La campagne du Maroc, aussi appelée conquête du Maroc, pacification du Maroc ou encore guerre du Maroc, est une guerre coloniale, d'ordre politico-militaire, française amorcée sous la responsabilité du premier résident général français au Maroc Hubert Lyautey, alors général, pendant le règne du sultan Moulay Abdelaziz. Elle vise à combattre les résistances marocaines à l'établissement du protectorat français au Maroc (qui sera officiellement instauré par le traité de Fès du ).

Les premières batailles de la campagne française de lutte contre les résistants marocains débute en 1907 avec l'insurrection de la confédération tribale des Chaouïa le qui sera suivie du bombardement de Casablanca et de la campagne de la Chaouïa. Elle s'est poursuivie jusqu'en 1934 avec la réduction de l'Anti-Atlas, dernier bastion de la résistance, et la fuite de Merebbi Rebbu Ould Ma El Aïnin de Kerdous pour se réfugier au Sahara espagnol.

Contexte vignette|Le sultan Moulay Hafid, Mohammed el Mokri, Mohamed Ben Bouchta El Baghdadi, Si Kaddour Benghabrit, le général Lyautey et le général Moinier, . vignette|upright|Propagande coloniale :

L’Empire chérifien a cessé d’exister depuis que la conférence de Madrid de 1880 a placé le royaume sous contrôle international. Militairement, le pays s’est effondré dès 1844, au lendemain de la bataille d’Isly perdue face à la France qui depuis cherche à étendre sa domination sur le pays. Elle se heurte aux ambitions concurrentes d'autres puissances européennes, à la volonté d’indépendance du sultanat et aux résistances des populations.

Le survient le « coup de Tanger ». Cette initiative de l'empereur d'Allemagne Guillaume II va précipiter la mainmise de la France sur l'Empire chérifien ; ce qui permet à la France de rallier à ses ambitions le Royaume-Uni et le royaume d'Italie. La conférence d'Algésiras place l'économie marocaine sous le contrôle franco-espagnol et enfin le coup d'Agadir (1911), qui voit l'Allemagne laisser le champ libre à Paris, ouvre une voie diplomatique et géopolitique. Les divisions internes au sultanat entre Abd al-Aziz du Maroc et Abd al-Hafid favorisent l'ingérence étrangère. Le traité de Fès, signé le , est le préambule de la présence légale française au Maroc sous la forme d'un protectorat.

À cette date, la France occupe déjà l'est du Maroc d'Oujda à Figuig jusqu'à Guercif et Tafilalet à l’intérieur du paysCette zone est considérée par Lyautey comme faisant partie de la province d'Oran, en 1908 il était commandement de la région d’Oran., et la côte atlantique, de Mogador à Rabat jusqu'à la plaine du Gharb (nord-ouest) outre une série de postes échelonnés entre Rabat et Fès et les confins algéro-marocains considérés comme base arrière de l'avancée des troupes coloniales.

Déroulement et étapes Premiers affrontements Dès 1904, des affrontements ont lieu dans les confins algéro-marocains.

Déclenchement vignette|État de l'occupation du Maroc en 1913. La bande grisée indique la limite extrême, à l'Est et à l'Ouest, de l'action militaire française jusqu'à ce jour.--Entre les deux bandes, les régions du Moyen Atlas du Grand Atlas et du Petit Atlas sont encore insoumises.--Au Nord s'étend la zone espagnole.

Des sentiments anti-français se développent au sein des villes marocaines depuis la signature du traité d'Algésiras (1906), qui avait pour objet le Maroc, un des rares pays africains libres de l'influence des puissances européennes. Le sultan Moulay Abdelaziz est soutenu par les puissances hostiles à la France notamment par le Reich. En mars 1907, le docteur Émile Mauchamp est assassiné à Marrakech, soupçonné par la population d'être un agent espion de la FranceAssassinat du docteur Mauchamp en 1907 à Marrakech.. En représailles, les Français chargent la division d'Oran du général Lyautey d'occuper Oujda (le ) et la région de la Chaouïa (à l'ouest). D'autres troubles émaillent l'année 1907, sans pouvoir être évités malgré les avertissements de Jean-Claude-Lazare Malpertuy, consul français.

Le , a lieu le bombardement de Casablanca.

Avec l'aide de Madani El Glaoui, chef de file des aristocrates du Sud Marocain, Abd al-Hafid se proclame alors sultan du Maroc et destitue son frère aîné Moulay Abdelaziz qui, accusé d'être trop conciliant avec les Européens, est renvoyé et chassé par la population de la Chaouia. En 1911, Abd al-Hafid, qui contrôle de plus en plus mal l'intérieur du pays, se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et sollicite l'aide française. Le général Moinier qui, le , a mis en déroute Maa El Ainine à la tête d'une armée de , libère le sultan. La situation, irréversible, aboutit au traité de Fès du qui fait du Maroc un protectorat français, un régime de tutelle mais dont le sultan et le makhzen sont maintenus comme éléments symboliques de l'Empire chérifien. Moulay Abd al-Hafid abdique en faveur de son demi frère Moulay Youssef.

Étapes de la guerre Les négociations franco-espagnoles aboutirent au traité de proclamation du protectorat et une œuvre considérable de conquête et d'occupation s'accomplit. Le processus évolua principalement en trois phases, suivant les conditions de géographie physique du Maroc, réparties entre les plaines, les zones montagneuse et la steppe. Dans cette perspective, les militaires adoptèrent la stratégie dite de « jonction » organisée sous la forme de colonnes dotées d'armements modernes avec une couverture aérienne.

Période 1907-1914

vignette|upright=1.0|Assassinat du Mauchamp à MarrakechLe Petit Journal () Carte postale représentant des cadavres de Marocains pendant la campagne de 1907-1908|vignette|alt=Cadavres de six à huit hommes aux pieds nus, alignés dans une cour Dès 1901, la région mi-plaine et mi-montagneuse de la Chaouia connaît une forte rébellion contre le sultan, avant même l'arrivée des Français..

Jean-Paul Mourez. Septembre 1935 sur les presses des imprimeries réunies de la « Vigie marocaine » et du « Petit Marocain », Casablanca..

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La guerre de la Chaouïa durera 7 ans et sera achevée fin 1914.

Malgré les instructions des autorités coloniales d’évacuer l’intérieur du pays et de conserver que les villes côtières, Lyautey, nommé résident général en , entreprend de rétablir l'ordre à Fès à la suite des émeutes du . En outre, l'abdication du sultan Moulay Hafid et la succession de Moulay Youssef donnèrent une allure à l'enracinement d'un État aux structures modernes.

Le , le colonel Charles Mangin défait Ahmed al-Hiba surnommé le « sultan bleu » qui avait occupé Marrakech à la tête de lors de la bataille de Sidi Bou Othmane.

Sous la conduite de Lyautey, devenu résident général après l'établissement du protectorat français sur le Maroc, l'armée française lutte contre les tribus marocaines insoumises qui échappaient (bled Siba) à l'autorité Makhzen, dans le cadre de la pacification du Maroc. L'offensive est appuyée par l'équipement du d’artillerie de montagne, débarqué à Casablanca le , et par 4 avions Blériot XI.

Les bastions de la résistance tombent les unes après les autres : Médiouna, le ; Oued Zem le , Tadla, Béni Mellal (Sidi Ali ben Brahim du 27 au ). El Kssiba tombe aussi le , devant les forces du colonel Gueydon de Dives, malgré les attaques des chefs résistants des Ouirra Mouha Ou Saïd Ouirra de la bourgade d'El Ksiba et Mouha Ou Hammou Zayani, le roi des montagnes. La défaite des rebelles, avec , le devant Khénifra, puis la prise de la ville le , semble avoir marqué la fin de la rébellion. Les tribus Zayanes, bien qu'engagées n'ont pu empêcher Mangin d'atteindre ses objectifs, et la prise de Tadla ainsi que de Bejaâd les laisse isolées au sein de leurs montagnes. déclare le colonel Mangin qui félicite les hommes du d’artillerie de montagne..

Période 1914-1916 Début , les généraux Lyautey, Gouraudqui deviendra commandant de la ville de Fès, et Baumgarten élaborent une marche en deux colonnes sur Taza, avec la participation du sous-lieutenant Alphonse Juin. Le Général Baumgarten sera défié par Mohammed Al-Mamoune (1880-1966) et devra avant, battre sa mellaha avant de continuer. Il réussira et progressera vers Taza par le nord.

Cette stratégie, dite de jonction de colonnes, réussit à atteindre son objectif escompté, à savoir la jonction entre le Maroc occidental et oriental par la prise de la ville de Taza le .

Les effectifs français en sont de .. Ils seront en aout 1918 de baissant en à .

1920 En 1920, la prise de Khénifra met fin au danger des Zayans ou « bloc des Zayanes »pacification du Maroc: Œuvre militaire de 1921. selon l’expression du général Lyautey, qui sont de rudes montagnards, guerriers fameux, cruels, braves jusqu'à la témérité et que ni les Carthaginois, ni les Romains, ni les Arabes, ni les grands sultans du Maroc n'ont jamais réduits. Le dernier chef de cette tribu de Berbères insoumis est tué. S'évanouissent ainsi le grand rêve berbère et la liberté des Zayans. Cet épisode crucial se solde par la défaite des derniers résistants et par la soumission de Hassan ben Mohammed Amahzoune fils de Mouha Ou Hammou Zayani Mouha Ou Hammou. Ce chef amazigh trouve la mort en 1921 dans des circonstances obscures.

Période 1921-1926

En 1921, les tribus rifaines de la chaîne de montagnes du nord du Maroc se soulèvent contre le protectorat espagnol du Maroc et remportent plusieurs victoires spectaculaires en particulier à Anoual. Après une période de neutralité, la France rejoint l'Espagne pour lutter contre la république du Rif. L'alliance franco-espagnole contraint le chef rifain, Abdelkrim, à la capitulation le .

vignette|Pacification du Maroc. entre 1907 et 1927.

Période 1932-1934 vignette|Blindés français à Goulmima, années 1930. Après avoir dans le Moyen Atlas soumis les résistants à l'occupation française, la France a les mains libres pour combattre dans le Haut Atlas les derniers foyers de résistance, une opération militaire complexe vu la difficulté géophysique du terrain. Dans ce cadre, certaines dates sont prises pour repères. En 1932 se déroule la bataille de Tazizaoute. En 1932, Belkacem N’Gadi est chassé de Tafilalet par le général Henri Giraud. De au , la bataille de Bougafer et la soumission d'Assou Oubasslam, événement qui marque la fin de la résistance du Haut Atlas. Les militaires ayant participé sont les généraux Despass, Tarrit, Georges Spillmann, Chardon et le général Catroux. De leur côté les Ait Hdidou ont infligé la dernière défaite à la troupe coloniale avant la fin de cette guerre de soumission (1934) ;il s'agit de la bataille de Msedrid (Msdrid) le . La campagne de l’Anti-Atlas, - Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental: similitudes tactiques entre l’armée française de 1934 et la Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement, Cahiers du CESAT , juin 2012 - Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental - ; Stéphane Ferrard, Maroc 1934. Un sous-groupement oublié in EBRC. Tout viendra à point pour qui saura attendre, Défense & Sécurité Internationale, , juillet-août 2013, p. 84Ouarzazate au temps du protectorat - 1934. Anti-Atlas

Le gouvernement d'Édouard Daladier est inquiet de la situation en Allemagne à partir de 1933. Il désire achever la du Maroc, pour rapatrier le maximum de troupes en métropole. La campagne de l’Anti-Atlas se veut la dernière, elle doit empêcher toute fuite de résistants au Maroc espagnol. Les tribus de cette région comptent et connaissent les procédés des groupes mobiles qu'elles savent contrer par leur grande mobilité.