Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux (Gironde, France) est un musée d'art fondé en 1801 et principalement constitué d'une collection de peintures allant du mais qui possède également des collections de sculpture et d'arts graphiques. Il présente la particularité d'être en deux lieux séparés : le musée des Beaux-Arts, cours d'Albret, et la galerie des Beaux-Arts, place du Colonel-Raynal.

Historique

Un premier Musée de Bordeaux est créé en 1783, par l'abbé Dupont des Jumeaux avec l'appui de l’intendant Nicolas Dupré de Saint-Maur. Son activité consiste en l'organisation de cours dans les matières littéraires et scientifiques. L’abbé Sicard y enseigne le langage des sourd-muets. Inspiré par les Lumières, il réunit des avocats Gensonné, Vergniaud, Saige, Dominique Garat (1735-1799) , et des scientifiques comme l’ingénieur Brémontier. De nombreux membres du Musée appartiennent à des loges maçonniques bordelaises. Il s'apprente à une société savante et n'expose pas d’œuvres d'art. Il disparait en 1796.

L'arrêté Chaptal marque la création officielle du musée de Bordeaux en 1801H. de La Ville de Mirmont, 1899, .. Il prévoit la répartition dans 15 villes de province d’œuvres issues des collections du Muséum central des arts de la République, à la fois dans un but pédagogique mais aussi pour « désencombrer » le palais du Louvre en pleine transformation.

À Bordeaux, la municipalité confie la création de son musée à Pierre Lacour père, peintre, professeur de dessin et membre de la Société des sciences, belles-lettres et artsOlivier Le Bihan, 2007, p. 9., considéré aujourd'hui comme le premier conservateur. Après de longs atermoiements un lieu est construit et propose au public bordelais, en 1881, de découvrir les collections municipales. Dès sa création, il est déjà à l’étroit. Un espace d’exposition temporaire est construit de l’autre côté du cours d’Albret : la galerie des beaux-arts (prête en ).

La recherche d'un lieu

En l'an IX de la République (1801), l'arrêté du ministre Chaptal prévoit la répartition des biens artistiques nationalisés à la Révolution. L’État effectue deux premiers envois en 1803 et 1805. Ces œuvres s'ajoutent aux dix que Pierre Lacour détient, et forment le début de la collection du musée de Bordeaux.

Constituées de peintures et de sculptures, les œuvres sont installées dans une des salles de la bibliothèque à l’Académie des sciences et belles-lettres, rue de l’Église-Saint-Dominique (aujourd’hui rue Jean-Jacques Bel). Une « galerie des peintures » est aménagée, ouverte au public en 1804, elle demeure surtout une référence pour l’étude des élèves de l’École de dessinH. de La Ville de Mirmont, 1899, , 84..

Il était convenu que Bulletin Polymathique, 1806, .. Cependant, quand le second envoi de l'État eu lieu en 1805, aucun aménagement spécifique n'avait été réalisé. Les salles de la bibliothèque étaient encombrées par les livres, la présence des antiques, des moulages et du cabinet d’histoire naturelle le tout composant la bibliothèque, le cabinet d'histoire naturelle, le Muséum et la galerie de tableaux. Malgré l’aménagement conçu par l’ingénieur de la Ville Richard Bonfin en 1809, la « galerie des peintures » ne put présenter toutes ses œuvresH. de La Ville de Mirmont, 1899, ..

Lorsque Pierre Lacour fils, dessinateur et graveur, succéda à son père le , la question du local se posait toujours, surtout avec les envois de 1817.

Installation dans les salons de l'hôtel de ville

Michel-Jules Bonfin, fils et successeur du précédent ingénieur municipal, aménagea les lieux du futur musée de la Ville dans l'ancien siège du Tribunal civil, situé dans l’aile nord du palais Royal (actuel palais Rohan), rue Montbazon. Son ouverture a lieu le H. de La Ville de Mirmont, 1899, .. L'installation de la collection dans les nouveaux lieux fut complexe surtout avec l'arrivée des 279 tableaux de la collection du marquis de LacazeLes beaux-arts de Bordeaux ; un musée à l'étroit et en chantier La croix, 25 juillet 2013..

En 1832, il fut alors décidé de transférer la collection complète dans les grands salons du rez-de-chaussée du palais Royal, à l’exception de la salle à manger peinte à fresque par Jean-Antoine Berinzago. L’espace d’accrochage était certes accru mais il restait soumis à l’administration municipale installée depuis 1836, aux séjours royaux puis impériaux à partir de 1852 ; le public n’accédait à la collection que les dimanches et jours de fête. Lacour entreprit alors une restauration de toutes les œuvres, d’une part, et la fabrication de cadres pour celles qui en étaient dépourvues, d’autre part. Certains maires réfléchirent à l’emplacement d’un nouveau musée, proposant, pour David Johnston (1838-1842), les deux côtés du jardin de la mairie, le long des rues Rohan (actuelle Élisée Reclus) et Montbazon, pour Duffour-Dubergier (1842-1848), la place des Quinconces.

L'idée d'un nouveau musée

Contrant cette dernière proposition, Lacour Fils écrivit au maire de Bordeaux en 1842 : (Archives municipales de Bordeaux).

L’architecte municipal Charles Burguet (1821-1879) élabora en 1858 un projet de musée située à l’arrière du palais Rohan et comportant deux ailes, avec un étage en option, le long des rues Rohan et Montbazon, et reliées par une grille. Aucun des projets n’avança à cette époque et le musée resta au palais Rohan. Un premier incendie ravagea ce dernier le , détruisant de nombreuses archives et endommageant quelques peintures (La Dispute des philosophes et La Dispute des théologiens de Luca Giordano, par la suite restaurées).

Les travaux de réfection, menés par l’architecte municipal Charles Burguet, nécessitèrent le déplacement de la collection dans un « local en planches » installé dans le jardin. Provisoire à l’origine, cette structure, vulnérable aux incendies et aux inondations, demeura huit années. La situation précaire de la collection et la guerre franco-prussienne incitèrent l’administration au retour des œuvres dans les salons de l'hôtel de ville en 1870. Mais, un second incendie se déclara le , lors de son occupation par les militaires et endommagea cette fois le fonds ancien.

De nombreuses œuvres furent détériorées et plusieurs d’entre elles définitivement ruinées, notamment les quatre grandes chasses. Dix-sept tableaux étaient ainsi anéantis, à savoir : du , L'Assomption de la Vierge de Jacob Bunel () et Saint-François de Ludovico Carracci () ; du , La Chasse au lion de l’atelier de Rubens ; Chasse au renard et Chasse au sanglier de Frans Snyders (envois de 1805 de et ) ; Saint Bernard recevant de la Vierge la règle de l’abbaye de Clairvaux du Guerchin ; L’Adoration des bergers de Gaspard de Crayer ; Hercule et Omphale de Luca Giordano ; Abraham et ses Serviteurs et Apollon et Marsyas de Ferdinand Bol ( et ) ; Marine de Jan Baptist Weenix ; Vierge à l’Enfant avec des anges et saint François à genoux d'Abraham Matthys () et Petit portrait d’homme de l’école d’Anton Van Dyck ; du , La Vestale : Portrait de Mademoiselle Perdrigeon de Jean Raoux () ; du , Visite de la reine Marie-Amélie à l'hôtel-Dieu après les journées de 1830 ou les blessés de juillet d'Alexandre-François Caminade, 1834 () ; Moïse exposé sur les bords du Nil et sauvé par la fille du Pharaon d’Aimée Brune, 1841 () et Convoi français cerné par les Cosaques (incendie de 1870 ou 1891 ?) de l’abbé Adolphe Hemet (). Par ailleurs, La Chasse aux lions de Delacroix, 1855 () fut détruite sur de haut dans sa partie supérieure.

Le musée actuel vignette|redresse|Louis XVI, statue colossale de Nicolas Raggi, arrivée au musée en 1878. Le chantier débuta en , avec la pose de la première pierre par le cardinal Ferdinand Donnet et fut dirigé par Burguet puis, à la mort de celui-ci, par son confrère Marius Faget. Ce dernier donna le dessin de la grille que réalisa l’entreprise Mathieu Blairon de Charleville.

Pour sa part, l’architecte Auguste Dejean établit les plans de l’aile méridionale où il prévoyait un emplacement particulier (le salon oriental) pour la statue colossale de Louis XVI (1829) par Nicolas Raggi (1791-1862). Elle est fondue en 1942, sous le régime de Vichy, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux.

Remaniant constamment ses dessins, Burguet s’inscrivait dans la grande tradition classique en subordonnant le décor à l’architecture des ailes. Il assurait aussi une continuité stylistique avec l’ancien archevêché et les hôtels particuliers voisins, en déployant sur les façades les pilastres ioniques qui rythment une arcature aveugle en plein-cintre, les panneaux décorés de guirlandes, les niches des façades occidentales et la balustrade dissimulant en partie les toits.

La vocation muséale du lieu est affirmée dès la façade occidentale par la présence de deux statues : La Peinture et La Sculpture, réalisées par Pierre Granet (1843-1910). On trouve également les bustes de Doucet, Duffour-Dubergier, Fieffé et Lacour fils, sculptés par Edmond Prévot (1838-1892), et le bâtiment lui-même symbolise le troisième art majeur : l’architecture. En revanche, les consoles et les médaillons n’ont pas reçu les 29 bustes et les 14 statues de personnalités bordelaises voulus par le conseil municipal en .

Les espaces intérieurs ont bénéficié d’une attention tout aussi particulière avec, dans les vestibules, les grandes portes vitrées aux fines structures de ferronnerie et aux poignées serpentines en bronze de Faget, et les colonnes jumelées dont la monumentalité classique réaffirme le lieu comme le palais des Muses et des Arts. Burguet avait aussi imaginé un décor intérieur visible sur les vues anciennes et qui se composait d’un entablement à la naissance des voussures et de pilastres ioniques encadrant les grandes baies libres.

Entre 1881 et 1928, le musée n’eut connu guère de modifications notables. Seul, le projet d’agrandissement par Alfred Duprat n’aboutit pas en 1897.

Conservateurs

Un lieu d'exposition temporaire : la galerie des Beaux-Arts De l’autre côté du cours d’Albret, s’élève la galerie des Beaux-Arts enserrée par l’école Anatole-France. Son édification revient à Adrien Marquet qui souhaitait doter le musée des Beaux-Arts d'un espace d’exposition après la restauration des portiques du Jardin public où se tenaient les présentations de peinture depuis le .

thumb|redresse|La galerie des Beaux-Arts. Le maire choisit l’espace laissé vacant par le groupe scolaire et demanda à son architecte en chef Jacques Boistel d’Welles (1883-1970) d’établir le programme architectural. En 1935, D’Welles définit une structure sur trois niveaux : un sous-sol éclairé électriquement, un rez-de-chaussée doté de fenêtres en façade et un étage surmonté d’une toiture en sheds. Sur le conseil de D’Welles, Daniel Gervais, auteur de l’école mitoyenne, fut choisi pour diriger les travaux. Ceux-ci commencèrent en 1936, et malgré les retards, se conclurent en .

La galerie fut occupée par les services du ravitaillement pendant la Seconde Guerre mondiale et retrouva sa vocation initiale en 1947. À partir de 1951, elle abritait régulièrement l’exposition de peinture qui accompagnait le « Mai musicalMai musical, site du musée des Beaux-Arts de Bordeaux. » mais aussi les manifestations d’associations artistiques.

La façade reste l’élément primordial car elle s’impose dans le programme architectural de la place. Une porte monumentale s’inscrit au centre et relie le niveau inférieur, percé régulièrement de fenêtres rectangulaires, au niveau supérieur orné de médaillons. Elle est surmontée par les armes de la Ville dont le haut-relief se conjugue avec la mouluration saillante (entablement, chaînes d’angle harpées, corniches des fenêtres et de la porte) et les médaillons concaves pour briser la planéité de la façade.