vignette|Le capitaine William Stairs, chef de l'expédition.
Lexpédition Stairs (1891−1892), qui tient son nom du capitaine William Stairs, est menée pour le compte du roi afin de s'emparer du Katanga, qui correspond à l'époque au royaume Yeke, région riche en minerais, dans le contexte d'une compétition avec les Britanniques et la British South Africa Company.
Cette « ruée sur le Katanga » est l'un des épisodes de la « ruée sur l'Afrique », période de colonisation du continent africain par les puissances européennes.
Contexte historique
Les protagonistes sont l'État indépendant du Congo, qui est en pratique une colonie privée du roi , et la British South Africa Company (BSAC), une compagnie à charte qui administre, au nom du gouvernement du Royaume-Uni, des territoires dont elle s'empare, par action militaire ou par négociation. Cette dernière est à la recherche de gains financiers et vise aussi à imposer la domination britannique sur tout le continent africain.. Entre les deux se trouve M'Siri, à la tête du royaume Yeke, qui pratique le commerce d'esclaves, celui d'ivoire et de cuivre et qui, par les armes, soumet les peuples d'une grande zone géographique, les vaincus servant d'esclaves et donc de source de revenus. Au moment de l'expédition Stairs, M'Siri est décrit par les Européens comme un despote esclavagiste.
La conférence de Berlin
À l'occasion de la conférence de Berlin (1884-1885) et des négociations bilatérales belgo-britanniques afférentes, les territoires à l'ouest et au nord du complexe formé par la rivière Lwapula et le lac Mweru, qui correspondent au Katanga, sont attribués à l'État indépendant du Congo tandis que les territoires à l'est et au sud reviennent aux Britanniques et à la BSAC. Cependant, la conférence de Berlin prévoit une « clause d'effectivité » : un État ne peut revendiquer un territoire qu'à condition de l'occuper effectivement, en signant des traités avec les chefs locaux, en « plantant son drapeau » sur une terre (censément) inoccupée mais aussi et surtout, en mettant en place une administration et une force de police afin d'appuyer sa revendication. En l'absence de ces éléments d'effectivité, un concurrent peut les mettre en place et donc réclamer « légalement » (aux yeux des puissances européennes) à gouverner la zone concernée. Les traités signés avec les dirigeants africains ne sont pas des actes de soumission, la force militaire étant suffisante pour cela ; ils servent essentiellement à être opposés aux autres puissances coloniales afin de légitimer les actions menées dans les territoires concernés. En 1890, aucune puissance coloniale n'a signé de traité ou n'assume une présence effective au Katanga. Lorsqu'il s'avère que l'endroit est potentiellement riche en or et en cuivre, une compétition s'engage entre la BSAC et l'État indépendant.
Précédents
Le premier à agir, en 1890, est Cecil Rhodes, directeur de la BSAC, qui envoie Alfred Sharpe, venu du Nyassaland, appuyé par Joseph Thomson, au Katanga. Sharpe échoue cependant à persuader M'Siri de signer un traité et Thomson ne parvient pas à rejoindre la capitale du royaume Yeke, Bunkeya. Le rapport de Sharpe concernant les chances des rivaux de la BSAC est dédaigneux ; il prétend qu'ils n'ont aucune chance et que, lorsque le roi, âgé de soixante ans, aura disparu, le Kantaga reviendra à la BSAC sans coup férir.. Si cela s'était avéré, le Katanga aurait été incorporé à la Rhodésie du Nord (actuelle Zambie) avec laquelle il avait une forte proximité ethnique et culturelle.
Léopold riposte en 1891 en envoyant deux expéditions, dont la deuxième est en partie financée par la Compagnie du Katanga, créée en 1891, une compagnie à charte destinée à faire pièce à la BSAC de Cecil Rhodes, afin de pallier l'insuffisance des fonds mobilisables par et l'État indépendant ; elle se voit promettre en retour la propriété d'un tiers du territoire du Katanga lorsqu'il sera conquis. Ces deux premières expéditions semblent confirmer le point de vue d'Alfred Sharpe. La première expédition, dirigée par Paul Le Marinel, ne parvient qu'à obtenir une lettre de M'Siri autorisant l'installation d'un agent de l'État indépendant du Congo au Katanga. L'expédition est victime d'un accident, la poudre à canon destinée au roi explose, tuant plusieurs personnes et endommageant certains des cadeaux destinés aux négociations. Un officier belge, Legat, reste, avec un groupe d'askaris (soldats africains) dans un fort des rives de la rivière Lufoi, à environ quarante kilomètres de Bunkeya pour surveiller M'Siri et assumer une « présence effective ». Ultérieurement, M'Siri accuse Legat d'avoir détourné des fournitures qui lui sont destinées.
Le Marinel est suivi par Alexandre Delcommune, qui tente de persuader le roi M'Siri, dans la continuité de la lettre signée à Le Marinel, d'accepter la souveraineté de et de l'État indépendant du Congo. Il n'obtient pas de meilleurs résultats que son prédécesseur, et se rend dans le sud pour évaluer les ressources minérales du Katanga.
Préparatifs et trajet aller
Personnels vignette|Membres africains de l'expédition Stairs. Les hommes avec un fusil sont probablement des askaris, les autres sont des porteurs, l'homme avec une veste est sans doute un nyampara (« superviseur » ou « chef »). À l'arrière-plan, on distingue deux petits bateaux, utilisés pour franchir les cours d'eau. À côté, on voit des ballots de vêtements utilisés pour le troc contre la nourriture et comme cadeaux pour les chefs dont on veut traverser le territoire.
Le principe d'une nouvelle expédition est retenu mais la Belgique n'a que peu de personnels ayant l'expérience des zones tropicales et la compagnie du Katanga recrute donc d'autres Européens. L'Afrique centrale est à ce moment une zone d'exploration qui attire les mercenaires en quête de contrats. Sur la recommandation d'Henry Morton Stanley, qui avait déjà travaillé pour au Congo, William Stairs, âgé de 27 ans, est embauché pour conduire une expédition. Il a l'expérience de l'expédition de secours à Emin Pacha (1886-1889), pendant laquelle il est le second de Stanley et il est considéré comme un homme discipliné capable d'accomplir du bon travail. Cette expédition est marquée par sa brutalité envers les Africains, qu'ils soient rencontrés en chemin ou même membres de l'expédition.. Né au Canada, à l'époque faisant partie de l'Empire britannique, William Stairs est éduqué en partie en Grande-Bretagne et il rejoint un régiment britannique. Il se considère lui-même comme anglais ou britannique.
Le commandant en second est le seul Belge de l'expédition, le capitaine Omer Bodson, lui aussi impliqué dans la controversée expédition de secours à Emin Pacha. Le troisième officier commandant est le marquis Christian de Bonchamps, aventurier français. Deux autres Blancs font partie de l'expédition, Joseph Moloney, médecin de l'expédition, qui a déjà une expérience africaine en tant qu'officier médical durant la guerre des Boers et lors d'une expédition au Maroc, et Thomas Robinson, charpentier, mécanicien et factotum.
L'expédition embauche à son départ trois cent quatre porteurs (pagazis), trente askaris, neuf sous-officiers ou « chefs » zanzibarites, seize serviteurs et cuisiniers pour les Blancs soit trois cent cinquante-neuf personnes. La plupart viennent de Zanzibar, quelques-uns de Mombasa (en actuel Kenya) et quarante viennent de Tabora en actuelle Tanzanie, ville natale de M'Siri. À Bunkeya, l'expédition mobilise huit Dahoméens, des askaris stationnés au fort des rives la Lufoi, dirigé par Legat, et qui connaissent bien la ville. Les hommes sont armés de deux cents fusils Gras, arme de dotation standard de l'armée française à l'époque, tandis que les officiers disposent d'armes telles que des carabines Winchester à répétition. Les troupes de M'Siri sont, quant à elles, équipées de mousquets à poudre noire.
William Stairs n'est pas confiant quant à ses chances dans la compétition et il pense que Joseph Thomson pourra négocier avec M'Siri avant que lui-même n'arrive sur place.
Ordres et objectifs Les ordres de Stairs sont de prendre le Katanga, avec ou sans l'accord de M'Siri. S'il découvre qu'une expédition de la BSAC est arrivée avant lui et a signé un traité avec M'Siri, il doit attendre d'autres ordres. S'il réussit à signer un traité et qu'arrive une expédition de la BSAC, il doit lui demander de se retirer et il a le droit d'utiliser la force si nécessaire. Moloney et Stairs sont préparés à cette éventualité. Ils savent qu'en 1890 Cecil Rhodes prend le Manicaland aux Portugais en envoyant une unité armée, dirigée par Frederick Selous, qui occupe militairement le territoire et force les Portugais à se retirer. Après avoir pris le Katanga, Stairs est censé attendre l'arrivée d'une deuxième colonne venant de l'État indépendant du Congo, l'expédition Bia-Francqui, conduite par deux officiers belges, Lucien Bia et Émile Francqui, qui doit venir du nord, depuis le fleuve Congo et le rejoindre.
Itinéraire et voyage vignette|redresse=1.5|gauche|Carte du trajet de l'expédition Stairs.
L'île de Zanzibar sert de base à l'expédition, comme pour beaucoup d'autres expéditions en Afrique centrale. L'expédition quitte l'île le . La route prévue passe par le Zambèze et le lac Nyasa (lac Malawi aujourd'hui), mais Harry Johnston, commissaire du protectorat britannique d'Afrique centrale, qui travaille pour Cecil Rhodes, lequel a envoyé Alfred Sharpe auprès de M'Siri, signale que les actions militaires qu'il mène contre les trafiquants d'esclaves rendent la route peu sûre. L'expédition prend donc une route traversant l'Afrique orientale allemande depuis Zanzibar, qui lui fait parcourir pendant la saison sèche, jusqu'au lac Tanganyika, en traversant un pays où les peuples et les marchands d'esclaves sont potentiellement hostiles. Les hommes traversent ensuite le lac, puis parcourent jusqu'à Bunkeya, se hâtant car la chaleur et l'humidité extrêmes annoncent la saison des pluies et ses conditions insalubres.
À raison d'un peu plus de treize kilomètres par jour, il faut à l'expédition cent vingt jours de marche, répartis sur cinq mois, pour arriver au but. Ce voyage se déroule au travers de forêts épaisses, de marécages, de plaines pierreuses désolées, mais aussi de forêts fertiles et de plaines giboyeuses ; en une après-midi Bodson abat une douzaine d'antilopes et, à une autre occasion, les hommes se régalent de viande d'hippopotame « jusqu'à ne plus pouvoir bouger ».
Les officiers disposent d'ânes qu'ils peuvent monter, mais les animaux meurent après la traversée du lac Tanganyika. L'expédition n'est pas attaquée, ni par les autochtones ni par les esclavagistes, à la différence d'autres caravanes, moins importantes, qui le sont cette année-là.
Comme elle approche de Bunkeya, elle trouve des terres affectées par la famine et les affrontements armés avec des villages brûlés ou désertés. Moloney attribue cela à la tyrannie de M'Siri, tandis que d'autres écrits suggèrent que certains chefs Wasanga profitent de l'arrivée des Européens pour se révolter contre le règne de trente ans de M'Siri, qui, à l'âge de soixante ans, est perçu comme proche de sa fin.
Certains comptes rendus de l'époque disent que l'expédition de Delcommune, qui se trouve toujours dans le sud du Katanga, mais sans contact avec celle de Stairs, incite à la révolte les peuples soumis par M'Siri . Bonchamps note que la principale armée de M'Siri, , s'est rendue dans le sud, dirigée par un certain « Loukoukou », pour mater la rébellion d'un peuple soumis, et que le roi semble moins belliqueux, du moins en apparence.