Le verdict de l'oiseau Dodo ( : ) ou conjecture de l'oiseau Dodo ( : ) ou encore paradoxe d'équivalence désigne le fait que les psychothérapies puissent être aussi efficaces les unes que les autres.

L'expression trouve son origine en 1936 dans un article de qui se demande si l'existence de à différentes psychothérapies ne serait pas plus déterminant que les facteurs propres à chacune. Elle sera réactualisée en 1975 par puis en 1977 et 1980 par , à la suite des résultats équivalents entre psychothérapies mis en lumière par les premières méta-analyses portant sur leur efficacité, suivies depuis par de nombreuses autres études comparatives qui l'invalident ou le confirment.

Ce paradoxe pose diverses questions quant à l'évaluation des psychothérapies et aux changements qu'elles induisent que ce soit en termes de résultats ou de causes. Il est l'objet d'intenses débats.

Questionnement de Rosenzweig (1936) droite|vignette|270x270px| Lewis Carroll, Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, chapitre 3 : la course cocasse : .

Saul Rosenzweig, en exergue d'un article de 1936, cite une phrase des Aventures d'Alice au pays des merveilles extraite du passage au cours duquel Dodo, à l'apparence de l'oiseau éponyme, a décidé de lancer un concours pour permettre aux autres personnages trempés de se sécher : tout le monde devait courir autour du lac jusqu'à ce qu'ils soient secs ; personne ne se souciait de mesurer jusqu'où chacun avait couru, ni combien de temps ; lorsqu'ils demandèrent au Dodo qui avait gagné, il réfléchit et dit : .

La question des facteurs explicatifs Rosenzweig s'interroge ainsi sur le fait que les psychothérapies fondées sur une théorie de la personnalité peuvent toutes faire état de bons résultats, et se demande alors dans quelle mesure ceux-ci valident chaque théorie, avec d'une part la question de savoir si les facteurs explicatifs avancés correspondent bien aux facteurs effectifs et, d'autre part, si ces facteurs n'ont pas plus en commun que ceux avancés spécifiquement par chaque thérapie, ce qui en retour expliquerait qu'elles puissent toutes prétendre à de bons effets.

Le verdict de l'oiseau Dodo réactualisé

Évolution des recherches en psychothérapie L'article de Rosenzweig est resté ignoré pendant de nombreuses années par la plupart des chercheurs en psychothérapie. Dans les années 50, un projet de recherche sur la psychothérapie (Psychotherapy Research Project) était engagé pour trente ans aux États-Unis à la au sein duquel deux questions étaient posées, la question des résultats, c'est-à-dire des changements provoqués par les psychothérapies et celle du processus, autrement dit celle de savoir comment les changements se produisent. Les méta-analyses comparatives font ensuite leur apparition au cours des années 70 dans les recherches sur l'évaluation.

Luborsky (1975) , Smith (1977), et al. : des méta-analyses qui établissent le verdict Le questionnement de Rosenzweig a été réactualisé en 1975 par Luborsky avec l'une des premières études comparatives qui établissait peu de différences significatives dans l'efficacité de différentes psychothérapies.

Elle a été suivie par une méta-analyse de Smith et Glass en 1977, approfondie en 1980 par Smith qui passent en revue 475 études de psychothérapie contrôlées qui incluent 25 000 patients, prennent en compte 1700 effets et concluent que 80 % des patients se sentent mieux que la moyenne des patients qui n'ont pas suivi de psychothérapies, l'efficacité de celles-ci est donc établie, bien que les auteurs ne puissent prouver la supériorité d'une psychothérapie (psychanalytique, cognitivo-comportementale ou counseling) sur une autre, verdict qui a également été appelé le .

Plus de trente ans de débats Le verdict de l'oiseau Dodo est, depuis plus de trente ans, sujet à de nombreux débats et les nombreuses méta-analyses n'ont pu faire émerger de consensus.

Dans l'ensemble, le débat met aux prises deux camps : d'un côté, ceux qui soutiennent l'existence du paradoxe d'équivalence, que Budd et Hughes désignent comme les chercheurs alignés sur une perspective psychothérapeutique traditionnelle, pensent que l'apparente équivalence entre psychothérapies est due à l'importance des facteurs communs à toutes les thérapies, facteurs qui expliquent les changements survenus au cours d'une thérapie, quelle qu'elle soit ; de l'autre, les chercheurs généralement tenants des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) qui mettent en avant la spécificité d'interventions définies pour des troubles spécifiques.

Les TCC auront tendance à voir la conjecture de l'oiseau Dodo comme une remise en cause des modèles causaux spécifiques qui déterminent leurs interventions tandis que les autres psychothérapies qui soit ne s’appuient pas sur un modèle spécifique (comme la psychothérapie interpersonnelle), soit sont fondées sur des modèles purement cliniques qui ne correspondent pas aux catégories diagnostiques standard, telles que les psychothérapies psychanalytiques, verront le verdict de l'oiseau Dodo comme acceptable pour leurs modèles.

Les facteurs communs Si certaines thérapies en psychologie sont également efficaces, c'est à cause des facteurs communs qu'elles partagent, les techniques spécifiques propres aux différentes approches n'ont qu'une importance mineure.

Ces facteurs communs peuvent se résumer à avoir une relation avec un thérapeute chaleureux, respectueux et qui a de grandes attentes en matière de succès du clientFrank, JD (1991), Persuasion and healing : A comparative study of psychotherapy..

Des recherches soutiennent donc la théorie des facteurs communs. L'un de celui-ci est l'interaction client-thérapeute, également connue sous le nom d'alliance thérapeutique. Un article publié en 1992 par Lambert a montré que près de 40 pour cent de l'amélioration de l'état du patient dans une psychothérapie provient de ces variables client-thérapeuteLambert, M (1992), "Implications for outcome research for psychotherapy integration", in Norcross, JC; Goldstein, MR (eds.), Handbook of psychotherapy integration, New York: Basic Books, pp. 94–129.. D'autres chercheurs ont analysé plus en détail l'importance des variables client-thérapeute selon lesquelles l'amélioration du patient pouvait être due à des facteurs extra-thérapeutiques, par exemple les processus de pensée des patients. Des études montrent que les patients ayant des attitudes plus positives auront de meilleures chances de connaître une amélioration clinique, quelles que soient les actions du thérapeute. De plus, dans une méta-analyse de nombreuses études de psychothérapie, et al. ont constaté en 2002 que 7 % de la variabilité du résultat du traitement était due à l'alliance thérapeutique alors que 1 % de la variabilité était due à un traitement spécifique. L'attitude du thérapeute est également un facteur très important dans le changement positif du patient. Najavits et Strupp (1994) ont montré qu'un thérapeute positif, chaleureux, attentionné et authentique générait des différences statistiquement significatives dans les résultats obtenus auprès des patients. L'étude de 2002 Wampold et al. a également constaté que près de 70 % de la variabilité des résultats du traitement était due à l'attitude du thérapeute à l'égard de l'efficacité du traitement. Les composantes spécifiques de la thérapie sont donc relativement négligeables par rapport aux facteurs communs plus profonds et affectant directement le patient.

Les chercheurs ont étudié en détail les facteurs communs. Grencavage et Norcross (1990) en ont identifié 35 dans des sources publiées. Ceux-ci ont été classés en cinq groupes principaux : les caractéristiques du client, les qualités du thérapeute, les processus de changement, les structures de traitement et les éléments relationnels. Des exemples de certains des facteurs communs inclus dans ces grandes catégories sont la persuasion, un cadre de guérison, l'engagement, l'utilisation de rituels et de techniques, la suggestion et l'apprentissage émotionnel. Tracey et al. ont examiné en 2003 les relations plus profondes entre les catégories et les facteurs communs. Ils ont conclu qu'il y avait deux dimensions dans une thérapie : le sentiment et la pensée. Au sein de chacune des deux dimensions se trouvent trois groupes : lien, information et rôle.

Des études fournissent donc des preuves du verdict de l'oiseau DodoWampold, BE; Imel, ZE; Miller, D (2009), "Barriers to the dissemination of empirically supported treatments: Matching evidence to messages", The Behavior Therapist, 32: 144–55. De manière générale, les facteurs communs sont responsables de l'amélioration du patient indépendamment de tout élément d'un traitement spécifique. Des chercheurs tels que Wampold et Luborsky continuent de soutenir cette affirmation dans des articles récents publiés dans le Behavioral Therapist . Wampold et al., réfutent en 2010 les affirmations de Siev et al. en 2009 selon lesquelles l'étude de Wampold de la même année comporterait des erreurs de recherche. Wampold et al. suggèrent en 2009 que les gens doivent « accepter l'importance de l'alliance et des thérapeutes et rester engagés dans le développement et l'amélioration des traitements ». Wampold continue en disant que les techniques pourraient être bénéfiques en psychothérapie car ce sont les variables les plus faciles à manipuler. Ces variables peuvent agir pour changer l'alliance et d'autres facteurs communs. Les facteurs communs peuvent alors faire l'objet d'une attention ciblée et prodigués aux patients par le thérapeute.

Par ailleurs, certains chercheurs ont souligné qu'il existe de nombreuses raisons d'étudier les facteurs communs entre différentes psychothérapies, et certaines de ces raisons peuvent n'avoir rien à voir avec le verdict de l'oiseau Dodo. Indépendamment du fait que certaines psychothérapies sont à peu près aussi efficaces ou non, l'étude des points communs entre les traitements peut conduire à une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles les traitements sont efficaces.

Selon la psychologue clinicienne Anne Brun, ne s'appuie pas sur une conclusion valide car la méthodologie n'est pas appropriée à l'égard des résultats qui peuvent concerner des troubles à la gravité et à la nature différentes et repose sur l'élimination des cas complexes, un nombre de séances réduit sans compter la possibilité que seules les études aux résultats positifs aient été présentées, de plus, mettre en commun des résultats ayant trait à des groupes a pour effet premier d'avoir des résultats moyens assignés à des patients moyens, éliminant dès lors les facteurs expliquant qu'un patient réagisse ou non à une psychothérapie, comme l'explique Thurin en 2007.

Le travail de Seulin et Dazord en 1997 montre également qu'il y a nécessairement corrélation entre type de prise en charge et type de patient, à quoi s'ajoute l'importance des rapports entre observation clinique et hypothèses, qui peuvent alors être testées en une deuxième étape, notamment dans la mise en relation entre changements des patients et facteurs des changements. Ceux qui surviennent à la suite de psychothérapies psychanalytiques sont caractéristiques de la structure des patients, et non réductibles à leurs symptômes de départ.

Les troubles spécifiques