Les métis de Côte d'Ivoire désignent les personnes nées, durant la période coloniale française, d'un parent européen et d'un parent ivoirien. Beaucoup sont issus de relations entre des hommes français et des femmes ivoiriennes. Une partie de ces enfants, séparés de leur famille, est placée dans des établissements spécialisés, dont le foyer des métis de Bingerville.
Histoire
Contexte colonial À partir de la fin du , les déplacements de militaires, de fonctionnaires, de commerçants et de planteurs européens favorisent la naissance d'enfants issus d'unions mixtes dans les colonies françaises. Ces relations peuvent être durables, passagères, extraconjugales ou imposées aux femmes africaines.
Dans la société coloniale, ces enfants occupent une position intermédiaire entre les populations européennes et africaines. Lorsqu'ils ne sont pas reconnus légalement par leur père français, ils conservent le statut d'indigène et ne bénéficient pas automatiquement de la citoyenneté française.
Séparation des familles En 1903, le gouvernement général de l'Afrique-Occidentale française demande la mise en place d'une prise en charge particulière des enfants métis. Cette politique vise à les séparer du reste de la population et à les éduquer selon les normes françaises. Des groupes scolaires spéciaux sont créés en 1910 à Bingerville pour les garçons et à Mossou pour les filles.
Des enfants sont retirés à leur mère puis placés dans des institutions spécialisées. L'administration coloniale entend ainsi en faire des personnes considérées comme françaises par leur langue, leur éducation et leur mode de vie. Cette politique crée cependant un groupe séparé, éloigné à la fois de sa famille africaine et de son parent européen.
Foyer des métis de Bingerville Après le transfert de la capitale coloniale de Bingerville à Abidjan en 1934, l'ancienne résidence du gouverneur est transformée en orphelinat. L'établissement, appelé « foyer des métis », accueille des enfants issus de relations entre des Européens et des Ivoiriennes.
Des pensionnaires témoignent avoir été emmenés au foyer contre la volonté de leur mère. Ils y reçoivent une éducation française, mais disposent de peu d'informations sur leur père et sur leur filiation. André Manket, arrivé dans l'établissement en 1939 à l'âge de dix ans, fait partie des anciens pensionnaires ayant rendu public leur parcours.
Le foyer reçoit des garçons et des filles considérés par l'administration comme matériellement ou moralement abandonnés. Certains enfants ont pourtant encore leur mère ou ont été reconnus par leur père avant leur placement. Leur séparation familiale entraîne, pour plusieurs d'entre eux, une perte de leurs liens maternels, de leur langue d'origine et des informations permettant d'établir leur identité.
Statut juridique La reconnaissance par un père français permet, dans certaines situations, d'établir une filiation et de demander la citoyenneté française. Les enfants non reconnus restent soumis au statut juridique appliqué aux populations colonisées. Cette différence conduit l'administration à examiner l'apparence physique, l'éducation, le mode de vie et la réputation familiale des demandeurs, en l'absence d'un acte de reconnaissance paternelle.
Un décret du 5 septembre 1930 permet à certains métis nés de parents légalement inconnus en Afrique-Occidentale française d'obtenir la qualité de citoyen français lorsque leur ascendance européenne est considérée comme vraisemblable. Cette procédure ne constitue toutefois pas une attribution automatique de la nationalité à l'ensemble des enfants concernés.
Mémoire et demandes de reconnaissance Après l'indépendance de la Côte d'Ivoire en 1960, plusieurs anciens pensionnaires du foyer de Bingerville recherchent leurs actes de naissance, leur père ou leur famille française. Ces démarches sont compliquées par l'absence de reconnaissance paternelle, les changements de nom et les difficultés d'accès aux archives coloniales.
En 2020, d'anciens pensionnaires demandent à la France de reconnaître la responsabilité de l'administration coloniale dans leur séparation familiale. Leurs revendications portent sur l'accès aux archives, la reconnaissance de leur filiation, la possibilité d'obtenir la nationalité française et une réparation symbolique ou financière.
Le documentaire Enfants cachés de la France coloniale, réalisé par Caroline Dumay et Thaïs Brouck et diffusé par France 24 en 2020, recueille les témoignages de plusieurs de ces personnes. Un second reportage montre leur retour dans l'ancien foyer de Bingerville et leurs recherches sur leur histoire familiale.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Métis Côte d'Ivoire française Indigénat Enfants de la Creuse FOEFI
Liens externes
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