d'Aragon (né vers 1073 — mort le , à Poleñino), dit le Batailleur, a été roi d'Aragon et de Pampelune de 1104 jusqu'à sa mort en 1134Antonio Ubieto Arteta, Creación y desarrollo de la Corona de Aragón, , Historia de Aragón, Saragosse, 1987, ..
Fils aîné du roi et de sa seconde épouse Félicie de Roucy, succède à son demi-frère . Combattant infatigable, il agrandit considérablement son royaume, faisant la conquête de Saragosse et de la moyenne vallée de l'Èbre.
Marié à en 1109, il est roi de León, de Castille et de Galice à ses côtés. Il prend alors le titre d'« empereur de León et roi de toute l'Espagne » ou d'« empereur de toute l'Espagne »José Ángel Lema Pueyo, el Batallador, rey de Aragón y Pamplona (1104-1134), Trea, Gijón, 2008, .. À la suite de leur séparation, en 1114, qui entraîne celle de leurs royaumes, il conserve ce titre jusqu'en 1127, date à laquelle il l'abandonne au fils aîné d', .
Il poursuit sa lutte contre al-Andalus, qui lui permet d'agrandir considérablement son royaume et qui le mène jusque devant Valence, Cordoue et Grenade. C'est lors d'une bataille contre les Almoravides, à Fraga qu'il est blessé mortellement. Il meurt quelques jours plus tard, à Poleñino. Sans descendance, il décide de léguer son royaume à plusieurs ordres militaires religieux, mais son testament est repoussé par les noblesses navarraise et aragonaise, qui poussent et sur les trônes de Navarre et d'Aragon.
Biographie
Jeunesse
250px|vignette|gauche|Monastère Saint-Pierre de Siresa, dans le valle de Echo, où Alphonse reçut son éducation.
Alphonse est le fils du roi d'Aragon et de Pampelune, , et de sa seconde épouse, Félicie de Roucy, issue de la noblesse champenoise« », Grand Enciclopedia Aragonesa, mis à jour le 5 février 2010.. Il passe les premières années de sa vie au monastère Saint-Pierre de Siresa, cœur religieux et politique de l'Aragon, dans le valle de Echo. Il y est formé aux lettres et à l'art militaire, dans l'objectif d'être un seigneur important sous l'autorité de son grand-frère, le futur roi . Il a pour précepteur Lope Garcés « le Pèlerin ».
Alphonse reçoit les seigneuries de Biel, Luna, Ardanés et Bailo, ainsi que des localités des Cinco Villas et de la Jacétanie, afin de se former aux taches du gouvernement. À la suite de la mort de son père devant Huesca, il se range au côté de son frère, le roi . Il participe avec lui à la prise de Huesca, à la suite de la bataille d'Alcoraz en 1096. L'année suivante, il fait partie de l'expédition qui vient en aide au Cid contre les Almoravides, et bat l'armée de Youssef ben Tachfine à la bataille de Bairén.
En 1104, meurt sans descendance vivante : de sa première épouse, Agnès d'Aquitaine, sa fille Agnès et son fils Pierre sont morts successivement en 1103 et 1104, tandis que sa seconde épouse, Berthe, ne lui a pas donné d'enfant. Le , Alphonse devient roi d'Aragon.
Règne
Premières années
250px|vignette|Denier d' frappé à Jaca. Inscription : ANFUS[us ]-REX ARA-GON[ensium] (« Alphonse, roi d'Aragon »).
gouverne comme roi d'Aragon et de Pampelune : un document du début du règne, en 1108, signale qu'il règne sur Aragon, Pampelune, Sobrarbe, Ribagorce, Pallars et AranAntonio Ubieto Arteta, Creación y desarrollo de la Corona de Aragón, , Historia de Aragón, Saragosse, 1987, .Manuel Iglesias Costa, Historia del condado de Ribagorza, Instituto de Estudios Altoaragoneses, Diputación de Huesca, 2001, .Adela Rubio Calatayud, « I.-Los Ramírez », Breve Historia de los Reyes de Aragón, éd. Delsan, Saragosse, 2004, ..
La mort de intervient à un moment de faiblesse du royaume d'Aragon. Après avoir conquis Huesca en 1096, Barbastro, Sariñena et en 1100, a échoué à s'emparer de Tamarite de Litera en 1104 et voit ses récentes conquêtes menacées. Il lui a manqué l'expérience des techniques de sièges des villes fortifiées, ainsi que le soutien efficace d'alliés extérieurs solides. À l'est, les frontières ne sont pas clairement définies avec la Catalogne, tandis qu'à l'ouest, le royaume a perdu l'actuelle Rioja et le Pays basque en faveur de la Castille.
À peine couronné, décide de passer à l'offensive et prépare de nouvelles conquêtes. En 1106, il s'empare d'Ejea de los Caballeros, à laquelle il accorde des privilèges. La même année tombent Tauste et Sádaba, ce qui lui permet d'achever la conquête des Cinco Villas et de fermer la vallée de l'Èbre à l'ouest. Il mène aussi la conquête de la Hoya de Huesca, des Monegros et de la Litera, au nord de Saragosse : il met la main sur Tamarite et San Esteban de Litera en 1107. Il renforce également les châteaux voisins de Saragosse, et El Castellar (aujourd'hui ruines du Castillo de Sora situées au nord de Castejon de Valdejasa) afin de menacer la capitale du royaume de taïfa d'José Ángel Lema Pueyo, el Batallador, rey de Aragón y Pamplona (1104-1134), Trea, Gijón, 2008, .Antonio Ubieto Arteta, La formación territorial, , Historia de Aragón, Saragosse, 1981, ..
Mariage et politique occidentale
vignette|upright|gauche|, épouse d' (miniature, Tumbo A de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, 1129-1134).
vignette|upright|, beau-fils d' (miniature, Tumbo A de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, 1129-1134).
En 1104, , déjà âgé de 30 ans, n'a pas d'héritier. Il se met en recherche d'une épouse issue des maisons royales ibériques. Or, le roi de León et Castille , lui offre la main de sa fille unique et héritière, Urraque. espère que l'union de ces royaumes permettra de conserver l'intégrité de ces territoires face à la menace que font peser les Almoravides, contre lesquels est déjà mort son fils unique, Sanche, à la bataille d'Uclés en 1108. Urraque et se marient en 1109, après avoir signé des accords matrimoniaux qui les désignent réciproquement comme ayant la « soberana potestas » sur les possessions de l'autre. Le contrat stipule cependant que si le mariage est sans descendance, le fils d'Urraque et Raymond de Bourgogne, Alphonse, qui n'a que cinq ans, retrouverait ses droits sur le royaume de sa mère. En 1109, reprend le titre de son beau-père, empereur de toute l'Espagne (imperator totius Hispaniae).
En 1110, le comte de Candespina, Gómez González, qui a espéré épouser la reine Urraque de Léon, se soulève contre . L'armée léonaise est vaincue à la bataille de Candespina, le , par une alliance luso-aragonaise Luis García de Valdeavellano (1968), Historia de España, vol. 1, pt. 2, pp. 401-402.. À partir de 1111, il prend le parti, avec une importante fraction de la noblesse galicienne, du jeune Alphonse, pour l'instant dépossédé de ses droits. Menés par l'évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, Diego Gelmírez, et le tuteur de l'enfant, le comte de Traba , les nobles choisissent Alphonse comme « roi de Galice », lors d'une assemblée dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, le . intervient en Galice et, avec l'aide du comte de Portugal Henri de Bourgogne, met en déroute les partisans de son beau-fils à la , en . Il capture Pedro Froilaz, tandis que Diego Gelmírez et Alphonse parviennent à fuirJosé Ángel Lema Pueyo, el Batallador, rey de Aragón y Pamplona (1104-1134), Trea, Gijón, 2008, ..
doit également affronter l'hostilité des ecclésiastiques bourguignons établis le long du chemin de Saint-Jacques avec le soutien de Raymond de Bourgogne et d'. Ils ont l'oreille du pape , qui avait été moine bénédictin, puis légat apostolique en Espagne avant d'être élu pape. À la tête de vastes propriétés, ils s'opposent aussi à la politique d', favorable aux bourgeois des villes. Les nobles de Castille et de León sont également hostiles à cette politique, alors qu'Alphonse, qui se défie d'eux, confie les postes importants à la noblesse navarro-aragonaise« d'Aragó », Gran Enciclopèdia Catalana, consulté le 12 décembre 2012..
En 1111, l'archevêque de Tolède, Bernard de Sédirac, parmi les plus hostiles à , sollicite avec le soutien d'Urraque la nullité du mariage d'Urraque et d' devant le pape. Cette dernière demande en plus aux seigneurs des châteaux de León et de Castille de ne plus obéir à . Celui-ci réagit immédiatement en déclarant la reine incapable de gouverner et la fait enfermer à El Castellar. À la tête d'une forte armée, il soumet en peu de temps les villes rebelles de Palencia, Burgos, Osma, Sahagún, Astorga et Orense. Le comte Gómez González lance une incursion sur El Castellar, libère la reine et l'emmène à Sahagún. Alphonse marche sur la ville, s'empare de Tolède, dépose l'archevêque Bernard de Sedirac, puis marche sur Fresno de Cantespino et écrase Gómez González à la bataille de Candespina, le . Urraque, rendue à son mari, est forcée de faire la paix avec lui.
Mais, en 1112, le pape menace de prononcer effectivement l'annulation du mariage et d'excommunier les époux s'ils restent ensemble. se résout à répudier définitivement Urraque : un concile réuni plus tard à Palencia en 1114 confirme la décision royale. Cependant, continue à porter le titre de roi de Castille et d’imperator totius Hispaniae, tandis qu'il conserve plusieurs places tenues par ses fidèles, comme Sigüenza, Medinaceli ou Castrojeriz. vignette|Le royaume d'Aragon de 1085 à 1115.
La conquête de Saragosse
vignette|Le palais de l'Aljaferia, résidence des gouverneurs de Saragosse hors des murs de la ville.
Accaparé par les problèmes en León et en Castille, avait ajourné ses plans de conquêtes contre al-Andalus. On signale seulement une expédition en 1110, afin de défendre les territoires aragonais contre , qui se conclut par la victoire de Valtierra. En 1117, il entreprend une première opération contre la région de Tudèle, dont il s'empare, et soumet Fitero, Corella, Murchante, Cascante, Monteagudo et Cintruénigo.
recherche surtout de nouvelles alliances pour ses projets de conquêtes. Entre la fin de l'année 1117 et le début de l'année 1118, il se rend personnellement en Béarn. Il se lie avec , le vicomte de Béarn, rentré de croisade. Cet homme, aux convictions religieuses profondes et militaire aguerri, qui a en particulier participé au siège de Jérusalem, devient rapidement un ami intime d'Il semble d'ailleurs que les deux hommes se connaissaient avant, puisque le vicomte béarnais aurait gouverné la cité de Barbastro vers 1113, sans qu'on en connaisse la raison.. Un concile, tenu en Béarn entre 1117 et 1118, confirme l'alliance des deux hommes. Grâce à une bulle de croisade accordée par le pape , une armée est levée dans le Midi de la France. Un concile tenu à Toulouse en par des évêques locaux, comme Guy de Lons, confirme les exemptions accordées aux chevaliers qui se croisent, comme de Béarn ou son demi-frère .
profite également d'une situation confuse à Saragosse. Le roi de la taïfa de Saragosse, le Banu Hud Abdelmalik, avait obtenu la protection d'Urraque et de la Castille contre le paiement de parias, ce qui avait provoqué la conquête de Saragosse par les Almoravides en 1110 : Abdelmalik avait dû se réfugier dans la vallée du Jalón, où il avait fondé un petit royaume, tandis que Saragosse était confiée à Muhammad ibn al-Hadj, gouverneur de Valence, puis à Ibn Tifilwit en 1115. Il s'empare de la forteresse de Juslibol en 1117, mais il meurt la même année, et la ville est confiée au roi de Murcie.
En , un grand nombre de chevaliers venus du royaume de France, parmi lesquels Rotrou du Perche et Robert Burdet, mais aussi des royaumes d'Aragon et de Navarre et des comtés d'Urgell et de Pallars, se concentre à Ayerbe sous le commandement d'. La troupe marche sur Almudévar, puis conquiert Gurrea de Gállego et Zuera. Au mois de mai, elle met le siège devant Saragosse. Le siège, long de neuf mois, s'achève par la chute de la ville, le , à la suite de la prise de la , cœur politique et militaire de la ville. reçoit le gouvernement de la cité en récompense de sa valeur.