La bataille d'Elands River en 1900 est un affrontement de la seconde guerre des Boers qui prend place entre le 4 et le au Transvaal, à Brakfontein Drift près de la rivière Elands. Il oppose deux à trois mille Boers à une garnison de cinq cents hommes, des Australiens, des Canadiens, des Rhodésiens du Sud et des Britanniques, chargés de protéger un dépôt d'apprivionnement établi sur la route reliant Mafeking à Pretoria. Les forces boers, des kommandos pour l'essentiel, dirigées par Koos de la Rey, ont désespérément besoin de provisions après les précédents affrontements qui les ont coupés de leur base. Les Boers décident d'attaquer la garnison afin de se saisir du matériel qu'elle garde.

Pendant treize jours, le dépôt d'Eland River est bombardé par plusieurs pièces d'artillerie installées autour de la position, tandis que les Boers, équipés d'armes légères et de mitrailleuses, encerclent la garnison et maintiennent les défenseurs sous le feu. Inférieurs en nombre et isolés, ces derniers sont sommés de se rendre, mais ils refusent.

Le siège est levé lorsqu'une colonne de dix mille hommes, conduite par Herbert Kitchener, vient en renfort. Elle disperse les forces ennemies, mais cela l'éloigne de sa mission première qui est de capturer le commandant boer Christiaan de Wet, qui peut ainsi échapper aux Britanniques.

Contexte Les premiers mois de la seconde guerre des Boers sont caractérisés par l'engagement à grande échelle de forces conventionnelles d'infanterie par les Britanniques, qui subissent de lourdes pertes face aux forces très mobiles des Boers. Par la suite, grâce à une série de contre-offensives de troupes d'infanterie montée, composées notamment d'Australiens et de Canadiens, les Britanniques réussissent à s'emparer des principales villes d'Afrique du Sud et à les sécuriser en . Privées d'accès à leurs bases de ravitaillement, la plupart des forces boers se rendent. Mais, ne respectant pas la promesse de ne plus se battre, qui leur avait permis d'être libérés, beaucoup des combattants rendus à la vie civile s'engagent dans une campagne de guérilla. Opérant par petits groupes, les kommandos boers attaquent les colonnes militaires et les lignes de ravitaillement, tendent des embuscades et lancent des raids contre les garnisons isolées et les dépôts de matériel..

Les Britanniques, comme mesure défensive visant à protéger la route entre Mafeking et Pretoria, installent une garnison près de la rivière Elands. Elle est positionnée près de Brakfontein Drift, à environ à l'ouest de Pretoria et un entrepôt sert à fournir les troupes en opérations dans la zone ainsi que de point de repère sur la route entre Rustenburg et Zeerust. Vers le milieu de l'année 1900, les réserves du dépôt d'Elands Rivers comprennent entre et , mules et têtes de bétail, une grande quantité de munitions, de la nourriture et d'autres équipements pour une valeur de , et plus de cent chariots. La garnison destinée à les sécuriser est disposée dans plusieurs positions, y compris alentour, à l'extérieur.

La principale position est une ferme, située à un kilomètre de la rivière, sur une petite crête et deux autres positions sont établies sur des collines au sud, plus proches de la rivière ; elles seront, plus tard, appelées Zouch's Kopje et Butters' Kopje. La zone est traversée par deux cours d'eau, la Brakspruit au nord, et la Doornspruit au sud, qui se jettent toutes deux dans l'Elands. Une ligne de télégraphe court le long de la route de Zeerust à Rustenburg ; elle traverse la rivière via un gué situé à environ un kilomètre à l'ouest de la ferme. Au nord, au sud et à l'ouest, le terrain descend en direction de la rivière et de la vallée du Reit qui s'ouvre vers Zeerust, à cinquante kilomètres de là. À l'est le terrain s'élève jusqu'à un sommet nommé Cossack Post Hill qui est utilisé pour faire parvenir des messages à Rustenburg grâce à un héliographe.

Prémices vignette|gauche|redresse|Koos de la Rey en 1902.

Le , un convoi de quatre-vingts chariots de marchandises, en provenance de Zeerust, arrive à Elands River, où il attend son escorte, qui doit venir de Mafeking ; il s'agit d'une colonne, commandée par , composée de mille hommes du , un régiment australien, appuyés par des troupes irrégulières d'Afrique du Sud.

À la recherche de ravitaillement, les forces boers décident d'attaquer. Avant cela, la garnison, informée de l'imminence de l'assaut, fortifie ses positions. Elle établit un périmètre défensif avec des chariots pour créer des barricades ; elle ne creuse pas de tranchées car le sol est dur et les outils manquent. Les hommes sont au nombre de cinq cents. La majorité sont des Australiens, 105 membres du New South Wales Citizen Bushmen, 141 du Queensland Citizen Bushmen, 42 venus de Victoria, 9 soldats du Bushmen Regiment et 2 venus de Tasmanie. On compte en outre 201 Rhodésiens de la British South Africa Police et du Rhodesia Regiment, des volontaires venus de Rhodésie du Sud et du Bechuanaland, aux côtés de trois Canadiens et trois Britanniques. C'est un officier de Grande-Bretagne, le lieutenant-colonel Charles Hore, qui commande l'ensemble. L'appui feu est constitué d'une ou deux mitrailleuses Maxim et d'un antique canon de montagne de sept livres, doté d'une centaine de munitions. Outre les soldats, les défenseurs peuvent compter sur les civils, essentiellement des Africains travaillant comme porteurs et conducteurs de chariot, ainsi que sur une trentaine de colons loyalistes venus de leurs fermes avant d'en être évacués.

Les Boers sont forts de deux à trois mille hommes, des kommandos de Rustenburg, Wolmaransstad et Marico, composantes de la South African Army, sous le commandement des généraux Koos de la Rey et Hermanus Lemmer. L'équipement d'appui feu est composé de cinq ou six canons de douze livres pour les tirs indirects, de trois canons de 1 livre QF, surnommés pom-poms, utilisés pour le tir rapide en visée directe et de deux mitrailleuses.

Bataille vignette|gauche|upright=2|Schéma de la bataille d'Elands River, du 4 au 16 août 1900, montrant la position des forces en présence et leurs mouvements. vignette|gauche|Muret de protection (sangar) élevé par les défenseurs, photographié un an après l'affrontement.

Les Boers encerclent la garnison durant la nuit, alors que les hommes qui la composent sont en train de chanter autour de leurs feux de camp et déclenchent l'attaque le matin du , au moment où les défenseurs prennent leur petit-déjeuner, par des tirs venant des tireurs embusqués sur les bords de la rivière. Un feu d'artillerie suit. Un pom-pom et un canon de douze livres engagent un des avant-postes au sud-ouest, depuis une position retranchée située à de l'autre côté de la rivière, tandis que la position principale est attaquée par trois canons lourds positionnés à l'est et par une mitrailleuse Maxim, ainsi que par des tireurs d'élite, un canon pom-pom et une autre pièce d'artillerie, depuis plusieurs positions au nord-ouest, à environ de distance. Une troisième position de tir, à environ , comportant une pièce d'artillerie et un pom-pom, engage la garnison depuis les hauteurs surplombant la rivière à l'ouest. En réponse, les servants du canon de montagne détruisent une ferme d'où tirent les Boers, mais l'arme est rapidement hors d'état. Le tir de barrage des Boers, environ, dévaste les enclos et tue environ , mules et autres têtes de bétail.. Ceux restants sont libérés pour éviter une charge d'animaux affolés. La ligne de télégraphe et de nombreux bâtiments sont détruits, outre les pertes humaines.

Dans un effort pour réduire les canons au silence, un petit groupe de Queenslanders, sous les ordres du lieutenant James Annat, charge sur une position d'un pom-pom boer, obligeant les attaquants à se retirer. Les autres canons restent néanmoins en action et le tir de barrage continue toute la journée, se ralentissant à la tombée de la nuit. Les défenseurs profitent du bref répit pour creuser des tranchées à l'aide de leurs baïonnettes, et pour évacuer les carcasses des animaux morts. Les pertes durant le premier jour s'élèvent à, au moins, vingt blessés et huit morts.

Le matin suivant du , les canonniers boers continuent leurs tirs mais leurs effets sont plus limités grâce aux défenses creusées durant la nuit. Environ huit cents munitions sont utilisées durant le deuxième jour, portant le total à tirés en deux jours. Plus tard dans la même journée, la colonne de mille hommes conduite par Carrington est prise dans une embuscade boer, cette dernière commandée par Lemmer, à environ trois kilomètres à l'ouest de la position principale, et, quoique ses perte ne soient « que » de dix-sept blessés, Carrington choisit de se replier. Cette embuscade est facilitée par l'inefficacité des éclaireurs de Carrington. La colonne, par la suite, détruit des dépôts à Groot Marico, Zeerust et Ottoshoop afin qu'ils ne tombent pas entre les mains des Boers, quoiqu'une grande quantité de fournitures reste stockée en plusieurs endroits, tel Zeerust, dont s'emparent les Boers. Carrington choisit de faire replier ses forces à Mafeking, mais cette décision entache sa réputation parmi ses soldats, notamment les Australiens.

Lorsqu'il constate que les renforts sont repoussés, Koos de la Rey, cherchant à mettre fin au siège avant qu'une autre force de relève soit envoyée, ordonne à ses hommes de cesser le feu et envoie un messager demandant à la garnison de se rendre, ce qu'elle refuse. Le bombardement reprend alors, et continue toute la nuit. Les défenseurs continuent à renforcer leurs positions, construisant des murets de protection (sangar) en pierre et creusant plus profondément leurs tranchées et renforçant le tout avec des caisses, des sacs et des roues de chariot. Du bois, provenant des chariots, est utilisé pour des protections hautes des positions, dont plusieurs sont reliées par des tunnels. Une cuisine est également mise en place, ainsi qu'un hôpital de fortune, au centre de la position, à l'aide de plusieurs ambulances renforcées par des chariots remplis de terre et de divers matériaux. Les défenseurs réparent leur canon de montagne, mais ils ne peuvent l'utiliser qu'avec parcimonie à cause du manque de munitions.