Vérone sous la seigneurie d'Ezzelino III da Romano traite d'une période historique de la ville de Vérone sous la tyrannie d'Ezzelino III da Romano, allant de 1226 à 1259. Comme beaucoup d'autres villes italiennes au Moyen Âge, Vérone s'érige en commune jurée dans le courant du . À l'occasion du long conflit contre l'empereur Frédéric Barberousse, la commune verra ses prérogatives étendues, conduisant à une réelle autonomie vis-à-vis du souverain germanique, bien que cela s'accompagne de cruelles guerres civiles entre guelfes et gibelins. Dans ces luttes confuses, la famille des Da Romano verra son influence s'étendre, parvenant à contrôler la commune et établir à son profit une première seigneurie en 1226, anticipant ainsi celle des Scaliger en 1260.

Bien qu'Ezzelino III da Romano n'obtienne officiellement le titre de seigneur de Vérone qu'en 1250, il en exerce néanmoins par intermittences les principales prérogatives depuis au moins 1226. Les années qui suivront marqueront des jalons importants dans sa quête d'un pouvoir absolu, faisant de lui la personnalité politique la plus importante de la Vénétie pendant cette période. Cette tentative se solde toutefois par un échec : il meurt de façon violente en 1259, créant un précédent dont Mastino della Scala saura s'inspirer pour établir un régime seigneurial stable à Vérone. Il fonde ainsi la dynastie des Scaliger au profit de sa famille.

Première domination de Vérone par Ezzelino III (1226- 1233)

Ezzelino capitaine du Peuple vignette| (1167) et (1226) Ligue Lombarde incluant le territoire de Vérone Le titre de capitaine du peuple dans la cité faisait de celui qui l'exerçait un quasi dictateur. En 1226 le titulaire de cette charge Leone dalle Carcered'une illustre famille gibeline s'en était emparé par la violence. Six mois après qu'il s'en soit démis elle fut transmise à Ezzelino qui la substitua à celle de podestat, lui conférant un caractère nettement plus militaire. Même s'il y renonça l'année suivante on peut dire qu'il est resté le maître incontesté de Vérone jusqu'en 1233, récupérant même peut être la podestatie de Vérone en 1230 et celle de Padoue en 1227. Cette même année 1226 Vérone s'illustre au dehors. En effet, un de ses enfants Pecoraro da Merca Novo déjà deux fois podestat de sa ville natale est élu podestat de Gênes. Albrighetto de Faenza podestat de Vicence est quant à lui chassé par Ezzelin III en . Pour garantir sa sécurité, il avait consigné aux Padouans tous les palais et tours des da Romano. Le frère d'Ezzelino Alberico devient podestat de Vicence en 1227. Sous son administration de 29 mois, donc jusqu'en 1229 il acquiert gloire et honneur. Cette année 1226 est marquée par la création de la seconde Ligue lombarde dirigée contre Frédéric II.

Le comte Riccardo de Sambonifacio qui avait été chassé de Vérone par les Montecchi en 1226 y revient dès l'année suivante. Lafranco da Pontereale de Brescia podestat de Milan est élu juge et arbitre entre la cité de Vérone et le comte Riccardo et les siens. La paix est conclue à Nogara le . Le comte revient dans la cité. En 1227 les Franciscains s'établissent au couvent de Santa Maria delle Vergini à Vérone.

Les statuts de Vérone Les statuts de Vérone recueil de lois et de règlements hétéroclites compilés par le notaire Guglielmo Calvo sont rédigés en 1228. Complétant ceux de 1223ils sont avant tout dirigés contre Ezzelino que la haine dont il fait l'objet le qualifie d’hérétique.

La cité de Vérone est alors gouvernée par 4 consuls de justice (parfois 6 ou 8) à la place du conseil des 80. Vérone possède à cette époque les châteaux de dalla Scala, Trevenzolo, Cola, Colognola, Ronco, Bionde, Zepa, Cerea, Nogara, Isol'alta, Villafranca, Caldero, Magran, Sona, Somma-Campagna, Gusolengo, Piouezzan, Bardolin, Palazzolo, Arcole, Pogian, Marzana, Grezana, Gazo, Ilasij, Montorio, Azzam, Sanguenè, Salizoli entre autres.

En 1229 Vicence est prise par Ezzelino, duc de l’armée véronaise, avant de faire la paix avec les Sanbonifacio. On enregistre une guerre des Padouans, alliés des Mantouans et Vicentins contre Vérone dont ils saccagent le territoire (Porto et Legnago). Les Véronais secourent Grégoire IX contre les rebelles des cités des Marches. Il s'agit de la rébellion contre le pape de la cité de Santa Chiesa qui appelle les Véronais à l'aide. Ils envoient quelques soldats puis s'en reviennent. Alberto Castellano, Gionanni dalle Lanze, Bonaventura di Giglio citoyens véronais et commissaires sont envoyés par la cité au pape contre l'empereur.

Vicence est alors sous la seigneurie de Vérone avec Alberico da Romano comme podestat.

La révolution de 1230 En 1230 tandis qu'on construit des moulins pour Sta Giustina de nouvelles dissensions se produisent à Vérone avec une grande bataille de rues sur le Champ de Mars (). On assiste à de nouvelles querelles civiles entre Sambonifacio et Monticuli qui en viennent aux armes. Le comte Riccardo de Sanonifacio est emprisonné et les Padouans tentent en vain de le libérer. Ils expédient à Vérone dans ce but saint Antoine de Padoue. Mais le saint ne rencontre pas de succès durant sa mission et il meurt le . Le comte est emprisonné avec Pegoraro de Mercanovo et son fils, Guielmo da Lendenara, Grego da Moraga et son fils, Guielmo di Zerli et ses deux fils, Donna Bonifacio, Zuanne da Palazzo, Leon dalle Carcere, Costantin Calonego, Valerian de Braganzo.

Le podestat de Vérone Raniero Zeno, futur doge en 1253 est licencié en juin et est remplacé par Salinguerra Torelli de Ferrare. Se produit alors un gigantesque incendie qui consume une grande partie de Vérone. L'église San Francesco in Cittadella à Vérone est attribuée aux Franciscains appelés à Vérone. Guglielmo da Castelbarco réédifie cette dernière église.

Matteo Giustiniani de Venise podestat de Vérone, bien que gibelin modéré rappelle bientôt Riccardo Sanbonifacio et les autres bannis. Mais un partisan des Sanbonifacio ayant blessé un Montecchi, il se produit un soulèvement général des gibelins. Le comte Ricciardo de Sanbonifacio et quelques guelfes sont incarcérés. Les Montecchi font élire alors podestat Salinguerra Torelli de Ferrare en 1229 et rappellent Ezzelino. Les guelfes ayant de leur côté pris pour chef Gérard Rangone de Modène, réputé prudent et valeureux, en font le podestat de leur faction. Les Padouans, Azzo d’Este et les recteurs de la Ligue agissent pour délivrer le comte de Sanonifacio, mais Ezzelino n’y consent qu’à la condition que son château soit remis aux autorités de Vérone. Les Padouans prennent Porto, Legnago, Buonanigo et Rivalta, ces deux derniers châteaux dont est seigneur Uguccione de Crescenti. Le marquis et les Mantouans saccagent Trevenzuolo. Une grande crue de l'Adige endeuille le pays, causant de grands dégâts et faisant de nombreux morts.

Riccardo comte de Sanbonifacio détruit la tour des da Romano à Lonigo. Les Padouans font le siège de Bassano del Grappa contre les da Romano, mais sont sévèrement repoussés. Ils envoient des émissaires à Ezzelino pour libérer le château de Sanbonifacio. N’ayant rien obtenu ils détruisent Porto et Legnago (1229). La ligue contre Vérone et Ezzelino unit Azzo d’Este, les Padouans, Vicence et les Mantouans. Ils se retirent après avoir causé de grands dommages. En 1231 le comte Riccardo de Sanbonifacio prisonnier d’Ezzelino est libéré par Stevano Baduar de Venise, podestat de Padoue et Lorenga de Stracca podestat de Mantoue. Le la paix est signée.

C'est alors qu'un religieux Antoine de Pellegrino prêche dans sa ville de Padoue pendant le Carême et inaugure un mouvement de paix. Les prisonniers sont libérés, les usuriers restituent les gages, pécheresses et voleurs s’amendent..

Les Véronais envoient des troupes contre les habitants de Collignola qui s’étaient révoltés le . Le lieu très peuplé était stratégique. Le château est pris, saccagé et rasé. De nouveaux troubles éclatent à Vérone.

La prise de Vérone par Ezzelino En 1232 Frédéric II est à Venise en mars et ensuite à Vérone invité par les habitants. Les Véronais reprennent le château de Porto de Legnago le . C'est là que trouve la mort Paltromero di Rondinoti da Legnago. Rinole révoltée elle aussi, se soustrait à l'obédience de Vérone. Mais les séditions véronaises sont pacifiées par les légats de Grégoire IX, les évêques Giacomo et Otto. Vérone entre aussitôt dans la ligue contre l’empereur. Le pape envoie des cardinaux à Vérone pour faire la paix entre les citoyens. Paix sous certaines conditions entre Monticuli et S. Bonifacio, mais bientôt de nouvelles querelles éclatent. Le marquis d’Este et les Padouans ravagent le pays Véronais, puis les Mantouans.

Ezzelino III de son côté protège les hérétiques. Le pape le cite pour cela en janvier à comparaître à Rome se justifier sous peine d’excommunication. La condition de la paix avec les Sanbonifacio n’ayant pas été accomplie, malgré la médiation de la Ligue lombarde, Ezzelino se dérobe.

Les Padouans, Vicentins et Mantouans excités par les Sanbonifacio envahissent le véronais et le ravagent. Guidone da Roda de Milan est confirmé podestat de Vérone, mais est déposé et est remplacé par Guglielmo da Persego de Crémone. En avril en effet, Guidone da Roda, podestat de Vérone ayant voulu le forcer a prêter serment à la Ligue lombarde, Ezzelino séjournant à Vérone le fait emprisonner avec ses juges et ses gens et appelle d’Ostiglia un officier impérial, suivi par le comte de Tyrol, deux autres comtes, 150 cavaliers et 100 arbalétriers. Avec ces secours il s’empare de Vérone le au nom de l’empereur, dont il jure de demeurer fidèle sujet. Cette occupation de Vérone par les troupes impériales provoque une guerre générale. Vérone et Ezzelino attaqués de toutes parts, les Montecchi sont menacés d’excommunication par le légat, cardinal évêque de Palestrina. Ils cèdent et le comte de Sanbonifacio peut rentrer en ville. Mais après le départ du cardinal, la guerre recommence. Les guelfes bien que soutenus par les milanais sont battus et le comte de Sanbonifacio doit de nouveau s’exiler avec ses partisans. Les Mantouans du parti guelfe et les amis de Sanbonifacio sont bannis une nouvelle fois de Vérone et mis en déroute à Opeano par Ezzelino . Dans ce climat troublé naît l'ordre militaire des Cavaliers de Santa Maria Gloriosa, en vue de pacifier les querelles publiques ou privées.

L'intermède théocratique de Fra Giovanni da Schio et le repli d'Ezzelino (1233- 1236)

Frère Jean de Vicence et l'assemblée de Paquara (1233) vignette|Piazza delle Erbe à Vérone