Henri Baurès, né le à Paris et mort le à Toulouse, est un militaire français.
Henri Baurès sert pendant les Première et Seconde Guerres mondiales. Dans le cadre du dernier conflit, il joue un rôle important dans le processus menant à la libération de la France, en participant au plan Giraud.
Général de brigade en 1940, puis général de division en 1942. Sa carrière est brutalement interrompue le par son arrestation par la police de Vichy et sa mise en résidence surveillée à l’issue de sa détention. Ecarté illégalement de la situation d’active à la libération, à la suite du recours au Conseil d’État, il est réintégré d’office par décret du , J.O. du : « considéré comme n’ayant cessé d’être en activité de service, et placé dans la deuxième section du cadre de l’État-major général de l’Armée, à compter de la date à laquelle il a atteint la limite d’âge de son gradeDocuments familiaux. ».
Le général Frère a dit de lui : « Le colonel Baurès, chef d’état-major hors de pair, d’une intelligence extrêmement vive, d’un calme extérieur immuable dans les circonstances les plus tragiques, voyant large et prévoyant loin. Il connaît à fond son personnel qui lui rend son affection, il crée autour de lui un climat d’ordre, de clarté, d’allant et de confiance dans lequel l’esprit d’initiative et la personnalité de ses officiers donnent leur plein rendement. ».
Biographie Origines et formation Jean-Baptiste Henri Baurès naît à Paris le . Il est le fils de Paul Baurès et Louise Pendrié, famille originaire de Foix.
Il suit une scolarité classique au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand. Le patriotisme revanchard issu de la défaite de 1870 le pousse à préparer l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, où il est reçu en 1910, promotion de la Moskova. En 1913, il en sort avec le grade de sous-lieutenant et est affecté à Laon, au régiment d’infanterie.
Carrière La Première Guerre mondiale Front de France Le , il part au front comme chef de section de cette unité, puis devient commandant de compagnie le . Le , il accède au grade de capitaine à titre temporaire. Le , il est blessé d’un éclat d’obus à l’épaule gauche lors d’une bataille à Maricourt. En , il reçoit sa première croix de guerre à la suite des opérations de juin à Quennevières – quatre jours de combats intensifs à l’issue desquels il y a peu de pertes du côté des Français, malgré les difficultés.
Le , alors qu’il effectue une reconnaissance en direction de la chapelle Saint-Rigobert pour préparer une attaque, sa division bivouaquant dans les bois de Bouffignereux, il est blessé dans la région temporale gauche, puis soigné et hospitalisé à Issy-les-Moulineaux.
Front d’Orient En , désireux de rallier au plus vite son régiment parti pour la Serbie, il se rend au ministère et obtient de le rejoindre en Orient. Un large bandeau blanc autour des tempes protégeant sa blessure encore ouverte, il quitte alors Paris mi-novembre pour Marseille. Une quinzaine de jours plus tard, il retrouve sa compagnie, en repli à Topcin ( au nord de Salonique). Le colonel Morel, qui commande le régiment, le prend pour adjoint. Pendant cette période, Henri Baurès travaille d’abord à l’état-major du RI à Durmuchli, pendant l’hiver 1915-1916. Il écrit dans ses mémoires, à propos de cette prise de fonctions à l’État-major : « J’avais antérieurement la fierté de commander, je commence à comprendre la passion de servir ». Au printemps, il est ensuite appelé à l’état-major de la division, appartenant au Corps Expéditionnaire français au Proche-Orient, à Karasuli. Le , il est nommé capitaine à titre définitif. Après un dernier temps PC du RI à Izvor, de mai à , il est rappelé à l’état-major de la DI jusqu’à la fin de la guerre. Sur ce théâtre d’opérations, il participe à l’organisation de toutes les batailles qui voient s’effondrer des armées germano-bulgares et turques. Il déplore dans un premier temps les mauvaises conditions d’existence de l’armée d’Orient, dues aux décisions de l’État-major de l’armée française. La préparation des opérations visant à constituer un front défensif se concentre autour de Skra-di-Legen, clé de voûte stratégique de la vallée du Vardar. Les moyens matériels arrivent progressivement pendant l’hiver 1917. Une offensive victorieuse a lieu au printemps 1918 à Skra. Une autre offensive a lieu le , permettant le déclenchement d’une offensive générale sur tout le front de Macédoine.
Après la capitulation de l’armée bulgare, il effectue, avec la division, la campagne de Thrace jusqu’à Dimotika, où ils arrivent mi-novembre. Atteint de la grippe espagnole, il apprend la victoire française le et assiste, quelques semaines plus tard, à la cérémonie de la victoire à Constantinople.
L’entre-deux-guerres Le , il est affecté au Bureau de l’État-major de l’Armée. Il accomplit sa scolarité à l’École de Guerre du au , d’où il sort breveté.
Affecté pour ordre au régiment d’infanterie, il est stagiaire au Bureau de l’État-major de l’Armée et détaché auprès du rapporteur de la loi d’organisation et de la loi des cadres à la Commission de l’Armée au Sénat.
Du au , il exerce un temps de commandement de chef de bataillon au régiment d’infanterie, d’abord à Mayence, au camp de Kastel dans le cadre de l’occupation militaire française de la Rhénanie pour en garantir la démilitarisation allemande, puis la deuxième année à Saint-Lô en Normandie.
Il est de nouveau affecté au bureau de l’État-major général de l’Armée, rattaché pour ordre au régiment d’infanterie, mais détaché une fois encore à la Commission de l’Armée au Sénat.
Nommé Lieutenant-Colonel le , il fait partie du bureau de l’État-major général et prend la direction de ce même bureau à partir du .
Détaché de ce poste en 1934-1935, il suit la deuxième série des cours du Centre d’études tactiques d’artillerie, puis les cours du Centre des Hautes Études Militaires (C.H.E.M.). Ces études le conduisent à l’État-major du Général Chef d’État-major général de l’Armée, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre, à partir du , pour un an.
En , lors de la victoire du Front populaire, il se serait exclamé : « Blum est au pouvoir, dans deux ans nous avons la guerre… ». Cette phrase résume sa vision de la situation : l’ignorance inquiétante de la conjoncture internationale par la coalition élue et le ralentissement de l’activité industrielle, dont l’armement, à cause des grèves. Convaincu que la guerre se gagnera dans les airs, il déplore par ailleurs le manque d’armement de l’armée française, notamment aérien.
Du au , il devient chef de corps du régiment d’infanterie à Reims et y reçoit les cinq galons de Colonel le .
De à , il est professeur des cours de tactique générale et d’État-major à l’École supérieure de Guerre en tant que « Hors-cadre de l’État-major ». Cette même année, Albert Lebrun, lors de sa réélection à la Présidence de la République, lui fait offrir la direction militaire de la Maison de l’Élysée. Henri Baurès décline l’offre, trop éloignée de sa conception du métier militaire.
La Seconde Guerre mondiale 1940 : La résistance de la armée dans la bataille de France Le , lors de la déclaration de guerre, Henri Baurès est rappelé à Paris, alors qu’il suit une cure à Capvern-les-Bains pour des problèmes rénaux. Il est alors nommé commandant de la brigade d’infanterie divisionnaire . Cette brigade se fait remarquer, pendant la drôle de guerre, par un coup de main dans la forêt de Warndt aboutissant à la capture de quelques soldats allemands.
Le , Henri Baurès est appelé par le général Giraud, qu’il a connu à MetzHenri Baurès est chef de corps du régiment d’infanterie à Reims au moment où Henri Giraud est gouverneur militaire de Metz, de 1936 à 1939., pour constituer l’état-major de la armée. Lorsque l’armée française, prise par surprise, s’effondre rapidement, la armée est la seule à ne pas connaître la dislocation, échappant à l’encerclement et se retrouvant en sécurité dans la zone libre à la signature de l’armistice.
Dans un premier temps, la armée effectue une poussée foudroyante en Belgique et en Hollande. Cette mission, appelée l’« hypothèse Breda », consiste en l’attaque de l’aile gauche pour pénétrer en Belgique et en Hollande. Elle est mise en œuvre avec succès le . Mais la dislocation du secteur des Ardennes, due à la poussée allemande soudaine le , oblige à revoir le dispositif de défense<.
Dans un second temps, c’est commandé par le général Frère, entre le et le , que la armée évite des pertes trop importantes. En effet, le front de l’armée française se rétrécit : le corps des panzers de Guderian atteint Abbeville le , coupant les armées alliées en deux tronçons. Les divisions motorisées de Wittersheim assument ensuite la défense du secteur situé le long de la Somme, entre Péronne et Abbeville. La seconde et ultime phase de la campagne de France est déclenchée le par une offensive allemande dirigée vers le Sud au-delà de la Somme. Frère prépare un débouché au-delà de la Somme pour reprendre Péronne, mais la armée est en butte à une attaque allemande les 5 et , face à laquelle elle tient ses positions. Ces combats se répliquent le 7 et , à Roye. À ce moment-là, Frère reçoit la mauvaise nouvelle de la percée de l’Aisne. En effet, l’armée allemande y effectue une poussée vitale : Kleist et ses blindés foncent par la brèche de l’Aisne vers Dijon et Bordeaux. La retraite de la armée est décidée pour éviter qu’elle ne soit complètement décimée car ses moyens, auparavant inférieurs à l’ennemi, sont désormais insuffisants. Cette retraite est réussie, dans des conditions périlleuses : se déplacent alors que les divisions de Blindés inondent la France et que, sur beaucoup de routes nationales, ils dépassent des colonnes de Français en retraite, nettoyant les nids de résistance. Elle commence le et finit le , jour de l’armistice, dans la région de Limoges. Repliée sur Limoges, la armée camoufle du matériel et le général Frère fonde l’Organisation de résistance de l’Armée (O.R.A.) en .
1940-1942 : Tête pensante de l’évasion du Général Giraud vignette|Le général Henri Baurès à la Commission de Wiesbaden.|alt= Le , nommé général de brigade, Henri Baurès est représentant des armées de terre à la Commission d’armistice de Wiesbaden. Il lutte pied-à-pied avec son adversaire pour que l'Afrique ne soit pas envahie par les Nazis. Ce qui permettra d'y organiser la préparation de l'insurrection.
Gravement malade en septembre-octobre de la même année, soigné à la polyclinique de Clermont-Ferrand pour une polynévrite, il reçoit comme affectation, une fois rétabli, le commandement du département de Lot-et-Garonne. Cependant, réclamé par le général Frère alors gouverneur militaire de Lyon, il ne rejoint pas Agen et arrive à la division militaire le . Le , il est chargé par Vichy de créer à Lyon un Centre technique d’informations, masquant l'ouverture d’un cours d’État-major formant des officiers français sélectionnés, préparation camouflée d’une armée par Weygand, qui auraient un rôle à jouer le moment venu. Son bureau est situé 68 boulevard des Belges.
Comme l’épouse du général Giraud est réfugiée chez sa fille et son beau-fils à Sainte-Foy et que la famille d’Henri Baurès habite Ecully, des contacts se créent naturellement entre les deux familles, d’où émerge l’idée de faire évader Giraud. Fait prisonnier le pendant la débâcle, ce dernier a aussitôt été incarcéré à la forteresse de Königstein, avec une centaine d’autres généraux et amiraux. De son côté, il réfléchit sans tarder à son évasion, pour laquelle plusieurs complices sont nécessaires.