Georges Verlaine, né à Paris, le et mort dans cette même ville, le , est le fils de Paul Verlaine et de Mathilde Mauté.

Éléments biographiques Prime jeunesse vignette|gauche|La mère de Georges Verlaine, par Alphonse Liébert, vers 1870. Lorsque Georges Verlaine naît à Paris, le , ses parents habitent au 14 de la rue Nicolet chez les beaux-parents de Verlaine. Arthur Rimbaud est déjà à Paris, il a même été hébergé rue Nicolet pendant quelques semaines. Le couple que forment Mathilde Mauté et Paul Verlaine a déjà traversé une première crise majeure lorsque Verlaine, ivre d'absinthe, s'est emparé de Mathilde pour la jeter au sol au pied du lit où elle venait de se coucher. La raison de ce courroux avait été déclenchée par le fait que Mathilde avait dit de Rimbaud qu'il était indélicat en commentaire de ce que Paul Verlaine venait de lui expliquer, à savoir qu'il volait des livres dans les librairies de Charleville. C'était huit jours avant son accouchement.

Après son accouchement, très affaiblie, Mathilde bénéficie des soins constants d'une garde-malade qui loge dans sa chambre. Verlaine, lorsqu'il rentre, dispose de la chambre qui jouxte la sienne. La garde-malade doit s'interposer à plusieurs reprises pour repousser les assauts violents de Verlaine envers sa femme, et aura même à le menacer d'un tisonnier rougi au feu.

En , c'est cette fois directement à son fils, alors âgé d'à peine trois mois, qu'il s'en prend en l'arrachant aux bras de sa mère et en le jetant violemment, heurtant le mur, dans son lit. Verlaine tente alors d'étrangler Mathilde. Les parents de Mathilde, alertés par les cris de cette dernière, interviennent. Monsieur Mauté empoigne son gendre pour le faire lâcher prise. C'en est trop ; avec l'aide de l'avoué de son père, une demande de séparation de corps et de biens est introduite, ainsi qu'une assignation pour coups, sévices et injures graves.

Verlaine ne tarde pas à réagir. Arthur Rimbaud quitte Paris. Verlaine se confond en excuses et réintègre le domicile conjugal : s'ensuivent quelques jours de répit, puis les délires alcooliques reprennent. Un soir, il s'empare même de Georges, qui était toujours en nourrice, pour l'amener chez sa mère. Mathilde ne le récupérera que le lendemain.

Le , Mathilde reçoit un courrier de son mari qui a disparu depuis plusieurs jours et que l'on cherche en vain dans le tout Paris ; il est envoyé depuis Bruxelles. Verlaine ne rentrera pas, il y a rejoint Rimbaud. Mathilde et sa mère se rendent à Bruxelles pour tenter de le raisonner, pensent y parvenir ; mais au passage de la frontière, sur le chemin du retour, Verlaine s'éclipse. Il ne reparaîtra plus.

Depuis la gare, il adresse à Mathilde ce message :

Quelques jours avant son arrestation à Bruxelles pour les blessures par armes à feu qu'il a infligées à Arthur Rimbaud, Verlaine écrit à Victor Hugo pour qu'il intercède en sa faveur auprès de Mathilde, qu'il recevait régulièrement chez lui. Victor Hugo qui en avait longuement parlé avec Mathilde lui fit la réponse suivante : .

vignette|gauche|Paul Verlaine (Alcide Allevy, 1883). C'est pendant son incarcération que la séparation de corps et de biens est prononcée, le .

Verlaine est emprisonné pour deux années, d'abord à Bruxelles, ensuite à Mons. Il est libéré anticipativement pour bonne conduite, le .

C'est à cette époque que Paul Verlaine tente de revoir son fils dont la garde exclusive avait été confiée à sa mère. En , tandis qu'il enseigne le français et le latin, au collège Saint-Aloysius de Bournemouth, dans le sud de l'Angleterre, il adresse une longue lettre à son ex-belle-mère, Antoinette-Flore Mauté. Une visite à Paris est projetée pour la Noël. Au bas d'un des échanges épistolaires avec Madame Mauté, il adresse ce message à Georges : .

L'année suivante, de retour en France, il est professeur au collège Notre-Dame de Rethel. Quelques échanges épistolaires ont à nouveau lieu. Mathilde n'y croit pas : .

En , Georges est gravement souffrant. Verlaine, alors professeur au collège Notre-Dame de Rethel, l'apprend et adresse une lettre à ses beaux-parents pour pouvoir voir l'enfant. Les parents de Mathilde acceptent, ce qui le rendit heureux. Madame Mauté lui écrit : .

En prison, Verlaine s'était en effet converti et, comme le dit Mathilde dans ses Mémoires, elle n'a aucune raison de douter que cela fut sincère.

Georges est envoyé à la campagne, où il passe sa convalescence au Grand-Hôtel de Pierrefonds. En , une entrevue est organisée entre Georges et son père, rue Nicolet. Ce sera la dernière.

Verlaine écrit encore à l'une ou l'autre occasion à Madame Mauté, dont il obtient des nouvelles de son fils. Puis, à nouveau, plus rien. Verlaine, son contrat n'ayant pas été renouvelé, avait quitté Rethel ; Il avait rencontré un jeune collégien, Lucien Létinois.

À l'âge de neuf ans, vers 1881, Georges est inscrit à l'internat du collège de Pons en Charente-Maritime.

Adolescence vignette|Le Collège Rollin, rue des Postes, en 1875 par Léon Leymonnerye. Sur les conseils de son père, Mathilde Mauté épouse en secondes noces, le , toujours à Paris ( arrondissement), Bienvenu Auguste Delporte, ingénieur, entrepreneur en bâtiment belge, lui-même divorcéPour François Porché, la mère d'Augusta Marie Ernestine Delporte serait Irma Rosalie Long . Il s'agit peut-être d'une erreur puisque Bienvenu Auguste Delporte avait déjà eu une première épouse, Marie Ernestine Guy, née à Paris, le 11 avril 1853 et qu'il avait épousée à Paris (7), le 28 décembre 1872. Les prénoms donnés à l'enfant, Augusta Marie Ernestine Delporte plaident également en ce sens (acte de mariage Delporte-Guy (vue 23)..

Le , Paul Verlaine qui vient d'apprendre que Stéphane Mallarmé a été un temps professeur de son fils au collège Rollin, lui adresse ce courrier : . Mallarmé lui répond, mène l'enquête, mais sans grand succès.

Après une année passée en Angleterre, en 1891 Ancestry.com. 1891 England Census The National Arhives-1892, Georges Verlaine commence un apprentissage chez un horloger d'Orléans qui lui transmet son métierEdmond Lepelletier, Paul Verlaine, sa vie, son œuvre, Ligaran, 2015, (lire en ligne). Il rejoint ensuite sa mère qui, depuis 1890, vit entre Bruxelles et Alger.

Les impossibles retrouvailles vignette|gauche|250px|Georges Verlaine, vers 1892 (par Paul Boyer). En , Auguste et Mathilde Delporte quittent Alger avec leurs deux enfants, Suzanne et le tout jeune Félix, laissant à Georges, alors âgé de , de quoi subvenir à ses besoins durant plusieurs mois en vue de planifier son installation définitive à Alger qu'il aimait tant. Après à peine quelques semaines, Georges, sachant pourtant se montrer économe et peu dépensier, se retrouve dans le dénuement le plus complet, errant, hagard, dans les rues de la ville. Il ne possédait plus que les vêtements qu'il portait sur lui et s'était même séparé de son précieux outillage d'horloger auquel il tenait beaucoup. Un matin, une amie de sa mère le découvre endormi dans son écurie. Georges est incapable d'expliquer pourquoi il se trouve là. Il semblait amnésique, parlant d'une voix altérée en faisant des gestes saccadés comme s'il eût été somnambuleLe Rappel, Albert Barbieux (dir.), Georges Verlaine, le fils du poète, les œuvres posthumes, (Lire en ligne).

Les amis des Delporte le renvoient en Belgique où il s'installe, en , trois semaines à Soignies chez un ami horloger de son âge avec lequel il avait appris le métier.

vignette|Lettre de Paul Verlaine adressée à Henry Carton de Wiart à propos de son filsTranscription du texte : .

Allant tout d'abord un peu mieux, il fait une rechute et est soigné durant 48 heures à Braine-le-Comte par le docteur Émile Depoitte qui contacte son confrère à Bruxelles, le docteur Van Velsen. Ce dernier le voit en consultation à Bruxelles début . Il le met sous hypnose et parvient après plusieurs heures à le sortir de son état de torpeur. Il le rendort par la suite pour lui faire raconter son histoire. Georges explique alors qu'en , il était à Oran et qu'il y fit la rencontre d'un certain Bayant qui l'a hypnotisé et par là forcé à adopter de tels comportements et, finalement, toujours sous la puissante force de suggestion de ce Bayant à tomber en léthargie lorsqu'il séjournait à Soignies. Aujourd'hui, explique le professeur dans les colonnes du journal Le Rappel, toute influence néfaste a été levée. Le docteur Prosper Van Velsen poursuit : .

C'est lors de son séjour à Soignies que Georges Verlaine tente de renouer avec ce père qu'il n'a plus revu depuis 1878. Il lui écrit en pour lui dire qu'il souhaiterait avec son père et lui suggère de venir à Soignies, ou de lui faire parvenir quelque deniers pour qu'il puisse venir le voir à Paris. Verlaine lui répond , lui expliquant que son état de santé ne lui permettait pas d'envisager un tel voyage et qu'en outre, pour ce qui est des deniers, il traversait actuellement une . Depuis, il est sans nouvelle de Georges. Paul Verlaine ne recevant plus de réponse à ses courriers écrit au bourgmestre de Soignies, sa lettre lui est retournée avec une mention laconique stipulant qu'il n'habitait plus dans la localité et qu'il était, étant quelque peu malade, rentré à Bruxelles, chez les Delporte, au 451 de l'avenue Louise. Paul Verlaine, dans une lettre qu'il lui adresse de Paris, le , charge son ami et avocat bruxellois, Henry Carton de Wiart, de mener une enquête en Belgique, de contacter Soignies et de retrouver la trace de cet horloger Colet à Soignies, de ce docteur Depoitte à Braine-le-Comte. Son enquête ne mène nulle part: il n'y a pas de Delporte au 451 de l'avenue Louise... et pour cause, ils habitent au 457 ! Paul Verlaine en arrive à douter de tout, envisage des escroqueries parisiennes ou des manœuvres maternelles. Le , il vient son ami bruxellois pour relancer son enquête. vignette|gauche|Lettre de Mathilde Mauté adressée à Marguerite Dauphin et publiée dans la revue littéraire La Plume en (illustration Paul Verlaine par Félix Régamey). Le père et le fils ne se reverront pas. Paul Verlaine meurt quinze jours plus tard, le . Quelques jours plus tard, le , Georges Verlaine, grâce à Van Velsen, rencontre enfin à Bruxelles Henry Carton de Wiart qui lui lit les courriers de son défunt père et lui explique ses tentatives pour revoir son fils. Ce dernier, n'ayant pu se rendre aux funérailles de son père en raison de son état de santé, est brocardé par la presse. Il adresse une lettre ouverte au Figaro, le :

En effet, apparemment sorti définitivement de son hébétude hypnotique, Georges Verlaine devait se mettre en ordre avec ses obligations militaires. Il avait commencé son service militaire au 2e régiment de chasseurs d'Afrique à Oran, mais, ayant dû l'écourter, il entre ainsi au régiment à Lille en pour le terminer ; mais quelques semaines plus tard, c'est la rechute, Georges est admis à l'hôpital militaire. Sa mère, Mathilde Delporte, reste huit jours à son chevet et regagne Bruxelles le espérant, en vain, que le médecin-major lui octroie un congé pour le nouvel-anLettre de Mathilde Mauté à Marguerite Dauphin publiée dans la revue littéraire La Plume du 1-28 février 1896 (lire en ligne).. Début 1896, son état s'améliore, mais il est encore gardé en observation et il n'est autorisé à quitter l'hôpital militaire que le , ce qui l'empêche de prendre part aux funérailles de son père.

Après la mort de son père 300px|vignette|gauche|« Verlaine et Moréas au Salon des Cent », par Cazals ().