La réserve de biodiversité de la Vallée-de-la-Rivière-Sainte-Marguerite, jusqu'en 2022, la réserve aquatique de la Vallée-de-la-Rivière-Sainte-Marguerite, est une réserve de biodiversité du Québec (Canada) située au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Côte-Nord. Cette aire protégée de a pour mission de conserver les écosystèmes de la vallée de la rivière Sainte-Marguerite. Cette dernière est située dans une vallée glaciaire séparant le graben du Saguenay des monts Valin. La proximité de ces deux ensembles physiographiques favorise la diversité de la flore, dont plusieurs espèces sont à la limite nord de leur aire de répartition.

La rivière Sainte-Marguerite est fréquentée depuis par les Autochtones, qui y pratiquent la chasse et la pêche, la rivière étant dans le territoire traditionnel des Innus d'Essipit. La Sainte-Marguerite est reconnue pour la pêche au saumon qui est pratiquée de manière récréative depuis le milieu du . Cette pêche devient l'exclusivité du à partir de . C'est en , avec la création de la zec de la Rivière-Sainte-Marguerite, que la rivière cesse d'être l'apanage du club. En , une grande partie de la vallée est soustraite à l'exploitation forestière et minière. Après des consultations publiques, la réserve est officiellement créée en .

Toponymie La réserve de biodiversité doit son nom à la vallée de la rivière Sainte-Marguerite, qu'elle protège en grande partie.. Le nom de la rivière Sainte-Marguerite apparaît sur une carte du père Laure de et la carte de Bellin de ..

Géographie vignette|gauche|upright=2|alt=Carte de localisation de la réserve|En vert, la réserve aquatique de la Vallée-de-la-Rivière-Sainte-Marguerite. La réserve de biodiversité de la Vallée-de-la-Rivière-Sainte-Marguerite est située à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Saguenay et a une superficie de . La majeure partie de la réserve se trouve au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans le territoire non-organisé de Mont-Valin, avec une petite partie dans les municipalités de Saint-Fulgence et de Sainte-Rose-du-Nord et une petite portion dans la municipalité de Sacré-Cœur en Côte-Nord.

Par sa création, la réserve relie entre eux le parc national des Monts-Valin, le parc national du Fjord-du-Saguenay et le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, créant ainsi un réseau d'aires protégées de plus de . En outre, la réserve partage ses limites avec les réserves écologiques G.-Oscar-Villeneuve et Marcelle-Gauvreau. Ses limites incluent deux écosystèmes forestiers exceptionnels, soit la forêt ancienne de la Rivière-Sainte-Marguerite et des forêts rares de la Rivière-Sainte-Marguerite et du Ruisseau-des-Monts.

La réserve chevauche aussi les zones d'exploitation contrôlées (zec) Martin-Valin et Chauvin et de la Rivière-Sainte-Marguerite. Ces trois territoires de gestion de la faune couvrent de la réserve.

Géologie et relief

D'un point de vue géologique, la réserve fait partie de la province de Grenville, des racines de montagnes formées il y a un milliard d'années. La vallée marque la limite entre le graben du Saguenay au sud et les monts Valin au nord. La portion des monts Valin est composée de sommets dépassant généralement les . Près de la vallée, ce massif présente des versants escarpés pouvant avoir un dénivelé de sur un ou deux kilomètres. Dans la portion centrale de la vallée, entre le bras des Murailles et le ruisseau Épinette, se trouve une terrasse intermédiaire entre d'altitude.

Quant au graben du Saguenay, il a été créé par l'effondrement de la croûte terrestre lors de la fracturation du supercontinent Rodinia il y a environ d'années. La vallée de la rivière Sainte-Marguerite correspond à la limite nord du graben, que les glaciations du Quaternaire ont transformé de vallée préquaternaire en profonde vallée glaciaire. Au sud de la vallée, les sommets font entre d'altitude.

Le socle rocheux est composé de gneiss charnockitique et gneiss mixte dans les portions est et ouest de la réserve et de granitoïdes à orthopyroxène dans la portion centrale, où le paysage est le plus spectaculaire. Les dépôts meubles sont généralement composés de tills plutôt minces, sauf dans les dépressions. Les affleurements rocheux y sont fréquents. Quant au fond de la vallée, il est composé de dépôts fluvioglaciaires, comme des plaines d'épandage et des terrasses de kame.

Hydrographie

Du fait du relief accidenté, les plans d'eau et les tourbières sont rares dans la réserve. Les deux lacs les plus importants sont le lac Résimond et le Premier lac du Portage. Le milieu aquatique le plus important est sans conteste la rivière Sainte-Marguerite.

La rivière, d'un bassin de plus de , prend sa source dans les lacs Castor Gras et Sainte-Marguerite. Après avoir traversé des gorges profondes dans le parc national des Monts-Valin, elle tourne brusquement de pour couler vers l'est en suivant la ligne de faille du graben du Saguenay. Elle parcourt alors la réserve sur avant de la quitter à cinq kilomètres de Sacré-Cœur et de se jeter dans la baie Sainte-Marguerite, dans le parc national du Fjord-du-Saguenay et le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. La réserve inclut aussi les du bras des Murailles, son second affluent en importance.

Climat Le territoire de la réserve de biodiversité possède un fort gradient climatique. Si le climat est considéré de type subpolaire et subhumide sur toute la réserve, il est plus doux au sud (température moyenne de ) qu'au nord, au sommet des monts Valin (de ). La saison de croissance est de au sud et de au nord. Les précipitations annuelles varient entre .

Flore Compte tenu de son relief contrasté, la réserve aquatique présente une flore diversifiée. Les secteurs au sud, la vallée ainsi que le bas du versant nord font partie du domaine bioclimatique de la sapinière à bouleau jaune, alors qu'à partir du mi-versant nord, la réserve est située à la limite sud du domaine bioclimatique de la sapinière à bouleau blanc. On y trouve aussi diverses espèces situées à la limite nord de leurs répartitions.

La végétation actuelle est dominée par des forêts mélangées, qui couvre de la réserve. Les formations dominantes sont les bétulaies à bouleau blanc (), les sapinières () et les bétulaies à bouleau jaune (). Il y a aussi quelques pessières à épinette noire ou épinette rouge, ainsi que des érablières à érable rouge ou érable à sucre. Les peupleraies sont abondantes près du bras d'Allen. On y retrouve aussi du pin blanc et du thuya. Finalement on y rencontre aussi l'orme d'Amérique et le frêne noir, ces derniers étant confinés aux rives de la rivière Saint-Marguerite. On y retrouve une bonne proportion de vieilles forêts, en particulier sur le versant nord. Les tourbières sont quant à elles peu nombreuses et de petite taille.

La flore de la réserve comprendrait dont plusieurs sont à la limite nord de leur répartition. Parmi ces plantes, on rencontre la dentaire à deux feuilles (Cardamine diphylla), le carex rayonnant (Carex radiata), la claytonie de Caroline (Claytonia caroliniana), le dicentre à capuchon (Dicentra cucullaria), l'érable de Pennsylvanie (Acer pensylvanicum), l'athyrie fausse-thélyptère (Deparia acrostichoides), l'impatiente pâle (Impatiens pallida), l'épinette rouge (Picea rubens), l'antennaire de Howell (Antennaria howellii), la doradille chevelue (Asplenium trichomanes), le panic à touffe dense (Dichanthelium implicatum), l'élyme de Wiegand (Elymus wiegandii), le saxifrage de Virginie (Micranthes virginiensis), la sagittaire graminoïde (Sagittaria graminea) et l'herbe à puce de Rydberg (Toxicodendron radicans var. rydbergii).

On y retrouve aussi des populations disjointes de la flore calcicole avec les formations calcaires de la région, soit le carex capillaire (Carex capillaris subsp. capillaris), le cryptogramme de Steller (Cryptogramma stelleri), la primevère du lac Mistassini (Primula mistassinica) et le saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia). Enfin, la réserve protège deux populations de duliche boréal (Dulichium arundinaceum var. boreale), un taxon endémique au Québec qui devrait être inclus prochainement dans la liste des espèces menacées, vulnérables ou susceptibles d'être ainsi désignées au Québec.

Faune Pour ce qui est de la faune, il n'y a pas eu d'inventaire spécifiques pour la réserve, la faune serait caractéristique de la région. Pour les mammifères on y retrouverait l'ours noir (Ursus americanus), l'orignal (Alces americanus), le renard roux (Vulpes vulpes), le lynx du Canada (Lynx canadensis), le lièvre d’Amérique (Lepus americanus) et le castor du Canada (Castor canadensis). On y retrouverait, quoique plus rarement, le campagnol des rochers (Microtus chrotorrhinus). Le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) fréquenterait la réserve au printemps et au début de l'été. Enfin, il est possible que la réserve soit fréquentée par la chauve-souris rousse (Lasiurus borealis) et la chauve-souris cendrée (Lasiurus cinereus) dont la présence a été signalée dans le parc national du Fjord-du-Saguenay.

Pour les oiseaux, les espèces les plus communes seraient la gélinotte huppée (Bonasa umbellus) et le tétras du Canada (Falcipennis canadensis), auquel on peut ajouter le garrot d'Islande (Bucephala islandica).

Pour les poissons, ou y retrouve le saumon atlantique (Salmo salar) et l'omble de fontaine anadrome (Salvelinus fontinalis). En plus de ces deux espèces, on retrouve dans la rivière Sainte-Marguerite le naseux des rapides (Rhinichthys cataractae), le meunier rouge (Catostomus catostomus), le meunier noir (Catostomus commersoni) et l'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata). Plusieurs lacs sont habités uniquement par l'omble de fontaine d'eau douce et plusieurs autres sont sans poissons.

Galerie

Histoire Avant la colonisation européenne, la rivière Sainte-Marguerite était fréquentée par les Autochtones. Selon les données archéologiques, la baie Sainte-Marguerite est fréquentée depuis l'Archaïque moyen, . Ces derniers y venaient principalement pour la chasse au phoque.. Elle est actuellement sur le territoire traditionnel des Innus d'Essipit selon l'Entente de principe d'ordre général entre les Premières Nations de Mamuitun et de Nutashkuan de 2004.

vignette|gauche|alt=gravure représentant un homme en transportant un autre sur son d'eau sur une rivière.|David Edward Price traversant la rivière Sainte-Marguerite avec le prince de Galles sur ses épaules La pêche au saumon de la rivière Sainte-Marguerite est réputée depuis longtemps. Dès , la Compagnie de la Baie d'Hudson y exploite un camp de pêche à son embouchure. Entre et , un commis du poste de Tadoussac, James Grant, offre d'accompagner des officiers et des visiteurs sur la rivière. À la fermeture du poste de Tadoussac en , David Edward Price obtient un bail lui conférant les droits exclusifs de pêche au saumon de la rivière. En , une visite du prince de Galles Albert Edward crée un émoi à Bagotville, alors qu'il préfère pêcher le saumon avec David Edward Price plutôt que visiter la population du Saguenay.

thumb|alt=Une fosse à saumon|Fosse 54. Willis Russell, un ami de Price ébloui par la qualité de la pêche au saumon dans la rivière, lui troque les droits du cours principal contre d'importants quotas de coupe de bois vers . Il est déjà l'un des actionnaires d'un hôtel et propriétaire d'une maison à Tadoussac. En , associé avec Robert Powell, de Philadelphie, il fait construire la maison de Lower Fork, aussi désignée comme . Il construit d'autres camps de pêche : la maison Home Pool, à six kilomètres en amont, Le Château, à cinq kilomètres du précédent, , à en amont, Bardsville, à plus haut, et finalement , rebaptisé en l'honneur de James Grant, à de Bardsville.

thumb|left|Site de pêche de la pointe de Bardsville.|alt=Méandre d'une rivière avec un bâtiment au toit vert au centre de ce dernier