Le vol United Airlines 93 est un vol intérieur transcontinental régulier de passagers détourné par quatre terroristes d'Al-Qaïda le matin du , dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001. Les pirates de l'air prévoient de s'écraser contre le Capitole, symbole du gouvernement fédéral des États-Unis à Washington.
La mission est un échec partiel lorsque les passagers se rebellent, forçant les terroristes à écraser l'avion dans un champ du comté de Somerset en Pennsylvanie, les empêchant d'atteindre la cible désignée et tuant tous les passagers à bord.
L'avion impliqué, un Boeing 757-200 avec et membres d'équipage, effectue le vol matinal régulier de la compagnie aérienne United Airlines entre l'aéroport international Liberty de Newark dans le New Jersey, près de New York, et l'aéroport international de San Francisco en Californie. Il est le seul avion détourné ce jour-là à ne pas être à destination de Los Angeles sur la côte ouest des États-Unis.
Détournement par les terroristes d'Al-Qaïda
Quarante-six minutes après le début du vol, les pirates de l'air assassinent un passager, prennent d'assaut le poste de pilotage et se battent avec les pilotes sous l'écoute des contrôleurs aériens impuissants.
Le terroriste Ziad Jarrah, pilote de formation, prend le contrôle de l'appareil et le déroute vers la côte Est, en direction de Washington. Des interrogatoires de Khalid Cheikh Mohammed et de Ramzi Bin al-Shibh, terroristes considérés comme les principaux instigateurs des attentats, permettent de savoir que la cible visée est le Capitole des États-Unis...
L'avion, avec de retard sur son horaire habituel, quitte la piste à . La décision des pirates de l'air d'attendre supplémentaires avant de lancer leur attaque laisse le temps aux passagers retenus en otages d'apprendre que des avions détournés ont déjà perpétré des attentats-suicides contre les tours jumelles du World Trade Center à New York, ainsi que contre le Pentagone dans le comté d'Arlington en Virginie, près de Washington.
Riposte déterminante des passagers
À , soit seulement après le détournement, les passagers ripostent pour tenter de reprendre le contrôle de l'appareil. L'affrontement qui s'ensuit force les terroristes à écraser l'avion prématurément ; il pique ainsi du nez dans un champ du , près des localités d'Indian Lake et de Shanksville, à environ au sud-est de Pittsburgh et au nord-ouest de la capitale américaine.
Une personne est témoin de l'impact depuis le sol, et les agences de presse rapportent l'accident moins d'une heure plus tard. Le vol United Airlines 93 est le quatrième et dernier avion de ligne à être détourné par des terroristes le et le seul à ne pas avoir atteint une cible visée par Al-Qaïda. Le détournement devait être coordonné avec celui du vol American Airlines 77 qui s'est écrasé sur le Pentagone moins de avant le crash du vol 93.
Mémoire
Un mémorial temporaire est érigé près du lieu du crash peu après les attentats.
Un mémorial national permanent, le Flight 93 National Memorial, est inauguré en 2011. et un centre d'information en béton et en verre (situé sur une colline surplombant le site) est inauguré quatre années plus tard..
L'ensemble des passagers de l'appareil reçoit à titre posthume la Médaille d'or du Congrès, la plus haute distinction civile des États-Unis, récompensant la bravoure de chacun d'eux.
Contexte
Avec le vol American Airlines 11, le vol United Airlines 175 et le vol American Airlines 77, le vol United Airlines 93 est l'un des quatre détournements d'avion ayant eu lieu lors des attentats du 11 septembre 2001. Il a la particularité de ne pas avoir atteint sa cible désignée par les terroristes grâce à la rébellion de ses passagers.
Terroristes
Le détournement du vol United Airlines 93 est orchestré par Ziad Jarrah, un membre d'Al-Qaïda. Né au Liban dans une famille musulmane aisée et laïque, il se destine à devenir pilote et s'installe en Allemagne en 1996. Il s'inscrit à l'université de Greifswald pour y étudier l'allemand. Un an plus tard, il s'installe à Hambourg et commence des études d'ingénierie aéronautique à l'université des sciences appliquées de Hambourg : la Hochschule für Angewandte Wissenschaften Hamburg. À Hambourg, Jarrah devient musulman pratiquant et s'associe à la « cellule de Hambourg ».
En , Jarrah quitte Hambourg pour l'Afghanistan, où il passe trois mois.. Là-bas, il rencontre le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, en .. Jarrah rentre à Hambourg fin janvier et, en février, obtient un nouveau passeport sans aucune trace de ses voyages passés, en déclarant son passeport volé..
En mai, Jarrah reçoit un visa de l'ambassade des États-Unis en Allemagne. et arrive en Floride en . Là, il commence à prendre des leçons de pilotage et à s'entraîner au combat au corps à corps.. Jarrah reste en contact avec sa petite amie en Allemagne et avec sa famille au Liban dans les mois précédant les attentats. Ces contacts étroits contrarient Mohammed Atta, le chef tactique du complot. Les planificateurs d'al-Qaïda ont peut-être envisagé un autre agent, Zacarias Moussaoui, pour le remplacer si Jarrah s'était désisté..
Quatre pirates de l'air « hommes de mains » (non pilotes) sont entraînés à prendre d'assaut le poste de pilotage et à tuer ou à maîtriser l'équipage. Trois d'entre eux accompagnent Jarrah dans le vol 93. Le premier, Ahmed al-Nami, arrive à Miami en Floride le avec un visa touristique de six mois en compagnie des pirates de l'air du vol United Airlines 175 Hamza al-Ghamdi et Mohand al-Shehri. Le deuxième, Ahmed al-Haznawi, arrive à Miami le avec le pirate de l'air du vol American Airlines 11 Wail al-Shehri. Le troisième, Saeed al-Ghamdi, arrive à Orlando en Floride le avec le pirate de l'air du vol United Airlines 175 Fayez Banihammad. Les passeports de Ziad Jarrah et de Saeed al-Ghamdi sont retrouvés au lieu du crash du vol 93.. La famille de Jarrah déclare qu'il est un à bord de l'avion, lorsque son nom est évoqué.
Bien qu'Al-Qaïda ait prévu que les attentats soient perpétrés par quatre équipes de cinq hommes chacune, seuls dix-neuf terroristes participent le jour J. Le « pirate de l'air » manquant serait Mohammed al-Kahtani, qui a atterri à Orlando en provenance de Dubaï le , avec l'intention d'embarquer à bord du vol 93.. Il est interrogé par des fonctionnaires de l'immigration américaine, ces derniers doutent qu'il puisse subvenir à ses besoins avec seulement en espèces et soupçonnent qu'il envisage d'immigrer illégallement puisqu'il utilise un billet en aller simple. Il est renvoyé à Dubaï, puis renvoyé en Arabie saoudite.
Appareil, équipage et passagers Le vol 93 est un Boeing 757 en service depuis 1996. L'équipage est composé du commandant Jason Dahl, du premier officier LeRoy Homer et des hôtesses de l'air Lorraine Bay, Sandra Bradshaw, Wenda Green, CeeCee Lyles et Deborah Welsh.
L'avion peut accueillir 182 personnes. Le , il embarque seulement trente-sept passagers, soit un cinquième de sa capacité. United Airlines confirma que les mardis étaient les jours où il y avait le moins de passagers, avec un taux habituel de remplissage de 52 % les mardis depuis trois mois pour le vol 93.
Chronologie Embarquement et départ Ghamdi et Nami sont les premiers terroristes à enregistrer leurs bagages à 7 h 03 à l'aéroport international Liberty de Newark. Haznawi puis Jarrah font de même respectivement à 7 h 24 et à 7 h 39. Haznawi est sélectionné par le Computer-Assisted Passenger Prescreening System puis les quatre terroristes embarquent finalement entre 7 h 39 et 7 h 48.
En raison du fort trafic aérien ce jour, le vol 93 reçut la l'autorisation (clairance) pour être poussé à 8 h 01, alors qu'il devait décoller à 8 h 00. Ainsi, le vol 93 était encore au sol lorsque la Federal Aviation Administration de Boston fit face à une situation de crise : le vol American Airlines 11, à destination de Los Angeles, venait d'être détourné.
À 8 h 24, les contrôleurs aériens de Boston entendent les voix des pirates de l'air du vol 11 dans un message adressé aux passagers contenant la phrase : « Nous détenons des avions. » Ils n'ont pas réagi à cet avertissement. Ainsi le trafic aérien suit son cours et il n'est pas encore question d'état d'alerte.
Le vol 93 décolle finalement à 8 h 42.
À 8 h 46, le vol 11 percute la tour Nord du World Trade Center. À 8 h 51, les contrôleurs aériens de New York réalisent que le vol United Airlines 175 vient d'être détourné. Le vol American Airlines 77 est également détourné quelques minutes plus tard.
Ayant atteint son altitude de croisière de 35 000 pieds à 9 h 02, le vol 93 se dirige vers San Francisco. Une minute plus tard, le vol 175 percute la tour Sud du World Trade Center. Vu en direct à la télévision, le crash est rapidement rapporté aux agents de la FAA, qui font face à de multiples détournements. La FAA ordonne alors l'envoi de messages aux pilotes des avions en circulation afin de renforcer immédiatement la sécurité dans les cockpits.
À 9 h 19, Ed Ballinger, un employé de United Airlines, envoie un premier message de prévention aux pilotes des avions :
Melodie Homer, épouse du premier officier du vol 93, envoie un message ACARS à 9 h 22 à son époux LeRoy pour s'assurer que tout va bien. LeRoy Homer ne répond pas à ce message.
Le message de Ballinger est envoyé au vol 93 à 9 h 23 et reçu une minute plus tard. Le commandant de bord répond au message d'alerte à 9 h 26 :
À 9 h 27 min 25 s, le vol 93 envoie sa dernière transmission normale aux contrôleurs aériens de Cleveland.
Détournement thumb|Le trajet du vol 93, d'après la commission d'enquête officielle. À 9 h 28 min 17 s, le premier officier LeRoy Homer envoie à Cleveland un message de détresse :
L'avion descend alors de plus de en quelques secondes. Le Cleveland Center envoie un message d'alerte :
Le Cleveland Center reçoit à 9 h 28 min 50 s un second appel de détresse :
Le Cleveland Center demande alors à d'autres avions s'ils ont entendu les appels de détresse, par cette fréquence. Les vols United Airlines 1523, American Airlines 1060 et Executive Airlines 956 confirment alors l'appel de détresse.
Au moment du détournement, les vols 11 et 175 ont déjà frappé le World Trade Center et le vol 77 est sur le point de percuter le Pentagone. Les terroristes à bord de ces avions n'ont pas attendu plus de trente minutes de vol pour passer à l'action, principalement au moment où l'avion atteint son altitude de croisière. Sans raison connue, les pirates de l'air du vol 93 ont attendu quarante-six minutes de vol avant de passer à l'action.
, les pirates de l'air Ziad Jarrah et Saeed al-Ghamdi auraient pénétré de force dans le cockpit et disputé le contrôle de l'appareil aux pilotes pendant qu'Ahmed al-Nami et Ahmed al-Haznawi déplaçaient de force les passagers de première classe vers l'arrière de l'appareil, égorgeant notamment le passager Mark Rothenberg qui a refusé d'obtempérer.
Tom Burnett indique à son épouse :
L'heure précise où le cockpit fut aux mains des pirates de l'air n'a pas été déterminée. De nombreux passagers ayant décrit la présence de seulement trois terroristes, il est possible que Jarrah soit resté assis jusqu'à ce que les passagers soient repoussés à l'arrière de l'appareil avant d'attaquer les pilotes dans le cockpit ; le détournement aurait alors commencé en classe affaires vers 9 h 27.
À 9 h 31 min 57 s, un contrôleur aérien de Cleveland entend les voix des pirates venant de la radio du vol 93 :
À 9 h 39 min 11 s, il reçoit une autre transmission radio :
Les transmissions des pirates de l'air sont envoyées au sol et non aux passagers, car le commandant de bord avait, pendant le détournement, tourné le bouton de communication afin que les transmissions des terroristes aux passagers soient entendues des contrôleurs aériens.