L'Empire carolingien est le résultat de l'expansion territoriale du royaume franc sous l'influence de la dynastie carolingienne pendant le haut Moyen Âge. Il s'étend de l'Europe occidentale à l'Europe centrale.

Amorcé par Pépin le Bref, premier souverain de cette deuxième dynastie des rois de France (la première étant celle des Mérovingiens), il doit cependant son nom à son fils, Carolus Magnus ou Charlemagne, couronné empereur par le pape en 800.

Cet Empire franc est partagé entre les petits-fils de Charlemagne, à la suite de la mort de son fils, le roi , dit le Débonnaire, ou Louis le Pieux, et donne naissance à l'ouest à la Francie occidentale, à l'est à la Francie orientale, et à la Francie médiane au centre et au sud. Objet d'un siècle de luttes entre les Francies occidentale et orientale, la Francie médiane finit démembrée, sa moitié nord, la Lotharingie, se rattachant à la Francie orientale, qui deviendra au prochain changement dynastique le Saint-Empire romain germanique, et sa moitié sud ressuscitant le royaume d'Italie.

L'Empire carolingien prend fin en avec la mort par assassinat, le , de l'empereur , petit-fils de Louis le Pieux. Le titre impérial restera vacant jusqu'en , où le couronnement, le , d' par le pape donnera naissance au Saint-Empire romain germanique.

Dynastie puissante en quête de légitimité Conquêtes redresse=1.4|gauche|vignette|Expansion du Royaume franc.

Au , les royaumes barbares connaissent une période de crise et se morcellent. L'expansion musulmane. a longtemps été évoquée comme cause de cette criseSelon la thèse de Pirenne, les musulmans auraient fermé la Méditerranée à la navigation et coupé les liens commerciaux entre l'Occident et l'Orient. mais on connaît mieux désormais le rôle de l'Italie byzantine comme courroie de transmission ininterrompue entre l'Orient et l'Occident.. N'étant plus assurée par l'État romain disparu, la sécurité est désormais prise en charge par l'aristocratie germanique.. Les puissants accueillent des hommes libres, les éduquent, les protègent et les nourrissent. L'entrée dans ces groupes se fait par la cérémonie de la recommandation : ces hommes deviennent des guerriers domestiques (vassus) attachés à la personne du seniorVassus signifie « jeune homme fort » et a donné en français « vassal » en opposition à Senior qui signifie « vieux » et a donné « seigneur ».. Le seigneur doit entretenir cette clientèle par des dons pour entretenir sa fidélité.. La monnaie d'or devenant rare, la richesse provient surtout de la guerre : butin ou terres conquises à redistribuer. En l'absence d'expansion territoriale, les liens vassaliques se distendent, donc pour se pérenniser une puissance doit s'étendre.

redresse=1.2|gauche|vignette|Conséquences de l'expansion musulmane des sur les voies commerciales et les royaumes européens selon la thèse de Pirenne.

Même si les voies terrestres romaines sont encore utilisables à cette époque, le trafic commercial est essentiellement fluvial (et permet le transfert de marchandises d'un bassin fluvial à l'autre) mais il ne permet que le transport de denrées suffisamment onéreuses pour être rentable.. Même si le trafic est faible, ces voies sont capitales pour acquérir de quoi entretenir ses vassaux. Avec la présence musulmane en Méditerranée occidentale, les voies commerciales byzantines ne peuvent plus passer que par l'Adriatique. Dès lors, l'axe Rhône-Saône-Rhin (ou Seine) est supplanté par l'axe Pô-Rhin-Meuse.

Les Pépinides ou Pippinides, une famille austrasienne dont le berceau est situé sur la Meuse, acquièrent un avantage économique qui leur permet de mettre sur pied des armées bien plus nombreuses que ses rivales.. Le basculement à l'est des voies commerciales réactive les régions riches en minerai de fer, lequel était déjà exploité, à l'origine de la puissance agricole et militaire des Celtes. Ceci permet de bénéficier d'armes et protections en acier de bonne qualité, augmentant la supériorité militaire. L'outillage agraire s'en trouve amélioré et la productivité augmente. Les Pippinides, en contrôlant plus de 90 grands domaines agricoles de part et d'autre de la Meuse, se sont procuré une puissance sans égale. Ainsi, Pépin de Herstal devient maire du palais d'Austrasie en 679, contrôle la Neustrie en 687 et prend le titre de prince des Francs. Pour conserver ses conquêtes, ses descendants doivent maintenir cette politique expansive pour éviter la dissolution de leur empire naissant. Son fils Charles Martel, issu de sa deuxième épouse, doit ainsi réduire les révoltés neustriens puis assujettir les Frisons, les Alamans, Bourguignons et les Provençaux.

Parallèlement à cette évolution, le bassin méditerranéen est victime aux d'épidémies de peste et de variole récurrentes que les chroniqueurs de l'époque décrivent comme de véritables fléaux. Le bilan est impossible à chiffrer, mais certains historiens le comparent à celui de la peste noire de 1347-1350 : Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben y voient la cause d'un important affaiblissement démographique du sud de l'Europe qui explique en partie le basculement du centre de gravité de l'Occident vers le nord..

Alliance avec la papauté

Au sud de l'Europe, l'opposition (dite querelle des Images) entre les iconoclastes byzantins, soutenus par l'empereur , et l'église romaine, soutenue par le pape , dresse les autorités impériales romaines contre le Saint-Siège, notamment en Sicile : Constantinople envoie une flotte pour combattre les villes vénérant les images. L'empereur étend les droits du patriarcat de Constantinople sur toutes les régions (districts) de l’Italie du Sud et ne laisse au pape que la région du Nord, que les Lombards ne cessent d'assaillir. Comme les Pépinides, les Lombards bénéficient de l'axe commercial Rhin-Pô et ne cessent d'étendre leur royaume en Italie au détriment de l'Empire, obtenant un butin et des terres à redistribuer pour maintenir les liens vassaliques.. : ils sont une grande puissance européenne de l'époque et menacent directement la papauté byzantine..

Au nord, Charles Martel, le grand-père de Charlemagne, arrête l'expansion musulmane à Poitiers en 732. Maire du palais mérovingien, autrement dit intendant principal du roi, il dispose d'une telle puissance qu'il a le pouvoir de fait, mais celui-ci ne se fonde ni sur l'hérédité, ni sur le charisme ; il ne peut prétendre au titre de roi. Sa famille, les Pippinides (qui deviendront les Carolingiens), a l'expérience du pouvoir. Après avoir remporté une victoire contre les Arabes à Poitiers, Charles Martel écrit au pape lui annonçant l'heureuse nouvelle... Celle-ci a un très vif retentissement et désigne Charles, notamment aux yeux de la papauté, comme le défenseur en Occident de la foi et de l'Église.. Charles Martel reçoit le titre de « Très Chrétien » accordé par le pape et auquel ont droit tous ses successeurs.

La papauté fait partie de l'Italie byzantine, mais l'essentiel de l'armée de l'empire doit faire face à l'expansion musulmane en Orient ; en Italie même, elle ne peut jouer son rôle de protecteur contre les Lombards et Rome en profite pour s'émanciper.. Ainsi, le pape sollicite le secours de Charles Martel pour repousser les Lombards ; il met sous la protection des Francs toutes ses propriétés et les invite à conquérir l'Italie. L'Église romaine décide de s'appuyer sur cette forte dynastie germanique pour contrer les menaces islamique, lombarde et iconoclaste. En 750, Pépin le Bref, successeur de Charles Martel comme maire de palais, envoie une délégation franque auprès du pape Zacharie pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des Mérovingiens en prenant la couronne à la place de . Zacharie accepte et déclare : « Mieux vaut appeler roi celui qui possède le pouvoir plutôt que celui qui ne l'a pas.. » En novembre 751, Pépin dépose puis se fait élire roi des Francs, à Soissons, en se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume). Le nouveau pape , successeur de Zacharie mort en 752, demande lui aussi l'aide militaire de Pépin contre les Lombards et leur roi Aistulf (ou Astolf) qui menacent Rome.

L'évolution de l'empire d'Occident

En 800, Charlemagne est couronné « empereur romain d'Occident » par le pape, après l'avoir secouru contre un complot visant à le déposer. Il rétablit ainsi de facto l'empire d'Occident, en attendant d'obtenir, éventuellement, une reconnaissance de jure par les empereurs romains d'Orient, qui ne se concrétise pas sur le moment, les Grecs appelant le nouvel État « Empire franc ». Ce sont en effet les Francs qui protègent l'Église en Gaule depuis , et Pépin le Bref, père de Charlemagne, était déjà intervenu pour protéger la papauté. Lui-même continue de se désigner comme « roi des Francs et des Lombards », en plus d'« empereur romain ». C'est plus tard que Charlemagne sera partiellement reconnu empereur par et formellement par ..

vignette|Joab, neveu du roi David, mène au combat l'armée de son oncle : l'enluminure représente les personnages bibliques comme des cavaliers francs de l'ère carolingienne. Psalterium Aureum, bibliothèque cantonale de Saint-Gall, .

Cependant, du fait de la faiblesse du commerce et faute de ressources financières suffisantes, Charlemagne est confronté au même problème que ses prédécesseurs : il doit s'étendre en permanence pour entretenir ses vassaux et éviter la dissolution de ses possessions. Pendant tout son règne, il tente de les fidéliser par tous les moyens en leur faisant prêter serment, en leur allouant des terres (seule richesse de l'époque) qu'ils devaient lui restituer à leur mort, et en envoyant des missi dominici surveiller ce qui se tramait à travers son empire.. Pour pérenniser son empire naissant, il doit chaque année réunir son armée et la lancer vers de nouvelles conquêtes. En 774, déjà, Charlemagne intervenait en Italie et défaisait Didier, roi des Lombards, qui menaçait de nouveau le pape, et s'emparait de ses États. Par ailleurs, en 774, l'exarchat byzantin de Ravenne n'est tombé que plus tôt et c'est donc une région riche et cultivée qui passe sous domination franque. Une fois seul maître du Royaume franc, il agrandit son royaume vers le nord et l’est (Bavière, Saxe, Frise), vers l’ouest (Bretagne) et vers le sud (nord de l’Èbre en Espagne en 778, établissant des marches). Il fait, à partir de 772, une guerre acharnée aux Saxons, qui, commandés par Witikind, lui opposent une vigoureuse résistance. Il n'achève de les soumettre qu'en 804 ; il en déporte un certain nombre pour prévenir leurs révoltes. Sa lutte contre les peuples païens, dont les Saxons, et .

vignette|Louis le Pieux représenté dans une miniature de l'école de Fulda (826). Liber de laudibus Sanctæ Crucis, par Raban Maur.

Les pouvoirs que s'arroge Charlemagne sont très vastes : il légifère beaucoup, y compris en matière dogmatique (introduction du Filioque), et il nomme les évêques. Il ne reconnaît aucun pouvoir au-dessus de lui. Il est le défenseur du monde chrétien, et l'organise. Il fait d'Aix-la-Chapelle (Aachen, en Allemagne) sa capitale, où il fonde une école pour les cadres de l'Empire qui y bénéficient d'un minimum d'éducation en matière d'administration, de lecture, de religion. Les grands du royaume y envoient leurs fils y étudier. Il intègre également dans sa suite des hommes de tout l'Empire et de toutes ethnies : Saxons, Lombards, Goths.