thumb|right|Cultures d'Ipotești-Cândești et de Penkovka, auxquelles on identifie les Antes, vers 650.

Les Antes (en latin : Antae ; en grec : Áνται) étaient un ensemble de populations qui vécurent aux et dans une vaste région englobant les bassins hydrographiques du bas-Danube, du Dniestr, du Boug méridional, du Dniepr et du Don, dans des territoires formant de nos jours la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine et la Russie centrale et méridionaleThe Cambridge Medieval History Series volumes 1-5. Plantagenet Publishing.. On associe, généralement, ces populations à la dont plus de soixante sites ont été identifiés au sud-est de l’Ukraine, notamment aux environs de Tcherkassy, Krementchouk et entre Dnipropetrovsk et ZaporijiaBartlomiej Szmoniewski, « The Antes: Eastern "Brothers" of the Sclavenes ? », , in : Florin Curta (dir.). Neglected Barbarians, Brepols, 2010, - ..

On trouve les Antes mentionnés pour la première fois dans l’histoire en 518. Entre 533 et 545, ils envahirent le diocèse de Thrace, avant de devenir des alliés (foederati) de l’Empire romain d'Orient et de se voir confier un fort du nom de « Turris » (latin pour « tour ») à un endroit stratégique au nord du Danube, afin de protéger les territoires byzantins contre les invasions barbares. À titre d’alliés, les Antes participèrent à diverses campagnes byzantines de 545 à 580. Au début du les Avars de Pannonie attaquèrent et vainquirent les Antes qui disparaissent alors des sources pour laisser place aux Slaves.

L’identité des Antes est discutée : ensemble unitaire ou confédération alano-sarmate, roxolane et slave formée au face aux Goths cités par JordanèsBartlomiej Szmoniewski, Op. cit., - . ? Dans une perspective protochroniste, les Antes auraient bien été une confédération, mais exclusivement slave, composée des tribus croates, drevliennes, dulèbes, oulitches, polanes, séverianes et tivertses, ayant formé un État unitaire au François Dvornik, Les Slaves : histoire, civilisation de l'Antiquité aux débuts de l'Époque contemporaine, Seuil, Paris 1970, 1196 p. ..

Historiographie

Les Antes dans les sources

Nous ne disposons malheureusement d’aucune source slave contemporaine des Antes. Les premières ont été écrites quelque cinq cents ans après les faits : la « Chronique » de Cosmas de Prague (écrite vers 1120), le Gallus Anonymus (écrit en Pologne vers 1115) et la Chronique des Temps passés (écrite à Kiev vers 1111). Force est donc de se rapporter pour les sources à des auteurs byzantinsHeather (2009) .

Le premier à mentionner les Antes fut Jordanès, fonctionnaire devenu écrivain qui vécut au et qui se proclame d’ascendance goth ou alane. Selon lui, les Antes étaient les descendants des anciens Venethi qu’il mentionne à côté des Sklavènes et des Antes. Ils vivaient entre le Dniestr et le Dniepr à proximité des Sklavènes dont le territoire s’étendait « de la ville de Noviodunum et du lac Mursianus au Danastr, et au nord aussi loin que la Vistule »Jordanès, Gestica 35, 30 et 119. Procope de Césarée (vers 500 – après 565) qui accompagna le général Bélisaire lors des guerres de Justinien (r. 525 – 567) mentionne tout comme Jordanès qu’Antes et Sklavènes étaient voisins et avance, contrairement au premier, que dans les temps anciens ils s’appelaient Sporoi (Σπόροι)Procope de Césarée, « Les Guerres » : 5.27.2; 7.14; 7.22; 7.40; 8.4.8. et « Histoire secrète » : 11.11; 18.20; 2.3.6.Selon Curta, le terme Sporoi qui n’apparait qu’une seule fois dans cette source pourrait provenir du nom de la tribu « Spali » (Curta , note 36). Contrairement aussi à Jordanès il fait vivre les Antes immédiatement au-delà de la rive nord du Danube, c’est-à-dire en ValachieProcope de Césarée, « Les Guerres V » : 27.1-2. Toutefois, ce manque apparent de concordance pourrait simplement signifier que les Antes, loin d’être une entité regroupée sur un territoire restreint, étaient répandus dans une vaste région qui s’étendait sur une bonne partie de la Scythie sarmateCurta (1999) Il est à noter que Jordanès mentionne que la Scythie allait aussi loin que le « Tyras » et le « Danaster » (en fait deux noms pour le même fleuve, le Dniestr); Procope pour sa part croyait que les montagnes du Caucase s’étendaient jusqu’à l’Illyrique (Curta )..

Agathias le Scholastique (vers 530 - entre 582 et 594), historien de la fin du règne de Justinien qui continue Procope, sans écrire sur les Antes en tant que tels, mentionne un officier militaire du nom de Dabragezas d’origine ante qui commandait les troupes romaines sur le front de Crimée en 555Agathias, Histoire : 3.6.9.; 3.7.2.; 3.21.6.

Enfin, Théophylacte Simocatta, historien byzantin du début du , affirme qu’en 602 les troupes avares sous le commandement d’Apsich en vinrent aux prises avec les Antes mais sans préciser l’issue des combats.

Fiabilité des sources

Procope de Césarée et Jordanès sont ainsi en désaccord à la fois sur les ancêtres des Antes et le lieu où ils habitaient.

L’exactitude de la Getica de Jordanès en tant que source ethnographique soulève des doutes. Walter Goffart, entre autres, soutient que la Getica constitue une histoire purement mythique des Goths et d’autres peuples. Selon lui, le but de Jordanès, spécialement en ce qui a trait à l’origine scandinave des Goths aurait été de démontrer qu’il n’y avait pas de place pour ceux-ci dans l’Empire romainGoffart (2006) Selon Goffart, l’énumération par Jordanès des autres tribus barbares qui peuplaient la Scythie et les abords de la Dacie n’aurait eu d’autre but que de montrer que la région était surpeuplée et que dès lors il n’y avait de place pour les Goths que dans les terres désertes du nord. Toute son œuvre serait destinée à célébrer la destruction du royaume des Goths par les Byzantins.. Florin Curta ajoute que Jordanès n’avait pas de connaissance véritable de ce qu’était la « Scythie » en dépit du fait qu’il prétendait être de descendance goth et qu’il était né en Thrace. Il aurait simplement emprunté son matériel à des historiens qui le précédaient et aurait relié sans preuve les Sklavènes et les Antes aux anciens Venethi qui, de toute façon, avaient déjà disparu à l’époque. Cet anachronisme serait dû à une technique « modernisatrice » en fonction de laquelle Jordanès aurait rapporté des évènements anciens se produisant dans les Balkans telle la guerre entre l’Ostrogoth Vithimiris et les Alains comme s’il s’agissait de la guerre entre Vinitharius et les Antes contemporainsCurta (1999) . Quoi qu’il en soit, les Antes ne sont mentionnés dans aucune source au et les « Ostrogoths » ne devinrent un peuple qu’au Heater (1998) Kulikowski (2006) .

La recherche sur les Antes

Depuis le début du les Antes ont fait l’objet de nombreuses théories sur leurs origines de la part d’historiens, de linguistes, d’archéologues et d’ethnologues, recherches aboutissant à des thèses variées, visant quelquefois l’appropriation ethnographique des Antes par les chercheurs de différentes nationalités allemande et est-européennesVoir Heather (2009) ; des origines iraniennes, gothiques et slaves ont été avancées ou encore un amalgame d’entre ellesMagocsi (2010) .

Le premier chercheur important fut sans doute Adam Naruszcewicz (1733 – 1796) qui dans son livre « Histoire de la nation polonaise » écrit à la demande du roi Stanisclave-Auguste, donne les Antes comme les ancêtres de toutes les nations slaves avec les Sklavènes et les Venethi mentionnés par JordanèsSzmoniewski (2010) .

Philologue allemand, Johann Casper Zeuss (1806 – 1856) croit que les Sklavènes étaient des Slaves occidentaux et les Antes un mélange de Slaves méridionaux et orientaux Szmoniewski (2010) .

Selon son contemporain Pavel Josef Šafárik (1795 -1861) les Byzantins auraient donné le nom d’Antes à des tribus germaniques d’Europe de l’Est. Le fait qu’ils aient disparu des sources serait simplement dû à leur migration vers d’autres contrées.

Dans la deuxième partie du , l’intérêt pour les Antes se concentre surtout en Russie où des spécialistes non seulement les mentionnent parmi les Slaves orientaux, mais en font les ancêtres des tribus mentionnées dans la Chronique des temps passés, la plus ancienne chronique slave orientale qui nous soit parvenue.

L’idée que les Antes seraient d’origine caucasienne vient de l’ethnographe danois Axel Olrik (1814 – 1899) qui souligne les similarités entre certains personnages de contes folkloriques et l’histoire de Boz, roi des Antes, crucifié avec ses nobles par le roi des Goths. Bien qu’il soit démontré maintenant que ce sont les contes en question qui furent inspirés par Jordanès, l’ethnographe et anthropologue slovène Nico Županić (1876-1961) conclut que les Antes furent un mélange de Slaves indo-européens, de gens du Caucase et, naturellement, de tribus serbes, croates et tchèques. George Vernadsky (1887 – 1973), historien d’origine russe, adoptant et adaptant les thèses de Županić, propose que les Antes fussent en fait des Alains (correspondant aux Ossètes de nos jours), thèse qui fut reprise par F. Dvornik, ecclésiastique et historien tchécoslovaque (1893-1975), dans The Making of Central Europe (1949) et The Slavs, their Early History and Civilization (1956)Szmoniewski (2010) .

En Russie, l’historien ukrainien Mykhailo Hrushvs’kyi (1866-1934) s’opposa à la thèse d’une origine asiatique en insistant sur l’importance dans la culture des Antes des assemblées populaires comme source du pouvoir. Pour lui, les Antes étaient les ancêtres de la branche méridionale des Slaves orientaux et, par conséquent, les ancêtres des Ukrainiens modernesSzmoniewski (2010) .

Une place importante dans la recherche sur les Antes doit être faite aux études du linguiste et philologue Nicolai Marr (1865 – 1934) dont les recherches sur les mutations linguistiques s’apparentaient aux théories de Marx sur les mutations des moyens de production. Il devait influencer les travaux de plusieurs chercheurs soviétiques comme Rybakov, Artamonov et Trit’iakov.

Boris A. Rybakov, historien et archéologue russe (1908-2001), vit dans les Antes les premiers Rus’ kiéviens. Petr Trit’iakov (1909 – 1976) vit également dans les Antes les ancêtres des Rus’, leur nom originel ayant simplement été remplacé par celui de « Rus’ » (Ros). Enfin, pour Aleksandr Hdal’tov, les Antes étaient un conglomérat d'Alano-Sarmates, Roxolans, Slaves et Sporoi coalisés au contre les Goths mentionnés par JordanèsSzmoniewski (2010) .

Les recherches archéologiques des années 1950 confortèrent l’idée de l’appartenance des Antes au groupe slave tout en faisant naitre de nouvelles divergences avec la découverte de sites archéologiques comme celui de Pen’kivka (région de Kirovohrad en Ukraine) ainsi que de trésors d’argent et de bronze enfouis et connus sous le nom d’ « antiquités antiennes » attribués par divers spécialistes à différentes culturesSzmoniewski (2010) .

Un autre archéologue soviétique, Valentin V. Sedov (1924 – 2004), sur la base de ces fouilles, en vint à la conclusion que les Antes étaient des Slaves auxquels se seraient mêlés des éléments iraniens comme en témoigne le nom même d’AntesSedov (2012) . Sedov fit une distinction entre les Antes localisés sur le Danube et les Antes du Moyen Dniestr et du Moyen Dniepr, ces derniers étant ceux qui firent alliance avec ByzanceSzmoniewski (2010) .

De nos jours, Florin Curta (né en 1965) historien et archéologue roumano-américain, soutient que contrairement à ce qu’affirme Jordanès sur le lien entre Antes et Veneti, les premiers seraient originaires de là où on les situait à l’origine : les bords sud-est du bassin des CarpatesHeather (2009) .

Histoire

au En raison du peu de sources primaires dont nous disposons d’une part, du nombre de théories sur l’origine et l’arrivée des Antes dans l’Empire byzantin d’autre part, il est malaisé de tracer de façon certaine l’histoire des Antes avant les et .