Le collectif Féminicides par compagnons ou ex (abrégé collectif FPCE), est un collectif féministe fondé en 2016 par des militantes lors de la création d'une page au nom homonyme. Le collectif se compose de lanceuses d'alertes qui assurent, depuis , par leur propre méthodologie, la comptabilisation des femmes présumées victimes de crimes conjugaux en France (y compris dans les DOM-TOM) perpétrés par leur compagnon ou ex-compagnon. Le décompte est actualisé régulièrement et rendu public sur les réseaux sociaux via ses pages Facebook, Twitter et Instagram ainsi que sur son site web crée en 2022. Les chiffres se basent sur des articles de presse publiés sur internet.

À partir de 2019, leurs chiffres sont repris par plusieurs personnalités et entités tels que Caroline De Haas représentante du collectif #NousToutes jusqu'en 2022, l'Agence France-Presse qui a son propre décompte ou encore lors du Grenelle des violences conjugales organisé par le gouvernement français.

Historique Contexte

Chaque année en France, une moyenne de subissent des violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint.. À la fin des années 2010, un regain médiatique est porté contre les violences conjugales. La coprésidente du planning familial estime en outre que les associations ne sont pas encore écoutées par le gouvernement pour atténuer ce phénomène, et juge que la mise en œuvre d'actions politiques en France est tardive en indiquant que des mesures nécessaires pour lutter contre les violences conjugales étaient déjà listées par les associations féministes depuis dix à vingt ans.. Le gouvernement français n'avance d'ailleurs pas de chiffres précis jusqu'en 2012 — il n'existe pas d'organisme étatique ou de statistiques officiels pour comptabiliser les chiffres officiels de féminicides conjugaux — et se contente du terme vague « d'une femme tuée tous les deux ou trois jours »... En parallèle, la couverture médiatique de ces meurtres classe généralement les affaires dans la catégorie « fait-divers »..

Création du collectif vignette|Collage à Besançon, rendant hommage à Razzia, femme assassinée le par son ex-conjoint. En 2012, plusieurs membres féministes échangent dans un groupe fermé autour du projet de loi de pénalisation des clients de la prostitution.. En , l'une des bénévoles recense de son côté sur son propre blog les féminicides. Cependant, en , elle décide d'arrêter car « c'était trop dur ». La décision est alors prise par le reste du groupe de poursuivre ce comptage, via une nouvelle page Facebook : la page « Féminicides par compagnons ou ex » est créée. L'objectif du collectif FPCE est de soutenir les familles de victimes et leur permettre de faire reconnaître cette mort comme un féminicide ainsi que de rendre visible le nombre de femmes tuées, de les « désanonymiser » afin que .

Au début, deux membres administrent la page. Rapidement, elles sont trois, puis quatre. Le collectif se compose d'une retraitée, d'une personne du chômage, d'une travailleuse à temps plein et d'une travailleuse à temps partiel dans le social. Néanmoins, par crainte de représailles, les membres ne souhaitent pas rendre leur identité publique, comme l'explique l'une d'entre elles, dans un entretien accordé à lAgence France-Presse : . Par ailleurs, les articles de presse qui les citent, leur prêtent parfois des prénoms d'usage (comme Sandra) au cours de leurs interviews.. Enfin, trois des membres confient avoir elles-mêmes subi des violences de la part leur ex-conjoint..

Les membres effectuent une revue de presse quotidienne afin de réaliser le décompte au jour le jour des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. L'une des membres avance que la tâche pouvait prendre jusqu'à « huit heures par jour ». Selon Fatima Benomar, féministe marocaine et membre du collectif #NousToutes, leur recensement consiste à utiliser des mots clés (tels que "auteur", "crime", "égorgement", "femme morte", "femme disparue", "drame conjugal") depuis . Les membres privilégient les médias locaux. Pour chaque victime recensée, un court texte est publié sur la page Facebook du collectif (et plus tard, sur leur page et ), qui résume les faits et donne des éléments du profil de la victime. Le décompte se baserait sur le modèle de ceux déjà réalisés dans certains pays d'Amérique du Sud ou aux États-Unis (pour ce dernier, par exemple, grâce au recensement du Journal of the American Medical Association, et plus globalement celui du )... De plus, à l'aide de , les militantes référencent et géolocalisent les féminicides, année par année, en y incluant d'autres données tels que le contexte, le suicide de l'auteur, les tiers victimes, le nombre d'orphelins à l'issue de ces crimes Des statistiques sur les autres crimes intrafamiliaux sont également disponibles...

Un décompte mis en avant dans la lutte contre les violences conjugales vignette|Collage, dans le de Paris, en 2020, dénonçant les féminicides. En , le collectif est contacté par Caroline De Haas, figure féministe en France, qui propose de relayer le décompte via son collectif #NousToutes. Après quelques semaines, la visibilité publique de la page FPCE s'accroit : ; et les médias commencent à s'intéresser au collectif. Pour le collectif #NousToutes, l'objectif du compteur est de sensibiliser, en rendant plus concrète la statistique selon laquelle une femme est tuée tous les deux jours dans le pays. Le collectif de Caroline de Haas qui compte alors plus de sur Twitter (soit près de cinq fois plus que son partenaire à ce moment), poste désormais également un message à chaque nouveau féminicide recensé : , argue la responsable. A chaque publication, les militantes reçoivent de nombreux messages de proches des victimes, mais aussi parfois des auteurs du crime. Cette notoriété soudaine a en partie modifié le travail des bénévoles du collectif. Désormais, les familles les contactent parfois directement, et ce sont les médias et la justice qui ensuite se penchent sur une nouvelle histoire : .

En , le collectif FPCE connaît un nouveau regain d'intérêt. Le collectif FPCE est relayé par la presse féminine. mais également la presse nationale... et internationale....... De plus, quelques documentaires. et reportages. ont également fait écho au recensement du collectif.. . Les médias reprennent alors massivement le terme « féminicide », qui ne possède alors pas d'existence juridique en France. Le collectif se renforce également de plusieurs bénévoles (majoritairement des femmes), qui les aident dans leur démarche de recherches et dont le nombre fluctue au fil des recherches. Néanmoins, de quatre administratrices, elles passent à trois. Le collectif affirme recevoir des menaces sur les réseaux sociaux de la part des familles des agresseurs et parfois des familles des victimes qui ne souhaitent pas être exposées.

À l'occasion de la journée internationale des femmes, Fatima Benomar rapporte : .

En , le collectif lance un appel dans le journal Le Parisien, intitulé « Protégez-les »..

En , à l'initiative du collectif, 35 familles de victimes de féminicides conjugaux rédigent une tribune à l'attention du gouvernement pour proposer des mesures destinées à lutter efficacement contre les violences conjugales et les féminicides..

Le Grenelle des violences conjugales ouvre le jusqu'à novembre en se basant sur les chiffres du FPCE.. En amont du Grenelle, les bénévoles ont été contactées par l'entourage de Marlène Schiappa, alors secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Durant ce laps de temps, le terme féminicide est encore propulsé au travers de la couverture médiatique. Pour France Inter, « les féminicides sont partiellement sortis de la rubrique des faits divers pour être regardés comme un problème de société ».

En , sur la base du recensement effectué par le collectif FPCE le député Aurélien Pradié a nommé chacune des 117 victimes de féminicides comptabilisées à cette date..

Une association, l'Union Nationale des Familles de Féminicide (UNFF) est créée le à la suite d'échanges entre plusieurs familles et proches de victimes sur la page Facebook du collectif..

En : le travail de recensement du Collectif Féminicides par compagnons ou ex est utilisé comme référence dans le rapport d'informations sur la reconnaissance du terme « féminicide », porté par la députée Fiona Lazaar et déposé à l'Assemblée nationale..

En , le mouvement des Colleuses (ou le Collectif Collages féministe) effectue notamment le collage en lettres noires de 111 prénoms de victimes (98 femmes, 11 femmes prostituées et 2 individus transgenres) dans une rue du en s'appuyant sur les données du collectif FCPE.

Différends de comptage avec #NousToutes À partir de , l'organisation #NousToutes, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l'encontre de femmes en raison de leur genre, relaye le décompte du collectif FPCE.

Toutefois, en , #NousToutes, décide de ne plus reprendre ce décompte, d'une part en raison de propos tenus par le collectif FPCE et d'autre part car NousToutes estime le décompte ne représente pas la totalité des homicides de femmes. En effet, alors que le collectif FCPE se concentre sur l'identification de féminicides uniquement dans le cadre conjugal, #NousToutes souhaite la mise en place d'un décompte plus large des féminicides, prenant en compte , particulièrement les assassinats transmisogyneshttps://tetu.com/2022/01/06/feminicide-collectif-noustoutes-rejette-decompte-feminicides-sans-femmes-trans/.

Différents types de comptage Le collectif FPCE n'est pas la seule entité à réaliser un recensement des féminicides conjugaux. Du côté des médias, en 2017, Libération est le premier à créer son propre décompte. Plus tard, l’Agence France-Presse () effectue des enquêtes sur les cas de féminicides conjugaux en s’appuyant au départ sur le travail du collectif FPCE. Puis, l'AFP détermine son propre décompte, lequel est contesté par le collectif. En effet, les chiffres de l' sont régulièrement plus bas que ceux du collectif FPCE, les journalistes utilisant leurs standards de vérification. Ainsi, en 2019, l' comptabilise au moins 126 féminicides conjugaux (154 selon le collectif FPCE), tandis qu'une douzaine de cas restent « en attente » puisque les enquêtes policières sont en cours. Le Monde a effectué une enquête sur les affaires de 2019.

À partir de 2006, Le Ministère de l'Intérieur français fournit des chiffres sur les "Morts violentes au sein du couple", mais ils sont publiés plus tard au cours de l'année suivante.

Prises de position Théorisation des féminicides

Selon le FPCE, ces hommes tuent leur compagne ou ex compagne car . Le collectif incite à prendre .

Positions sur les femmes trans En février 2022, alors que des femmes trans demandent sur le réseau social Twitter pourquoi les comptages du collectif FCPE n'ont jamais compté des femmes trans, le collectif répond que . Le tweet, transmisogyne, est suspendu par la plateforme, conduit à l'arrêt de la collaboration entre le collectif #NousToutes et FPCE et créée une polémique. Le collectif réagit en dénonçant une .

Politique contre les féminicides En , via une tribune, le collectif liste ses solutions : prise et traitement systématique des plaintes, octroi de l'aide juridictionnelle dès la plainte, hébergement d'urgence, ordonnance de protection, bracelets électroniques. D'autres éléments sont évoqués comme la création de fiches comme une fiche S ou la sensibilisation sur le sujet dès le plus jeune âge en donnant des cours en primaire ou au collège sur les violences faites aux femmes.

En ce qui concerne le Grenelle des violences conjugales, tenu en 2019, l'une des membres du collectif estime que . L'une des membres ajoute : . Par la même occasion, la « Grande cause nationale » du quinquennat du président Emmanuel Macron (c'est-à-dire l'égalité des sexes) est perçu comme une « Grande cause toujours »..