Ladministration de la Rhodésie par la British South Africa Company est consécutive de l'octroi, en 1889, par la reine Victoria, d'une charte à la British South Africa Company (BSAC). La prise de possession des territoires commence par la colonne des pionniers qui s'installe dans le Mashonaland en 1890. Autorisée par la charte royale à acquérir, gouverner et développer la région située au nord de la république du Transvaal, la BSAC, dirigée par Cecil Rhodes, lève ses propres forces armées et s'attribue un gigantesque territoire par le biais de traités, de concessions et d'actions militaires. Elle vainc notamment la puissante armée ndébélé lors de la Première et Seconde Guerre ndébélé entre 1893 et 1897, et s'empare du royaume gouverné par Mzilikazi. Au tournant du la compagnie possède un vaste territoire enclavé, traversé par le fleuve Zambèze, appelé officiellement Rhodésie à partir de 1895, qu'elle gouverne jusqu'au début des années 1920.

La région au sud du Zambèze devient la Rhodésie du Sud, tandis que la zone au nord devient Rhodésie du Nord-Ouest et Rhodésie du Nord-Est, fusionnées en 1911 pour former la Rhodésie du Nord. Il existe, à l'intérieur de la Rhodésie du Nord, un royaume relativement autonome, appelé Barotseland qui devient un protectorat britannique. En Rhodésie du Sud, qui attire le plus d'immigrants blancs et qui se développe le plus rapidement, un conseil législatif, composé de fonctionnaires nommés par la compagnie et de membres élus, le nombre de chacun fluctuant au fil du temps, est créé en 1898.

En partie motivées par le « rêve » de Rhodes d'établir la suprématie britannique « du Cap au Caire », symbolisé par la construction d'un chemin de fer traversant le continent africain du nord au sud, des lignes de chemin de fer et de télégraphe sont rapidement mises en place, qui relient l'Afrique du Sud à la province du Katanga, au Congo belge, vers 1910. La British South Africa Police, chargée du maintien de l'ordre en Rhodésie du Sud, est créée en 1896. D'autres forces de police sont regroupées pour former la police de Rhodésie du Nord en 1911. Les Rhodésiens du sud et du nord combattent au côté des Britanniques durant la seconde guerre des Boers et la Première Guerre mondiale ; durant cette dernière, environ 40 % des hommes blancs de Rhodésie du Sud sont engagés, principalement sur le front occidental en Europe. Les soldats noirs servent en Afrique de l'Est au sein des Rhodesian African Rifles.

Le nombre des membres élus du conseil législatif en Rhodésie du Sud et le nombre de colons blancs croissent et, à l'occasion d'un référendum en 1922, les Rhodésiens du Sud choisissent une forme de gouvernement responsable dans le cadre de l'empire britannique plutôt que l'incorporation dans l'Union d'Afrique du Sud. La charte de la BSAC est dûment révoquée par le gouvernement du Royaume-Uni en 1923. La Rhodésie du Sud devient une self-governing colony, c'est-à-dire une colonie dotée d'un gouvernement élu, en octobre de cette même année. La Rhodésie du Nord devient, quant à elle, un protectorat directement administré par le gouvernement britannique en .

Origines Ambition de Cecil Rhodes

vignette|Le « colosse Rhodes », caricature de 1892 de Cecil Rhodes.

Dans le cadre de la ruée vers l'Afrique dans les années 1880, l'homme d'affaires sud-africain Cecil Rhodes envisage d'annexer à l'Empire britannique un territoire allant du Cap au Caire avec une ligne de chemin de fer reliant les deux villes. C'est l'ambition « du Cap au Caire ». Aux environs immédiats du Cap, les territoires sont disputés avec les États indépendants du nord de la colonie du Cap, ainsi qu'avec plusieurs républiques boers et le royaume du Matabeleland, dirigé par Lobengula. Rhodes et la BSAC sécurisent leurs droits miniers auprès de Lobengula grâce à la concession Rudd, signée en 1888, et obtiennent grâce à cela une charte royale de la reine Victoria en . Cette charte autorise la compagnie à traiter avec les commerçants locaux, à créer ses propres banques, à gérer les terres et à créer et diriger une force de police. En contrepartie, la compagnie est censée gouverner et développer les territoires qu'elle possède tout en respectant les lois africaines déjà existantes et en maintenant le libre-échange à l'intérieur des frontières.

Rivalités avec le Portugal

La sphère d'influence initialement envisagée pour la BSAC est composée du Matabeleland et de ses environs immédiats, entre le Limpopo et le Zambèze. Les implantations portugaises côtières d'Angola et du Mozambique datent de plus de trois siècles et l'alliance anglo-portugaise date du (traité de Windsor de 1386). La colonisation portugaise dans les années 1880 se limite, concernant le Mozambique, à des implantations dispersées, des ports, des postes côtiers et quelques plantations, administrés depuis l'île de Mozambique. L'Angola n'est pas très différent, avec un gigantesque hinterland qui relève de manière purement nominale de la modeste colonie côtière.

vignette|La carte rose portugaise.

Cecil Rhodes envisage calmement d'annexer une partie du Mozambique pour le compte de la BSAC afin d'établir un port important à l'embouchure du Pungue, qui constituerait un débouché maritime pour son projet d'implantation au Mashonaland, situé au nord-est du Matabeleland de Lobengula. Il pense que la revendication portugaise est suffisamment peu affirmée pour qu'il puisse arriver à ses fins sans provoquer de problèmes majeurs ; en 1889, il écrit au gouvernement britannique que , et il envisage que la question de la souveraineté pourrait rester ouverte. Mais, contrairement à ce que pense Cecil Rhodes, la conférence de Berlin (-) avait entériné le fait que la souveraineté portugaise sur la côte du Mozambique était fermement établie. Les Portugais commencent à s'installer dans l'intérieur des terres à la fin des années 1880, créant le Manicaland dans l'est des terres shona. En 1890, ils fondent Beira, au même endroit que celui qu'envisageait Cecil Rhodes. Le Portugal met sur pied le projet de « carte rose », revendiquant la souveraineté sur un territoire s'étendant depuis l'ouest du continent et les côtes atlantiques de l'Angola jusqu'à l'est et les côtes de l'océan Indien au Mozambique, ce qui empiète sur les territoires convoités par Cecil Rhodes. Après diverses vicissitudes, le gouvernement britannique adresse en un ultimatum au Portugal ; ce dernier est contraint de libérer des régions qui permettent à la BSAC d'étendre ses possessions vers le nord.

Expansion territoriale Colonne des pionniers

vignette|Officiers de la colonne des pionniers. La colonne est composée essentiellement de Sud-Africains de tous les niveaux sociaux.|alt=un groupe de personnes en uniforme militaire de type colonial

La colonne des pionniers est à l'origine composée de cent volontaires appelés « pionniers » qui rejoignent la BSAC en 1890. Conduite par le major Frank Johnson, un aventurier âgé de 23 ans, la colonne est destinée à servir d'instrument pour conquérir le Mashonaland et commencer son développement. Des hommes venus de divers horizons sont présents dans ses rangs ; selon l'un d'eux La plupart de ces pionniers, Afrikaners, s'identifient eux-mêmes comme Sud-Africains plutôt que comme Britanniques. Sur l'insistance de Cecil Rhodes, des « fils de bonne famille » sont incorporés car il pense que les familles riches ou influentes peuvent servir d'appui en cas de difficulté. On propose à chaque pionnier un terrain de (env. ) ou quinze unités de droits miniers en paiement de ses services.

Lobengula donne son approbation à cette colonne, en principe pacifique, qui doit traverser son territoire, mais beaucoup de ses conseillers (izinDuna) sont farouchement opposés à cela, car ils considèrent qu'il s'agit d'une appropriation du territoire ndébélé. Craignant qu'un ou plusieurs de ces izinDuna n'attaquent, la compagnie augmente progressivement le nombre des membres de la British South Africa Police qui l'escortent ; il atteint cinq cents, commandés par le Lieutenant-Colonel Edward Pennefather, un officier détaché de l'armée britannique.

La colonne doit, depuis son camp de base, situé à Macloutsie, à la frontière du Matabeleland et du Bechuanaland, se diriger vers le nord. Elle est censée construire une route en chemin, fonder des forts et établir une ville importante au Mashonaland, où seront libérés les pionniers, libres de se consacrer à l'agriculture, à la prospection et au commerce. Frederick Selous, un célèbre chasseur qui connaît bien le Mashonaland, devient le guide (intelligence officer) de la colonne ; il choisit comme destination une zone dégagée du veld, le mont Hampden, qu'il avait reconnue à l'occasion de ses voyages. Le site est à au nord-est de Macloutsie. La colonne se met en mouvement le ; le elle franchit la rivière Thuli, au Matabeleland, et la première implantation, Fort Tuli, est inaugurée près des rives. Johnson, en principe le commandant des pionniers, est considéré comme un novice, surtout en comparaison de Selous, expérimenté et respecté. D'après les écrits de l'époque, dans les faits, c'est Selous qui décide le plus souvent. L'ambiance est en apparence harmonieuse mais Johnson est en fait constamment en concurrence avec Selous et Pennefather.

vignette|L'Union Jack hissé à Fort Salisbury le .|alt=L'Union Jack flotte au sommet d'une colline, hissé par un homme en uniforme militaire. Des officiers et d'autres hommes dans le même uniforme sont au garde-à-vous. Des chariots couverts et des bâtiments de fortune figurent à l'arrière-plan.

La colonne est d'abord accompagnée par deux cents Ngwato (un sous-groupe Tswana), sujets du roi Khama, fidèle allié des Britanniques. Ils sont d'une aide précieuse dans la construction des routes, mais une animosité se développe entre eux et les Blancs, principalement car ces derniers ne traitent pas leurs alliés noirs comme des égaux. À la suite d'un accord mutuel, les Ngwato retournent chez eux. La marche vers le nord se poursuit ; Frederick Selous se rend au Manicaland, à la tête d'une petite section, afin d'affronter les Portugais. Pennefather et Johnson continuent leur chemin avec le gros des troupes et fondent Fort Victoria, Fort Charter, et, le , Fort Salisbury.

Le site de Fort Salisbury est une plaine plate et marécageuse, surmontée d'un kopje (une colline), à environ quinze kilomètres du mont Hampden, le but initial de la colonne. Pennefather gravit la colline et, découvrant la vue sur le veld, la déclare « magnifique » et décide qu'il n'est pas nécessaire d'aller plus loin. Il fait son rapport à Cecil Rhodes sur un ton triomphant : . Le matin du , vers dix heures, les troupes et les officiers de la colonne des pionniers paradent au sommet du kopje pour une cérémonie au drapeau. Le lieutenant Edward Tyndale-Biscoe hisse l'Union Jack, une salve de vingt-et-un coups de fusil est tirée, et trois acclamations sont adressées à la reine. Les travaux du fort commencent à la suite et sont terminés à la fin du mois de septembre. La colonne des pionniers est alors dissoute.

Escarmouches avec le Portugal

Pressé par Cecil Rhodes de se rendre rapidement à l'est, Frederick Selous rencontre le chef Mtassa, un Manica (un sous-groupe Shona), le et conclut avec lui un accord par lequel il promet de ne pas s'allier avec d'autres puissances, et accorde des droits miniers exclusifs à la BSAC, ainsi que le droit de construire un chemin de fer, des ponts, des canaux et autres infrastructures typiques de la colonisation. En retour, la compagnie fournit des fusils et autres équipements (d'une dérisoire valeur de cent livres sterling au total), ainsi que l'assurance d'une protection contre les attaques des Portugais et celles de leurs voisins Tsonga. En , le Portugal envoie une petite troupe pour écraser militairement Mtassa et reconquérir la région.