Les révoltes paysannes de la fin de la dynastie Ming () sont une série de soulèvements ayant lieu en Chine au cours des dernières décennies de la dynastie Ming, entre 1628 et 1644. Elles sont provoquées par des catastrophes naturelles qui ravagent les provinces du Shaanxi, Shanxi et Henan, couplées au développement d'un chômage massif dans ces mêmes provinces. Cette crise de l’emploi est provoquée par la réduction du financement du service postal par la cour impériale Ming, qui cherche à faire des économies car la lutte contre la rébellion She-An et la guerre contre les Jürchens ont vidé le trésor impérial. Incapable de faire face à trois crises majeures en même temps, la dynastie Ming s'effondre en 1644.
Origines En 1618, les Jürchens, commandés par leur khan Nurhaci, commencent à attaquer la dynastie Ming, dans la région nord-est de l'empire. En 1627, entre la guerre avec les Jürchens et l'écrasement de la rébellion She-An qui a éclaté en 1621, le trésor impérial Ming atteint des niveaux dangereusement bas, avec seulement sept millions de taels disponibles dans les coffres de Taicang. La Chine des Ming est également victime de catastrophes naturelles qui ravagent les provinces du Shaanxi, Shanxi et Henan. En 1627, une sécheresse généralisée dans le Shaanxi provoque une famine massive; les récoltes n'ayant quasiment rien donné les habitants de la région en sont réduits à se livrer au cannibalisme pour survivre. Le Shaanxi est souvent victime de catastrophes naturelles, mais au cours des 60 dernières années du règne des Ming, elles sont particulièrement nombreuses et graves. L'étude des chroniques chinoises de l'époque révèle que, durant cette période, il n'y a pas une seule année où le Shaanxi n'est pas victime d'une catastrophe naturelle : tempêtes, tremblements de terre et famines se succèdent à une telle cadence que toute la région est presque une zone de catastrophe naturelle permanente. Au sud de cette province, le Henan est également victime d'une famine, au point que les sources d'époque disent que « les grains de riz sont devenus aussi précieux que des perles ». Les manières mesquines et mercantiles de l'empereur Chongzhen aggravent la situation, car comme ce dernier change constamment de Grand Secrétaire, le gouvernement n'arrive pas à mettre en place une réponse cohérente du gouvernement à ces crises à répétition. Rien que sous le règne de Chongzhen, environ 50 Grands Secrétaires sont nommés à ce poste, puis renvoyés, ce qui correspond à peu près aux deux tiers de tous les titulaires de ce poste pendant toute la dynastie Ming.
C'est dans ce que contexte déjà tendu que, pour éviter un nouvel appauvrissement du trésor impérial, Chongzhen décide d’arrêter de financer le service postal Ming. Cette décision provoque un chômage massif au sein de la population masculine des provinces du centre et du nord de la Chine, soit celles déjà régulièrement ravagées par les catastrophes naturelles. Cela contribue à accélérer la perte de contrôle du gouvernement sur le nord de la Chine et à la formation de groupes de bandits, qui deviennent endémiques au cours des dernières décennies de la dynastie Ming.
Révoltes Au printemps 1628, Wang Jiayin déclenche une révolte dans la province du Shaanxi. Il est rejoint par à peu près , dont Zhang Xianzhong, qui, quelques décennies plus tard, va se rendre tristement célèbre en prenant le pouvoir au Sichuan et en y appliquant une politique répressive particulièrement sanglante. Au début, cette rébellion ne représente pas une menace pour l'armée Ming, mais en raison du terrain montagneux et accidenté de cette province, les composant l'armée chargée de mater la révolte n'arrivent pas à mener à bien sa mission.
Peu de temps après le semi-échec des troupes gouvernementales, Gao Yingxiang, qui dirige un autre groupe de bandits, se joint à la révolte de Wang Jiayin. Au début de l'année 1629, Yang He, un vétéran des luttes anti-rebelles, est nommé commandant suprême des trois régions frontalières par la Cour Impériale et chargé de mater les différentes révoltes. En prenant son poste, il découvre que la situation est encore plus désastreuse qu'il n'y parait. En effet, les salaires des soldats déployés au Shaanxi n'étant plus versés depuis trois ans, ces derniers désertent pour rejoindre les rebelles. Pour tenter de redresser la situation, Yang met en place une politique d’amnistie des rebelles, qui se révèle inefficace, car après s’être rendus, les paysans retournent chez eux puis rejoignent d'autres bandes de rebelles. Finalement, Yang n'arrive pas à éliminer les rebelles de Wang Jiayin, qui prennent plusieurs forteresses isolées entre 1629 et 1630, ce malgré les victoires que les troupes Ming remportent lors des combats. Yang He est finalement destitué et arrêté comme punition de son inefficacité. Il est remplacé par Hong Chengchou, qui, par la suite, fera défection au profit de la dynastie Qing. Mais ce changement de commandement ne résout en rien les problèmes rencontrés par les troupes gouvernementales, les exactions des subordonnés de Hong, en particulier les frères Cao Wenzhao et Cao Bianjiao, attisant les révoltes au lieu de les apaiser. En effet, comme ils reçoivent une prime pour chaque tête de rebelle livrée à l'administration, les soldats Ming massacrent aussi bien les rebelles que les civils pour récupérer le plus de têtes possibles. À un moment donné, un fonctionnaire dépose même des têtes de femmes, en prétendant qu'il s'agit de bandits. La ruse est tellement grossière qu'il est découvert et rétrogradé. On estime qu'en 1631, il y a en Chine du nord environ , répartis entre différents.
Zhang Xianzhong
Zhang Xianzhong est né à Yan'an, une ville du Shaanxi. Les chroniques de l'époque le décrivent comme quelqu'un de fort, vaillant, mais aussi poilu et aimant tuer. Selon un passage de sa biographie officielle, « si un seul jour passait sans qu'il ne tue quelqu'un, alors il était vraiment malheureux ». Lorsque sa famille le renie parce qu'il s'est battu à plusieurs reprises avec ses pairs, il s'engage dans l'armée, où il est condamné à mort pour avoir enfreint la loi militaire. Un officier du nom de Chen Hongfan le gracie car il est impressionné par sa bravoure. Zhang Xianzhong rejoint alors la rébellion et suit Ma Shouying, qui le nomme quartier-maître et lui donne le surnom de « Tigre jaune ». Mais l'hiver 1631 est marqué par des difficultés pour les rebelles et Zhang est forcé de se rendre avec Luo Rucai. Il s'agit de la première de ses nombreuses redditions, toutes faites par opportunisme pour se sortir d'un mauvais pas.
Li Zicheng
Originaire de Mizhi, dans le Shaanxi, Li Zicheng est le deuxième fils de Li Shouzhong. Il montre une aptitude au tir à l'arc à cheval dès son plus jeune âge, mais est contraint de devenir berger à l'âge de dix ans pour gagner sa vie, car sa famille est très pauvre. Il devient orphelin à la mort de sa mère, trois ans plus tard et s'engage dans l'armée à l'âge de . Il en démissionne un peu plus tard et entre dans le service postal en 1626. À un moment donné, Li devient un hors-la-loi, après avoir tué un homme qu'il a trouvé au lit avec sa femme au retour d'un long voyage d'affaires. Il est arrêté et emprisonné, jusqu'à ce que son neveu Li Guo le libère et qu'ils fuient ensemble la région. Une fois arrivé dans le Gansu, Li Zicheng rejoint à nouveau l'armée et devient le commandant d'un peloton de . Il participe aux combats contre les troupes de Gao Yingxiang, mais finit par devenir à son tour un rebelle, après avoir été accusé de vol de rations.
Multiplication des révoltes
En 1633, les révoltes s'étendent aux provinces du Huguang, du Sichuan et du Shanxi. Chen Qiyu est alors nommé commandant suprême du Shaanxi, du Shanxi, du Henan, du Huguang et du Sichuan et réussit à chasser Zhang Xianzhong et Luo Rucai du Sichuan. Les rebelles du Henan sont repoussés vers l'ouest, jusqu'à ce qu'ils soient acculés dans la gorge de Chexiang, dans le sud-ouest du Henan. Là, ils subissent de fortes pluies pendant et, après des semaines de privations, , dont Li Zicheng, se rendent à Chen Qiyu. Ils sont renvoyés chez eux sous surveillance, mais lorsque 36 rebelles sont tués et leurs têtes accrochées aux murs de la ville, une révolte de grande ampleur éclate à nouveau.
Li Zicheng assiège alors Longzhou mais est chassé par Zuo Guangxian. Bien que les rebelles n'arrivent pas à s'emparer des villes bien défendues, les soldats Ming n'arrivent pas à leur infliger une défaite décisive. Les Ming commencent donc à construire des défenses dans les villes pour fortifier la région. En 1635, une rencontre entre les principaux groupes rebelles a lieu à Rongyang, dans le centre du Henan. Zhang Xianzhong et Gao Yingxiang sont chargés de prendre le sud du Zhili, Luo Rucai de défendre le fleuve Jaune et Ma Shouying de diriger la division mobile. Zhang et Gao pillent Fengyang, la maison ancestrale de l'empereur Hongwu et l'emplacement de sa tombe. Plus de Ming sont tués lors du sac de la ville et sont incendiés. Au cours de l'opération, un conflit éclate entre Li Zicheng et Zhang Xianzhong, les deux chefs n'arrivant pas à s'accorder pour savoir s'il faut ou non tuer les eunuques. Cette dispute entraîne la dissolution de l'alliance rebelle et les deux chefs se séparent, Li se déplaçant vers l'ouest et Zhang vers l'est.
Zhang Xianzhong n'arrive pas à prendre la ville de Luzhou, qui est défendue par des canons modernes, dont les tirs infligent de lourdes pertes aux rebelles, tuant . Pendant ce temps, Li Zicheng continue de mener sa révolte tout au long des années 1635 et 1636, mais en remportant des succès modestes. Durant cette période, son lieutenant fait défection au profit des Ming, emmenant la petite amie de Li avec lui. Peu après cette trahison, Li perd le contrôle de Xianyang au profit des Ming. Plus au nord, une armée Ming de arrive dans le Henan, sous le commandement de Hong Chengchou. Cependant, Hong ne parvient pas à mettre les rebelles en déroute et subit même une défaite. De son côté, Lu Xiangsheng est chargé de mater les rebelles agissant à Huguang. Mais alors que Lu marche sur ses adversaires, les Ming subissent une défaite cuisante. En effet, Cao Wenzhao avance beaucoup trop vite, ce qui provoque un étirement de ses lignes d'approvisionnement et une fragmentation de ses troupes. Aussi, lorsqu'il tombe sur la cavalerie des rebelles, il subit une attaque qui se solde par l'anéantissement de son armée et son suicide.
En 1636, les troupes rebelles sont mieux organisées qu'au début de la révolte et disposent même de canons lourds. Profitant de cette montée en puissance, Gao Yingxiang marche sur Taozhou et écrase une armée Ming en route vers Nankin, mais il est ensuite vaincu lors d'une série de batailles contre Lu Xiangsheng. Cependant, Gao réussit à s'échapper, tandis que Lu ne peut pas tirer un avantage de ses victoires, car il est rappelé à la frontière nord pour faire face aux attaques incessantes des Mandchous de la dynastie Qing. Pour remplacer Lu, Sun Chuanting est nommé Grand coordinateur du Shaanxi. Sun réussit à capturer Gao Yingxiang lorsque ce dernier envahit le Shaanxi et l’envoie à Pékin où il est démembré. Après son exécution, ses hommes rejoignent d'autres chefs rebelles tels que Li Zicheng et Lao Huihui.