Les allégations de génocide culturel des Ouïghours font référence à des témoignages et des faits qualifiés d'ethnocidaires et dénoncés par des exilés ouïghours, des ONG internationales ainsi que plusieurs États à l'encontre du gouvernement de la république populaire de Chine. Ce dernier y mène, depuis le début des années 2010, une politique répressive contre les Ouïghours, un peuple musulman et turcophone du Xinjiang, région autonome du Nord-Ouest de la Chine. Le gouvernement chinois affirme qu'il s'agit d'un « processus de rééducation » afin de garantir la sécurité dans le Xinjiang, après les émeutes de . Human Rights Watch ainsi que de nombreux médias et gouvernements dénoncent des violations systématiques des droits de l'homme et l'internement de plus d'un million d’Ouïghours dans des camps d'internement.

Le gouvernement fédéral des États-Unis, les parlements du Royaume-Uni, de la France, du Canada et une vingtaine d'autres pays adoptent des résolutions déclarant leur reconnaissance de la qualification de « génocide ». À l'inverse, une cinquantaine de pays et organisations internationales, dont la Ligue arabe, la Russie, le Nigeria, les Philippines, rejettent cette qualification et apportent leur soutien à la Chine.

Contexte historique vignette|Carte du Xinjiang (Sinjiang) ou East Turkestan au sein de la Chine en 1912 dans National Geographic.

vignette|Drapeau de la seconde république du Turkestan oriental.

La seconde république du Turkestan oriental est un État créé au sein de la république de Chine (1912-1949), pendant la guerre civile chinoise (1927-1950), le , sur une partie du Nord du Xinjiang, composé principalement de Ouïghours, Kazakhs et Mongols dzoungars. La république populaire de Chine annexe le Turkestan oriental en 1949 au cours de l'Intervention militaire chinoise au Xinjiang ; une guerre qui opposa, à la fin de la guerre civile chinoise, la république populaire de Chine à la république de Chine et le Turkestan orientalRémi Castets, du Turkestan oriental par la république populaire de Chinetude/etude110.pdf Opposition politique, nationalisme et islam chez les Ouïghours du Xinjiang.. La rébellion kazakhe perdurera jusqu'en 1954.. vignette|Région autonome du Xinjiang.|alt=Carte de la Chine (en jaune), des pays voisins (en gris) et du Xinjiang (en rouge, en haut et à gauche). Une étendue d'eau, à droite. Au début des années 1950, les dirigeants chinois conçoivent alors leur pays comme une nation pluriéthnique, dans laquelle les minorités nationales sont autorisées à préserver et entretenir leurs particularismes sous le contrôle de l'État.. Toutefois, dans le Xinjiang, région du Nord-Ouest de la Chine, le gouvernement chinois organise l'intégration à l'ensemble national et favorise l'implantation de colons Hans dont la proportion passe de 6,7 % de la population en 1949 à 39 % en 2010...

La mainmise du PCC (Parti communiste chinois) sur les institutions politiques du Xinjiang empêche le développement de l'autonomie régionale. Les disparités économiques entre les colons hans et la population majoritaire ouïghoure suscitent du mécontentement social. Dans les années 1980, bien que le contrôle du pouvoir central s'assouplisse, l'insatisfaction ouïghoure se concrétise par la formation d'une mouvance anticoloniale, principalement composée d'une branche nationaliste et d'une branche islamiste.. Au fil des années, tandis que des nationalistes ouïghours renoncent à l'usage de la violence et partent en exil, les islamistes, promoteurs d'une réislamisation du Xinjiang, adoptent le djihadisme, avec le soutien de l'organisation terroriste internationale Al-Qaïda et des talibans installés en Afghanistan et au Pakistan voisins. La « guerre contre la terreur » lancée par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 sonne aussi le début d’une politique chinoise censée lutter contre le djihadisme et le radicalisme musulman, mais qui va bien au-delà en s’attaquant à la culture ouïghoure et à ses habitants au Xinjiang..

Les troubles survenus en 2008 au Tibet, puis les émeutes au Xinjiang de et leurs suites suscitent des inquiétudes parmi les membres du . Pour certains dirigeants, la promotion du multiculturalisme menace l'unité nationale. À partir de 2014, sous la présidence de Xi Jinping, l'inflexion de la politique du vers l'assimilation culturelle et politique des groupes minoritaires s'affirme, notamment à travers le déploiement de moyens de surveillance de masse au Xinjiang, l'internement massif de citoyens ouïghours, la destruction de cimetières et de lieux de culte musulmans et l'interdiction de pratiques culturelles ou religieuses.. Le processus de sinisation concerne aussi d'autres groupes ethniques tels que les Hui. Dans la région autonome du Níngxià et les provinces du Henan, du Gansu et du Shaanxi, les autorités locales s'emploient à diminuer la présence de l'islam. La diversité linguistique, autrefois acceptée, est réduite ; l'arabe est exclu de l'espace public. Selon le journal américain The Washington Post, le Xinjiang serait un laboratoire dans lequel est mise au point la politique de normalisation socio-culturelle soutenue par Xi Jinping et le et destinée à être appliquée dans tout le pays, une analyse partagée par le sinologue français Jean-Philippe Béja.

Fin 2019, le quotidien américain The New York Times rend public le contenu d'archives gouvernementales officielles, transmises par un membre d'un courant du opposé à la ligne politique de Xi Jinping. Pour les médias, les informations tirées des documents publiés attestent d'une reprise en main idéologique répressive de la population musulmane turcophone du XinjiangTaiwan News Uighur detentions in China 'turbocharged' by technology, par Deutsche Welle le 9 décembre 2020. Les autorités chinoises rejettent l'analyse et justifient leurs initiatives locales par la nécessité de lutter contre le terrorisme et la radicalisation des indépendantistes ouïghoures...

Pour l'État chinois, le contrôle du Xinjiang constitue aussi un enjeu économique primordial. Croisement de routes commerciales entre les continents européen et asiatique, la région autonome est au cœur du projet de « nouvelle route de la soie » et son sous-sol contient des gisements de ressources naturelles : pétrole, charbon, gaz naturel, uranium, de nombreux minerais (cuivre, zinc, or, argent) et des terres rares..

Politique répressive chinoise contre la minorité ouïghoure Camps d'internement et de rééducation

En 2018, sur les d'habitants que compte le Xinjiang, il y aurait, selon plusieurs experts internationaux, l'ONU et des ONG défendant les droits de l'homme, près d'un million de Ouïghours internés dans des camps de rééducation.... Le gouvernement chinois n'a reconnu leur existence qu'en 2018 et affirme que ce ne sont que des centres d'enseignement et de formation professionnels... Il soutient que sa politique de rééducation. offre à chaque détenu une opportunité de sortir de la pauvreté et de se préserver de l'islam radical. Des centaines de milliers de prisonniers sont contraints de renier leurs convictions religieuses et de jurer fidélité au . D'anciens détenus, reconvertis en ouvriers au service d'entreprises locales, sont présentés comme des modèles de réinsertion sociale réussie, dans des reportages télévisés de propagande gouvernementale..

Le nombre d'un million de détenus, retenu par les médias et quelques gouvernements occidentaux, comme les États-Unis, a été estimé par Adrian Zenz, un anthropologue allemand. En 2018, l'évaluation de celui-ci est en fait une fourchette allant de cent mille à un million de prisonniers.. Chercheur en sinologie à l'IFRI, Marc Julienne juge crédibles, bien que spéculatives, les informations publiées par Zenz. S'appuyant sur l'imagerie satellite, des témoignages, des données et des documents officiels, Zenz propose, en 2020, le nombre de d'internés en 2018 et , l'année suivante..

Travail forcé

Entre 2017 et 2019, selon l'Institut australien de stratégie politique (ASPI), organisme dépendant du ministère australien de la Défense, plus de ont été réquisitionnés par l'État chinois pour travailler dans des usines de production appartenant à pas moins de internationales. La liste de celles-ci, établie par l'ASPI, mentionne des multinationales de l'industrie automobile (BMW, Volkswagen), du textile (Gap, Adidas, Nike, Uniqlo, H&M, The North Face), des fabricants de produits électroniques (Apple, Samsung, Sony, Microsoft) et des grands groupes chinois comme Huawei, Haier et Oppo.. Le gouvernement chinois admet officiellement que, dans le but de combattre la pauvreté, il déplace, du Xinjiang vers d'autres régions, de la main d'œuvre jugée « excédentaire ».

Durant l'été 2020, une association de près de deux cents ONG, représentant trente-six pays, a rendu public un rapport décrivant le travail forcé effectué par des Ouïghours, dans le cadre de l'exploitation des ressources agricoles du Xinjiang, notamment le coton. Elle souligne l'implication indirecte d'entreprises occidentales du secteur de l'habillement dans la mobilisation forcée de travailleurs ouïghours, kazakhs ou d'autres minorités musulmanes...

Depuis , des journalistes d'enquête, appartenant à des médias européensCourrier International : Enquête. La Chine utilise la main-d’œuvre ouïgoure pour produire des masques, le 21/07/2020 ou à l'OCCRP, ont partiellement confirmé les résultats d'enquêtes publiés par l'ASPI. Ils ont établi que plusieurs modèles de masques de protection ont été confectionnés par des Ouïghours, mobilisés de force dans des usines de production situées entre autres à Wuhan (notamment Hubei Haixin), c'est-à-dire à trois mille kilomètres du Xinjiang. De leur côté, les entreprises occidentales qui importent une partie de la production chinoise de masques ignorent les accusations portées à l'encontre de leurs partenaires commerciaux. Ils se retranchent derrière le fait que les preuves d'abus sont difficiles à réunir et les témoignages directs très rares. Alan Hope, Masks produced by slave labour in China on sale in Belgium, The Brussels Times, . Mustafa Bag, Rapor: Zorla çalıştırılan Uygurların ürettiği maskeler Avrupa'da satılıyor , Euronews, ..

En , Adrian Zenz publie une étude explicitant qu'il existe deux types de travail forcé. Le premier fait référence aux Ouïgours qui sortent des camps d'internement et doivent travailler dans des usines proches des camps mais qui peuvent aussi être envoyés cueillir le coton dans les fermes d’État de la région. Le deuxième type de travail forcé concerne les Ouïgours, sans emploi fixe, qui sont « formés » et « transférés » vers des usines chinoises. Adrian Zenz conteste les explications des autorités chinoises indiquant qu'il s'agit de lutter contre « l’extrême pauvreté » dans la région. Mais l'objectif est, selon lui, de réduire la population ouïgoure dans sa région d'origine et de supprimer les structures familiales et territoriales, vecteurs de la cohésion de cette ethnieUrsula Gauthier Un rapport chinois confirme la volonté de détruire les structures sociales ouïgoures, L'Obs, ..

Médiatisation du travail forcé

En 2020, la première vague de mobilisation en soutien à la communauté musulmane des Ouïghours voit le jour sur les réseaux sociaux Instagram, Twitter et Facebook. Raphaël Glucksmann, un essayiste, homme politique et documentariste français, dénonce les grandes marques qui tirent profit de l’exploitation ouïghoure avec la . Par la suite, il publiera « la liste de la honte », qui recense toutes les marques impliquées, dans le but de susciter une prise de conscience collective.