Le Kazembe est un royaume dont le territoire se situait dans l'actuelle Zambie. Pendant plus de c'est un État influent, peuplé par les peuples Lunda orientaux et Luba, locuteurs du swahili, du bemba et du luba-katanga. Sa position, sur les routes commerciales, dans une région bien arrosée, relativement fertile et peuplée, dotée de ressources forestières, piscicoles et agricoles, attire au les commerçants et les explorateurs, tel David Livingstone.

Le titre du dirigeant du Kazembe est Mwata. La chefferie tient son festival annuel, appelé Mutomboko, dans la vallée de la Lwapula, près du lac Moero en actuelle Zambie.

Histoire pré-coloniale

Origine Liste des Mwata Kazembel'italique indique des dates approximatives1740–1745I Ng'anga Bilonda 1745–1760II Kanyembo Mpemba Vers 1740, le premier Mwata, Ng'anga Bilonda, venu du royaume Lunda, lui même « satellite » du Royaume luba., situé trois cents kilomètres à l'ouest de la Lwapula en actuelle république démocratique du Congo (RDC), part à la poursuite d'un certain Mutanda qui a assassiné son père, Tshinyanta, et son oncle en les noyant dans la rivière Mukelweji. Mwata est à l'origine un titre équivalent à « général », le fondateur de la lignée des Mwata Kazembe (« chef suprême du Kazembe ») étant un guerrier ou bien encore à « gouverneur » ou « vice-roi », car le royaume, indépendant dans les faits, est en principe vassal du royaume Lunda du Mwata Yamvo et lui paie un tribut jusqu'en 1870..

L'« affaire Mutanda » réglée, le groupe continue sa route vers l'est, sous la direction du Mwata Kazembe II, Kanyembo Mpemba, traverse la Lwapula à Matanda, et soumet les Shila, le peuple autochtone, en installant des aristocrates luba ou lunda comme dirigeants. Ces conquérants apportent les coutumes et la culture lunda-luba, telle la cérémonie de célébration de la chefferie, mais ils adoptent la langue bemba, celle du peuple du même nom, également venu du territoire de l'actuelle RDC, avec lequel ils sont alliés.

Le royaume prospère grâce à la pêche dans le lac Moero et le , et à ses ressources minières, notamment le cuivre dans la région de l'actuel Katanga, à l'ouest de la Lwapula. Le Mwata Kazembe est en mesure, selon les dires des Portugais, de rassembler vingt mille hommes, et son territoire s'étend à l'ouest jusqu'à la Lualaba (le cours supérieur du fleuve Congo), qui forme la frontière avec le royaume Luba-Lunda de Mwata Yamvo et les autres royaumes Luba au nord de celui-ci, et, à l'est, jusqu'au pays des Luba-Bemba.

Expéditions portugaises 1760–1805III Lukwesa Ilunga1805–1850IV Kanyembo Keleka Mayi1850–1854V Kapumba Mwongo Mfwama

À la fin du et au début du , les Portugais cherchent à établir une route allant d'est en ouest afin de relier leurs possessions coloniales d'Angola à celles du Mozambique, à travers le continent africain.

Plusieurs expéditions sont montées., ainsi, en 1796, celle de Manuel Caetano Pereira, un commerçant, suivie en 1798 de celle de Francisco de Lacerda, qui vient de Tete en actuel Mozambique, et qui meurt quelques semaines après son arrivée au Kazembe, sans avoir pu mener les négociations commerciales à leur terme. Il laisse un journal qui est ramené à Tete par son chapelain, le père Pinto, journal qui sera traduit en anglais par Richard Francis Burton. En 1802, une expédition est menée par Pedro João Baptista et Anastasio José, deux pombeiros (marchands d'esclaves). En 1831, le major José Monteiro, accompagné d'António Gamito, de vingt soldats et de cent vingt porteurs, envoyés depuis Vila de Sena par le gouverneur portugais de l'endroit, se risquent au Kazembe. Gamito écrit lui aussi un journal, dans lequel il écrit :

En tant que missions commerciales, ces expéditions sont des échecs. Les Mwata Kazembe III, Lukwesa Ilunga, et IV, Kanyembo Keleka Mayi, repoussent les propositions portugaises de nouer des alliances qui permettraient de contrôler les routes commerciales allant de l'Atlantique à l'océan Indien. Plus tard, ce sont le sultan de Zanzibar puis M'Siri, dirigeant du royaume Yeke, qui prennent ce contrôle, notamment le second, qui verrouille efficacement les routes commerciales dans la deuxième moitié du ..

Venue de David Livingstone En 1867, l'explorateur et missionnaire David Livingstone, est embarqué dans sa dernière expédition en Afrique, à la recherche des sources du Nil. Depuis le Nyassaland (actuel Malawi), traversant le sud du lac Tanganyika, à travers des contrées ravagées par le commerce des esclaves, il atteint la rive nord-est du lac Moero. Il suit la rive orientale vers le sud. Le Mwata Kazembe VII est averti de son arrivée et il le reçoit dans sa capitale, Kanyembo, près du lac Mofwe :

1854–1862VI Chinyanta Munona1862–1870 VII Mwonga Nsemba

Livingstone remarque que la gouvernance du Mwata Kazembe VII est brutale ; une punition courante pour les officiels de la cour est de se faire couper les oreilles. En raison de cette tyrannie, il estime que le Mwata aurait du mal à lever plus d'un millier d'hommes ; il observe aussi que le royaume est moins prospère que le laissent entendre les relations de voyage des Portugais. L'année suivante, il rend de nouveau visite au Mwata, qui est le premier à lui dire que le Chambeshi, le lac Bangwelo, la Lwapula, le lac Moero et la Luvwa constituent un seul système fluvial. Cela incite Livingstone à explorer le Bangwelo puis la Lualaba et le lac Tanganyika. Il revient ensuite au Bangwelo, cherchant encore, pendant cinq ans, jusqu'à sa mort, à démontrer que ces rivières se jettent dans le Nil et ne font pas partie du bassin du Congo.

Marchands arabes et swahilis 1870–1872 VIII Chinkonkole Kafuti1872–1883 & 1885–86IX Lukwesa Mpanga1883–1885 & 1886–1904X Kanyembo Ntemena Aux les Arabes et les Swahilis commercent le cuivre, l'ivoire et les esclaves avec le Kazembe. Les routes commerciales, depuis Zanzibar jusqu'à Ujiji, sur le lac Tanganyika, sont bien établies et le sultan de Zanzibar est un homme d'importance dans la région. Livingstone est retenu dans la région au sud-est du lac Tanganiyka par un conflit entre Tippo Tip (Hamed bin Mohammed el Marjebi de son vrai nom) et un chef local. Lorsqu'il rejoint le Kazembe, il trouve sur place un marchand nommé Mohamad Bogharib, arrivé quelques jours auparavant à la recherche d'ivoire et Mohamad bin Saleh (connu aussi sous le nom de Mpamari), un marchand qui est sur place depuis une dizaine d'années, que le Mwata refuse de laisser partir. Quoiqu'ils soient impliqués dans le commerce des esclaves, Livingstone avait voyagé avec eux et avait été aidé par eux ; il prétend avoir usé de son influence pour « libérer » Mohamed bin Saleh.

À partir des années 1860, le royaume décline, car M'Siri, dirigeant du royaume Yeke, actuel Katanga, met la main sur le commerce de l'ivoire et du cuivre, aidé par Tippo Tip et d'autres marchands, dont certains attaquent et tuent le huitième Mwata Kazembe. Jusqu'à sa mort, en 1891, M'Siri s'immisce dans la succession et la gouvernance des Mwata Kazembe ; ainsi, c'est à lui, plutôt qu'au chef suprême du Kazembe, que les chefs de la rive occidentale de la Luapula payent tribut.

Période coloniale

Territoires belges et britanniques Après la mort de M'Siri en 1891, la vallée de la Lwapula est divisée en 1894 entre les Britanniques qui gouvernent la rive orientale de la Lwapula, devenue Rhodésie du Nord-Est, et les Belges qui, via l'État indépendant du Congo et son instrument, la Compagnie du Katanga, occupent la rive occidentale. Les autorités coloniales belges, en tuant M'Siri, laissent un vide politique. Les Belges nomment des chefs, non pas ceux subordonnés à M'Siri, qui avaient auparavant prêté allégeance au Mwata Kazembe, mais ceux que les Luba-Lunda appellent les « propriétaires de la terre », qui les avaient précédés. La région du Katanga est très instable, même si l'administration belge dans la région Moero-Lwapula est teintée d'un mince vernis censément inspiré des traditions locales ; cela va jusqu'à inventer un peuple, les Bena Ngoma, qui ne sont, à l'origine, qu'un clan parmi d'autres.

Une fois la loi coloniale belge instaurée à l'ouest de la Lwapula, le territoire et l'influence du Mwata Kazembe sont confinés à la partie orientale.

Imposition de la gouvernance britannique

Quoique le Mwata Kazembe X signe un traité avec Alfred Sharpe en 1890, et qu'il autorise le missionnaire Dan Crawford à s'installer, lorsque le collecteur de taxes de la British South Africa Company (BSAC), Blair Watson, s'installe en 1897, le Mwata Kazembe refuse que soit levé le drapeau britannique tout comme il s'oppose à la collecte d'impôts auprès de son peuple ; il combat par les armes les troupes envoyées par Watson.

Alfred Sharpe est devenu gouverneur du protectorat britannique d'Afrique centrale, situé à mille kilomètres de là ; il n'a pas réussi à faire entrer le royaume Yeke de M'Siri dans le giron britannique par la négociation, et le royaume est devenu, par la force, une partie de l'État indépendant du Congo. Il décide donc, en 1899, conjointement avec Robert Codrington, administrateur pour le compte de la BSAC de la Rhodésie du Nord-Est, d'envoyer des troupes, composées de sikhs et de soldats du protectorat, au Kazembe, en rétorsion. Les soldats brûlent la capitale et tuent un grand nombre d'habitants. Le Mwata réussit à s'échapper au-delà de la Lwapula et trouve refuge dans la mission des chutes de Mambilima, à la tête de laquelle se trouve le couple Anderson, appartenant à la société missionnaire de Dan Crawford. Ironiquement, deux ans auparavant, le Mwata Kazembe X avait tenté, sans succès, de faire exécuter le prédécesseur des Anderson, H. J. Pomeroy..

Dan Crawford et Alfred Sharpe se trouvaient dans une situation similaire en 1890–1891 dans le cas de M'Siri ; le supérieur de Crawford, Charles Swan, avait encouragé M'Siri à ne pas signer le traité proposé par Sharpe, mais, l'année suivante, M'Siri est tué par les Belges et la région plonge dans le chaos. En la circonstance, les Anderson agissent différemment. Tandis qu'Anderson maintient les hommes du Mwata à Mambilima, sa femme ramène le roi, seul, auprès des officiers britanniques, à la capitale rasée par le feu, plaidant en sa faveur. Les Britanniques, surpris par cette approche et par l'accord du Mwata qui déclare vouloir accepter la loi britannique, l'autorisent à revenir. Il rebâtit sa capitale à Mwansabombwe. Après cette « expédition punitive », Mwata Kazembe X et ses successeurs acceptent de collaborer avec l'administration coloniale, ce qui, dans une certaine mesure, sauve la chefferie. Les Mwata gardent de l'influence durant la période coloniale car, adeptes de la doctrine de lindirect rule, les autorités coloniales s'appuient sur les chefs autochtones pour gouverner.

Les troupes britanniques pillent l'ancienne capitale avant de la brûler, et de nombreux objets précieux d'art et de culture du peuple Luba arrivent entre les mains de Codrington. Ce dernier en fait don en 1920 au musée national de Rhodésie du Sud, à Bulawayo (actuel Zimbabwe), à mille kilomètres de là, où ils forment la « collection Codrington »... Ces objets se trouvent toujours dans un musée de Bulawayo..

Influence des missionnaires