La principauté de Transylvanie ( ou et plus récemment en ou , en et en ) s’est développée au Moyen Âge comme voïvodat autonome dans l’obédience du royaume de Hongrie jusqu’en 1526, comme principauté indépendante mais tributaire de l’Empire ottoman jusqu’en 1699, comme archiduché de la monarchie de Habsbourg puis de l’empire d'Autriche jusqu’en 1867 lorsqu’elle fut intégrée à la Hongrie dans le cadre de l’Autriche-Hongrie.
Avec la principauté de Valachie et celle de Moldavie, c’est l’une des trois principautés médiévales ayant une importante population roumanophone, alors dite valaque (), mais contrairement aux deux « principautés danubiennes » dont l’aristocratie de boyards était roumaine, dont la religion officielle était orthodoxe et dont la langue d’église et d’État était le slavon, puis le grec et enfin le roumain, la Transylvanie, pour sa part, avait une noblesse hongroise d’ispans, ses voïvodes étaient pour la plupart magyars, ses religions officielles étaient le catholicisme par l’édit de Turda de 1366 et le protestantisme par l’« édit de tolérance » de 1565 ; ses langues d’Église et d’État furent le latin, puis le hongrois et l’allemand.
Le territoire de la principauté de Transylvanie a varié dans le temps : son cœur historique correspond au plateau transylvain, région de collines située dans le centre de l’actuelle Roumanie, à l’est de la Transylvanie moderne, entre les Carpates occidentales roumaines, les Carpates orientales et les Alpes de Transylvanie.
Sa durée, elle, varie selon les auteurs modernes : l’historiographie hongroiseVoir Iván Boldizsár, NHQ: the new Hungarian quarterly, vol. 22, éd. 1, Lap kiadó, Budapest, 1981, sur NHQ; Béla Köpeczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002 (abrégé français sur Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992). (et, à sa suite, une partie de l’historiographie germanique. ou anglophoneRobert John Weston Evans, T. V. Thomas, Crown, Church and Estates: Central European politics in the sixteenth and seventeenth centuries, Macmillan, 1991, .) limite son existence à durant la période 1570-1711, considérant qu’elle n’a été créée qu’au traité de Spire (succédant au royaume de Hongrie orientaleBéla Köpeczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002.) et qu’elle disparaît en 1711 lorsque le prince hongrois Ferenc Rákóczy laisse place à des gouverneurs autrichiens ; l’historiographie roumaine, se référant à la liste des princes de Transylvanie et aux institutions propres de cette région (voïvode élu par la Diète transylvaine, lois spécifiques, armée transylvaine, et, parmi les divisions territoriales, des joupanats gouvernés selon le jus valachicum reconnu par la charte de 1383En Transylvanie, les joupans « roumains », orthodoxes, gouvernent leurs communautés selon le jus valachicum garanti par la charte des privilèges de 1383 (voir János Mihályi de l’université de Budapest : Máramarosi diplomák a XIV és XV századbol (Chartes de Marmatie des ), Sighet, 1900, et suiv., et Alexandru Filipașcu de l’université de Cluj : L’Ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. du Centre d’études et de recherches transylvaines de l'université Ferdinand- de Sibiu, Bibliotheca rerum Transsilvaniæ, 1945, à 33) mais après la révolte de Bobâlna (1437-1438), les droits des joupans et des boyards sont progressivement remis en question : ils doivent choisir entre d’une part la perte de leurs privilèges et la chute dans le servage, ou d’autre part leur intégration, par passage au catholicisme, dans la noblesse hongroise, avec le titre d’ispán (comte).), considèreIoan Aurel Pop, Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press 1999, ; A. Dragoescu, Transilvania, istoria României, 2 volumes, Cluj 1997-1999 et manuel scolaire de Felicia Adăscăliței et Liviu Lazăr Manual de istorie pentru clasa a 12-a - éd. Corvin, Deva, 2007 . qu’elle a existé durant de 1111 à 1867Ces divergences d'interprétation des mêmes faits, sont plus politiques qu'historiques : si les joupanats, éphémères, peuvent effectivement être considérés comme des valachies dans la mesure où ils étaient gouvernés par des « Valaques » selon le jus valachicum, il n'en est pas de même pour la Transylvanie comme principauté, qui, quelle que soit la durée qu’on lui reconnaisse, était gouvernée par des princes en grande majorité magyars (dont les prestigieuses familles Bethlen ou Báthory), selon des lois différentes de celles du Royaume, mais promulguées à la Diète par la noblesse magyare de Transylvanie, largement majoritaire dans cette assemblée. Quoi qu’il en soit, dans l’article en langue anglaise, seul le point de vue de l’historiographie hongroise figure, et lorsque des contributeurs y ajoutent le point de vue de l’historiographie roumaine, ce dernier est systématiquement effacé au motif que les sources roumaines disponibles ne sont, par principe, pas fiables..
Avant la principauté
Histoire de la principauté de Transylvanie thumb|left|Carte du de la principauté de Transylvanie. Le voïvodat vassal de la couronne hongroise ()
À partir du , les Magyars, peuple parlant une langue du groupe finno-ougrien, venu du Nord de la mer Noire (pays d'Etelköz) et installés à la place des Avars au centre du bassin danubien, étendent progressivement leur emprise jusqu’à la chaîne des Carpates, d’abord autour du massif du Bihor, puis sur ce qui devient alors la Transylvanie (Erdély en hongrois, littéralement : « pays au-delà des forêts »). Ils évincent les Bulgares de ces régions et soumettent les populations locales majoritairement slaves et valaquesÉdouard Sayous, Histoire générale des Hongrois, Budapest/Paris 1900, .. Le slavon bulgare reste néanmoins la langue officielle de la noblesse, des joupanats et de l’église (orthodoxe) de Transylvanie, qui relève de l’éparchie de Turnu-Severin, elle-même rattachée par périodes aux patriarcats orthodoxe d’Ohrid, de Peć ou directement de Constantinople (voir histoire de l’Église orthodoxe en Roumanie). Lors du schisme de 1054 les Magyars, appelés « Hongres » ou « Hongrois » par confusion avec leurs alliés onoghours, adoptent majoritairement la forme catholique du christianisme : l’évêché catholique d’Alba Iulia est fondé au , pour combattre l’orthodoxie de rite grec de la population. Par alliances, par mariages ou par la force, les joupanats régis par le droit valaque sont intégrés au système féodal hongrois : certains deviennent des banats, d’autres sont rattachés aux comtés (megye) hongrois, d’autres encore sont organisés en voïvodats comme la Marmatie et la Transylvanie. La noblesse roumaine et slave est progressivement intégrée dans la noblesse hongroise, notamment par passage au catholicisme, favorisé par l'édit de Turda du roi Louis de Hongrie qui conditionne l'accessibilité à la congregatio generalis et à la Diète à l'appartenance à l'Église catholiqueEn Transylvanie, le jus valachicum figurant dans une charte des privilèges de 1383 est mis en cause depuis l'édit de Turda de 1366. Bien que cet édit ne le mentionne pas ouvertement, cela en exclut les orthodoxes, c'est-à-dire la majorité des Transylvains. Après 1437–38, l'échec de la révolte de Bobâlna achève de remettre en question les droits des joupans et des boyards roumains qui doivent choisir entre d'une part la perte de leurs privilèges et la chute dans le servage, ou d'autre part leur intégration, par passage au catholicisme, dans la noblesse hongroise, avec le titre d’ispán (comte) : Ioan Aurel Pop, Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press 1999, et A. Dragoescu, Transilvania, istoria României, 2 volumes, Cluj 1997–1999..
Outre les Magyars, les nouveaux seigneurs hongrois sédentarisent dans la partie orientale de la Transylvanie, le long des Carpates orientales, des mercenaires, les Sicules (en hongrois székelyek, en roumain secui, en allemand Szekler), colons aux origines incertaines (finno-ougriennes ? turques ? mongoles ?). Ce peuple d’hommes libres de langue hongroise devient lui aussi catholique, et prend en charge la garde des frontières.
Du , la Transylvanie est une principauté dotée de ses propres institutions et lois, autonome par rapport au royaume de Hongrie mais vassale de celui-ci. Le prince régnant, portant le titre de voïvode de Transylvanie, élu par la diète du voïvodat, n’est pas nommé mais adoubé par le roi de Hongrie, et est un membre de droit de la haute noblesse hongroise. Le prince le plus connu est Jean Huniade (en , en ) (d’origine roumaine par son père), vainqueur de la bataille de Belgrade (Nándorfehérvár) en 1456, contre les Ottomans, et père du roi Matthias de Hongrie (en hongrois Hunyadi Mátyás, en roumain Matia Corvin).
Après l’invasion tatare de 1223, les rois de Hongrie étendent en Transylvanie le système des comitats ( en hongrois, en roumain) et, pour développer les mines, font appel à des colons allemands (appelés Saxons, même s’ils ne viennent pas tous de Saxe : environ 10 % étaient Wallons et Lorrains, comme en témoignent les appellations « wallen »). Leurs privilèges et droits sont consignés en 1224 dans le diplôme « Andreanum ». Ils s’installent sur des terres royales (« Fundus Regius ») où selon la légende ils fondent sept cités (d’où le nom allemand de la Transylvanie : ). Ils consolident leurs privilèges, qui seront abolis en 1867, en même temps que la principauté de Transylvanie qui fut alors rattachée au royaume de Hongrie, au sein de la double monarchie austro-hongroise. thumb|Une petite posada des Carpates transylvaines. vignette|Une grande posada, clairière jadis fortifiée des « Valaques » des Carpates occidentales roumaines. gauche|vignette|Quelques établissements autonomes valaques figurant dans les documents contemporains du royaume de Hongrie entre le et le . vignette|Église valaque en bois à Ieud.|redresse vignette|Église saxonne urbaine en pierre à Sibiu (en allemand Hermannstadt).|redresse
Jusqu’en 1366, la Transylvanie a connu une organisation politique où, outre l’aristocratie magyare, les Saxons, les Sicules et les Valaques étaient représentés à la Diète (Universis nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis). Ils formaient ensemble un tiers état () pouvant proposer et voter des règlements, et être délégués pour prendre des mesures exécutives concernant l’ordre public, les relations entre confessions, groupes linguistiques et confréries professionnelles, voire les questions militaires. Les joupanats valaques de Transylvanie avaient initialement été organisés en vlachfölds : communautés territoriales nommées par eux țări (du ) ou ținuturi (du ) et régies par le jus valachicum (en roumain λеџѣ стръмошѩскѣ – legea strămoșescă soit « droit ancestral », en français « droit valaque »)Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens) vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, .. Les historiens roumains les définissent comme des « Romanies populaires » ou « Valachies ». À mesure que la noblesse roumaine (joupans et boyards), sommée de renoncer à l'orthodoxie ou de partir, se magyarisait (grofia) ou quittait le pays vers la Valachie et la Moldavie au-delà des Carpates (descălecarea)Ioan Aurel Pop, Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press, 1999 ., les țări transylvaines furent tour à tour intégrées aux comitats hongrois et aux fiefs saxons, durant les . : Pays d'Amlaș (Țara Amlașului) ; Pays du Făgăraș (Țara Făgărașului) ; (Ținutul Pădurenilor) ; Pays du Gurghiu (Țara Gurghiului) ; Pays de Hațeg (Țara Hațegului) ; Pays du Lăpuș (Țara Lăpușului) ; Pays des Moți (Țara Moților) ; Pays de Năsăud (Ținutul Năsăudului, en allemand Nösnerland) ; Pays d'Oaș (Țara Oașului) ; Pays du Sătmar (Ținutul Sătmarului) ; Pays de Vlăhița (Țara Vlăhiței qui veut dire « petite Valachie ») ;