Le kirchnérisme est un mouvement politique argentin de centre-gauche majoritairement orienté vers le péronisme, créé en 2003, réunissant les principales idéologies appliquées au cours des gouvernements des présidents Néstor Kirchner, entre 2003 et 2007, et Cristina Fernández de Kirchner, entre 2007 et 2015. Ensemble, ils ont occupé le pouvoir exécutif fédéral argentin pendant douze ans, période dénommée par leurs partisans « la Décennie gagnée »Miguel Ángel Ferraro, « ¿Por qué la Década Ganada ? », article publié le 7 août 2015 sur le site Infonews (Buenos Aires)..

Ils intègrent au sein de leur mouvement divers partis et idéologies politiques provenant particulièrement du Parti justicialiste, dont les Radicaux K (pour parler des époux Kirchner), mais également le Frente Grande, le Parti intransigeant, le Mouvement Evita, La Cámpora et le Parti de la Libération par exemple.

Le kirchnérisme commence à prendre forme au sein du Groupe Calafate après l'effondrement politique consécutif à la crise de 2001 où le slogan « Qu'ils s'en aillent tous » était de mise pendant la campagne électorale des élections présidentielles de 2003. À cette époque, au cours de la présidence intérimaire d'Eduardo Duhalde, le Groupe Calafate réapparaît. Il s'agit d'une alliance d'idéologies anti-menem péronistes très critiques face aux politiques néolibérales. Sous la houlette du président Duhalde et la coordination d'Alberto Fernández, la candidature présidentielle de Néstor Kirchner est lancée. Ils organisent également une coalition politique des idéologies de centre-gauche sous le de nom de Front pour la Victoire. À la suite des élections du , Néstor Kirchner se positionne en seconde place mais le kirchnérisme n'est pas encore courant, on parlait plutôt d'une tendance politique multipartite avec son identité propre. Tout de suite après les élections, lorsque Néstor Kirchner doit faire face à Menem au second tour, les médias commencent à utiliser la notion de « kirchnérisme ». Finalement, Menem se retire du second tour, Néstor Kirchner devient président de la Nation et les quotidiens, comme La Nación, commencent à parler du Kirchnerisme comme un courant politique avec des caractéristiques propres. Enfin, le Kirchnerisme acquiert une autonomie politique au moment des élections législatives de 2005 où l'idéologie kirchnériste est en conflit avec le Duhaldismo. La cruciale province de Buenos Aires a été très représentative car le Kirchnerisme avait sa propre liste conduite par Cristina Fernández de Kirchner qui vainc Chiche Duhalde, candidate du Parti justicialiste.

Programme politique vignette|Bâtiment justicialiste qui soutient Néstor Kirchner. vignette|Réunion de jeunes kirchnéristes. Les caractéristiques principales de l'idéologie kirchnériste se résument à travers les éléments suivants :

Peronisme combatif Aussi bien Néstor que Cristina Kirchner se sont engagés en politique dans les années 1970 en militant à l'université à travers la Jeunesse péroniste« Liberan en Argentina a exjefe guerrillero de Montoneros preso en protesta », article du site Terra..

Refus du néolibéralisme Le kirchnérisme combat les politiques néolibérales. Lors de son discours d'investiture, Néstor Kirchner se montre en faveur de l'intervention de l'État dans les marchés et affirme que « nous devons tout faire pour que l'État mette à égalité là où les marchés excluent et abandonnent »..

Alignement régional Internationalement, le kirchnérisme est en faveur d'un affermissement des relations avec les pays d'Amérique Latine et plus particulièrement avec la Bolivie, le Brésil, Cuba, l'Équateur et le Venezuela, en établissant un axe sudaméricain avec le Brésil, relation qui sera la base du Mercosur« Expresidente argentino Néstor Kirchner trabajó por integración latinoamericana », article du site Portafolio.. Le kirchnérisme est une forte source de défense du Mercosur, artículo en el sitio web Analítica..

Droits de l'homme Le kirchnérisme milite depuis toujours pour la défense des droits de l'homme. Il défend particulièrement les victimes issues des crimes contre l'Humanité durant le Processus de réorganisation nationale (dictature de 1976-1983). Les auteurs de ces crimes seront pardonnés par les lois d'obédience adoptées par le Gouvernement d'Alfonsín (1983-1989) et ratifiées par Menem (1989-1999). Le kirchnérisme va annuler ces lois, ce qui lui vaudra d'être soutenu par d'importantes organisations des Droits de l'Homme, comme les Mères de la place de Mai et les Grand-mères de la place de Mai qui soutiennent activement le gouvernement des époux Kirchner« Reencuentro de Carlotto y Bonafini. Las titulares de las Abuelas y Madres de Plaza de Mayo fueron reunidas por Kirchner », article du journal Clarín (Buenos Aires), du 26 mai 2006.. A contrario, Julio César Strassera, ancien procureur du jugement des dictatures militaires, accuse le kirchnérisme de ne pas accélérer les accusations de délits de crime contre l'humanité et ainsi de «s'emparer» du drapeau des Droits de l'Homme dans le pays, artículo en el sitio web Grupo E Medios. Pourtant, à la fin de la présidence de Néstor Kirchner, il y avait 898 accusés dans le cadre des enquêtes de crime contre humanité : 350 vont comparaitre, 8 sont condamnés« Informe especial », sur le site Cals.. À la fin de la présidence de Cristina Fernández de Kirchner, il y avait 156 accusations avec condamnation, dans lesquelles 669 militaires, et 2354 accusés sont condamnés avec d'autres accusations sans condamnationInforme Estadístico de la Procuraduría de Crímenes contra la Humanidad.

Politiques en matière de natalité et sexualité En 2010, le mariage entre personnes de même sexe est adopté. L'Argentine devient alors le premier pays d'Amérique latine à consacrer ce droitProyecto de Ley aprobado por Diputados. En 2012, la Loi d'identité de genre, permet aux personnes trans d'inscrire leur nom et leur sexe d'élection sur les documents officiels et personnels. De plus, la loi ordonne que tous les traitements médicaux d'adéquation à l'expression de genre soient compris dans le Programme Médical ObligatoireLey 26.743, article publié sur le site web Infoleg (Buenos Aires).. En ce qui concerne l'avortement, il n'y a pas eu de position uniforme au sein du mouvement. La ministre de la Santé Ginés González García se déclare, en 2005, en faveur de la dépénalisation de l'avortement« Ginés García legalizaría el aborto », La Nación, 15 février 2005.. Son successeur, Juan Manzur, dit en 2010 que « nous l'avons déjà dit : nous sommes contre l'avortement, même la présidente s'est prononcée contre », article du site web Minuto Uno, consulté le 29 octobre 2010.. Ce propos est erroné car en 2018, Cristina Fernández de Kirchner se prononce en faveur et vote pour le projet présenté au Sénat« Cristina Fernández afirma haber cambiado de opinión y vota a favor del proyecto presentado en el senado », article du site web La Nación, consulté le 18 mai 2019..

Critique

Opposition et anti-kirchnérisme La relation entre le kirchnérisme et l'opposition est conflictuelle. Le journaliste Jorge Lanata a dénommé cette antinomie comme « La fissure », à l'occasion de la cérémonie des Prix Martín Fierro en 2013Lanata, Hay una grieta en Argentina que ha separado amigos, hermanos, parejas y compañeros de laburo. D'après cette approche, le kirchnérisme diviserait la société en deux grands groupes, la «Patrie» et l'«antipatrie», traitant ainsi ces derniers avec mépris. À leur tour, ces personnes réagiraient face au kirchnérisme, alimentant l'antinomie¿De qué grieta hablan?. Certains kirchneristes soutiennent que celle-ci n'existerait pas, alors que d'autre la considère comme plus ancienne que le kirchnérisme. Le philosophe José Pablo Feinmann reconnaît son existence, mais il envisage que l'opposition en a la responsabilité et non le gouvernement.

De plus, si bon nombre des partisans du kirchnérisme appartiennent au Parti justicialiste, fondé par Juan Perón en 1946, certains militants péronistes peuvent s'opposer au kirchnérisme, qui considèrent les kirchneristes comme étant de faux péronistes..

Accusations Au fil du temps, depuis que le kirchnérisme est entré au pouvoir, divers auteurs, journalistes et politiques ont eu un regard critique sur les principales figures de ce mouvement. Il a été accusé de personnalisme et d'autoritarisme. Il a également eu des accusations de corruption et kleptocrate. Nombres de ces accusations judiciaires ont été rejetées par la Justice argentine, le reste a été condamné.

Histoire

Présidence de Néstor Kirchner

vignette|Grafiti de soutien à Néstor Kirchner. Pendant une courte durée, la politique économique du gouvernement de Néstor Kirchner a appliqué les lignes directrices établies par Roberto Lavagna, en maintenant la dévaluation de la monnaie avec une forte participation de la Banque Centrale dans l'achat de devises et en stimulant les exportations. Les politiques implémentées ont fonctionné, permettant ainsi à l'Argentine de sortir de la pire cessation de paiement de son histoire. Les indices de pauvreté et de chômage ont très fortement diminué. Les réserves internationales sont passées de millions de dollars en 2003 à plus de millions de dollars en 2007. Depuis l'entrée au pouvoir du gouvernement de Néstor Kirchner, le rôle de l'État dans l'économie s'est élargi en comparaison du gouvernement de Carlos Menem. De 2003 à 2007, le pays enregistre une grande croissance économique avec des taux oscillants autour de 9 % (8,8 % en 2003, 9 % en 2004, 9,2 % en 2005, 8,5 % en 2006, 8,7 % en 2007, 6,8 % en 2008)Crecimiento económico en Argentina, CEPAL..

Une des principales mesures économiques de sa gestion a été d'annuler en avance la totalité de la dette envers le Fonds monétaire international. L'objectif déclaré des gouvernements K a été d'en finir avec les directives de politique économique nationale imposées par le FMI« Kirchner decidió cancelar ya toda la deuda con el FMI: US$ 9810 millones », article du 16 décembre 2005 du journal Clarín (Buenos Aires).. En , les réserves internationales ont augmenté allant jusqu'à plus de 30 000 millions de dollars et le chômage est descendu à moins de 11 % (de 10,2 % à 10,8 %, selon diverses sources). La pauvreté a diminué de plus de 40 % en 2002 et jusqu'à un 22,3 % en 2006.

Néstor Kirchner porte une politique très active dans la promotion des droits de l'homme. De plus, il impulse la poursuite des responsables de crimes contre l'humanité perpétrés pendant 70 ans par la Triple A et par le gouvernement du Processus de réorganisation nationale. Pour le réussir, ses partisans ont soutenu au Congrès national l'annulation des lois d'Obédience Debida et Punto Final, lesquelles bloquaient les poursuites depuis le gouvernement de Raúl Alfonsín« El Senado anuló las leyes de Punto Final y Obediencia Debida », article du journal Clarín (Buenos Aires) du 21 août 2003. Le Pouvoir Judiciaire les ratifiera« Las Leyes del Perdón son inconstitucionales », article du journal Clarín (Buenos Aires) du 14 juin 2005..

La première condamnation de militaires qui ont participé à la dictature s'est adressée à Cristino Nicolaides qui est condamné à 25 ans de prison le 19 décembre 2007, pour sa participation au grupo de târeas 2 du Batallón 601.

Le conflit international majeur du mandat de Néstor Kirchner s'est tenu avec l'Uruguay en 2006 à la suite de l'installation de plantes celluloses sur le fleuve Uruguay. Des activistes de la province d'Entre Ríos porte cela devant la justice dans le cadre de la guerre du papier. Néstor Kirchner refuse de réprimer les manifestants et se manifeste publiquement en faveur de ces derniers.

Présidence de Cristina Fernández de Kirchner vignette|Cristina Fernández après la transmission du commandement présidentiel, le 10 décembre 2007. Derrière, son époux et prédécesseur, Néstor Kirchner.