la Shoah Georges Wellers (1905-1991), Jacques Debré (1885-1969), frère du médecin Robert Debré. et Léonce Schwartz (1878-1945), grand-père paternel d'Anne Sinclair.
Après leur arrestation à l'aube, ils sont rassemblés dans le manège du commandant Louis Bossut, à l’École militaire, puis transférés au camp de Compiègne-Royallieu, dans l'Oise où sont également envoyés étrangers en provenance du camp de Drancy où ils étaient déjà internés, pour atteindre le nombre de , demandé par les Nazis dans la perspective d'une déportation. Les 18 et , sont libérés par les Allemands, en raison de leur âge (plus de ), de leur état de santé ou sur ordre spécialAnne Sinclair, La rafle des notables, Grasset, 2020, p.59 : "Pourtant, les 18 et 20 décembre, considérés comme de très grands malades et de plus de furent libérés, ainsi que sur ordre spécial.". Par la suite, d'autres détenus furent également libérés par les Allemands, en raison de leur état de santé, notamment le grand-père d'Anne Sinclair qui fut envoyé l'hôpital du Val-de-Grâce où il arriva le Anne Sinclair, La rafle des notables, Grasset, 2020, p.111 : "L'hôpital du Val-de-Grâce m'a transmis, à ma demande, copie des registres mentionnant les entrées et les sorties, entre février et mars 1942. La date de l'arrivée de Léonce Schwartz y est inscrite, le 24 février." , puis put quitter l'hôpital trois semaines plus tardAnne Sinclair, La rafle des notables, Grasset, 2020, p.16 :"Quelques-uns ont eu la chance de survivre, de revenir, ou d'être libérés, notamment pour de graves raisons médicales. Ce fut le cas de mon grand-père, Léonce Schwartz, dont j'ai retrouvé ici et là quelques traces. Transféré au Val-de-Grâce, il échappa miraculeusement à Auschwitz. Il eut le privilège de mourir dans son lit, des suites des sévices allemands, juste après la reddition de mai 1945." et page 113 : "sa sortie date du 17 mars 1942, vingt et un jours plus tard".
Cette rafle, qui est antérieure à la conférence de Wannsee, à Berlin, de , et à la mise en œuvre de la « solution finale de la question juive », correspond toutefois au « projet » exposé par Hitler dès 1940 de Laurent Joly, L'État contre les Juifs, Grassert, 2018, cité par Sinclair, 2020, .. Elle est supervisée par Theodor Dannecker, conseiller aux affaires juives en France de 1940 à 1942, qui se rend à l'École militaire où il insulte les détenus en allemand : « Têtes de cochons, fils de truies, vous allez voir mes chers Messieurs ! »Anne Sinclair, La rafle des notables, Grasset, 2020, p.34. Theodor Dannecker se rendra également au camp de Royallieu, trois jours après l'arrivée des détenusAnne Sinclair, La rafle des notables, Grasset, 2020, p.58.
Déportations Le , un convoi de du camp de Drancy est constitué à la gare du Bourget, puis de Compiègne sont ajoutés à ce convoi, dirigé par le SS Theodor Dannecker. Le convoi de est acheminé dans des wagons de troisième classe à Auschwitz. La majorité des Juifs arrêtés le , dont René Blum et Natan Darty, est de ce premier convoi. Benjamin Schatzman quant à lui est déporté le par le convoi , Georges Wellers par le convoi , du .
Postérité Une plaque commémorative est posée par l'association des Fils et filles de déportés juifs de France en 1999 à l'École militaire.
Voir aussi
Bibliographie Jean-Jacques Bernard, Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942, Édition Albin Michel, Paris, 1944, 249 ; rééd. Éditions Le Manuscrit, 2006, 334 Maurice Rajsfus : Drancy, un camp de concentration très ordinaire, Manya, 1991 . Jérôme Segal, « Le journal de Pierre Lévy (1886-1954) au camp de Royallieu (Compiègne) », Revue d'histoire de la Shoah, . .
Documentaires Pierre-Oscar Lévy, Jacky Assoun et Suzette Bloch, Premier convoi, 1992, . Gabriel Le Bomin, La Rafle des notables, 2022, ., diffusé le sur France 2
Articles connexes Convoi n° 1 du 27 mars 1942 Convois de la déportation des Juifs de France
Liens externes Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah
Notes et références
Catégorie:Histoire des Juifs sous le régime de Vichy notables Catégorie:Décembre 1941 Catégorie:1941 dans le judaïsme