Le fou littéraire est un individu qui publie en toute bonne foi un essai qui cherche à convaincre de façon démonstrative, et qui n'obtient en général aucune reconnaissance ni ne suscite aucun adepte, restant de ce fait inconnu et singulier dans le champ littéraire. Son discours est assimilé à une forme de délire car le texte en question traite, de façon parfois obsessionnelle, de sujets que la critique considère comme décalés, farfelus, désopilants, excentriques, hétéroclites, in: Définition lexicale, CNRTL. ou bizarres.
Selon Charles Nodier, c'est un A. Blavier, 1982, .. Jacques Duchateau ajoute une précision importante : , d'où de nombreux cas d'œuvres auto-éditéesJ. Duchateau, La Colonne d'air, Paris, Ramsay, 1987, ..
Étude des fous littéraires Érasme prête à Lucien de Samosate le mot morosophe, qui qualifie le « sage-fou », celui qui détient le savoir mais ne dénigre pas pour autant la folie au profit de la raison. Ainsi, les morosophes apportent aux grandes questions des réponses aberrantes.
Sans doute inspirée par les premiers travaux de Philippe Pinel sur le cas de son patient Berbiguier qui intrigua entre autres Théophile GautierThéophile Gautier, Onuphrius ou les vexations fantastiques d'un admirateur d'Hoffmann, La France littéraire, août 1832. Réédité dans de nombreuses anthologies. Texte en ligne., l'étude des fous littéraires commence en 1835 avec une bibliographie établie par Charles Nodier. et se poursuit en 1880 avec Gustave Brunet.. Dans l'intervalle, Octave Delepierre (1804-1879), un érudit belge, fait paraître à Londres la première Histoire littéraire des fous (1860), ouvrage .
À partir du dernier quart du , la psychiatrie, puis la psychanalyse, s'intéressent aux discours délirants de type paranoïaque et paraphrénique. Les tenants du surréalisme, au début des années 1920, s'y montrent particulièrement sensibles, convoquant par exemple Jean-Pierre Brisset« Jean-Pierre Brisset », Atelier André Breton. ou Xavier Forneret.
Au début des années 1930, Raymond Queneau entame d'importantes recherches, en recensant durant plusieurs années les ouvrages de fous littéraires conservés à la Bibliothèque nationale de France. Son projet, une Encyclopédie des sciences inexactes, est refusé par ses éditeurs. Queneau en tire alors la matière d'un roman, Les Enfants du limonMaurice Heine, Note critique sur l'ouvrage de Queneau, La Nouvelle Revue française, janvier 1939, — sur Gallica., qui paraît en 1938. Ladite encyclopédie n'est publiée qu'en 2002.
Fruit de trente ans de recherches, Les Fous littéraires d'André Blavier paraît pour la première fois en 1982. Cette « encyclopédie » de près de recense plus de . On y trouve des inventeurs du mouvement perpétuel, des démonstrateurs de la quadrature du cercle, de l'inexistence de l'enfer, ainsi que de singuliers délires sur les langues universelles, la structure de l'Univers, les origines batraciennes de l'homme (Jean-Pierre Brisset), les origines préhistoriques de la langue française (Paul Tisseyre-Ananké pour qui le français provient du cri des bêtes préhistoriques)… Les femmes sont aussi représentées. Émilie-Herminie Hanin (1862-1948) peint, dépose des brevets d'invention, notamment en 1918 d'un piège à avions, et assure avoir résolu la question du mouvement perpétuel. Elle publie à compte d'auteur un livre et un seul, Super-Despotes, en 1934, dans lequel elle raconte ses aventures de persécutée. Céline Renooz (1840-1928) prétend démontrer l'origine végétale de l'espèce humaine..
Le travail de compilation effectué par André Blavier est considérable. Il hérite des recherches de Raymond Queneau, car les deux hommes étaient proches, au sein de structures opérantes que sont le Collège de 'Pataphysique et l'Oulipo. Après la mort de Blavier, le relais est pris par d'autres chercheurs, comme Marc Décimo dans son encyclopédie Sciences et Pataphysique, et ne se réduit pas aux seules études francophones..
Typologie Depuis Nodier, les compilateurs s'entendent sur une catégorisation de ces milliers d'œuvres produites depuis le . Blavier, lui, s'efforce de que l'appellation de « fou littéraire » reste non péjorative. Par exemple, on trouve : la quête (et le vertige) d'une langue originelle ; la description d'une cosmogonie ; les prophéties, visions et discours messianiques ; les quadrateurs de cercle par l'usage des mathématiques ; les persécutés ; les savants ; les médecins et hygiénistes ; les inventeurs et bricoleurs ; les candidats excentriques (mission politique) ; les philanthropes et sociologues…
Quelques fous littéraires Bernard de Bluet d'ArbèresSite pleinchant.fr page Histoire littéraire des fous. Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym Jean-Pierre Brisset Alexandre-Mathieu-Victor Clavel d'Haurimonts Nicolas Cirier Xavier Forneret Paulin Gagne Léopold Armand Hugo Alfred Moquin-Tandon Claude-Charles Pierquin de Gembloux Jean Prat Francisque Tapon-Fougas Paul Tisseyre-Ananké
Bibliographie généraliste et chronologique Charles Nodier, Bibliographie des fous, de quelques livres excentriques, dans Bulletin du bibliophile, Paris, Techener, , . Charles Richard, Bibliographie des fous, dans Revue de Rouen, . Octave Delepierre, Histoire littéraire des fous, Londres, Trübner & Co., 1860 . Philomneste Junior, Les Fous littéraires : essai bibliographique sur la littérature excentrique, les illuminés, visionnaires, Bruxelles, Gay et Doucé, 1880 ; réédition en 2006 aux éditions du Sandre. Raymond Queneau, Les Enfants du limon, Paris, Gallimard, 1938. Réédition coll. « L'Imaginaire », . Hétéroclites et fous littéraires, in: Bizarre, Paris, J.-J. Pauvert, 1955. (couverture illustrée par Roland Topor ; réédition augmentée aux Éditions des Cendres, en 2001). Fous à lire, fous à lier, catalogue, Manoir de Pron, 1985. Monique Plaza, Écriture et folie, coll. « Perspectives critiques », Paris, PUF, 1986, . Hétéroclites et fous littéraires, catalogue, Paris, Malombra, 1998. Raymond Queneau , Aux Confins des Ténèbres, les fous littéraires, Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 2002. Colloque des Invalides, des Invalides, 2002. Fous littéraires, nouveaux chantiers, Tusson, du Lérot éditeur, 2003. Cahiers de l'Institut de recherches et d’explorations sur les fous littéraires, quatre cahiers ont paru en 2008-2009, consacrés, entre autres, à Jean-Pierre Brisset, Paulin Gagne, au marquis de Camarasa et à Georges Parmentier. Olivier Justafré, Graines de folie : supplément aux Fous littéraires, Perros-Guirec, Éditions Anagrammes, 2011. Les Fous littéraires, in: Orphéus, Perros-Guirec, Éditions Anagrammes, 2011. Marc Décimo, Sciences et Pataphysique, : Savants reconnus, érudits aberrés, fous littéraires, hétéroclites et celtomanes en quête d’ancêtres hébreux, troyens, gaulois, francs, atlantes, animaux, végétaux..., Dijon, Les presses du réel, , 2014 . Marc Décimo et Tanka G. Tremblay, Le texte à l'épreuve de la folie et de la littérature, Dijon, Les presses du réel, , 2017 .
Références
Voir aussi Articles connexes :Catégorie:Folie dans l'art et la culture Sens commun
Liens externes
André Blavier et Les Fous littéraires
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