Nicole Boudreau est une communicatrice, militante et femme politique québécoise, née en à Noranda.
Elle est surtout connue pour son engagement en faveur de la protection du français et de l'indépendance du Québec. En 1986, elle fait l'histoire en devenant la première femme présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Puis, dès le début de 1995 et durant la campagne référendaire, elle assume les fonctions de porte-parole des Partenaires pour la souveraineté, une coalition d'organisations de la société civile vouée à promouvoir la souveraineté du Québec selon son propre plan d'action, indépendamment des partis politiques.
Jeunesse, formation et débuts professionnels Nicole Boudreau naît le dans une famille de la classe ouvrière de Noranda, en Abitibi. Son père est acadien (les Boudreau viennent de Petit-Rocher, près de Bathurst)Gérald LeBlanc, « Le départ de Nicole Boudreau », La Presse, 1er février 1989, p. B3.. vignette|258x258px|Vue générale de la ville de Noranda (Québec) en 1937 avec, en arrière-plan, la mine Noranda.|gaucheLes parents de Nicole Boudreau ont des revenus modestes, mais aussi, selon la principale intéressée, « une grande richesse à cause de la vie familiale très développée et d'une volonté profonde d'avoir des enfants éduqués socialement et dans la vie »« Ex-présidente de la SSJB, Nicole Boudreau est une femme opiniâtre, passionnée et sensible », Le Soleil, 9 avril 1989, p. C10..
C'est en Abitibi qu'elle fait la rencontre du cinéaste François Beauchemin, qui agit alors comme directeur photo du film Bulldozer, réalisé par Pierre Harel. À l'âge de 22 ans, elle quitte son Abitibi natale pour Montréal, où elle épouse François Beauchemin et poursuit ses études en animation et en radioJean-Pierre Bonhomme, « La personnalité de la semaine », La Presse, 1er juillet 1990, p. B3.« Ex-présidente de la SSJB, Nicole Boudreau est une femme opiniâtre, passionnée et sensible », Le Soleil, 9 avril 1989, p. C10..
Désormais installée à Montréal, Nicole Boudreau fait ses débuts dans le monde des médias. Elle succède notamment à Camille Leduc à la barre de l'émission Les événements sociaux, présentée sur les ondes de CKAC, et occupe le poste de directrice des communications à la Conférence des communautés ethniques de langue française. Comme elle se montre douée pour les communications publiques, elle travaille comme animatrice de radio pendant quelques annéesBrigitte Gauvreau, « Nicole Boudreau à la SSJBM. Une présidente d'animation », La Presse, 20 mars 1986, p. F7..
La femme engagée Très tôt, Nicole Boudreau s'engage dans une vaste gamme de causes à caractère social ou politique, à commencer par la libération des prisonniers politiques et la défense des droits des femmes au début des années 1970. À la suite de l'élection du Parti Québécois (PQ), en 1976, elle milite également pour la protection de la langue française et pour l'indépendance du QuébecJean Robitaille, «L'âme du réveil nationaliste », Vie ouvrière (septembre-octobre 1989), p. 7-10. .
Au cours des décennies suivantes, Nicole Boudreau ajoute à son action l'intégration des immigrants, la lutte à la pauvreté et la protection de l'environnement.
La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Souverainiste de la première heure, Nicole Boudreau milite au PQ jusqu'au référendum sur la souveraineté-association de 1980. À la suite de l'échec référendaire, elle quitte les rangs du PQ pour se joindre plutôt à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM). Elle explique avoir fait la transition en raison non pas du résultat décevant du référendum, mais bien à cause de « l'attitude défaitiste des militants péquistes » au lendemain du vote :« Au lieu de l'envisager comme une catastrophe, les militants de la SSJB semblaient quand même heureux que 40 p. cent des répondants aient voté oui; ils se disaient qu'il restait un gros travail de sensibilisation à accomplir auprès des 60 p. cent de citoyens qui avaient coché la case du non. Cela correspondait davantage à mon état d'âme personnel » Membre de l'organisation depuis 1980, Nicole Boudreau devient présidente de la SSJBM en 1986. Elle est la première femme à occuper ce poste, qu'elle conserve jusqu'en 1989André Pratte, « Le visage politique du Québec va changer grâce aux femmes », La Presse, 8 mars 1988, p. A2.. Consciente de prendre le pouvoir à un moment difficile à la fois pour le nationalisme québécois et pour la SSJBM, qui a une réputation plutôt conservatrice, Nicole Boudreau s'exprime en des termes encourageants le soir de sa victoire : « C'est une victoire pour les femmes, mais aussi une victoire pour la SSJB. Cette nomination aidera sûrement à démystifier l'image de société réactionnaire que bien des gens ont de la SSJB ». Du même souffle, Nicole Boudreau promet dès le premier jour d'être une « présidente d'animation, pas une présidente de prestige ».
Comme présidente de la SSJBM, Nicole Boudreau a des priorités claires: elle veut avant tout s'atteler à la défense de la Loi 101, à la réunification des forces indépendantistes au-delà des allégeances partisanes et à l'enseignement de l'histoire dans les écoles« La SSJB s'est beaucoup nui, dans le passé, en épousant la cause du PQ. Cette époque est révolue. La Société croit toujours dans l'indépendance du Québec comme moyen d'arriver à l'épanouissement collectif, mais elle s'est libérée de toutes tendances partisanes ». Nicole Boudreau est citée dans Brigitte Gauvreau, « Nicole Boudreau à la SSJBM. Une présidente d'animation », La Presse, 20 mars 1986, p. F7. .
La défense de la langue française La défense de la langue française est une préoccupation constante pour Nicole Boudreau, tant à titre de présidente de la SSJBM qu'à titre de citoyenne de la société civile. Son engagement pour la protection de la langue est indissociable de son action pour la justice sociale et pour l'indépendance du Québec.
La Marche pour le français du 17 avril 1988 Au mois de , Nicole Boudreau organise un premier rassemblement en soutien au renforcement des lois linguistiques du Québec au Centre sportif Paul-Sauvé, à Montréal« Society threatens court action over Bill 101 non-enforcement », Montreal Gazette, 15 mai 1986, p. A6.. Ce rassemblement, qui attire quelque 4 000 personnes, anticipe la formidable mobilisation du printemps 1988.
Le , la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et le Mouvement national des Québécois (MNQ) lancent un appel à la mobilisation de tous les Québécois et Québécoises « pour le droit de vivre en français au Québec »Lia Lévesque, « Lancement d'une campagne dans le but de restaurer la Loi 101 », La Tribune, 8 mars 1988, p. C10. . Du même coup, Nicole Boudreau annonce la tenue d'une tournée nationale d'information sur l'état de la Loi 101 entre le et le . Au cours de cette offensive, qui vise avant tout les jeunes, les représentants de la SSJBM et du MNQ informent la population de l'ensemble des régions du Québec des divers aspects de la question linguistique et recueillent des mémoires et des témoignages afin d'élaborer un consensus national sur l'action à privilégier dans le futurGeorges Lamon, « La SSJBM et le MNQ appellent à la mobilisation en faveur de la loi 101 », La Presse, 8 mars 1988, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2259139?docsearchtext=%22nicole%20boudreau%22. .
Tout au long de la campagne, les représentants des deux organisations font circuler une pétition appuyant le droit de vivre en français. Chaque signataire est prié de verser 1,01 $ au Fonds pour un Québec français. La pétition, qui doit recevoir , est ultérieurement présentée au premier ministre Robert Bourassa« Loi 101: la SSJB et le Mouvement national des Québécois entreprennent une campagne », Le Soleil, 8 mars 1988, p. C14. .
« En lançant cette pétition payante », explique Nicole Boudreau en conférence de presse, « nous désirons soulever le paradoxe d'un peuple de parlants français, majoritaire sur son territoire et qui doit se cotiser [...] pour assurer la défense de ses droits fondamentaux ». Au passage, la présidente de la SSJBM rappelle que l'organisme Alliance Québec a déjà reçu 1 million de dollars du gouvernement fédéral pour la « défense de ses droits »Georges Lamon, « La SSJBM et le MNQ appellent à la mobilisation en faveur de la loi 101 », La Presse, 8 mars 1988, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2259139?docsearchtext=%22nicole%20boudreau%22 ; Stéphane Lavallée, « La dégradation du français se répercutera en Estrie », La Tribune, 13 avril 1988, p. A3. .
Au terme de la tournée nationale, la SSJBM et le MNQ organisent une grande marche « pacifique et joyeuse » à Montréal. Les organisateurs prévoient la participation de quelque à la marche du ; l'événement attire plus de . « Ce dimanche-là, à 1 heure 01 minute [...] près de défilèrent dans les rues de Montréal, à l'appel de la SSJB et du Mouvement national des Québécois. Une foule immense mobilisée pour le "droit de vivre en français" », résume la SSJBM« Nicole Boudreau », Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal https://ssjb.com/nicole-boudreau/ . La marche du est largement considérée comme l'événement-phare de la présidence de Nicole Boudreau. vignette|Gilles Vigneault participe à la marche du 17 avril 1988. Les participants à la marche du sont issus de différents secteurs d'activité. Plusieurs sont des membres du PQ ou du NPD-Québec. D'autres viennent plutôt du milieu syndical. D'autres, enfin, sont des étudiants universitaires, des cégépiens ou des élèves du secondaire. La marche attire son lot d'hommes et de femmes bien connus du public, tels que les politiciens Jacques Parizeau et Camille Laurin, les chanteurs Gilles Vigneault et Raymond Lévesque, l'acteur Gérard Poirier, les écrivains Yves Beauchemin et Michel Tremblay et les poètes Gaston Miron et Michèle LalondeSarah Scott, « Latest initiative on signs sparks little enthusiasm », Montreal Gazette, 8 octobre 1988, p. B1..
Les débats sur l'affichage unilingue français À titre de présidente de la SSJBM, Nicole Boudreau s'implique activement dans les débats qui concernent l'affichage unilingue français. Elle suit de près, surtout, les décisions judiciaires qui risquent de renverser certaines dispositions de la Charte de la langue française.
Le , la Cour supérieure du Québec invalide les dispositions de la Charte de la langue française qui font du français la seule langue de l'affichage public et commercial dans la province, soutenant que ces dispositions violent la liberté d'expression consacrée dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Quatre ans plus tard, le , un arrêt de la Cour suprême du Canada confirme le jugement du tribunal québécois. Selon la Cour suprême, le gouvernement québécois ne peut interdire l'affichage en anglais sans enfreindre le droit à la liberté d'expression garanti par la Charte canadienne des droits et libertés et par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.
Au nom de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Nicole Boudreau demande au premier ministre Robert Bourassa de tenir un référendum devant permettre au Québec de rapatrier du fédéral les pleins pouvoirs en matière de langue.
Le gouvernement Bourassa, recourant à la clause nonobstant de la Loi constitutionnelle de 1982, répond plutôt à ces enjeux judiciaires en adoptant la Loi modifiant la Charte de la langue française, ou le projet de loi 178, qui maintient l'interdiction d'affichage en anglais, jugée inconstitutionnelle par la Cour suprêmePatricia Poirier, « Groups urge Premier to override ruling », Globe and Mail, 16 décembre 1988, p. A10.. Cette loi devient obsolète le , faute d'avoir été reconduite.