Les apparitions mariales du Laus ou les apparitions de Notre-Dame du Laus désignent les apparitions mariales déclarées par la voyante Benoîte Rencurel, de jusqu'à la fin de 1718, dans le hameau du Laus du village de Saint-Étienne-le-Laus dans le Dauphiné (Hautes-Alpes actuelles). Ces apparitions, ou visions, ont été reconnues comme authentiques par l'Église catholique, en 2008, après enquête canonique et proclamation par l'évêque du lieu, Jean-Michel Di Falco.
Ces sont connues par le témoignage que la voyante en a donné, et par les récits de quatre chroniqueurs, témoins oculaires et contemporains de la voyante Benoîte Rencurel, des événements. Leurs manuscrits qui nous sont parvenus représentent pas moins de et font de ces apparitions du Laus, les apparitions .
Ces apparitions qui auraient duré 54 ans, sont (à ce jour) d'après les autorités religieuses (en tant qu'apparitions reconnues). Elles ont donné lieu, dès les premières années à des pèlerinages et un afflux important de pèlerins, malgré les difficultés d'accès du lieu, très isolé dans la montagne. Très vite, des récits de guérisons miraculeuses se sont diffusés, en particulier avec l'utilisation de l'huile de la lampe de la basilique. L’afflux des pèlerins a amené les autorités religieuses à construire des églises de plus en plus grandes pour accueillir les fidèles, et mettre en place des prêtres et religieux missionnés officiellement pour accueillir et guider ces pèlerins.
Historique Sources bibliographiques Yves Chiron écrit que ces apparitions du Laus car elles s'appuient sur les témoignages de quatre témoins oculaires, contemporains de la voyante Benoîte Rencurel . Ces écrits rassemblés dans les sont contemporains de la voyante et s’étalent sur près d'un demi-siècle.. Ils ont été rédigés par. : François Grimaud (1620-1703), juge de la vallée d'Avançon, avocat au parlement de Grenoble, procureur du roi à Gap, puis en 1673, consul à Gap. Ses écrits couvrent la période 1664-1667 ; sa relation, tenue pendant les deux premières années du pèlerinage, signale soixante guérisons miraculeuses ; Jean Peytieu (1640-1689), prêtre du diocèse d'Embrun, docteur en théologie, qui a vécu quotidiennement au Laus de 1669 à 1689, au contact de la bergère. Ses écrits couvrent la période 1669-1689 ; François Aubin (1650-1733), ermite au col de l'ange, confident de Benoîte à partir de 1680. Ses souvenirs et ses notes aujourd'hui disparues ont été rapportés par Pierre Gaillard ; Pierre Gaillard (1621-1715), prêtre, docteur en théologie, vicaire général de Gap, aumônier du roi et official de l'évêché. Ses écrits couvrent la période 1647-1712. Il est l'auteur principal de la , rédigée au jour le jour durant quarante ans. Yves Chiron écrit . C’est sur ces relations que se fondent toutes les études publiées à ce jour.
Après la mort de la voyante Benoîte, François Aubin rassemble et conserve les 1800 pages de témoignages. Il les transmet ensuite aux pères de la Sainte-Garde, chapelains du sanctuaire. Pendant la Révolution française, les manuscrites sont cachées dans un grenier par un des pères de la Sainte-Garde, afin d'éviter leur destruction. En 1824, les pères Oblats de Marie-Immaculée responsables du Laus depuis six ans, les redécouvrent. En 1850, l'évêque de Gap, Jean-Irénée Depéry, demande à l'abbé Galvin de les recopier, et nous disposons ainsi depuis cette date de la .
En 1977, le père de Labriolle, exploite ces manuscrits et publie l'ouvrage Benoîte, la bergère de Notre-Dame du Laus., synthèse de ses travaux.
En 1996, à la suite de la réouverture du procès en béatification de Benoîte Rencurel par le pape Jean-Paul II en 1981, la est reproduite en cinq cents exemplaires.
Le contexte
Ces apparitions mariales surviennent au , dans une période marquée par le Jansénisme, une dérive spirituelle catholique, . Yves Chiron souligne que cette région des Hautes-Alpes est largement imprégnée de cette pensée, et que le clergé local est . L'auteur écrit que ce courant se voit opposer, par ces apparitions et par la petite voyante, ..
En dehors du jansénisme, le est traversé par un mouvement spirituel, qui, depuis les plus hautes autorités de l’Église, tend à écarter le mystique et toutes révélations privées (visions, apparitions), . Le conflit entre Bossuet et Fénelon qui aboutit à la condamnation de ce dernier, la mise à l'index de nombreux auteurs mystiques, pourtant autorisés quelques années plus tôt, la condamnation du molinisme créent un contexte de défiance envers toute personne laïque qui prétendrait , surtout si celles-ci s'installaient dans le temps, contrairement à d'autres apparitions des décennies passées où le voyant n'avait eu que de brèves visions qui ont été bien acceptées par l’Église.
Les apparitions
Les à Benoîte Rencurel sont connues par le témoignage qu'elle en a donné, et par les récits des quatre chroniqueurs, témoins des événements qui en ont donné le récit écrit via le . Ces apparitions qui se seraient tenues sur 54 ans, sont les (à ce jour) d'après les autorités religieuses..
Apparition de saint Maurice
Née à Saint-Etienne d'Avançon en 1647 dans une famille très pauvre, Benoîte Rencurel perd son père à l'âge de . Elle se voit contrainte de travailler en tant que bergère pour vivre dans la famille où elle a été placée. À dix-sept ans, elle ne sait toujours ni lire ni écrire. et passe donc ses journées à prier le chapelet dans les montagnes.
En , Benoîte ressent le désir de rencontrer la Vierge Marie après avoir entendu une homélie de son curé. Alors qu'elle conduit ses chèvres le long d'un bois, sur la montagne de Saint-Maurice, un vieillard se serait approché d'elle, en se présentant comme saint Maurice lui-même. Il aurait annoncé à la bergère que son souhait serait exaucé et qu'elle verrait la Mère de Dieu dans un vallon voisin.
Apparitions de la grotte et de Pindreau thumb|upright=1.0|Chapelle de Notre-Dame-des-Fours.|alt= thumb|left|upright=1.0|Autel dans la chapelle de Notre-Dame-des-Fours.|alt=
En , Benoîte se rend dans le vallon dit Le nom provient du fait qu'il y avait là des fours à chaux où l'on faisait cuire du gypse pour y fabriquer du plâtre. Il y avait à proximité une petite carrière de gypse pour alimenter les fours, la forêt proche fournissant le bois. pour y faire pâturer ses moutons. Comme à son habitude, la bergère récite son chapelet pendant qu'elle garde ses bêtes. Dans une des grottesIl n'est pas précisé s'il s'agit d'une grotte profonde ou d'une simple balme. du site, elle voit soudain , tenant à la main son enfant. Benoîte décrit ainsi celle qu'elle appellera : elle est vêtue de feuilles d'or enflammées, elle semblait porter une couronne étincelante et son visage était si lumineux qu'on ne pouvait déterminer ses traits avec précision..
Naïvement, la jeune bergère engage la conversation avec la dame et lui demande . Mais la dame ne répond rien. Alors elle lui propose de partager avec elle son maigre goûter, mais la visiteuse disparaît sans un mot. Durant plus de trois mois, tous les jours, la va apparaître à Benoîte, dans ce même lieu, sans lui adresser une parole, dira Yves Chiron, .
Benoîte raconte d'abord ses visions à sa maîtresse, qui ne la croit pas. Mais le bruit se répand dans le village et dans les environs. Si bien, que le juge de la vallée d'Avançon, François Grimaud, décide de venir faire une enquête. En août, il se rend sur place, et interroge la voyante. Il sort positivement impressionné de son interrogatoire. Il décrit Benoîte comme . Le , la Vierge demande à Benoîte que les filles de Saint-Étienne-d'Avançon montent en pèlerinage jusqu'à cette grotte. Le lendemainLe est le jour de la fête du martyre de saint Jean-Baptiste., sur les instances du juge Grimaud, le curé organise un grand pèlerinage paroissial auquel participe tout le village, et assiste au côté de Benoîte à l'apparitionComme pour toutes les autres apparitions, seule Benoîte verra l'apparition, l'assemblée ne voyant que la jeune fille en extase.. Durant l'apparition, le juge souffle à Benoîte de demander à la dame, quel est son nom. La Vierge Marie annonce à la voyante qu'elle s'appelle et qu'....
Le , après un mois d'absence, la Vierge se manifeste à nouveau sur l'autre versant de la vallée, sur le coteau Pindreau. Elle demande à Benoîte de et de venir l'y prier. Que là elle .
Apparition de Notre-Dame de Bonne-Rencontre thumb|upright=1.0|La basilique construite après la demande reçue par Benoîte, aujourd'hui au centre du sanctuaire de Notre-Dame du Laus.|alt=
Le lendemain, Benoîte découvre sur la colline du Laus, située de l'autre côté de l'Avance, un oratoire couvert de chaume, dédié à , et dont il ne reste guère que des ruines. De merveilleux parfums s'y font sentir qui mènent la bergère jusqu'à la chapelle. Et voici que la Vierge apparaît sur le pauvre autel de plâtre, à droite du tabernacle. À cette vue, Benoîte a une parole, à celle qu'elle appelait sa Bonne mère, pleine de naïveté : . La Vierge, en refusant, lui sourit, puis lui annonce qu'une grande église sera bâtie, en ce lieu, destinée à la conversion des pécheurs. Benoîte indiquera aux chroniqueurs que Marie a voulu .Yves Chiron indique que cette semblait irréaliste à l'époque car la région était pauvre, elle manquait de matériaux de construction, et il n'y avait pas de route d'accès pour que les pèlerins puissent venir... La bergère fait remarquer à la Vierge que le lieu étant très pauvre, . Ce à quoi la Vierge lui répond qu'elle ne s'en inquiète pas, que tout viendra en son temps, et qu'une belle église y sera bien construite. La Vierge invite Benoîte à revenir fréquemment en ce lieu pour la revoir.
Dès lors les apparitions se succèdent pour Benoîte, tous les jours d'après un des chroniqueurs, durant cinquante-trois années, et sur la foi de ses dires, les pèlerins affluent au Laus, dès l'année suivante, certains montant même au mois de mars (pour le 19 et )Le 19 mars est la fête de saint Joseph, et le 25 mars la fête de l'Annonciation, deux fêtes très importantes dans l'Église catholique., malgré la neige. Très vite, des récits de miracles et de grâces extraordinaires circulent, attirant une foule toujours plus nombreuse..
Premières enquêtes diocésaines