vignette|Champignon de la première bombe atomique chinoise (16 octobre 1964).
Deux bombes, un satellite (en chinois : 两弹一星 ; pinyin : Liǎngdàn Yīxīng) est l'un des premiers projets nucléaires et spatiaux de la république populaire de Chine. « Deux bombes » fait référence à la bombe atomique (et plus tard à la bombe à hydrogène) et au missile balistique intercontinental (ICBM), tandis que « un satellite » fait référence au satellite artificiel.
La Chine a réussi à faire exploser sa première bombe atomique (Projet 596) en 1964, à la combiner à un missile sol-sol (Dongfeng-2) en 1966, et a réussi à faire exploser sa première bombe à hydrogène (Test n° 6) en 1967. En 1970, la Chine à placée avec succès son premier satellite (Dong Fang Hong I) en orbite.
Historique
vignette|En décembre 1949, Mao Zedong se rend à Moscou pour l'anniversaire de Staline. Le , la République Populaire de Chine est reconnue par l'URSS. À la fin de l’année, Mao Zedong préside une délégation en Union-soviétique et négocie le pacte sino-soviétique. Mao demande l'aide de l'Union soviétique pour développer une bombe atomique mais Staline lui répond qu'il peut fournir un parapluie nucléaire à la Chine à la place. L'URSS vient alors de réaliser son premier essai nucléaire mais dispose d'un arsenal très limité.
À la fin , durant la Guerre de Corée, la Chine envoie les troupes de l'Armée des volontaires du peuple chinois venir en aide à l’armée nord-coréenne refoulée à sa frontière. Le , alors que les troupes des Nations-Unies sont en difficultés, l’État-major américain envisage le bombardement atomique des bases militaires chinoises en Mandchourie et le président Truman ordonne le déploiement de bombardiers et de neuf bombes nucléaires Mark 4 sur la base navale de Guam. Le , le général américain Douglas MacArthur élabore des stratégies employant des frappes nucléaires pour stopper les troupes chinoises et nord-coréennes si elles avançaient trop en Corée du Sud. Entre et , l'US Air Force entraîne ses bombardiers B-29 au largage de bombes nucléaires (factices) sur des cibles en Corée du Nord depuis la base navale de l’île d'Okinawa. Cette opération, nommée Hudson Harbor, cherche à intimider les forces communistes mais révèle que les bombes seraient tactiquement inefficaces contre l’infanterie dans la situation coréenne. Le chantage nucléaire utilisé par les États-Unis aurait encouragé les décideurs chinois à acquérir des armes nucléaires.
Phase précoce vignette|Qian Xuesen et sa famille sont échangés en 1955 par la Chine contre des prisonniers de guerre américains de la Guerre de Corée. Dans les années 1940 et 1950, un certain nombre d'éminents scientifiques travaillant en occident retournent en Chine continentale, en particulier durant la seconde Peur rouge, notamment Qian Sanqiang depuis la France en 1948, Deng Jiaxian depuis les États-Unis et Qian Xuesen en 1955, cofondateur du Jet Propulsion Laboratory après cinq années en résidence surveillée aux États-Unis.
En 1952, pendant la Guerre de Corée, la Chine répète sa demande d'aide à l'Union soviétique pour construire des armes nucléaires mais cette dernière lui refuse, obligeant les dirigeants chinois à abandonner l'idée d'inclure le développement de ces armes dans le premier plan quinquennal. Après la mort de Staline, Mao Zedong réitère la demande auprès du nouveau leader soviétique, Nikita Khrouchtchev, lors du déplacement de ce dernier en Chine en . Khrouchtchev accepte que son pays aide la Chine a développer un réacteur nucléaire expérimental et augmente l'aide à la Chine qui devient considérable. Sept pour cent du PIB soviétique y sont consacrés entre 1954 et 1959.
En 1955, des réserves d'uranium sont découvertes dans le sud du pays, au Guangxi. Le , le Cinquième Institut de Recherche du Ministère de la Défense Nationale, premier organisme de recherche dédié aux missiles balistiques de la République populaire de Chine, est crée. Il est suivi, en novembre, par le Troisième Ministère de L'industrie Mécanique pour prendre en charge le développement de l’énergie nucléaire. Des experts soviétiques sont mis à disposition pour préparer un plan de développement scientifique et technologique de 12 ans.gauche|vignette|Nie Rongzhen (à gauche), Wan Yi, Li Qiang, Song Ren-poor à Moscou (1957). L’année suivante, des physiciens soviétiques arrivent en Chine pour épauler Qian Sanqiang à l’Académie des Sciences. En juin, Khrouchtchev, mis en difficulté lors de l'affaire du groupe anti-parti, dépêche le diplomate Mikoyan en Chine pour obtenir le soutien du Comité central du Parti communiste Chinois. Mao accepte en échange d'une assistance technique plus poussée. En octobre, la Chine et l'URSS signent un accord qui stipule que les soviétiques fourniront une aide aux industries aéronautiques et nucléaires chinoises. Les efforts se concentrent sur les missiles. Dans le cadre des accords de coopération, l'URSS vend deux missiles R-1 à la Chine en , puis cède, en , deux exemplaires et la licence de construction du missile à courte portée R-2.
En , Mao Zedong annonce officiellement le programme « Deux bombes, un satellite ». La construction d'un centre de recherches dédiés aux armes nucléaires, la « cité atomique de la mer bleue » ou « Usine 221 », débute au bord du lac Qinghai.
Rupture sino-soviétique Le , lors de sa visite, Khrouchtchev réitère que la Chine n'a pas besoin d'armes nucléaires. La rupture sino-soviétique, en gestation depuis les politiques de déstalinisation et de coexistence pacifique de l'URSS que critique Mao, s’accroît.
Le , le premier réacteur nucléaire expérimental Chinois, construit à Beijing, démarre. Le même mois, le groupe 581 de l’Académie des Sciences se donne pour objectif de placer un satellite artificiel en orbite en développant un missile balistique à portée intermédiaire qui servirait de premier étage pour un lanceur. La construction de la base de lancement de Jiuquan, à la limite du désert de Gobi, est décidée.
La « Campagne anti-droitiste », lancée en 1957, entraîne la persécution de intellectuels, parmi eux Qian Sanqiang. Elle est suivie du Grand Bond en avant, lancé en 1958, qui entraîne des dizaines de millions de morts dans la Grande Famine chinoise.
Le , l'Union soviétique suspend la livraison de matières fissiles, d'un prototype de bombe nucléaire à fission dopée et des plans du missile R-12 Dvina au programme chinois dans le cadre de négociations avec les États-Unis et le Royaume-Uni portant sur l'interdiction des essais nucléaires. Le , Lob Nor, au Xinjiang, est choisi comme site d'essais nucléaires. Le de l’année suivante, la construction du site débute, impliquant des dizaine de milliers d'ouvriers et de prisonniers. Sa superficie est importante et les installations très dispersées pour éviter qu'une seule attaque ne les détruisent.
Fin , Khrouchtchev critique publiquement la politique du « Grand Bond en avant » puis annonce qu'il va rapatrier les experts soviétiques travaillant en Chine. Au premier septembre, contrats d'assistance technique sont annulés et 257 projets de coopération scientifiques sont suspendus.
Le , la Chine réalise son premier tir de missile balistique depuis la base de Jiuquan, grâce à un R-2 soviétique. Le 5 novembre, un autre essai est tenté, avec cette fois un missile R-2 entièrement fabriqué en Chine. Mais le , la première tentative de lancement du DF-2, missile balistique à moyenne portée conçu à partir du peu d'informations obtenues du missile R-12 avant la rupture avec Moscou, échoue.
Cette série de difficultés politiques et techniques entraîne un désaccord entre les hauts fonctionnaires sur la question de savoir si la Chine doit poursuivre le programme « Deux bombes, un satellite ». Le maréchal Nie Rongzhen est fermement en faveur de sa continuation. Le , un comité dirigé par le Premier ministre Zhou Enlai, la Commission Centrale Spéciale, devient responsable des programmes militaires prioritaires et choisi de poursuivre le programme. L'objectif de lancer un satellite est néanmoins jugé trop complexe, et le Projet 581 est abandonné.
En , le président américain John F. Kennedy essaie de persuader Khrouchtchev d'agir conjointement contre le programme Chinois. En septembre de la même année, durant la visite du Secrétaire à la défense de la République de Chine, Chiang Ching-kuo, rencontre Kennedy et discute de la possibilité d'envoyer des parachutistes pour attaquer les installations nucléaires du continent. En 1964, à la veille du premier essai nucléaire chinois, le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, envisage les contre-mesures possibles, parmi lesquelles une attaque préventive, menée conjointement avec l'URSS, des installations nucléaires chinoises.
Autosuffisance nucléaire Le programme nucléaire devenu indépendant, nommé Projet 596 en mémoire de la date ou l'Union soviétique informa le gouvernement chinois qu'elle ne lui livrerait pas le prototype de bombe promis, porte ses fruits en quand le design préliminaire d'une bombe nucléaire est achevé, puis en , alors que l'usine 504 de Lanzhou fournit ses premières quantités significatives d'uranium hautement enrichi. La Chine utilise exclusivement l'uranium comme matière fissile pour ses premiers tests nucléaires, le plutonium ne devenant disponible qu’après 1966.
Le , la première bombe atomique chinoise explose avec une puissance de , en haut d'une tour de à Lop Nor, faisant de la Chine le cinquième pays au monde à posséder des armes nucléaires.
La même année, après la réussite du second vol du missile DF-2 le , la conception de missiles balistiques à portée intermédiaire débute. Le premier, le DF-3, doit être capable d'atteindre les Philippines. Le deuxième, le DF-4, consiste en l'ajout d'un second étage au DF-3 afin d'accroître sa portée et lui permettre de frapper la base navale américaine de Guam, dans le pacifique, ou sont stationnés des sous-marins nucléaires. En , l'objectif de placer un satellite artificiel en orbite reprend sous le nom de Projet 651. Le programme vise l'envoi d'un satellite grâce à l'utilisation d'un missile DF-4 équipé d'un troisième étage pour finaliser la mise en orbite.
Le , le Comité Central Spécial fixe l'objectif d'une première bombe thermonucléaire d'une masse d'une tonne et d'une puissance explosive d'une mégatonne pour 1968. La division théorique du Neuvième Institut, dirigée par Deng Jiaxian, travaillait depuis deux ans déjà à la conception de ces armes. En novembre, le groupe de Yu Min, à Shanghai, assisté du plus puissant ordinateur à tubes à vide chinois (J-501), trouve les solutions théoriques pour passer au stade thermonucléaire.
Le plan de développement de la bombe-H chinoise est réalisé en trois étapes successives :
D’abord, pour valider les calculs, une bombe à fission dopée d'une masse de (Projet 596L) basée sur les informations glanées aux soviétiques à propos de leur bombe RDS-6s. Elle est testée le en altitude, larguée par un bombardier Xian H-6a à Lop Nor, et libère une puissance de ; Ensuite, pour valider le principe de fonctionnement, une bombe thermonucléaire d'une puissance volontairement limitée et d'une masse de (Projet 629). Elle explose le en haut d'une tour de , à Lop Nor, et libère une puissance de ; Enfin, une bombe thermonucléaire de pleine puissance et d'une masse de (Projet 639). D'abord prévue pour octobre, le test est avancé pour devancer les français. Le , larguée par un bombardier Xian H-6a, elle détonne à d'altitude au dessus de Lop Nor et libère une puissance de . La Chine devient le quatrième pays au monde à posséder des armes thermonucléaires.
Capacités spatiales