EncroChat est une entreprise de service de télécommunications chiffrées néerlandaise. Utilisée notamment pour des activités criminelles, elle fait l'objet d'une enquête des autorités judiciaires et policières anglaises, françaises et néerlandaises en 2020. À la suite de la découverte de l'infiltration des autorités dans leur système qui permet la lecture des échanges de certains de leurs utilisateurs, l'entreprise cesse ses activités en .

Solutions et fonctionnalités Lors de son activité, EncroChat propose des téléphones android enrichis d'une surcouche logicielle de chiffrement basée sur les technologies OTR, PGP et ZRTP. L'entreprise rend physiquement inopérant le GPS, le port USB, la webcam ou le micro des téléphones qu'elle commercialise afin de limiter les risques de « pistage ». Les messages chiffrés ne transitent pas par le réseau téléphonique mais par des serveurs hébergés en France à Roubaix chez OVH. Le mot de passe fait plus de quinze caractères et un téléphone EncroChat ne peut dialoguer de façon chiffrée qu'avec un autre appareil de même marque, permettant ainsi la multiplication des ventes. Aucun lien ne permet de rattacher une carte SIM ou un téléphone à la clientèle. Les messages et les données utilisateur sont enregistrées dans des tables Realm.

Les EncroPhones sont livrés avec cinq modules : le téléphone est d'apparence anodine, présentant un OS Android classique. L'astuce est que cet OS "normal" cohabite avec « EncroChat OS ». Ce double système d'exploitation permet de rendre plus discrètes les fonctionnalités de chiffrement en simulant un téléphone normal. De plus, une fonctionnalité de « wipe out » permet la suppression des messages EncroChat via un code PIN dédié si le téléphone doit être "blanchi" en urgence, la même fonction est accessible à distance au revendeur. Le service de mise à jour automatique du téléphone se nomme « EncroChat Over-the-Air » (OTA). « EncroChat » est l'application de messagerie chiffrée ; « EncroTalk », l'application de VOIP chiffrée ; et « EncroNote », l'application de notes chiffrées. Le service après-vente est assuré 24h/24.

L'entreprise commercialise des téléphones de la marque espagnole BQ modèle , et , sous le nom de Carbon Units. Chaque téléphone transformé par l'entreprise ressemble au premier abord à un appareil standard et peut également être utilisé comme tel. Ce Carbon Units est commercialisé plus de auxquels il faut ajouter un abonnement de plus de par an (300 à 800 euros par mois). L'accès à la partition chiffrée du téléphone est protégé par une puce crypotgraphique et un mot de passe, le déchiffrement est imposible une fois la puce déssoudée ou sans le mot de passe, et le contenu est supprimé après .

Pour rester dans la légalité et justifier son business model, l'entreprise affirme alors vendre des téléphones pour les journalistes et les activistes craignant de se faire espionner. Cependant, une estimation de la justice française avance que la quasi-totalité des usagers sont des criminels. Le principal revendeur pour l'Amérique du sud et centrale est l'entreprise RodTele qui se dit installée à Vancouver, d'autres revendeurs sont installés en Europe.

D'après la police anglaise, lorsque l'entreprise tombe en , elle compte clients dont en Grande-Bretagne.

Histoire En , une rencontre a lieu à Calgary entre Paul Krusky et Geoff Green. Geof Green a créé Mynt, un système de paiement a money devenu Myntex Inc, qui vend des téléphones BlackBerry avec un système PGP intégré. Paul Krusky présente l'application alors nommée Esocrypt qu'il a développé pour son entreprise Esoteric Communications Inc, basée au Panama, et nommée dans android com.esocrypt.chat.app.im. Elle est basée sur Off-the-Record et une version d'Android développée par Guardian qui permet de charger un système fantoche et, dans un espace chiffré, le système d'exploitation réel après la saisie d'un code de démarrage. Il explique que son application peut être installée sur n'importe quel téléphone à faible coût. Les téléphones peuvent envoyer des messages et des images, saisir des notes et effectuer des appels occasionnellement, mais pas utiliser Google, Netflix, ou écouter de la musique Ces messages sont supprimés automatiquement au bout d'un délai choisi par l'utilisateur. La messagerie des téléphone est utilisée par les criminels en ne faisant jamais référence à des identités réelles, les remplaçant par des pseudosnymes, et les messages sont automatiquement supprimés au bout de . Paul Krusky a alors 50 clients, il offre alors un Raspberry Pi qu'il utilise pour convertir les téléphone Android en téléphones EncroChat.

Le , EncroChat annonce la publication de la version 115 de son système d'exploitation. Parmi les nouvelles fonctionnalités annoncées, le double système d'exploitation, des mises à jour automatiques et le support en sept langues.

En 2016, Green a une clientèle EncroChat de plusieurs centaines de personnes, qui paye annuellement de dollars. Il profite de l'arrêt d'Ennetcom par les autorités néerlandaises pour proposer EncroChat comme solution de remplacement pour une communication chiffrée. Krusky annule alors leur accord en annonçant que EncroChat a été vendu, le téléphone de Green est effacé à distance et son portail de vente est bloqué.

Entre 2016 et 2018, plusieurs vidéos anonymes apparaissent sur YouTube, probablement initiées par des concurrents d'EncroChat. Elles pointent notamment des dysfonctionnements des téléphones (non suppression de messages après plusieurs erreurs de mot de passe, accès à des éléments non chiffrés du téléphone par exemple). Pourtant, les trafiquants ont une confiance aveugle en ce système.

En 2019, les téléphones EncroChat utilisent des modèles X et X2 de la marque BQ Aquaris, vendus par l'entreprise espagnole Mundo Reader S.L., avec le système Android 8 nommé Oreo, que Mundo appelle « Zangya ». Les téléphones Google sont régulièrement mis à jour mais les téléphones EncroChat utilisent toujours la version « Zangya » datant du .

En , certains utilisateurs se plaignent à EncroChat de la perte de la fonction d'urgence d’effacement total du téléphone. L'entreprise découvre un malware puis diffuse une mise à jour en peu de temps, mais ce malware ne disparaît pas.

Dans la nuit du 12 au , les utilisateurs de téléphone EncroChat sont informés que leur téléphone a potentiellement été compromis, incitant les utilisateurs à détruire leur terminal : . À la suite de ce message, le magazine Vice annonce le « la fin d'EncroChat ». L'entreprise cesse son activité et les responsables, inconnus, sont en fuite.

Le , l'entreprise connaît une médiatisation posthume lors de la conférence de presse organisée conjointement par Eurojust, Europol, la Gendarmerie française et la police néerlandaise.

En 2022, Paul Krusky est arrêté en République dominicaine où il vit avec son épouse avant d'être extradé vers la France où il est emprisonné. Il est accusé d'être l'un des dirigeants d'EncroChat et son développeur principal, ainsi que de trafic drogue, blanchiment d'argent aggravé, complicité de crime organisé, possession illégale d'armes et commerce illégal de dispositifs cryptographiques. Son procès se tient à Lille où il est défendu par Antoine Vey, l'avocat qui a défendu le dirigeant de WikiLeaks Julian Assange dans de son procès d'extradition vers les États-Unis.

Utilisation par des organisations criminelles Les premiers exemplaires de ce type de téléphone sont retrouvés aux Pays-Bas lors d'une perquisition en 2017, à l'encontre des organisations criminelles de la Mocro Maffia. Dès l'année suivante, les autorités néerlandaises et françaises coopèrent et trouvent une première faille. En 2018, un téléphone EncroChat est saisi lors d'une perquisition chez Mark Fellows, dans le cadre des enquêtes du meurtre de John Kinsella. La localisation du téléphone est l'un des éléments qui permet aux autorités anglaises de le condamner.

En Espagne, ces téléphones sont utilisés par des personnalités du trafic de drogue comme Sito Miñanco ou Jorge Palma. EncroChat est d'ailleurs surnommé .

En , la police néerlandaise indique avoir identifié 19 laboratoires de drogues synthétiques, saisi 8 tonnes de cocaïne et près de 20 millions d’euros grâce aux informations collectées lors de l'infiltration de l'opérateur. À la même époque, la police anglaise indique avoir arrêté 746 personnes et saisi 54 millions de livres en cash, 77 armes et plusieurs tonnes de drogue à la suite de l'infiltration de l'opérateur par les autorités françaises. En tout, une vingtaine de polices européennes profitent des informations récupérées.

Le magazine Vice.com révèle que le cartel de Sinaloa était équipé en téléphone EncroChat d'après des documents du Federal Bureau of Investigation (FBI). Les enquêteurs découvrent également qu'Encrochat est utilisé par l'italien Raffaele Imperiale (dont le pseudonyme était opentiger) pour échanger avec son comptable (nommé sur l'application mightywood). Près de 7 millions de revenus annuels illégaux sont mis à jour ce qui conduit à leur arrestation.

La police hollandaise publie un communiqué le indiquant qu'EncroChat est utilisé pour des « fuites d'informations policières vers des organisations criminelles », actes qualifiés de « corruption ».

Le , le procureur de Thionville communique sur l'arrestation d'une personne vivant à Hayange et la saisie de plusieurs kilos d'héroïne et de cocaïne. Le procureur a indiqué que cette opération a été rendue possible par l'exploitation de données provenant d'EncroChat.

Les mois suivant l'arrêt du service chiffré, les interpellations ayant pour source l'intrusion dans EncroChat continuent en Europe avec la saisie de quantité de drogue, véhicules, armes ou argent. De par le volume d'informations à traiter, certaines enquêtes sont toujours en cours plusieurs mois après. Mais de nouveaux réseaux chiffrés apparaissent entre temps.

En 2020, les ont donné lieu à la réquisition de d'emprisonnement, d'euros de gel d'avoirs, d'euros en liquide, plus de de pilules de drogues, de cocaïne, 3 tonnes d'héroïne, 923 armes, 68 explosifes, 271 maisons, 971 véhicules, 83 bateaux et 40 avions.

Infiltration par la Gendarmerie française En 2019, après l'annonce de la faille de sécurité Bad Binder par Maddie Stone, le Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) français demande à la justice de faire une copie des serveurs opérés par OVH à Roubaix. 71 machines virtuelles concernant 33 sous-domaines cartes SIM. L'exploitation de la faille Bad Binder nécessite la compromission du téléphone par un malware ou par la navigation sur un site compromis, ce qui est impossible sur EncroChat puisqu'aucun navigateur web n'existe et que seule l'installation d'application EncroChat est permise. La mise-à-jour des téléphones se fait de manière invisible et à chaque connexion par le serveur update.encrochat.ch sous juridication française.