Cet article expose lhistoire de la commune française de L'Isle-Jourdain située dans le département du Gers, en région Occitanie. C'est en 333, dans Itinerarium Burdigalense de l'Anonyme de Bordeaux que le nom du lieu apparaît pour la première fois en tant que mutatio (relais routier sur une voie romaine). Au Moyen Âge, L'Isle-Jourdain devint une ville prospère mais au elle fut victime des guerres de Religion. Ensuite, la ville retrouva la sérénité jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Antiquité
Le relais de Bouccones (Mutatio Buconis) est cité dans le Burdigalensis datant de 333, à 7 lieues gauloises de civitas Hungunierro (Gimont) comme étape après la civitas Auscius (Auch) et avant mutatio ad louem (Léguevin).
La mutatio Bucconis fut le siège d'un développement d'une petite agglomération routière dès le . Au , furent édifiés, en proximité, un mausolée et un enclos, complétés au par une église et un baptistère paléochrétiens, un des premiers pôles de christianisation après celui de Toulouse. Cet ensemble constitue le site antique et mérovingien de la Gravette ( au sud de l'Isle-Jourdain). Le passage à gué de la Save n'étant pas indiqué sur les documents consultables de nos jours mais la légende du cavalier noyé décrit les marais noirs et profonds situés aux méandres en bas des coteaux plantés de vignes.
La voie romaine (chemin passant par En girette et En Coheberot) se prolongeait vers Agen, la Via Tolosa suivait le tracé de la vieille route de Pujaudran où fut construit vers le la halte des Jacquaires au pont de Saint-Antoine (Sant Antoni) en bas de la descente en venant de Pujaudran. Si l'on se réfère au tracé du camin francés (codex de Compostelle), les pèlerins sortant de la Hilla allaient vers le moulin de Marestaing. Les invasions des barbares, au , décrites par saint Orens évêque d'Auch dans son poème sur les malheurs du pays gaulois détruisirent les villes, les voies et même les mémoires « voyez combien la fureur de la guerre a fait périr les peuples ». Les seules traces des barbares sont des agrafes trouvées près de Lacomme et conservées dans un musée toulousain.
Moyen Âge
Aux environs de l'an 877, les deux familles d'Ictio et de la Hihla sont unies pour « tenir » le fief qui va devenir le comté de l'Isle en Jourdain. La première famille disparaît vers l'an 900 et la famille de la Hilha continue seule à apparaître dans l'histoire locale. Elle est vassale des comtes de Toulouse et adopte les armoiries du suzerain : . Le seigneur Raymond Bertrand participa à la première croisade sous les ordres de son suzerain.
Soit par guerres, mariages ou achats, les comtes de l'Isle agrandirent leur fief comme par exemple Athon. Raymond, en possession de vastes domaines autour de l'Isle vers 1040 obtient la main de Gervaise, fille de Guillaume III Comte de Toulouse dit Taillefer le Fortsource : Vie de saint Bertrand par Jacques Morère, puis achat d'une partie du Gimoez par Jourdain V vers 1195, guerre entre les cousins Isarn Jourdain et Jourdain de l'Isle pour tenir l'abbaye de Lacapelle et le domaine de Daux.
En 1289, les possessions des seigneurs de l'Isle telles que relevées par le Parlement de Toulouse étaient constituées par :
L'Isle-Jourdain était une ville prospère dès le où Mutatio Bucconis sous l'empereur Constantin est cité par Ausone (309-394), qui fit une partie de ses études à Toulouse. Il en vantait les vins et les blés dans une de ses lettres. La ville fut un point de rencontre grâce aux foires qui se tenaient depuis l'an 800 (date approximative), trois fois par an une fin octobre dite de Saint Martin ou foires aux chevaux et l'autre à la Sainte Anne fin juillet après les moissons, foire aux blés (fiera aus blats) et tous les deux ans la foire franche de Barnabas (Saint Barnabé), droits confirmés auts cousous par Jean en 1450 (Lettres Patentes) lors de son entrée dans les murs à la suite du décès de son père Jean IV d'Armagnac.
Ces foires rencontraient un vif succès car les leudes (droits de places) et les péages étaient fixes et détaillées donc sans mauvaises surprises lors des acquittements : Coutumes du . Exception de 1426 perception d'un droit sur le vin et les viandes dont le produit devait servir à relever les fortifications. De plus, la ville abritait tous les samedis un marché : « Primo lou marcat sera tengut un samedi aus bourg l'auta aus mercadieu » comme dit dans les Privilaiges (sic) des Marchés et Justice des Cousous (Consuls) 1545.
Depuis 1272 des droits spéciaux obtenus, peu à peu, par négociations avec le Comte donnaient aux Consuls deux pour le bourg et deux pour le mercadieu la gestion en toute indépendance de la communauté : droit de pêche dans la Save entre les moulins de Marestaing et de la Hilla (Isle) et droits de Sceau 1282, droits sur le bois extrait de Bouconne confirmés en 1585 (vente du quart de réserve), paiement du seizième en farine des grains moulus et non le quart, droits de mesurage et d'établir des leudes, droits de Gabelle par lettres patentes de 1443.
Époque moderne
L'importance de la ville est confirmée par le saccage de 1544 où il fut trouvé « moult pierres précieuses, des biens innombrables et de riches tapisseries », les coûteuses visites royales notamment la plus longue en 1578 qui vit Catherine de Médicis attendre Henry, roi de Navarre, son gendre et futur Henri IV de France pendant presque un mois dans le but de ramener la paix entre les parpaillots (huguenots) et les papistes (catholiques) par le respect scrupuleux de l'Édit de Nantes. Venant de Toulouse où elle était arrivée le elle fit son entrée à L'Isle le premier novembreEdmond Cabié, Guerres religieuses dans le Sud-Ouest, citant une lettre de J. de Saint Sulpice à son épouse donne comme date d'entrée à l'Isle de Marguerite de Navarre le 8 novembre 1578. après une nuit passée au château de Pibrac.
La suite nombreuse comprenant entre autres le cardinal de Bourbon, les princes de Montpensier, de Condé fut reçue par les consuls l'Islois l'avocat Bernède, De Lapierre, Jehan Mauran (ou Maurens) et son cousin Constans et le Viguier Saiguède, fils du notaire Nicolas Saiguède qui avait demandé, en prévoyance, une aide spéciale pour loger tout ce monde : séance du Histoire du Languedoc, XI, (note). Catherine de Medicis et Michel de l'Hôpital son chancelier avaient substitué aux rigueurs de François II, lequel était influencé par la famille Guise, une approche des deux religions toute en tolérance.
Dès 1560, la ville de l'Isle-Jourdain comprend une forte communauté calviniste qui vit en bonne harmonie avec la population catholique. En , sur dénonciation anonyme, l'évêque de Toulouse faisait savoir aux huguenots d'avoir à changer de lieux de cultes . La réponse du sénéchal De Fargia fut que les protestants occupaient ces locaux bien avant 1560.
La ville dans les murs fut ravagée quatre fois par les protestants, notamment en 1580 où les 7 églises et les chapelles détruites, les murs abattus en grande partie et la population fut réduite de moitié. Les chiffres diffèrent, la fourchette - parait bonne d’après Commères et Dieulefit qui donnent comme chiffre et , l'un et l'autre . Ces chiffres semblent être confirmés par la levée de livres, une par tête de manants, bien-tenants et habitants dans la ville deux livres pour les propriétaires, somme dont une partie doit servir à l'achat de six vingt arquebuses pour la défense, armes livrées le .
Le Comté vit en paix jusqu'au mois de , où parvinrent les nouvelles de la Saint-Barthélemy et l'emprisonnement de nost Henric roi de Navarre au château de Vincennes. La ville est partagée et les deux communautés s'observent les catholiques, plus nombreux, redoutent les calvinistes plus actifs, les demandes d'argent sont fréquents soit royales soit des généraux de passage pour l'entretien des troupes. Les finances sont exsangues et tous les habitants ruinés, le le Sénéchal de Toulouse M. de Cornusson exige pour le roi une somme de quatre cents écus pour payer les soldats. Dans impossibilité de s'acquitter les consuls, désignent Sahuguède, homme de consensus étant catholique, il est respecté par les protestants, pour représenter les doléances de la cité et des alentours victimes d'exactions nombreuses. Certificat d'indigence délivré par G. du Bourg aux l'Islois . La somme est réduite et ramenée à deux cent dix écus. La famille Sahuguède intervint longtemps dans l'histoire locale.
Époque contemporaine
L'Isle-Jourdain est chef-lieu de district de 1790 à 1795. Admise dans l'arrondissement de Lombès (actuellement Lombez) en 1801, elle intègre celui de Auch en 1926.
L'Isle-Jourdain absorbe en 1823 la commune de Casse-Martin et en 1824 celle d'Aragnès.
1814 - Un réformé aide le Maréchal Soult
Le Maréchal Soult, chassé d'Espagne, poursuivait sa retraite défensive vers Lannemezan via Tarbes pour emmener son armée à Toulouse afin de se réapprovisionner et se rééquiperJean-Baptiste Dumas, Campagnes avec le Maréchal Soult, Lavauzelle éditeur, Paris, 1907. Le général Foy, commandant l’arriéré garde, attirait l'ennemi vers les coteaux de l'Armagnac. Les bataillons d'infanterie portugaise souhaitant prendre l'armée française de vitesse afin d'occuper Toulouse et priver les Français de poudre et de ravitaillement poursuivaient leur route vers Auch, les unités françaises ne s'engageant pas dans ce département y sachant les routes tortueuses et mal carrossées passèrent par Tournay où ils arrivaient le où ils croisaient Ferdinand VII, roi d'Espagne regagnant son pays muni d'un sauf-conduit napoléonien. Dès la matinée, les combats reprenaient entre les éléments retardateurs français, soit un escadron renforcé du Chasseur et le Light Dragon.
Puis Soult faisant pivoter son dispositif les envoyaient vers Muret par Saint-Gaudens où les survivants du Chasseur se battant à 3 contre un réussissaient à se dégager et rejoignaient le gros des troupes. Le train des équipages anglais poursuivait sa route par Pavie, Auch et l'Isle-Jourdain, le corps de bataille coalisé scindé en 3 colonnes : une vers Muret, une vers Plaisance et la troisième en direction de Isle en Jourdain (sic) atteignaient leurs buts dans la matinée du . Après une courte halte, elles se présentaient devant Toulouse.
Le duc de Wellington était à la tête d'une armée composée d'Anglais, d'Espagnols et de Portugais dont les soldes étaient versées par le trésorier de campagne anglais. Le corps d'armée anglais lui-même composé d'Anglais, de Gallois, d'Irlandais et d’Écossais qui ne s'appréciaient pas beaucoupAlphonse de Beauchamp, Histoire de la campagne de 1814, tome 2, imprimeur Le Normand, Paris, 1815. Aux alentours du 24/, le trésorier de campagne anglais fit halte à l'Isle-Jourdain avec son escorte écossaise. Il abritait des fortes rafales de pluie sa lourde berline à 6 chevaux, où se trouvait le coffre contenant entre autres les soldes des armées, dans la grande remise (actuellement 14 avenue Général-de-Gaulle) en face de l'auberge du relais de poste, devenue plus tard l'épicerie Beyret puis le magasin d’Auguste Labadie (15 avenue Général-de-Gaulle). Les fonds destinés à payer les réquisitions suivaient les troupes de près, les armées coalisées souhaitant rétablir la royauté dans le calme en séduisant la population, payaient largement et immédiatement le fourrage, les vivres et les billets de logements.