Roland Epstein ou Roland Israël Epsztein, né le à Szczuczyn en Pologne et mort le à Saint-Cloud, est un résistant juif français d'origine polonaise dont le nom d'emprunt dans la Résistance fut Roland Estienne. Il œuvre au sein du MJS en faisant passer des enfants juifs en Suisse, notamment avec Mila Racine, avant d'être arrêté avec celle-ci puis déporté. Après guerre, il soutient une thèse de doctorat en chimie et entre au CNRS en tant que chercheur.
Biographie Famille, enfance, adolescence Pologne Szczuczyn, est au début du une petite ville de Pologne située quasiment aux confins de la Lituanie et de la Russie.
En 1920, SzalomSource : État civil français. Mendel Epstein, natif de ce shtetl polonais, est alors "représentant en tissus". Il épouse cette année-là Leja GwintSource : Michaël Iancu, Vichy et les juifs : L’exemple de l’Hérault 1940-1944, page 354, éditions Presses universitaires de la Méditerranée, 2007, , hal-03170849., originaire de Vilno mais établie professionnellement dans la bourgade depuis 1917.
Leur premier né, Israël "Rolke" y voit le jour le « Roland Epstein », sur le site ajpn.org., puis une fille vient au monde en , elle est prénommée Sulamita.
Szalom a un frère aîné, Meyer "Myron" qui a émigré en 1912 à Paris. Après des études de droit ce dernier exerce comme avocat avant de se marier puis de choisir de travailler avec son beau-père dont l'entreprise est florissante. En 1926, Meyer qui a francisé son prénom en Maurice confie la nouvelle succursale de Varsovie à son frère.
Paris En 1929 toute la famille quitte Varsovie pour venir s'installer à Paris, Maurice Epsztein ayant proposé à son frère une place de représentant dans sa société. Les nouveaux arrivants finissent rapidement par se loger en appartement à Champigny-sur-Marne. Szalom et Leja francisent alors leurs prénoms, ceux-ci devenant respectivement Max et LisaSource : famille Epsztein.. De son côté, cette dernière s'affaire aussi au domicile en tant que couseuse de cols sur des manteaux de fourrure.
À sept ans, "Rolke" qui n'a jusqu'alors pas été scolarisé est inscrit à l'école communale de Champigny. Sur les recommandations de Maurice, Max et Lisa ont adapté son prénom en Roland et celui de Sulamita en Simone. Le garçon apprend le français en trois mois et le parle couramment. Ayant sauté deux classes, Roland passe et obtient son certificat d'études à l'âge de onze ans, ceci alors que la famille a entre-temps déménagé aux Lilas.
Lisa Epsztein estime que son fils est encore trop jeune pour se rendre seul dans quelque lycée parisien, ce qui conduit Roland à passer deux années en cours complémentaires. Il a appris à lire l'hébreu pendant sa préparation à la bar-mitzvah, mais la cérémonie n'a pas lieu. À l'issue d'un examen d'entrée, Roland est admis immédiatement en quatrième au lycée Voltaire, puis il passe l'année suivante directement en seconde. Parlant le yiddish, cela l'aide passablement à acquérir ses premières notions d'allemand scolaire. En 1937, la famille déménage et s'établit dans le arrondissement. Après avoir obtenu la première partie du baccalauréat en , Roland part avec ses parents et sa sœur en vacances au bord de la Manche dans la Somme.
Seconde Guerre mondiale Déclaration de guerre Le la France déclare la guerre à l'Allemagne à la suite de l'invasion de la Pologne le 1er. La famille Epsztein se résout fin septembre à regagner Paris, d'autant que Roland, citoyen polonais âgé de dix-sept ans révolus doit se faire recenser militairement et il estime qu'il est de son devoir de s'y soumettre. Une fois passé devant le conseil de révision il est reconnu "apte pour le service".
Il poursuit sa scolarité en "maths élem" au lycée Voltaire malgré les aléas dus à la guerre qui ne permettent aux classes de fonctionner que par demi-journées : dans la sienne il n'a cours que le matin.
Invasion de la France et armistice À partir du , les Allemands lancent leur offensive sur la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la France.
Il est très vite entendu que mère et fille quittent la capitale. L'exode ne battant pas son plein, Lisa et Simone parviennent par voie ferroviaire à gagner Vichy et s'y logent à l'hôtel. Max Epsztein, à cause de ses responsabilités professionnelles et Roland qui envisage toujours de passer les examens du baccalauréat, décident de rester à Paris.
Le , l'ennemi se rapprochant inexorablement de la Ville-Lumière, Maurice Epsztein qui possède une Traction Avant décide de prendre la direction de La Baule où il doit rejoindre sa femme Anna. Il a projeté un "détour" via Bourges afin d'y déposer son frère et son neveu qui doivent gagner Vichy. Le véhicule de Maurice est conduit par son chauffeur, lui-même accompagné de son épouse et de leur nourrisson. Le petit groupe franchit la Loire à Sully puis, étant parvenus jusqu'à la capitale berrichonne, Max et Roland terminent leur parcours en train jusqu'à la ville d'eaux où ils retrouvent Lisa et Simone.
Roland Epsztein se présente aux épreuves du baccalauréat à Cusset, il est reçu à celle de mathématiques élémentaires mais échoue en philosophie. Le , le gouvernement s'installe à Vichy, le 10 est instauré l'État français. Rapidement, les étrangers y sont déclarés indésirables, entre autres à cause des priorités de logements données aux fonctionnaires.
Montpellier À la fin du mois d', la famille Epsztein quitte Vichy pour Montpellier. Roland s'inscrit à la Faculté des sciences en chimie générale et en chimie appliquée.
Son oncle Maurice, sa femme et ses enfants viennent aussi s'établir à Montpellier, ceci après avoir passé la ligne de démarcation à la suite de l'édiction le du premier statut des Juifs.
Roland Epsztein fait la connaissance d'Otto Giniewski qui poursuit alors ses études universitaires en physique et chimie à la faculté montpelliéraine. Il intègre un groupe sioniste clandestin nommé "gdoud" de MontpellierEytan Guinat/Otto Giniewski & Paul Giniewski, Un Juif simplement bleu-blanc 1920-2010, éditions du Tricorne, 2014, recension de Jean-Pierre Allali. , créé par Otto avec l'appui du rabbin SchilliEytan Guinat/Otto Giniewski. Oral history interview, de 00:42:11:00 à 00:45:18:00, United States Holocaust Memorial Museum, 2005.. Le , à la suite d'un appel émis par Radio Londres concernant la zone libreDanielle Tartakowsky. Les manifestations de rue en France, Éditions de la Sorbonne, 1997. Chapitre 17 : - De nouvelles règles / - Des commémorations. il participe à une manifestation silencieuse regroupant entre autres de nombreux étudiants autour de l'arc de triomphe de Montpellier. À cette époque, sa sœur Simone occupe un emploi de secrétaire à l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) à Montpellier.
À la rentrée 1941, Roland s'inscrit à trois certificats de licence en mathématiques générales, chimie biologique et chimie physique. L'oncle Maurice contribue financièrement aux besoins de la famille de son frère dont les économies se sont amenuisées.
En , Simone Epsztein intègre de fait l’Union générale des israélites de France (UGIF)Le 29 novembre 1941 est promulguée la loi portant sur la dissolution des associations juives et sur le transfert de leurs biens à l'Union générale des Israélites de France placée sous le contrôle du Commissariat général aux questions juives. L'OSE est incorporée autoritairement au sein de l’UGIF le 7 mars 1942 au titre de Direction « Santé ». Voir, Une survie périlleuse sous couvert de l’UGIF, Michel Laffitte, dans Revue d’Histoire de la Shoah, février 2006 (N° 185), pages 65 à 86. où elle poursuit son travail de secrétariat à cette Direction « Santé » de l'UGIF.
Roland Epsztein passe ses examens au cours du mois de juin et est reçu à ses trois certificats. Durant l'été, il passe avec sa sœur Simone des vacances à Luchon où ils font la connaissance de Mila Racine.
En cette année 1942, le numerus clausus est atteint ; la loi du a étendu aux étudiants juifs le numerus clausus de 3 % imposé aux enseignants universitaires en vertu du deuxième statut des Juifs du . Le directeur de l'Institut de Chimie finit par entendre la cause de Roland et celle de deux de ses amis. Mais la rentrée universitaire n'a pas lieu, le débarquement allié en Afrique du Nord du entraine l'invasion de la zone libre par les armées allemande et italienne le 11.
Roland Epsztein ne pense plus qu'à rejoindre l'Angleterre afin de participer à la lutte contre l'occupant. L'Espagne est alors l'une des seules voies pour rejoindre la Grande-Bretagne.. Il se rend à Perpignan où il tente le franchissement des Pyrénées avec un groupe conduit par un passeur. Ce dernier s'avère incapable de mener sa mission à son terme ; harassés et désorientés, tous finissent par rebrousser chemin. Roland regagne Montpellier.
Cantal Les bureaux de la Direction « Santé » de l’UGIF, sont transférés en à Vic-sur-CèreUne survie périlleuse sous couvert de l’UGIF, Michel Laffitte, dans Revue d’Histoire de la Shoah, février 2006 (N° 185), pages 65 à 86.. Simone Epsztein et sa famille y déménagent. De son côté, Maurice Epsztein accompagné des siens opte pour Aix-les-Bains qui est en zone d'occupation italienne.
En la Direction « Santé » de l'UGIF se replie à Chambéry. Les Epsztein quittent alors Vic-sur-Cère et gagnent la préfecture savoyarde par le train.
Savoie Ils se logent à leur arrivée dans un petit hôtel de la ville.
Leurs papiers d'identité et cartes d'alimentationVoir sur Gallica : Loi n° 1077 du 11 décembre 1942 relative à l'apposition de la mention « Juif » sur les titres d'identité délivrés aux Israélites français et étrangers, publiée dans le Journal Officiel de l'État Français du 12 décembre 1942. ont été frappés de la mention « Juif » en .
Le Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS) En , le Mouvement de jeunesse sioniste (MJS) est créé à Montpellier par Joseph Fisher, Simon Levitte et Otto GiniewskiMJS sur le site ajpn.org, d'après Frida Wattenberg. (frère aîné de Paul Giniewski). Simon Levitte organise à Moissac la formation de cadres devant assurer la protection et le planquage des Juifs. Il crée aussi un service de faux-papiers à Grenoble, dont il confie la direction à Otto dit "Toto" GiniewskiSimon Lévitte, sur le site ajpn.org..
Roland Epstein, Tony Gryn, Maurice Maidenberg, Sacha Racine future épouse de ce dernier, sa sœur Mila et son frère Emmanuel œuvrent au sein du MJS en collaborant entre autres avec Rolande Birgy de la JOCRolande Birgy, sur le site ajpn.org.« Mila Racine (1919-1945) », sur le site yiddishpourtous.org, lien à jour le . et Georges Loinger du réseau Garel (OSE)Anciens de la Résistance Juive de France sur le site L’association des Amis de la Fondation de la Résistance – Mémoire et Espoirs de la Résistance..
Arrestation et déportation Le , avec Mila Racine, Roland Epstein essaie de faire passer des Juifs de France en Suisse. Le groupe inclut venant de Nice Paul R. Bartropet& Samantha J. Lakin, Heroines of Vichy France : Rescuing French Jews during the Holocaust, 2019, (présentation en ligne).., un couple de personnes âgées, une mère avec son bébé et un couple avec un tout jeune enfant.
Le groupe est découvert, à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) par les chiens policiers, d'une patrouille allemande « Mila Racine's Last Letter » extraite de l'exposition « Last Letters From The Holocaust : 1944. July 1944 ». Ravensbrück, sur le site yadvashem.org (présentation en ligne).. Il y a des tirs d'arme. Une femme est tuée, une autre blessée.
Ils sont arrêtés et conduits à la prison de la Gestapo à l'hôtel Pax de Annemasse.
Le Maire d’Annemasse, Jean Deffaugt, obtient la libération des enfants, placés sous sa responsabilité personnelle dans un home d’enfants de la région.
Mila Racine et Roland Epstein sont transférés au Fort Montluc à Lyon.