L'élite est d'une part ce qu'il y a de meilleur parmi un ensemble de choses ou de personnes ou, de l'autre, la minorité qui dans toute société exerce le pouvoir et concentre les ressources matérielles et symboliques.
Dans son acception première, le terme d'élite superpose les notions de meilleur et délection. Elle est la discrimination d'une partie au sein d'un tout en raison de qualités intrinsèques jugées supérieures..
Dans son sens second, l'élite est la minorité d'individus qui dans une société donnée exerce le pouvoir quelles que soient ses qualités propres.. L'élite est alors associée à l'idée de privilège et symbolise le caractère profondément inégalitaire, au sens d'injuste, des sociétés contemporaines..
Avec un sens critique, on nomme parfois l'élite occidentale , à comparer à la notion de nomenklatura dans l'ancien bloc communiste. Le terme « élite » est souvent confondu avec les expressions « classe dominante », « classe dirigeante », « couche supérieure », qui pourtant ressortent de traditions de pensées différentes..
Histoire de l'idée d« élite »
Étymologie
Le terme délite vient de l'ancien français eslit, participe passé du verbe elire., lui-même dérivé du verbe latin eligere, signifiant extraire, choisir. L'élite désigne alors la sélection de ce qu'il y a de meilleur parmi un ensemble de choses ou de personnes. Le terme a un sens actif. Il s'agit de faire un choix comme l'indique la première occurrence du mot sous la plume de Chrétien de Troyes au , « a vostre eslite », c'est-à-dire « à votre choix ».
Au , le Dictionnaire de l'Académie française distingue ce qui mérite d'être choisi de l'opération de sélection elle-même. Toutefois, de plus en plus, l'élite tend à se confondre avec les qualités supérieures des choses ou des personnes choisies. Les expressions « soldats d'élite » ou « troupes d'élite », encore en vigueur de nos jours, désignent à la fois une sélection parmi les soldats et les meilleurs d'entre eux.
L'élite sociale L'élite au sens social, c'est-à-dire le groupe de personnes distinguées par des qualités supérieures, se développe au cours du français. Si l'association avec l'armée est la plus fréquente, le terme désigne de plus en plus souvent les franges de la population aux mérites exceptionnels, tels « l'élite de la jeunesse », « l'élite des écrivains », les « esprits d'élite ». Durant la Révolution, le terme prend des connotations plus politiques pour qualifier les députés des États généraux ou de l'Assemblée nationale, qui sont considérés comme l'élite de la nation.
Au , sans cesser de signifier la sélection des meilleures choses, l'élite désigne de plus en plus souvent les personnes les plus talentueuses, les plus intelligentes ou les plus vertueuses et qui, pour ces raisons, sont destinées à guider l'ensemble de la société. Pour Auguste Comte., c'est l'élite qui permet à l'humanité de passer d'un âge à un autre. C'est au nom de la nécessité de doter la France d'une élite compétente après la défaite de Sedan qu'Émile Boutmy fonde l'École libre de sciences politiques.. L'élite n'est alors pas définie par l'exercice du pouvoir mais par ses qualités intrinsèques qui la disposent naturellement à prendre le commandement de la société... Jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'élite est toujours conçue dans une vision extrêmement positive.
La conception américaine de l'élite Ce n'est qu'au milieu du , sous l'impulsion de la sociologie américaine, que l'élite est définie par l'exercice du pouvoir quelles que soient les qualités propres de ses membres. L'élite devient, alors, la minorité qui de tout temps et en tout lieu commande à la majorité. Elle revêt, du même coup, un caractère problématique nouveau pour les sociétés démocratiques, car si l'élite existe de facto, indépendamment du suffrage universel, elle est par nature illégitime. Certains sociologues américains, dont James Burnham ou Robert A. Dahl, développent alors une vision pluraliste de l'élite, justifiant un passage progressif au pluriel. La diversité des élites est la cause de leur dissension et la raison pour laquelle elles doivent se tourner vers la population pour trouver des soutiens. Leur quête d'alliés fait qu'elles ne peuvent totalement ignorer la masse et doivent, au contraire, se montrer attentives à ses intérêts... D'autres sociologues plus radicaux, à l'instar de Floyd Hunter et C. Wright Mills, contestent cette division des élites et affirment au contraire leur unité, remettant en cause la pleine efficacité de la démocratie américaine...
Toutefois, l'idée suivant laquelle l'élite est définie par l'exercice du pouvoir n'est remise en cause ni par un camp, ni par l'autre. Cet accord implicite contribue à implanter durablement la conception américaine de l'élite au sein de la sociologie et au-delà. La dimension morale attachée à la notion d'élite est désormais inversée : de bonne par nature, l'élite devient a minima suspecte.
Les élites ou l'élite du pouvoir
Aujourd'hui, l'élite désigne l'occupation d'une position enviable. « Les élites », au pluriel, est une expression construite par la sociologie contemporaine pour expliquer les transformations politiques des sociétés développées dans une perspective non marxiste. L'utilisation du syntagme « élites » « permet d'embrasser, sous un concept plus abstrait, les divers types de groupes dirigeants ou dominants qui se sont succédé […] et dont les appellations datées ont changé au fil des régimes. [Surtout, il rappelle] la forme plurielle des groupes en lutte dans le champ du pouvoir et leur légitimité en permanence contestée.. »
La thèse marxiste éclaire d'une certaine façon l'analyse des situations de pouvoir dans la société. C'est une lecture fondée sur une analyse économique, qui nie la spécificité du politique. Le fait de détenir les leviers de la machine économique confère à la classe qui les détient l'accès au pouvoir politique (au sens de la maîtrise de l'appareil d'état). L'État ne peut être un arbitre, il est seulement un moyen de domination politique entre les mains des détenteurs du pouvoir économique. Le pouvoir économique est concentré dans les mains d'un petit nombre de familles qui possèdent les moyens de production et transmettent par héritage ces moyens et le pouvoir politique. Le pouvoir n'appartient qu'en apparence aux élus, en réalité il est aux mains des milieux d'affaires. L'ensemble des hiérarchies sociales, économique, politique se confond en une seule classe qui, grâce au contrôle de l'appareil d'État, exploite le reste de la nation et retire de cette exploitation un bénéfice matériel mais aussi des honneurs et des privilèges.
C'est contre cette grille là que s'est construite la thématique des élites. En particulier, les travaux de Vilfredo Pareto (Traité de sociologie générale, 1917) vont réfuter cette analyse marxiste. Les deux postulats du raisonnement marxiste (l'économie régit les rapports des classes sociales, l'idéologie d'une société est celle de sa classe dominante) sont contestés par Pareto. Il affirme que l'économie ne régit pas les rapports des classes sociales ; lui-même est venu à la sociologie justement parce que l'économie n'explique pas tout. Les faits économiques eux-mêmes ne s'expliquent pas uniquement à partir de l'économie.
Pareto élabore la thèse de la dépendance mutuelle : il construit une grille originale pour expliquer de quelle façon des mécanismes psychologiques expliquent les réalités sociales. Pour lui, le problème de la circulation des élites ne se réduit pas à une lutte des classes simplifiée. Ce qui compte avant tout, c'est un ensemble de schémas préexistants : l'instinct de combinaison (faculté de s'adapter) et la persistance des agrégats (fait d'être tributaire du passé).
L'analyse de Vilfredo Pareto est socio-caractérologique et doit peu à la grille économique. Pareto est convaincu qu'il y a circulation, dans toute société, d'une classe à l'autre (plus ou moins lente) qui favorise la mobilité sociale. Pour Pareto, toutes les sociétés sont élitistes ; seul le style peut varier : « les élites, qu'elles utilisent la ruse, la violence, n'ont d'autre fin que de perpétuer leur domination ». La démocratie parlementaire elle-même n'est qu'une ruse caractéristique de ce qu'il appelle la « Ploutocratie Démagogie ».
On peut également situer dans ce registre l'analyse des situations de pouvoir aux États-Unis (C. Wright Mills, The Power EliteWright Mills, C., The Power Elite, Oxford University Press, 1956.). Pour l'auteur; il y a une seule élite, qui présente la particularité de contrôler les trois institutions qui dominent l'État et la société (en circulant entre elles) : le politique, le militaire et l'économique. Les individus qui dirigent ces institutions forment ce qu'il appelle « le triangle du pouvoir ». Ils concentrent un pouvoir de décision propre à leur domaine d'importance nationale et détiennent ainsi un certain pouvoir d'influence sur la société.
Essai de typologie des élites dans les sociétés contemporaines Élites managériales
Les élites managériales sont les décideurs dans l'entreprise (managers chez les Anglo-saxons). Leur apparition est décrite dans l'ouvrage . de James Burnham (1941), traduit en français en 1947 sous le titre L'Ère des organisateurs.
La thèse développée dans cet ouvrage montre que l'époque contemporaine est une transition entre deux types de sociétés : la société capitaliste et la société « managériale » : la complexité croissante des économies contemporaines donne naissance à une élite de managers. Ces managers ne vont pas tarder à se constituer en classe avec ses intérêts et privilèges, entraînant une révolution car le contrôle qu'ils exercent sur les instruments de production en fera tôt ou tard les maîtres de l'État (idée qui rejoint la grille marxiste).
Le New Deal est caractéristique de cette idéologie directoriale, puisque le Président des États-Unis s'entoure de décideurs en matière économique qui s'arrogent le pouvoir politique. L'Allemagne national-socialiste a laissé le pouvoir aux chefs d'entreprises qui dictent leurs conditions aux pouvoirs (entrevues de Hitler avec le patronat allemand avant son élection). Dans l'URSS stalinienne, la planification est décidée par un petit groupe qui s'opposera au pouvoir de Staline. Il y a un trait commun entre ces différents modèles de sociétés : l'auteur considère qu'il y a une marche irrésistible, et que la planète verra tôt ou tard une nouvelle répartition des forces. Il prédit la création de trois super-États qui domineront la terre, où l'élite managériale détiendra le pouvoir : l'Amérique, l'Europe et le monde asiatique.
Élites administratives
Il y a une continuité du système administratif français : sur ce point, la Révolution n'a rien changé. Ce système est né avec la monarchie absolue et a été renforcé par le Consulat et le Premier Empire. Il comporte deux aspects caractéristiques : une centralisation de l'appareil d'État, et un interventionnisme actif dans l'économie.
Si la France apparaît inconstante sur le plan constitutionnel, l'administration montre une continuité : les traits du système administratif actuel ont été façonnés dès le . La classe politique reçoit une formation juridique et administrative (République des avocats entre 1870 et 1914, des professeurs dans l'entre-deux guerres). Les agents publics des grands corps de l'État sont issus des promotions homogènes de Polytechnique ou de l'ENA et se dirigent après la Seconde Guerre mondiale par exemple vers le ministère des Finances ou le Conseil d'État. Bourdieu parlera de « noblesse d'État ».
Élites intellectuelles
Généralement, le terme délites intellectuelles désigne d'une part les auteurs d'ouvrages de recherches et de réflexions édités par des maisons d'édition reconnues, d'autre part les professions intellectuelles supérieures : enseignants des cycles supérieurs titulaires du doctorat ou de l'agrégation.